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dimanche 27 octobre 2013

Hinchinbrook Island : de Mulligan Falls à George Point

Mulligan Bay

La nuit fut un délice, perché sur mon promontoire rocheux, la cascade à mes pieds. J'ignore pourquoi personne d'autre n'a pensé à y dormir. En plus comme c'est à l'orée de la jungle, c'est plus lumineux et moins triste le soir. Nous nous sommes tous retrouvés au camp, avançant comme une caravane. En chemin on se demande des nouvelles des uns des autres, t'as pas vu machin, et bidule il est devant ou derrière... Le Thorsborne trail, c’est un peu comme un pèlerinage. Des groupes d'affinité se sont formés, les solitaires du début se sont transformés en compagnons. L'allemand est comme cul et chemise avec trois australiens que nous avons rattrapés à Zoe Bay, tandis que l’espagnol colle Séverine. Moi je reste intègre, préférant évoluer seul, aller à mon rythme et sentir le pouls de Hinchinbrook battre sous mes pas. Parfois je les rattrape ou les entend, avançant en discutant. 
Mulligan Bay
C'est drôle comme l'homme est un être sociable qui a besoin de lien et que le silence et la solitude rebute. Je ne dois pas être tout à fait comme tout le monde. Moi je me sens dans mon élément et j'ai même pris des habitudes. Tout est rodé avec le dîner et l'installation du camp. Mon sac est rangé de façon optimisé, je pourrais continuer ainsi le trek pendant de longs jours. En plus, à chaque endroit où l'on dort il y a de l'eau à profusion, de la bonne eau de source de montagne d'un parc national ! Que demander de plus.
Comme à mon accoutumée je suis parti le dernier, les autres étant pressés d'arriver au point d'arrivée où le bateau les attend à 11h30 pour les ramener sur le continent. Pour ma part, je ne sais pas si je dors ce soir à Mulligan Bay, la plage juste en dessous de Mulligan Falls ou si je poursuis jusqu'à George Point qui dispose d'un camping, où je pourrai y passer une journée complète avant le ferry de demain. 
Mulligan Bay
En tout cas, j'ai fait suffisamment de provision d'eau à la cascade pour ne plus avoir de souci là dessus. En effet Muligan Falls est le dernier point où l'on peut trouver de l'eau. Grâce aux bouteilles trouvées sur le plage hier, j'ai 4 litres de flotte. Certes, ça m'alourdit mais d'un autre côté comme je termine le trek, le sac est pas mal allégé par la nourriture que j'ai déjà mangée. Du coup ça compense et mes épaules ne sentent pas le poids supplémentaire. Mon régime alimentaire n’est pas très varié. Il est même immuable : le midi c'est mélange de noix et de graines, abricots secs et barres aux céréales. J'aime beaucoup, ça ne pèse pas bien lourd et ça cale bien. Le soir : soupe à choisir entre champignons et ses croûtons ou potiron et ses croûtons, suivie d'un plat lyophilisé dont la recette change tous les jours (j'ai encore essayé un autre de MX3, poulet au saté, ils sont bien supérieurs aux autres marques, ils ajoutent plein d'épices et de petits détails comme des morceaux de courgette, de la cannelle ou encore des raisins secs). 
George Point
Pour le dessert c'est purée de pomme. Et voilà, en moins de 30 minutes le dîner est torché. Juste de l'eau à faire bouillir et tout est prêt Je n'ai même pas de vaisselle à faire, juste le mug et la cuillère que je rince simplement à l'eau claire.
En moins d'une demie heure de marche à travers la jungle on arrive à la plage de Mulligan. Le long du sentier il y a plein d'endroits retournés comme si une charrue était passée par là, découvrant des petites racines grignotées. Je ne sais pas quelle bestiole peut avoir fait ça, mais ça doit être un gros animal. A moins qu'il n'y ait des kangourous sur Hinchinbrook mais je n'en ai pas vu un seul. En revanche ce matin il y avait des poules de jungle, toutes noires, plantées sur deux bâtons jaunes qui s'enfuyaient sur mon passage en grommelant. La plage est immense et comme c'est en plus marée basse, l'océan s'est retiré au loin, découvrant une mer de sable. 
Mulligan Bay
Elle me fait penser à la plage d'Havelock dans les îles Andaman, avec son sable un peu gris, bordé de jungle et dominée par des monts tout verts. Il y a deux monts qui veillent sur Mulligan. Quand on regarde depuis le bord du rivage vers la jungle, on a face à soi le Mont Straloch sur la gauche, 922 mètres, et Mont Diamantina, 955 mètres, sur la droite. C’est de cette dernière montagne que coule l'eau qui alimente la cascade où nous avons dormi hier soir. La plage se termine vers l'embouchure de la cascade par une mangrove à crocodiles où il est supposé y avoir un camping d'après une autre carte que j'ai. Apparemment cette carte ne vaut rien car il n'y a rien. Ce n'est donc pas ici que je camperai ce soir. Et puis de toute façon la mer est rendue si loin qu'il n'y a pas moyen de sa baigner ou alors en ayant de l'eau aux chevilles. Je risque de trouver le temps long.
George Point
Le reste du trek se fait en marchant sur la plage. Enfin du terrain plat et pas tord cheville. Par contre c'est le soleil qui porte un coup de massue. Après avoir été habitué à marcher en plein cœur de la jungle, d'être exposé ainsi sans moyen de se protéger est un nouveau défi à relever. Au fur et à mesure que j'avance je me dis que c'est bientôt la fin, que je suis en train de quitter Hinchinbrook. Mes montagnes disparaissent derrière moi pour ne laisser place qu'à une plage. Le plus beau est passé. Le plus excitant aussi. Je serais prêt à repartir dans l'autre sens. Comme j'ai un bleu à l'âme, je ne sais même pas si je vais camper à George Point ou bien faire comme les autres et rentrer à Lucinda. Ça dépendra si le coin à George Point est vraiment paradisiaque. Car partir aujourd'hui offre l'avantage d'avoir une journée de plus que je pourrais mettre à profit pour découvrir d'autres endroits, plutôt que de rester en mode larve pendant 24 heures au même endroit. Et puis après une telle balade et l'action permanente dont j'ai fait preuve, je ne me vois pas rester là sur une plage à rien faire. Je vais m'y ennuyer.
Au revoir, Hinchinbrook!
La plage forme un coude peu avant de passer du côté de George Point. A cet endroit il y a des bancs de sable qui s'avancent vers la plage et qui offrent un très beau premier plan pour une photo. Sur le rivage, j'ai trouvé un superbe coquillage crème avec des taches carrées marrons qu'on semble lui avoir peindre sur la coquille. Par contre je me souviens que c’est un coquillage dont il faut se méfier quand on plonge car il est venimeux et apparemment il attaque. Je n'ai encore jamais vu d'attaque de mollusque, mais il paraît que ça existe ! Du coup quand je l'ai ramassé, j'ai pris bien soin de vérifier qu'il n'y avait pas un hôte enroulé à l'intérieur. J'ai montré ma trouvaille aux autres, peu impressionnés alors que je pensais que j'allais faire sensation. En retour, Séverine m'a demandé si j'avais vu le nautile sur la plage, entier et intact. Eh bien non, mais ça m'aurait bien intéressé. En tout cas je vais garder mon cone shell, en espérant qu'il ne me posera pas problème à la douane lors de mon départ.
Route pour Mission Beach. Attention aux casoars!
Le camping à George Point ne dispose que de trois emplacements à touche touche, au milieu d'arbres déracinés, résultante du passage du cyclone Yasi qui a fait d'énormes dégâts dans le Queensland lors de son passage en Janvier 2011. Et justement le cœur du cyclone était sur la région. Après tous ces superbes paysages rencontrés le long du trek, cette portion offre moins d'intérêt, même si elle a pour elle sa sauvagerie. Ainsi, j'ai pris ma décision : je vais rentrer avec les autres, si le capitaine du bateau me permet de monter à bord un jour plus tôt. Il était 10 heures quand j'ai rejoint les autres. Il n'y avait pas à s'affoler autant, au final il suffit de deux heures pour rejoindre George Point depuis Mulligan Falls. A présent que les groupes sont constitués, c'est comme si j'étais invisible. J'ai attendu la bateau dans l'eau, à barboter, surveillant autour de moi si une quelconque méchante méduse viendrait à passer par là. Mais dans 50 centimètres d'eau c’est peu probable, alors je me suis détendu. La mer est si peu profonde qu'on est comme dans un bain, à ceci près que le bout de la baignoire est derrière l'horizon. En plus, on n’est pas chahuté par des vaguelettes, du coup on peut rester bien allongé, immobile, tandis que des papillons passent autour en frôlant l'eau.
Mission Beach
Je n'ai pas eu de difficulté à monter dans le bateau ni même le bus qui me ramenait à Cardwell. Mon prochain arrêt c'est Mission Beach, un endroit constitué de plusieurs baies ourlées de cocotiers, lieu de villégiature des habitants de Cairns et point de départ pour visiter une île toute proche, Dunk Island. Je n'ai pas aimé Mission Beach au premier abord. L'après Hinchinbrook est trop violent, je crois que rien n’obtiendrait grâce à mes yeux. Trop de monde (mais c'est dimanche), trop de maisons partout, trop de gens avec de gros 4x4 comme des camions, trop d'argent, trop de système capitaliste... La plage n’est qu'un leurre. Juste derrière les premiers cocotiers se trouve la route avec derrière de riches demeures. Et cela continue à l'arrière. J'ai tourné des heures à la recherche d'un endroit où mettre la tente. Le problème se pose à nouveau. Il y a bien un camping mais il est surpeuplé et c’est un truc avec bungalows qui fait plus village de vacances que petit truc sauvageon des parcs nationaux. Avec un peu de chance ils ont coincé le terrain de camping entre les sanitaires et les containers à ordures. Je suis donc là, à traîner le pas, le goût à rien. On sent bien qu'il y a des choses pour lesquelles on n’est pas fait. C'est toujours dur de se réadapter à la civilisation ou de retourner au travail après des vacances. Il faut toujours se forcer. A l'inverse, dans l'autre sens le problème ne se pose jamais. Qu'est ce qui m'a pris de quitter Hinchinbrook ? J'aurais pu bénéficier d'une journée supplémentaire de quiétude avec en plus cette fois l'île pour moi tout seul après le départ des autres.

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