Je ne l'ai peut être pas
dit mais la moitié de Magnetic Island est un parc national, sur les
52 km carrés que compte l'île. Le parc est malheureusement
inaccessible. Aucun sentier de randonnée ne permet de s'y promener.
Pourtant la partie nord de l'île est un chapelet de baies sauvages,
qui ont toutes leur nom mais appelées le plus souvent Five Beach
Bay. Pour y accéder il faut louer un kayak ou bien un scooter des
mers. Mais c'est mal me connaître. La première de ces baies d'après
ma carte se trouve juste derrière un mont à la fin de Horseshoe
Bay, côté ouest. Je suis sûr que je vais bien trouver un endroit à
travers le bush en escaladant un peu pour passer de l'autre côté.
En plus je dois trouver des koalas, des vrais en liberté et à mon
avis ils doivent bien sagement m'attendre dans le parc national. En
tout cas si j'étais eux c'est ce que je ferais.
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| Horseshoe Bay |
Mes colocataires du
bungalow on décampé. J'ai piqué le lit de l'une des pensionnaires,
plus à l'écart du passage. Je vais essayer d'y dormir ce soir, le
lit est bon et me fait bien envie. Surtout que la nuit dernière avec
ma tente sous les étoiles je n'ai pas très bien dormi, sans doute
la lumière de la pleine lune que je n'avais pas prévue, mais plus
sûrement en raison de l'averse qui m'a réveillé vers 3 h du matin.
Il a fallu que je mette la toile en catastrophe, trébuchant sur des
racines, éborgné et scalpé par des branches basses, puis subir
plus tard les assauts d'un gallinacée sauvage qui devait faire la
cour à un autre et faisait des rondes en repassant à chaque fois
devant la tente pour me brailler dans les oreilles.
Priorité au dos, si ce soir je dois me coucher à minuit, eh bien je le ferai, ce sera la seule fois du voyage, je ne vais pas en mourir.
Priorité au dos, si ce soir je dois me coucher à minuit, eh bien je le ferai, ce sera la seule fois du voyage, je ne vais pas en mourir.
Après avoir lavé un peu
de linge, j'ai fait un tour dans la cuisine pour remplir la gourde
avant de partir en excursion. Ils ont mis des écriteaux sur tous les
murs car ils recherchent des volontaires pour faire 3 à 5 heures de
ménage chaque jour en échange d'un hébergement, des repas et
boissons. Il faut juste demander à la réception. C'est bien
tentant. Imaginez, on peut ainsi vivre ici pour pas un rond, nourri
logé et profiter le reste de la journée pour faire ce qu'on veut,
aller à la plage tous les jours si on veut ou paresser sous les
eucalyptus à la recherche de koalas. Le tout en short et en T-shirt
toute l'année sans subir de réflexions d'une connasse sur la tenue
qu'on porte.
Certes on ne gagne rien, mais en France je ne gagne plus
rien non plus. Et ici le climat est meilleur ! Il faut juste que
je rentre, et puis j'ai le voyage en Namibie qui m'attend. En tout
cas c’est un bon plan à garder en mémoire. Je sais qu'il y en a
plein comme ça en Australie, je me rappelle ainsi que dans le parc
national de King's Canyon ils cherchaient des volontaires, nourris
logés aussi. Si jamais je devais être désespéré, ce serait ma
solution de repli. Je dis ça mais je pense surtout que c'est une
fausse excuse. J'ai juste peur de franchir le pas. Pourtant je n'ai
même plus un métier qui me retient. Alors quoi ? C'est sans
doute que l'Australie est loin de la France et tous mes amis sont en
Europe. A mon âge on ne se refait pas des amis comme ça, et je ne
suis pas tout seul non plus, ce n'est pas comme si j'étais
célibataire...
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| Horseshoe Bay |
Sinon en consultant aussi
les moyens pour me rendre dans les criques du parc national, je suis
tombé sur l'encart d'une société de location de kayaks qui cherche
par la même occasion un repreneur. Info à faire passer à mon frère
qui va se retrouver aussi au chômage et veut monter une école de
surf alors qu'il n'y connaît rien. Au kayak non plus, mais là
l'affaire existe déjà. On pourrait faire ça à deux, ou bien lui
et moi volontaire pour nettoyer les bungalows de l'auberge de
jeunesse. Il n'y a pas de sous métier tant que c’est choisi en
connaissance de cause et qu'on y trouve son compte.
Il m'a fallu ce que j'ai
pensé comme une éternité pour arriver au bout de Horseshoe Bay, le
dos en compote, traînant la patte à l'instar de cette mouette
blessée qui allait sûrement bientôt perdre la sienne, vu que la
palme était orientée de l'autre côté de la patte, formant un
coude à 90 degrés, l'os à nu.
Y a plus mal en point que moi. Sur
le chemin je me suis arrêté, alerté par des cris dans les arbres.
Au final, après avoir bien cherché, j'ai aperçu des oiseaux
bariolés comme des perroquets qui picoraient les fleurs de l'arbre,
le bec plein de pollen. J'ai pris plein de photos, content de ma
trouvaille. La deuxième partie de la plage est inhabitée avec en
fond une mangrove qui s'ouvre sur la plage, entourée par un bois
d'eucalyptus. Toujours pas de koalas en vue... Il y a une coulée
entre les rochers dodus au bout de la plage qui semble être un cours
d'eau pendant la saison des pluies. Il dévale des hauteurs et
pourrait me permettre de passer de l'autre côté de l'île sans
avoir à tracer mon chemin entre les lianes, herbes coupantes et
arbustes épineux.
J'ai donc entrepris de gravir chacun des rochers de la cascade malgré le mal de dos qui curieusement s’est mieux porté malgré toutes les contorsions et grands écarts. Seulement il a fallu rapidement que je me rende à l'évidence : je ne pourrai pas monter plus haut, plus je me rapproche de la source du torrent improvisé, plus il est obstrué par des arbustes qui me griffent les jambes et les bras sans compter les fourmis vertes qui me montent sur les jambes pour me piquer et les hautes herbes toutes sèches qui s'enfoncent dans les mollets comme des épines. Je me suis donc contenté d'une photo de la plage prise d'un petit belvédère improvisé, ce qui n’est pas si mal.
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| Horseshoe Bay |
J'ai donc entrepris de gravir chacun des rochers de la cascade malgré le mal de dos qui curieusement s’est mieux porté malgré toutes les contorsions et grands écarts. Seulement il a fallu rapidement que je me rende à l'évidence : je ne pourrai pas monter plus haut, plus je me rapproche de la source du torrent improvisé, plus il est obstrué par des arbustes qui me griffent les jambes et les bras sans compter les fourmis vertes qui me montent sur les jambes pour me piquer et les hautes herbes toutes sèches qui s'enfoncent dans les mollets comme des épines. Je me suis donc contenté d'une photo de la plage prise d'un petit belvédère improvisé, ce qui n’est pas si mal.
En redescendant sur la
plage il y avait deux navires militaires, des barges qui allaient et
venaient faisant des allers retours entre la rive et le large pour
ouvrir le pont levis qu'ils baissaient sur le sable avant de le
remonter aussi sec pour mieux repartir.
Drôle de manège, comme sils vérifiaient chacune des procédures avant une guerre imminente. Et pourquoi faire ça ici, dans un paysage aussi paradisiaque ? C’est un peu incongru de voir des militaires en treillis qui doivent transpirer comme des bœufs sous leur combinaison, sur un bateau tout aussi vert de gris. Avec toute cette marche sous le soleil, je rêve d'un bain rafraîchissant, seulement j'ai constaté la présence sur le sable humide de masses gélatineuses, des morceaux de méduse, bout de tentacule ou autre chose flasque et translucide. Du coup je suis allé me baigner dans la panier à frites, surveillé par un maître nageur qui dispose encore une fois d'une planche de surf pour secourir les gens alors qu'il n'y a pas de vagues. Ça doit faire plus couleur locale.
En attendant il doit bien
s'ennuyer du haut de sa tour en bois. Je suis sûr qu'il est plus sur
son téléphone que les yeux rivés sur les gens qui ne risquent même
pas une piqûre de méduse.
Drôle de manège, comme sils vérifiaient chacune des procédures avant une guerre imminente. Et pourquoi faire ça ici, dans un paysage aussi paradisiaque ? C’est un peu incongru de voir des militaires en treillis qui doivent transpirer comme des bœufs sous leur combinaison, sur un bateau tout aussi vert de gris. Avec toute cette marche sous le soleil, je rêve d'un bain rafraîchissant, seulement j'ai constaté la présence sur le sable humide de masses gélatineuses, des morceaux de méduse, bout de tentacule ou autre chose flasque et translucide. Du coup je suis allé me baigner dans la panier à frites, surveillé par un maître nageur qui dispose encore une fois d'une planche de surf pour secourir les gens alors qu'il n'y a pas de vagues. Ça doit faire plus couleur locale.
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| Radical Bay |
En tout cas un bain et le
déjeuner sur l'herbe à l'ombre des cocotiers m'a requinqué et
soigné le dos. Je me suis donc remis en mode fouine, pour reprendre
le chemin d'hier vers Baldwin Bay mais en bifurquant au niveau d'une
fourche pour me rendre à une autre baie située un peu plus loin,
Radical Bay. Le but est de poursuivre encore plus loin, en faisant
une boucle qui me mènera à The forts, un lieu perché au sommet
d'un morne d'où l'on jouit d'une vue panoramique sur l'île.
Seulement à la réception il y a marqué que le sentier est fermé
pour cause de travaux. Ah oui ? Il faudra qu'ils m'expliquent
comment ils ferment un sentier.
Ils mettent un gros rocher devant ?
Je suis sûr que c'est pour décourager les gens et qu'il y a moyen
de resquiller. Pour mon dernier jour à Magnetic Island, Maggie pour
les intimes, je compte bien en avoir un bel et bon aperçu.
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| Radical Bay |
Au niveau du sentier
d'hier, là où j'ai d'ailleurs campé cette nuit, j'ai oublié de
préciser qu'il y a trois demeures nichées dans les arbres
tropicaux, au bord de la plage, où les gens y accèdent en roulant
sur le rivage. On ne peut pas être si à l'écart du monde que ça.
Même si je les trouve un peu grotesques avec leur 4x4 qui laisse de
grosses traces sur le sable, on ne peut pas leur retirer le fait
qu'ils vivent dans un petit paradis, loin des emmerdes et du tumulte
de la civilisation. Des Robinson d'un genre nouveau qui n'ont pas
voulu renoncer au confort moderne.
Un tel truc en France serait impensable entre les lois du littoral, de l’urbanisme ou les arrêtés préfectoraux, on ne peut plus rien faire. Ce n'est cela dit pas plus mal, en France on est surpeuplé et si on laissait faire on ne pourrait plus se promener nul part. Il n'y a qu'à voir par exemple ce qu'ils ont fait de Saint Jean Cap Ferrat. Je n'ai jamais compris cette ville. On peut s'y promener sans jamais pouvoir apercevoir la mer, cachée par de hauts portails d'acier.
Un tel truc en France serait impensable entre les lois du littoral, de l’urbanisme ou les arrêtés préfectoraux, on ne peut plus rien faire. Ce n'est cela dit pas plus mal, en France on est surpeuplé et si on laissait faire on ne pourrait plus se promener nul part. Il n'y a qu'à voir par exemple ce qu'ils ont fait de Saint Jean Cap Ferrat. Je n'ai jamais compris cette ville. On peut s'y promener sans jamais pouvoir apercevoir la mer, cachée par de hauts portails d'acier.
Chemin faisant j'ai été
alerté par une randonneuse qui venait d'apercevoir un gros serpent.
C'est sûr qu’avec mes tatanes, je ne suis pas forcément bien armé
face à une telle créature. A défaut de mettre un serpent à mon
tableau de chasse, j'ai vu un petit lézard au ventre bleu et orange,
comme ces bonbons acidulés en forme de frite à deux couleurs.
Juste
à l'arrière de la plage de Radical Bay, par là où l'on arrive, se
trouvent de nombreux frangipaniers qui débordent de fleurs. Ils
n'ont quasiment pas de feuilles, toute leur énergie est passée dans
la production de fleurs pour mon plus grand bonheur. Il y a les
traditionnels blancs crème mais aussi des jaunes et, plus rare, des
roses. J'adore le parfum du frangipanier, il me rappelle
irrésistiblement la Polynésie, et réflexe oblige, j'ai glissé une
des fleurs tombées par terre derrière l'oreille pour continuer à
bénéficier de leur odeur suave en continuant de marcher. Radical
Bay ressemble un peu à Baldwin Bay, normal elles sont distantes de
quelques centaines de mètres mais Radical Bay possède des cocotiers
et cet arbre aux feuilles rondes comme des oreilles d'éléphant dont
les branches arrivent au ras du sable, comme on trouve partout aux
Caraïbes.
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| Il n'y a jamais très loin où aller |
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| Arbre de Noel avant l'heure |
Je n'ai pas vu de police, je ne serais pas surpris qu'elle ne vienne jamais jusqu'ici. Et pourtant on est à une demie heure de Townsville, ville de plus de 180 000 habitants. 2100 résidents peuplent l'île. C'est tolérable ! J'en connais déjà deux, les sacrés énergumènes du bus. Ce que j'aime ici c’est qu'il y a moyen de vivre en Robinson, les plages sont quasiment et curieusement pas peuplées alors qu'elles sont très belles, sans être loin de tout et sans devoir monter toute une expédition pour venir. Townsville a un aéroport qui dessert toutes les grandes villes d’Australie, bref le monde est à portée. Je me verrais bien y poser mes valises pour un temps. Il y en a bien qui y vivent, il y a pire comme endroit où s'installer ! Je suis sûr qu'il ne faudrait pas longtemps pour me retrouver désinhibé et m'en foutre moi aussi de tout comme les deux guss.
Le temps s'étant mis à
se couvrir, j'ai été contraint de rentrer, cela ne servait à rien
de continuer mon tour pour me retrouver sans doute bloqué devant le
belvédère pendant que je risquais de me prendre une saucée et de
retrouver mes affaires laissées à sécher trempées. Et j'ai bien
fait. J'ai été accueilli à l'auberge par des centaines d'oiseaux
bariolés, les mêmes que j'avais eu tant de mal à voir toute à
l'heure. Ils allaient et venaient en vol plané, surexcités et j'ai
alors compris pourquoi. Pas bête pour deux sous, ils attendaient que
l'une des responsables vienne les nourrir tous les jours à la même
heure, en leur donnant une espèce de mixture qui ressemble à du
pain de mie trempé. Ça les rend fous, ils piaillent à en percer un
tympan, se posent sur les épaules, la tête, partout où ils
peuvent.
Je me suis vite retrouvé à servir de perchoir à oiseaux. Ils se piquaient la nourriture d'un bec à l'autre, une vraie foire d'empoigne où tous les coups bas étaient permis. Ils se montaient dessus, se piétinaient sans aucun respect. Un beau bordel ! J'étais aux anges, l'euphorie de la journée ne fait que continuer. Malgré toute cette agitation, je n'ai même pas pris une chiure sur le coin du sourcil !
Je me suis vite retrouvé à servir de perchoir à oiseaux. Ils se piquaient la nourriture d'un bec à l'autre, une vraie foire d'empoigne où tous les coups bas étaient permis. Ils se montaient dessus, se piétinaient sans aucun respect. Un beau bordel ! J'étais aux anges, l'euphorie de la journée ne fait que continuer. Malgré toute cette agitation, je n'ai même pas pris une chiure sur le coin du sourcil !
Alors que je regagnais le
bungalow, ce n'était pas fini pour autant. Un oiseau du style
échassier à grandes pattes a assuré le service hôtelier, me
devançant dans les allées. Décidément cette île est spéciale,
je regrette de devoir partir déjà demain. Je retire tout ce que
j'ai dit sur le YHA de Magnetic Island, c'était à mettre sur le
compte de la fatigue et du mal de dos qui me rendait irascible.
Ils font tout ici pour qu'on se sente bien, entre la piscine, les espaces de détente avec de grands poufs sous un auvent sans mur ni fenêtre, ouvert sur la nature et les animations, il y en a pour tous les goûts. Il y a même des personne plus âgées que moi venues en groupe d'amis. Pour célébrer mon regain d'élan, je me suis octroyé une bière et même une seconde, pour la première fois depuis que je suis en Australie car avec mes non rentrées d'argent je m’interdisais jusqu'ici tout ce qui n'est pas essentiel. Mais ça va un temps !
Ils font tout ici pour qu'on se sente bien, entre la piscine, les espaces de détente avec de grands poufs sous un auvent sans mur ni fenêtre, ouvert sur la nature et les animations, il y en a pour tous les goûts. Il y a même des personne plus âgées que moi venues en groupe d'amis. Pour célébrer mon regain d'élan, je me suis octroyé une bière et même une seconde, pour la première fois depuis que je suis en Australie car avec mes non rentrées d'argent je m’interdisais jusqu'ici tout ce qui n'est pas essentiel. Mais ça va un temps !


















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