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samedi 19 octobre 2013

Une croisière inattendue dans les Whitsundays


Le jeu le matin consiste à marcher sur la plage et observer ce qui s'y passe. Il n'y a jamais à aller loin ou à attendre longtemps avant d'être le témoin de scènes privilégiées. Marcher au petit jour en contemplant le soleil sortir de l'horizon sur une plage abandonnée est un rêve de Robinson en lui même, dont les touristes qui ne vont pas tarder seront privés. Il y a plus matinal que moi. Les oiseaux au long bec rouge sont déjà à pied d’œuvre et bien occupés à chercher de la nourriture qu'ils trouvent très facilement et en abondance. Ils arpentent la plage, en enfonçant profondément leur bec dans le sable, tel un marteau piqueur et en ressortent avec un long ver de sable qu'ils aspirent comme un spaghetti. D'où l'utilité d'avoir un bec aussi long. C'est étudié pour. 
Les mouettes elles n'ont pas cette chance avec leur bec plus court. Elles ne semblent pas pressées de chercher à manger, se reposant sur la plage ou faisant leur toilette. Elles aiment bien être ensemble et alors que je les avais fait aller plus loin en m'approchant, dès que je me suis posé sur le sable, quelques individus sont revenus, suivis des autres, après avoir compris que je n'étais pas un danger. Les autres au bec rouge en sont un plus grand. Même si ces deux oiseaux ont la même taille, les noirs au bec rouge ont l'air plus vifs, plus piailleurs et les mouettes les évitent soigneusement comme la peste. Et les autres en ont fait leur jeu, s'amusant à les pourchasser. Les becs rouges volent très bas au niveau de l'eau, on a l'impression que l'une de leurs ailes va percuter la surface de la mer, mais ces créatures ont une bonne conscience de leur envergure. 
Les mouettes quand elles ne sont pas pourchassées se sont fait un nid dans le sable ou bien dorment le bec au soleil, les yeux clos, remplies d'extase. Certaines se reposent ainsi sur une patte, tournant sur elles mêmes au gré du vent comme une girouette, la tête derrière entre les ailes comme font les canards. A leur place j'éviterais, pour ne pas me prendre un torticolis au réveil !J'ai encore été le témoin de belles tranches de vie, les mouettes se rapprochant de plus en plus près, seulement à un ou deux mètres, intriguées par ce mammifère tapi à plat ventre sur le sable pour être au même niveau qu'elles. Quand je suis parti après plus d'une heure d'observation, émerveillé par la nature, la plus proche d'entre elles m'a suivi. Je m'en étais fait une amie.
Tout à l'heure le bateau va venir nous reprendre. J'aimerais bien aller sur Hayman. A l'entrée du parc sur la carte des Whitsundays en prise aérienne, j'ai eu le temps d'étudier la physionomie des îles et Hayman, l'île la plus au nord du groupe, a l'air de disposer d'un beau rivage de sable blanc qui s'avance en bancs de sable à plusieurs endroits. C'est un peu une Whitehaven en plus réduite. Mais c'est aussi une île privée avec un resort cinq étoiles. Je ne sais pas si les visiteurs ont le droit de s'y rendre et je n'ai vu aucune compagnie qui offre un circuit vers cette île. On verra cela tout à l'heure quand je serai de retour à Airlie Beach. En attendant, je me suis installé à l'ombre d'un eucalyptus qui donne sur la plage, me reposant un peu après le petit déjeuner. Le matin je prends un jus de fruit et un muesli lyophilisé que je complète avec des noix et des abricots secs. 
Ça me fait un petit bol bien nourrissant qui me tient toute la matinée. Par contre le niveau de gaz de la bonbonne diminue fortement. Et ce n'est pas évident d’en trouver ici. Le premier jour je m'étais cassé les dents dans un supermarché pourtant très grand. Après avoir fini à la station service du coin, le gars m'avait orienté vers un magasin spécialisé dans les articles de camping à 10 kilomètres de Noosa. Outre le fait qu’une petite bonbonne coûte le prix d'un repas au MacDo, elle s’épuise très vite et ce sera à nouveau le même bazar pour en retrouver. Heureusement j'ai repéré en arrivant à Airlie Beach un magasin de camping. Il faudra absolument avant que j'en parte que je m'y arrête pour faire un stock de manière à tenir pour le reste de mon séjour. En tout cas c’est la dernière fois que je me trimbale un réchaud à gaz. Je n'avais pas souhaité prendre mon réchaud à bois, pensant ne pas trouver de quoi l'alimenter en bois sec sous des régions tropicales. 
C'est un tort, avec toutes les feuilles d'eucalyptus mortes je suis sûr que cela brûlerait très bien. Ou alors une autre option pour pays sans bois et sans gaz, telle la Namibie où je me rends deux semaines après l'Australie (oui oui, délesté d'un travail contraignant, j'en profite!), ce serait d'investir dans un réchaud à essence. Mais c’est d'un maniement un peu complexe, il faut le nettoyer souvent sinon il s'encrasse et puis il peut donner une odeur d'essence quand on l'allume. Et surtout ça vaut très cher. Les premiers modèles sont autour de 100 euros. Mais c’est le modèle universel, la Rolls Royce des réchauds qui fonctionnera partout où des stations services seront disponibles. A étudier...
Ma petite sieste fut de brève durée. Un long voilier a jeté l'ancre juste en face du camp et déverse ses passagers par des annexes qui font la navette. Ça n'arrête pas et je me demande comment ils ont fait pour entasser autant de monde dans ce bateau. C'est l'invasion. 
Au revoir Whitehaven!
Je me souviens que lorsque j'avais prévu mon tour du monde, j'avais décidé de faire une croisière dans les Whitsundays. Je suis bien plus tranquille en camping ici. Les australiens sont des bavards de première, comme tous les anglo-saxons. Ils aiment socialiser et même au camping tout le monde se parle pendant des heures en parlant haut et fort. Moi je fuis. Parler oui, mais un temps et peu. Je suis toujours surpris par ce que les gens ont à se raconter comme ça. Je deviens de plus en plus sauvage, fuyant dès qu'un bruit se présente. Je prends cela comme une agression qui m'extirpe de la communion que j'ai avec la nature. Mais il ne faut pas croire qu'il n'y a que les gens, ils y a aussi des animaux qui m'énervent. Tout le monde sait pour les chiens et les coqs. Voici venu un nouveau au tableau des animaux chiants : le corbeau. Il croisse sans arrêt et on l'entend à des centaines de mètres à la ronde. 
Je me suis même surpris à mouliner des bras pour faire épouvantail de manière à les faire fuir. En pure perte, ils reviennent toujours. Normalement les corbeaux « chantent » le matin et le soir mais ceux ci sont détraqués et restent là toute la journée à gueuler autour du camp, sans doute attirés par ce que les gens peuvent laisser comme miettes ou autres déchets. Je trouve que pour des campeurs dans un parc national, la clientèle n'est pas ce que je pensais. A part un vieux qui vit apparemment ici à demeure vu le nombre de bidons d'eau qu'il a, les autres vont et viennent, et ne semblent pas respecter beaucoup de choses, laissant derrière eux des canettes oubliées, des papiers gras ou des assiettes en plastique. Comme il n'y a pas de poubelles sur le camp, c’est moi qui ramasse. Et ils passent le reste de la journée à ne rien faire, restant comme des veaux étendus en plein soleil, à lire ou écouter de la musique. 
South Molle
J'ai beaucoup de mal à faire ça. Même fermer les yeux à l'ombre je ne le fais que pour une petite sieste, ayant le sentiment de perdre quelque chose. Avoir les yeux fermés on peut les avoir n'importe où et pendant ce temps là on se prive d'observer ce que la nature a à nous offrir.
Alors que je guettais le bateau de Scamper, une masse sombre s'est mise à se déplacer vers quelques baigneurs. Je n'ai rien dit. Peut être un requin qui allait donner un peu d'action ! D'autres ont repéré ça plus tardivement et se sont mis à gueuler « what's that ? », pendant que les gens sortaient de l'eau affolés. J'ai escaladé un petit rocher pour prendre de la hauteur. C'était juste un banc de gros poissons qui faisait des rondes, avançant en tournant sur eux mêmes comme une tornade. Je me suis armé de mon masque, tuba et de la Gopro, bien décidé à voir ça de plus près sous l'eau. Hélas, l'eau n’est pas très claire, je m'en doutais un peu, c'est la raisons pour laquelle je n'avais pas encore plongé. 
Arrivée à Shute Harbour
Finalement le bateau est arrivé juste après, surgissant de l'autre côté de la baie. Sans doute avait-il déposé des campeurs à d'autres endroits de l'île. Whistunday dispose en effet d'une demie douzaine de campings. Sur sa partie Est, il y a Whitehaven et Chance Bay et quelques autres sont situés au nord ouest. Quand nous sommes partis on s’est d'ailleurs arrêté à Chance Bay, récupérer un unique campeur. J'étais content de retrouver cette baie où je m'étais senti si bien. Avec ma poche Carrefour, j'annonce la nationalité. Justement le campeur m'a demandé d'où j'étais. Bordelais bien sût, c’est ce que je sors à chaque fois. Lui est de la Réunion et m'a demandé comment c'était à Whitehaven. Beau mais très fréquenté la journée de 9 heures à 16 heures. C'est bien ce qu'il pensait et pour cette raison n'a jamais voulu faire la courte balade qui mène à Whitehaven. Celui là est pire que moi !
Shute Harbour
Le bateau est un peu moins tape cul qu'à l'aller, naviguant cette fois dans la direction du vent. Par contre rapidement, au lieu de filer droit vers Shute Harbour - où l'on se demande au passage par où passer tant les îles forment un labyrinthe - on a dévié, comme si nous revenions vers nos pas, remontant Whitsunday sur sa partie ouest. Chic, finalement j'ai ma croisière d'exploration ! Comme c'est le week-end, je suppose que c'est la raison pour laquelle il y a plus de campeurs et donc plus de gens à aller chercher aux différents sites de camping. C'est à Gugong Beach que nous passons récupérer deux jeunes à kayak qui nous attendent les pied dans l'eau. Décidément il n'y a que des jeunes qui vont faire du camping dans les Whitsundays. Je suis toujours le plus vieux. Je m'en fiche, je me sens en forme comme un jeunet, toujours plein de vitalité et d'entrain. Je n'ai pas vu les années passer et m'en envie de crapahuter est intacte, sinon décuplée. Espérons que cela dure ! 
Conway 'beach"
Avant de renter sur Shute Harbour nous nous sommes arrêtés une autre fois sur South Molle Island, au niveau de Paddle Bay. Une petite île tranquille qui se termine par un petit banc constitué de sable grossier, de cailloux et de débris de coraux. Finalement j'ai eu un bel aperçu des îles et la plus belle est sans conteste Whitsunday et sa plage de Whitehaven. Il y en a une sur le chemin, Hamilton Island si j'en juge la carte, qui défigure complètement le paysage avec de hautes tours de béton qui donnent sur le rivage et qu'on voit à mille lieues. Je ne félicite pas l'architecte.
Pour cet après midi, j'ai deux options : filer vers Bowen où se trouvent de belles plages selon le guide du Lonely Planet mais je risque d'y arriver tard dans l'après midi, ou bien me rendre à Conway, qui apparemment dispose d'une belle plage avec une grand étendue de sable blanc toujours d'après la photo aérienne. J'ai donc opté pour la seconde option, non sans avoir perdu près de deux heures à me démener avec des wifi récalcitrants avec des débits nullissimes. 
A la recherche d'un coin où camper...
Conway se trouve au bout d'une longue route qui s'achève en cul de sac après plus de 20 kilomètres. J'y suis resté à peine 10 minutes, le temps de faire une photo. C'est comme si tout le sable blanc et les eaux bleues turquoise étaient réservés pour Whitehaven. Conway c'est une étendue balayée par les vents, au sable brun et à la mer boueuse rendue très loin. Ça fait le bonheur des chars à voile et de promeneurs avec leur chien. Moins le mien, question baignade ou camping sauvage c'est tout simplement impossible. J'ai donc repris la route vers Bowen, en bifurquant vers Dingo Beach, cette fois à la recherche d'un endroit où camper ce soir. Par contre la moindre sortie se coûte en dizaines de kilomètres, aussi il y a intérêt à ce que je trouve un coin pas trop venté. Mais d'après ce que je peux lire sur le guide, ils disent que c’est un coin vallonné et très boisé. Ça devrait donc convenir. Sauf qu'il y a des interdictions de camper partout. Et nul part où garer ma voiture discrètement. C’est surtout par elle que j'ai peur de me faire repérer en attirant les flics. Planter la tente, je peux toujours trouver un coin discret derrière un bosquet où personne ne puisse me trouver. J'ai donc arpenté la côté, en allant jusqu'à Hydeway Bay mais c'était le même scénario. Que des maisons et des terrains à vendre et pas de place pour les gens de mon espèce. Ça commence à m’énerver, aussi j'ai décidé de quitter la côte pour tenter ma chance dans le bush où ils n’iraient pas à mettre des panneaux partout dans le paysage.
Si si, c'est bien l'Australie!
Sauf que je n'avais pas remarqué mais les clôtures sont partout. Quand on roule on a l'impression de traverser de grandes étendues inhabitées. Mais c’est un leurre. Derrière les herbes, on roule bien dans un corridor avec des barbelés des deux côtés. Tout appartient à quelqu'un et lorsqu'un chemin de sortie semble se dessiner, c'est pour mieux voir des pancartes menaçantes : « Private property. No trespassing. Keep out ! All tresspassers will be prosecuted ». A quoi ça rime d'avoir des terrains qui s'étendent sur des centaines de kilomètres ? Maintenant que je me rappelle, Jean Béliveau qui a fait un tour du monde à pied s'en plaignait. Il ne trouvait jamais un endroit où se poser. Si vous voulez dormir, c'est à l'hôtel ou dans un terrain de camping, parqué. Sinon il reste les parcs nationaux mais il faut un permis. Bref, où que l'on regarde on a des barrières autour. Pas étonnant que les routes soient jalonnées de kangourous écrasés, les pauvres n'ont que là ou aller. C'est vraiment un côté de l'Australie rédhibitoire pour moi. Je rêve d'un pays dont les terres n'appartiennent à personne et où l'on soit libre d'aller et venir. On n'a pas trop à se plaindre pour ça en Europe, si on omet les zones urbanisées. Finalement, après avoir essayé des champs de canne à sucre, délogé par des allées et venues incessantes d'engins agricoles, j'ai fini par trouver un chemin de terre qui menait je-ne-sais-où, dont l'un des côtés n'était pas clos. C'est là que j'ai réussi à trouver un coin où poser la tente, à la nuit tombante, me privant de ce fait d'un dîner qui a été résumé à des noix, des abricots secs et des biscuits, faute de lumière. Et encore j'ai eu de la chance de trouver ça !

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