Le jeu le matin consiste
à marcher sur la plage et observer ce qui s'y passe. Il n'y a jamais
à aller loin ou à attendre longtemps avant d'être le témoin de
scènes privilégiées. Marcher au petit jour en contemplant le
soleil sortir de l'horizon sur une plage abandonnée est un rêve de
Robinson en lui même, dont les touristes qui ne vont pas tarder
seront privés. Il y a plus matinal que moi. Les oiseaux au long bec
rouge sont déjà à pied d’œuvre et bien occupés à chercher de
la nourriture qu'ils trouvent très facilement et en abondance. Ils
arpentent la plage, en enfonçant profondément leur bec dans le
sable, tel un marteau piqueur et en ressortent avec un long ver de
sable qu'ils aspirent comme un spaghetti. D'où l'utilité d'avoir un
bec aussi long. C'est étudié pour.
Les mouettes elles n'ont pas
cette chance avec leur bec plus court. Elles ne semblent pas pressées
de chercher à manger, se reposant sur la plage ou faisant leur
toilette. Elles aiment bien être ensemble et alors que je les avais
fait aller plus loin en m'approchant, dès que je me suis posé sur
le sable, quelques individus sont revenus, suivis des autres, après
avoir compris que je n'étais pas un danger. Les autres au bec rouge
en sont un plus grand. Même si ces deux oiseaux ont la même taille,
les noirs au bec rouge ont l'air plus vifs, plus piailleurs et les
mouettes les évitent soigneusement comme la peste. Et les autres en
ont fait leur jeu, s'amusant à les pourchasser. Les becs rouges
volent très bas au niveau de l'eau, on a l'impression que l'une de
leurs ailes va percuter la surface de la mer, mais ces créatures ont
une bonne conscience de leur envergure.
Les mouettes quand elles ne
sont pas pourchassées se sont fait un nid dans le sable ou bien
dorment le bec au soleil, les yeux clos, remplies d'extase. Certaines
se reposent ainsi sur une patte, tournant sur elles mêmes au gré du
vent comme une girouette, la tête derrière entre les ailes comme
font les canards. A leur place j'éviterais, pour ne pas me prendre
un torticolis au réveil !J'ai encore été le témoin de belles
tranches de vie, les mouettes se rapprochant de plus en plus près,
seulement à un ou deux mètres, intriguées par ce mammifère tapi à
plat ventre sur le sable pour être au même niveau qu'elles. Quand
je suis parti après plus d'une heure d'observation, émerveillé par
la nature, la plus proche d'entre elles m'a suivi. Je m'en étais
fait une amie.
Tout à l'heure le bateau
va venir nous reprendre. J'aimerais bien aller sur Hayman. A l'entrée
du parc sur la carte des Whitsundays en prise aérienne, j'ai eu le
temps d'étudier la physionomie des îles et Hayman, l'île la plus
au nord du groupe, a l'air de disposer d'un beau rivage de sable
blanc qui s'avance en bancs de sable à plusieurs endroits. C'est un
peu une Whitehaven en plus réduite. Mais c'est aussi une île privée
avec un resort cinq étoiles. Je ne sais pas si les visiteurs ont le
droit de s'y rendre et je n'ai vu aucune compagnie qui offre un
circuit vers cette île. On verra cela tout à l'heure quand je serai
de retour à Airlie Beach. En attendant, je me suis installé à
l'ombre d'un eucalyptus qui donne sur la plage, me reposant un peu
après le petit déjeuner. Le matin je prends un jus de fruit et un
muesli lyophilisé que je complète avec des noix et des abricots
secs.
Ça me fait un petit bol bien nourrissant qui me tient toute la
matinée. Par contre le niveau de gaz de la bonbonne diminue
fortement. Et ce n'est pas évident d’en trouver ici. Le premier
jour je m'étais cassé les dents dans un supermarché pourtant très
grand. Après avoir fini à la station service du coin, le gars
m'avait orienté vers un magasin spécialisé dans les articles de
camping à 10 kilomètres de Noosa. Outre le fait qu’une petite
bonbonne coûte le prix d'un repas au MacDo, elle s’épuise très
vite et ce sera à nouveau le même bazar pour en retrouver.
Heureusement j'ai repéré en arrivant à Airlie Beach un magasin de
camping. Il faudra absolument avant que j'en parte que je m'y arrête
pour faire un stock de manière à tenir pour le reste de mon séjour.
En tout cas c’est la dernière fois que je me trimbale un réchaud
à gaz. Je n'avais pas souhaité prendre mon réchaud à bois,
pensant ne pas trouver de quoi l'alimenter en bois sec sous des
régions tropicales.
C'est un tort, avec toutes les feuilles
d'eucalyptus mortes je suis sûr que cela brûlerait très bien. Ou
alors une autre option pour pays sans bois et sans gaz, telle la
Namibie où je me rends deux semaines après l'Australie (oui oui,
délesté d'un travail contraignant, j'en profite!), ce serait
d'investir dans un réchaud à essence. Mais c’est d'un maniement
un peu complexe, il faut le nettoyer souvent sinon il s'encrasse et
puis il peut donner une odeur d'essence quand on l'allume. Et surtout
ça vaut très cher. Les premiers modèles sont autour de 100 euros.
Mais c’est le modèle universel, la Rolls Royce des réchauds qui
fonctionnera partout où des stations services seront disponibles. A
étudier...
Ma petite sieste fut de
brève durée. Un long voilier a jeté l'ancre juste en face du camp
et déverse ses passagers par des annexes qui font la navette. Ça
n'arrête pas et je me demande comment ils ont fait pour entasser
autant de monde dans ce bateau. C'est l'invasion.
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| Au revoir Whitehaven! |
Je me souviens que
lorsque j'avais prévu mon tour du monde, j'avais décidé de faire
une croisière dans les Whitsundays. Je suis bien plus tranquille en
camping ici. Les australiens sont des bavards de première, comme
tous les anglo-saxons. Ils aiment socialiser et même au camping tout
le monde se parle pendant des heures en parlant haut et fort. Moi je
fuis. Parler oui, mais un temps et peu. Je suis toujours surpris par
ce que les gens ont à se raconter comme ça. Je deviens de plus en
plus sauvage, fuyant dès qu'un bruit se présente. Je prends cela
comme une agression qui m'extirpe de la communion que j'ai avec la
nature. Mais il ne faut pas croire qu'il n'y a que les gens, ils y a
aussi des animaux qui m'énervent. Tout le monde sait pour les chiens
et les coqs. Voici venu un nouveau au tableau des animaux chiants :
le corbeau. Il croisse sans arrêt et on l'entend à des centaines de
mètres à la ronde.
Je me suis même surpris à mouliner des bras
pour faire épouvantail de manière à les faire fuir. En pure perte,
ils reviennent toujours. Normalement les corbeaux « chantent »
le matin et le soir mais ceux ci sont détraqués et restent là
toute la journée à gueuler autour du camp, sans doute attirés par
ce que les gens peuvent laisser comme miettes ou autres déchets. Je
trouve que pour des campeurs dans un parc national, la clientèle
n'est pas ce que je pensais. A part un vieux qui vit apparemment ici
à demeure vu le nombre de bidons d'eau qu'il a, les autres vont et
viennent, et ne semblent pas respecter beaucoup de choses, laissant
derrière eux des canettes oubliées, des papiers gras ou des
assiettes en plastique. Comme il n'y a pas de poubelles sur le camp,
c’est moi qui ramasse. Et ils passent le reste de la journée à ne
rien faire, restant comme des veaux étendus en plein soleil, à lire
ou écouter de la musique.
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| South Molle |
J'ai beaucoup de mal à faire ça. Même
fermer les yeux à l'ombre je ne le fais que pour une petite sieste,
ayant le sentiment de perdre quelque chose. Avoir les yeux fermés on
peut les avoir n'importe où et pendant ce temps là on se prive
d'observer ce que la nature a à nous offrir.
Alors que je guettais le
bateau de Scamper, une masse sombre s'est mise à se déplacer vers
quelques baigneurs. Je n'ai rien dit. Peut être un requin qui allait
donner un peu d'action ! D'autres ont repéré ça plus
tardivement et se sont mis à gueuler « what's that ? »,
pendant que les gens sortaient de l'eau affolés. J'ai escaladé un
petit rocher pour prendre de la hauteur. C'était juste un banc de
gros poissons qui faisait des rondes, avançant en tournant sur eux
mêmes comme une tornade. Je me suis armé de mon masque, tuba et de
la Gopro, bien décidé à voir ça de plus près sous l'eau. Hélas,
l'eau n’est pas très claire, je m'en doutais un peu, c'est la
raisons pour laquelle je n'avais pas encore plongé.
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| Arrivée à Shute Harbour |
Finalement le
bateau est arrivé juste après, surgissant de l'autre côté de la
baie. Sans doute avait-il déposé des campeurs à d'autres endroits
de l'île. Whistunday dispose en effet d'une demie douzaine de
campings. Sur sa partie Est, il y a Whitehaven et Chance Bay et
quelques autres sont situés au nord ouest. Quand nous sommes partis
on s’est d'ailleurs arrêté à Chance Bay, récupérer un unique
campeur. J'étais content de retrouver cette baie où je m'étais
senti si bien. Avec ma poche Carrefour, j'annonce la nationalité.
Justement le campeur m'a demandé d'où j'étais. Bordelais bien sût,
c’est ce que je sors à chaque fois. Lui est de la Réunion et m'a
demandé comment c'était à Whitehaven. Beau mais très fréquenté
la journée de 9 heures à 16 heures. C'est bien ce qu'il pensait et
pour cette raison n'a jamais voulu faire la courte balade qui mène à
Whitehaven. Celui là est pire que moi !
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| Shute Harbour |
Le bateau est un peu
moins tape cul qu'à l'aller, naviguant cette fois dans la direction
du vent. Par contre rapidement, au lieu de filer droit vers Shute
Harbour - où l'on se demande au passage par où passer tant les îles
forment un labyrinthe - on a dévié, comme si nous revenions vers
nos pas, remontant Whitsunday sur sa partie ouest. Chic, finalement
j'ai ma croisière d'exploration ! Comme c'est le week-end, je
suppose que c'est la raison pour laquelle il y a plus de campeurs et
donc plus de gens à aller chercher aux différents sites de camping.
C'est à Gugong Beach que nous passons récupérer deux jeunes à
kayak qui nous attendent les pied dans l'eau. Décidément il n'y a
que des jeunes qui vont faire du camping dans les Whitsundays. Je
suis toujours le plus vieux. Je m'en fiche, je me sens en forme comme
un jeunet, toujours plein de vitalité et d'entrain. Je n'ai pas vu
les années passer et m'en envie de crapahuter est intacte, sinon
décuplée. Espérons que cela dure !
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| Conway 'beach" |
Avant de renter sur Shute
Harbour nous nous sommes arrêtés une autre fois sur South Molle
Island, au niveau de Paddle Bay. Une petite île tranquille qui se
termine par un petit banc constitué de sable grossier, de cailloux
et de débris de coraux. Finalement j'ai eu un bel aperçu des îles
et la plus belle est sans conteste Whitsunday et sa plage de
Whitehaven. Il y en a une sur le chemin, Hamilton Island si j'en juge
la carte, qui défigure complètement le paysage avec de hautes tours
de béton qui donnent sur le rivage et qu'on voit à mille lieues. Je
ne félicite pas l'architecte.
Pour cet après midi,
j'ai deux options : filer vers Bowen où se trouvent de belles
plages selon le guide du Lonely Planet mais je risque d'y arriver
tard dans l'après midi, ou bien me rendre à Conway, qui apparemment
dispose d'une belle plage avec une grand étendue de sable blanc
toujours d'après la photo aérienne. J'ai donc opté pour la seconde
option, non sans avoir perdu près de deux heures à me démener avec
des wifi récalcitrants avec des débits nullissimes.
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| A la recherche d'un coin où camper... |
Conway se
trouve au bout d'une longue route qui s'achève en cul de sac après
plus de 20 kilomètres. J'y suis resté à peine 10 minutes, le temps
de faire une photo. C'est comme si tout le sable blanc et les eaux
bleues turquoise étaient réservés pour Whitehaven. Conway c'est
une étendue balayée par les vents, au sable brun et à la mer
boueuse rendue très loin. Ça fait le bonheur des chars à voile et
de promeneurs avec leur chien. Moins le mien, question baignade ou
camping sauvage c'est tout simplement impossible. J'ai donc repris
la route vers Bowen, en bifurquant vers Dingo Beach, cette fois à la
recherche d'un endroit où camper ce soir. Par contre la moindre
sortie se coûte en dizaines de kilomètres, aussi il y a intérêt à
ce que je trouve un coin pas trop venté. Mais d'après ce que je
peux lire sur le guide, ils disent que c’est un coin vallonné et
très boisé. Ça devrait donc convenir. Sauf qu'il y a des
interdictions de camper partout. Et nul part où garer ma voiture
discrètement. C’est surtout par elle que j'ai peur de me faire
repérer en attirant les flics. Planter la tente, je peux toujours
trouver un coin discret derrière un bosquet où personne ne puisse
me trouver. J'ai donc arpenté la côté, en allant jusqu'à Hydeway
Bay mais c'était le même scénario. Que des maisons et des terrains
à vendre et pas de place pour les gens de mon espèce. Ça commence
à m’énerver, aussi j'ai décidé de quitter la côte pour tenter
ma chance dans le bush où ils n’iraient pas à mettre des panneaux
partout dans le paysage.
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| Si si, c'est bien l'Australie! |
Sauf que je n'avais pas
remarqué mais les clôtures sont partout. Quand on roule on a
l'impression de traverser de grandes étendues inhabitées. Mais
c’est un leurre. Derrière les herbes, on roule bien dans un
corridor avec des barbelés des deux côtés. Tout appartient à
quelqu'un et lorsqu'un chemin de sortie semble se dessiner, c'est
pour mieux voir des pancartes menaçantes : « Private
property. No trespassing. Keep out ! All tresspassers will be
prosecuted ». A quoi ça rime d'avoir des terrains qui
s'étendent sur des centaines de kilomètres ? Maintenant que je
me rappelle, Jean Béliveau qui a fait un tour du monde à pied s'en
plaignait. Il ne trouvait jamais un endroit où se poser. Si vous
voulez dormir, c'est à l'hôtel ou dans un terrain de camping,
parqué. Sinon il reste les parcs nationaux mais il faut un permis.
Bref, où que l'on regarde on a des barrières autour. Pas étonnant
que les routes soient jalonnées de kangourous écrasés, les pauvres
n'ont que là ou aller. C'est vraiment un côté de l'Australie
rédhibitoire pour moi. Je rêve d'un pays dont les terres
n'appartiennent à personne et où l'on soit libre d'aller et venir.
On n'a pas trop à se plaindre pour ça en Europe, si on omet les
zones urbanisées. Finalement, après avoir essayé des champs de
canne à sucre, délogé par des allées et venues incessantes
d'engins agricoles, j'ai fini par trouver un chemin de terre qui
menait je-ne-sais-où, dont l'un des côtés n'était pas clos. C'est
là que j'ai réussi à trouver un coin où poser la tente, à la
nuit tombante, me privant de ce fait d'un dîner qui a été résumé
à des noix, des abricots secs et des biscuits, faute de lumière. Et
encore j'ai eu de la chance de trouver ça !














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