Pages

Translate

lundi 28 octobre 2013

Dunk Island


Hier soir, devant mon blues d'Hinchinbrook, je suis allé dîner dans un parc national à l'orée de Mission Beach. C'est par là que l'on arrive en venant de la Bruce Highway. C'est un coin de jungle dédié à la protection du casoar, oiseau issu de la préhistoire, dernier de son espèce à avoir survécu. Sa taille est celle d'un homme debout et il est en voie d'extinction. Seulement 1500 à 2500 individus sont estimés vivre dans le nord du Queensland, leur seul territoire. Ils doivent faire face à une disparition de leur habitat à cause des activités humaines mais aussi des cyclones qui, en endommageant la végétation et plus particulièrement les arbres, les prive d'un fruit dont ils raffolent. Il existe quelques 70 essences d'arbres qui se reproduisent d'ailleurs uniquement grâce à eux, le casoar étant le seul animal qui peut avaler tout rond leurs gros fruits et excréter ensuite la noix entière qui s'en trouve fertilisée et prête à germer. 
Muggy Muggy Beach
Mais il n'y a pas que les cyclones, les casoars finissent aussi bien souvent heurtés par les voitures au petit jour. C'est pour cela que la vitesse est ici limitée à 60 km/h. La côte s'appelle d'ailleurs par ici Cassowary Coast. Je ne suis pas allé dans ce parc dans le but principal de rencontrer la bête - vu le peu d'individus qu'il existe, je n'ai pas beaucoup de chance d'en rencontrer - mais plus pour me retrouver dans la jungle et faire une transition entre Hinchinbrook et un retour à la civilisation. Et ça a marché. Bien que je n'aie pas pu y dormir car il est interdit d'y passer la nuit, ce matin je me suis levé de bon pied, prêt pour de nouvelles aventures. J'avais trouvé un petit coin sur la plage, dépassé les dernières habitations.
A Mission Beach, il y a quelque chose qui frappe, ce sont les kangourous. Ils pullulent. Ils sont dans tous les jardins, et pas seulement un ou deux mais chaque fois par dizaine. 
Les gens n'y prêtent guère attention, vaquant dans leur jardin à tailler les plantes ou à préparer le barbecue pendant que les kangourous sont à quatre pattes en train de brouter leur gazon... ou leurs chères plantes. Les kangourous sont toujours aussi croquignolets, il y en a des très grands, presque d'une taille humaine, et quand je passe ils se dressent sur leurs pattes de derrière comme s'ils se mettaient au garde à vous. Ce matin, ma voiture les a fait fuir et il y en a un qui m'a doublé alors que je roulais à 40. Ça va vite en plus comme engin !
Aujourd'hui, j'ai décidé de passer la journée à Dunk Island qui se trouve seulement à 10 mn de bateau de Mission Beach. Il y a un bateau taxi qui se prend du village de Wongaling. Mission Beach est en fait une zone côtière regroupant plusieurs baies qui disposent chacune d'un village, tous sur le même modèle : une plage longée par une route avec de l'autre côté des pelouses et des maisons aux grandes baies vitrées. 
 Dunk Island est une île qui possède un resort, un terrain de camping et un parc national qui couvre la moitié de sa superficie. Un parc national, chic ! Je sens que je vais être bien. J'y aurais bien passé une nuit ou plus, mais le camping, bien que géré toujours par le Queensland Parks and Wildlife Service, se réserve en passant par la direction du resort dont je ne connais pas le nom. De plus d'après le Lonely Planet il est écrit que le camping se situe immédiatement à côté de la jetée, sur un terrain caillouteux. Si ça se trouve, ce n'est peut être pas tip top. Et puis une journée sur l'île sera bien suffisante pour en avoir un bel aperçu.
La réception pour acheter mon ticket se trouve dans la maison de ceux qui possèdent le bateau taxi. Ils font aussi centre de réservations pour des hébergements et activités dans la région. Ils avaient une brochure sur Hinchinbrook que j'ai embarquée. La dame m'a alors dit : « It's very beautiful ». 
Je sais, j'y étais ! Avec le ticket elle m'a remis un plan de l'île avec les différentes possibilités de randonnées. Je vais faire la plus longue, celle de 9 kilomètres qui gravit un mont et traverse le parc national. Ça me rappellera Hinchinbrook. J'ai choisi mes horaires : départ à 9 heures et retour à 15h30, ce qui me laisse largement le temps de faire cette randonnée sans me presser et en piquant une tête de temps en temps dans la mer.
Dunk Island a été lourdement affectée par le cyclone Yasi. Les 4/5e du resort sont fermés depuis maintenant plus de deux ans et offrent un spectacle de baies vitrées éclatées, de toitures envolées, de balcons qui se cassent la gueule, de volets qui pendouillent et de poutres métalliques à nues et rouillées. Ce sont des ensembles de bâtiments à deux niveaux, genre d'usine à touristes faites pour ramasser du fric en vendant des nuits à des prix exorbitants. 
Ça me réjouit de voir tout ça détruit et laissé à l'abandon alors que la nature a résisté hormis quelques cocotiers décapités. Alors, c'est qui le plus fort ? Il y a même une piste d'aérodrome pour riche homme d'affaire pressé et stressé qui est elle aussi restée en l'état depuis le cyclone. La nature reprend peu à peu ses droits sur cette île sauvage et c'est tant mieux, en dépit d'une tondeuse-tracteur qui s'évertue à passer et repasser sur la partie privée de l'île pour faire un jardin à l'anglaise. Pourquoi toujours vouloir dompter la nature ? Laissons là en paix, elle est bien plus belle quand on la laisse faire ce qu'elle veut.
Et pour ça, je suis servi. Après avoir fait un crochet baignade par Muggy Muggy Beach où tout le monde s’est installé, j'ai repris mon sac pour entamer la randonnée, en partant à l'assaut du mont Kootaloo. De retour dans la jungle, avec des gallinacées qui s'enfuient en faisant un scandale, des fougères, des orchidées, des lianes, des troncs couverts de plantes épiphytes, je retrouve un sourire béat. 
Un parc national ne me déçoit jamais. Depuis Magnetic Island, les vrais tropiques sont bel et bien là. Plus je monte vers le nord, plus ça devient luxuriant et plus les cocotiers sont nombreux. C'est un signe. C’est pour ça que je voulais me rendre autour de Cairns au plus vite. Dunk Island a tout de l'image d'Epinal de l’île tropicale : des cocotiers, de la jungle et un banc de sable blanc au bout de l'île. Il ne lui manque qu'un lagon. Mais en fait on est dans le lagon. Sauf qu'on ne voit pas la fin, la grande barrière de corail étant très loin de la côte.
Pour arriver au sommet du mont Kootaloo, le chemin n'arrête pas de partir d'un côté et de l'autre du mont, en faisant le tour, de sorte qu'on ne sait plus où est le nord du sud. Sans vue sur la mer, en plein midi avec le soleil à la verticale, bien malin celui qui pourrait dire où est le nord. 
Le point d'observation du haut du mont offre une vue qui s'étend sur les nombreuses îles autour de Dunk, les Family Islands, allant jusqu'à Hinchinbrook et la côte sauvage au sud de Mission Beach. Le tout avec une eau d'une belle couleur bleue. Tandis que le sentier continue sur la crête de la colline, un mélange surpuissant d'odeur de mimosa et de fruit de la passion embaume l'air, sans que je puisse identifier de quelle plante il s'agit. Les arbres sont si hauts qu'il est impossible de voir s'il y a des fleurs dans les branches. On entend le chant langoureux d'oiseaux qui comme des colombes roucoulent des « ouh ouh » très fantomatiques. Des sauterelles géantes virevoltent dans les airs sur mon passage, ressemblant à des flamants roses en vol avec leurs deux pattes arrières à l'horizontal qui font gouverne. 
Je suis encore rentré dans une toile d'araignée monstrueuse, si grande qu’elle m'a arrêté net dans ma progression. Un vrai filet de pèche d'1m50 de diamètre. J'ai constaté inquiet que sa propriétaire n'était pas là, sans doute détrônée par le choc pour se retrouver sur ma tête ou le dos, prête à piquer. Je me suis secoué dans tous les sens. Rien. Elle avait dû partir vaquer.
Un peu plus loin, j'ai été surpris par un papillon géant, vert métallisé, qui est venu se poser sur une branche juste à côté de moi, et a repris son envol aussitôt la photo prise. Il a fallu que je réagisse vite. Ce qui n'est pas si facile car désormais mon moulin à poivre a rendu l'âme. A force de forcer, les rouages intérieurs ont lâché, ce qui me laisse du coup tout loisir de tourner le zoom comme je veux. Il est devenu tout mou. Sauf que la mise au point automatique n'est plus possible. Il faut que je la fasse à la main. Pour un sujet pris au téléobjectif c'est très délicat car un sujet peut paraître net dans le viseur et être flou sur la photo, en raison de la profondeur de champ très faible à cette focale.



De retour sur la plage devant la jetée, un couple de campeurs s'est installé dans un coin au bord de l'eau, à l'ombre d'un bel arbre avec des tables et bancs pour manger. Ils sont très bien et je les envie un peu. Au passage, je les ai reconnus, c'est ceux que l'on avait récupérés avec leur kayak en rentrant des Whitsundays. Aujourd'hui ils sont en mode combinaison d'homme grenouille. Le coin est absolument merveilleux pour camper, l'île est quasiment déserte car le coin du resort occupé ne compte qu'une dizaine d'appartements situés plus loin, que l'on ne voit pas d'ici. En plus il y a des sanitaires avec eau chaude où j'ai pu me laver vraiment, première fois depuis l'auberge sur Magnetic Island. Une douche chaude à l'eau douce fait toujours autant de bien, ce sont mes moments de luxe.
Alors que j'attendais le bateau taxi et que je regardais la tente au bord de l'eau, je me suis soudainement demandé pourquoi je devais rentrer. Ne serais-je pas mieux là à passer plusieurs jours que de me retrouver plongé dans un pays de problèmes, surpeuplé et plongé dans le froid et la grisaille ? D'autant que le travail ne m'attend pas. J'ai réalisé que j'avais un an pour m'inscrire au chômage, ce qui me laisserait un an pour rester dans le coin, aller en Indonésie ou ailleurs. Seulement j'ai mon voyage en Namibie planifié, ainsi que des escapades au ski, alors... C'est dommage car j'aurais vraiment pu remettre ça, un tour du monde improvisé cette fois et inattendu.
A 15h30, deux personnes manquaient à l'appel ; après les avoir attendues 10 minutes en patrouillant des deux côtés de l'île pour voir si l'on n'apercevait pas les deux retardataires, le capitaine a décidé de les abandonner à leur sort. Peut être va-t-il déclencher des recherches de retour à Mission Beach. Quant à moi, comme il était encore tôt, j'ai pu utiliser le reste de la journée pour me rendre à l'office du tourisme qui dispose d'un centre internet, et ainsi réserver mes prochaines nuits dans les parcs nationaux. Demain ce sera un camping dans le parc national de Wooroonooran, sur le chemin du trek de Battle Frere, au delà des chutes de Joséphine. C'est le coin que m'a recommandé Séverine, me promettant une jungle à couper le souffle. Battle Frere culmine à plus de 1600 mètres, je vais m'y arrêter avant le sommet, à la moitié environ. Ce sera bien suffisant. Pour les jours d'après, j'ai réservé aussi dans différents parcs à l'ouest de Cairns, au milieu de cascades et de lacs, me permettant ainsi de contourner la ville avantageusement.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...