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vendredi 11 octobre 2013

Back to the East !

Déjà Kuala Lumpur!

Quoi de mieux qu'une grève pour quitter le cœur léger un pays vers de nouveaux horizons plus excitants ? Nous sommes au jour 1 de ma nouvelle vie et pour la commencer je reprends là où j'étais resté il y a près de deux ans. Un retour en forme de continuité. Qui a bien failli de ne pas voir le jour. Pour que mes rêves restent éveillés et que je reste fidèle à mon serment fait en mai 2012, j'ai dû quitter mon job. Il était temps pour moi de m'en défaire. Un carcan de plus dont je me libère. Ce matin je voyais les gens exaspérés dans le RER pour qui c'est le lot quotidien et qui ne pourront jamais s'en extraire. Je ne sais pas comment ils font. Le courage, je le puise dans la fuite. Mon retour en Australie est donc une forme inattendue de célébration de mon premier jour de chômage. Un chômeur heureux, ça existe !
Ce matin, tout me semble dérisoire et c’est le sourire aux lèvres que j'affronte des murs de problèmes qui semblent se dresser sur mon chemin comme pour m’empêcher de partir. Déjà hier soir, en quittant le bureau de la DRH, privé de badge et mis à la rue comme un SDF, je me sentais incroyablement léger. Plus on m'enlève de choses, plus je suis heureux. Pour la dernière fois j'ai emprunté un tramway bondé, écrasé contre les autres sans pouvoir respirer pendant que des portes essayaient désespérément de se fermer, coupant à moitié des gens en deux. S'ils avaient pu se crever les yeux pour entrer ils l'auraient fait. A la place, je regardais le toit, comme si je flottais au dessus de tout ça. C'est étonnant comme le cerveau humain peut interpréter une même situation sous des angles différents. D'ordinaire j'aurais été là à ronger mon frein comme tous les autres. Mais savoir que c'est la dernière fois change tout. Il y aurait eu une guillotine au bout, j'aurais été content tout pareil! Aujourd'hui j'ai dû vider mon sac bien rangé à cause d'une préposée aux contrôles trop zélée qui est restée bloquée sur mon brûleur de réchaud et qui a dû demander du renfort à une responsable qui a tournicoté l'engin sous tous les angles pendant que je leur disais que je ne voyais pas comment je pourrais détourner un avion avec ça ! Ça m'a pris un bon quart d'heure à ranger et au lieu d'excuses, j'ai eu droit à un « voilà ce qui arrive avec les sacs fourre-tout, c'est pas pratique ». Et elle elle s'est vue, elle se croit pratique peut être ?
En tout cas me voilà dans l'avion pour Kuala Lumpur et c'est bien le principal. J'aurais bien fait une halte pour sauter à Koh Tarutao mais je crois avoir trouvé un petit paradis sauvage similaire en Australie, sur l'île de Hinchinbook. Mais je n'en dis pas plus, vous verrez d'ici peu... si je ne me fais pas dévorer par un crocodile avant ! Les avions c'est bien sauf qu'on ne sait jamais où l'on est ni quelle heure il est. Je me sens perdu dans un vide spatio-temporel. Ils nous ont obligé à fermer les volets dès 14 heures, sans doute espérant ainsi que notre arrivée matinale en Malaisie nous trouve pimpants. Mais qui peut avoir envie de dormir à 14 heures ? Depuis je suis dans le noir, à me tortiller sur un siège à attendre que ça passe. Seulement 8 heures depuis le départ. 20H57 en France, ici je ne sais pas et en Malaisie non plus. Tout à l'heure j'ai fait un tour à l'arrière et j'ai aperçu à travers un hublot givré des lumières qui scintillaient en dessous. Une ville qui vit sa vie, je ne fais que passer, intrus invisible dans un monde qui n'est pas le mien.
Je ne sais toujours pas si j'aime l'A380 ou non. Entre nous c'est un peu je t'aime moi non plus. Le seul avantage que je lui trouve c'est son isolation des bruits extérieurs. Pour la troisième fois que je le prends, je n'entends toujours pas les réacteurs, seul le souffle du vent qui vient caresser la carlingue pendant que nous fendons l'air. Ce qui permet de mieux entendre les gamins brailler... J'ai dû changer de place en raison d'une famille qui voyageait avec leur rejeton sur 6 genoux qui servaient de matelas pendant que la chose se contorsionnait sans que rien ne puisse la calmer. L'A380 c'est une usine à voyager. Un truc moderne, mais de masse, je crois que je préfère le petit coucou qui m'avait amené à Maupiti et son aéroport sans sol. On va dire que je me plains, mais je trouve que Malaysia Airlines ne mérite pas son classement dans les 5 meilleures compagnies au monde. Tous les films sont en anglais sans sous titre ou quand il y en a, c'est en Arabe ou Chinois. Ils auraient au moins pu mettre des sous titres anglais, ça ne coûtait pas plus cher. Du coup j'ai dû me rabattre sur les deux seuls films sous titrés en anglais de la sélection : un film français et un film espagnol. Et les boissons, une grande première : de l'eau du robinet, et pas n'importe laquelle, celle de Paris, vous savez, celle que d'autres ont bu trois fois déjà avant vous. Je la reconnais entre mille avec son goût subtil et délicat. En en-cas on a eu aussi droit à une boîte à malice avec des biscuits sucrés avec un arrière goût de marée, des cacahuètes reconstituées en forme de smarties vertes, rouges ou bleues ainsi qu'un petit sachet de fruits secs qui étaient en fait du poisson séché ! Mais c'est pas grave, y a qu'à dormir. Sauf que quand ça ne veut pas venir, ça ne vient pas. Surtout avec deux femmes derrière qui parlent fort sans une seconde de répit et qui exaspèrent tout le monde avec leurs « moi je » et leurs histoires de bureau, à croire que sans travail on n'a plus rien à dire. La preuve ! Bon, on verra dans quel état je serai en arrivant à Brisbane. Mais ce n'est pas pour tout de suite, je vais remettre mon casque pour me remettre dans ma bulle...

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