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| Zoe Bay |
Le camp de Zoe Bay en
bordure de mangrove était un repère de moustiques voraces que seul
mon spray spécial forêt profonde est parvenu à faire déguerpir.
Ils me tournicotaient autour, piquant tête la première vers ma
peau, avant de faire demi-tour, étonnés de ce qui se passe. Il y en
avait des nuées entières donc je peux vous certifier que les sprays
de moustique à base de DEET, une molécule chimique hautement
toxique marche très bien. Le mien est surdosé, à 25% de principe
actif. Avec un tel degré, il faut bien éviter les contours d'yeux
et de bouche. Mais c’est le prix à payer pour la tranquillité.
Séverine qui est passée devant ma tente n'a pas pu rester très
longtemps discuter, se tapant les chevilles tout le temps, sidérée
que je campe là alors que l'endroit où tout le monde s'est mis a
bien moins de moustiques.
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| Zoe Bay depuis Zoe Falls |
Mais je préfère mon petit calme, là bas
ils sont tous ensemble, essayant de bâtir une nouvelle société de
rescapés. Moi je reste rebelle jusque dans l'aventure. Les
moustiques sont là, et alors, c’est leur territoire. D’ailleurs
grâce à eux j'ai passé une très bonne nuit. Aucun bruit de
bestiole qui gratte sous les feuilles, aucun oiseau persifleur, la
faune était aux abonnés absents. Pas fous, les animaux avaient
déguerpi de là. Je n'ai même pas eu droit à la visite d'un
crocodile.
Ce matin, le ciel était
très couvert mais dans le coin le temps change très vite, de sorte
qu'un rayon de soleil n'a pas tardé à éclairer la scène, encore
plus divine avec les montagnes dans une écharpe de nuages noirs. Je
me suis mis en route vers 8 heures, direction la cascade que j'ai
remontée par un petit passage où l'on doit grimper à l'aide d'une
corde à nœuds.
Le paysage d'en haut est grandiose, avec une vue
surplombant Zoe Bay. Puis le sentier passe à travers une zone
d'éboulis qui longe le torrent, avec des rochers rosés par dessus
lesquels il faut passer ou que l'on contourne, gagnant les hauteurs
de plus belle. Sur ce versant la végétation est plus dispersée,
plus rare aussi, constituée de genre de brandes, de petits plants
d'eucalyptus n'excédant pas 5 mètres de haut et d'une espèce de
pins à longues aiguilles avec des pommes de pin de la taille d'un
ongle de riquiqui. Il y a aussi des herbes qui croissent en touffes
épaisses, très effilées, comme des aiguilles, et qui font des
cheveux de sorcière qui grattent les mollets.
C'est par un tel paysage
que l'on atteint un col où l'on peut jouir d'une vue qui va jusqu'à
Ramsay Bay, en contrebas de Mont Bowen et de son frère The Thumb que
l'on voit à présent par la tranche sud-est, presque de profil.
Le
sentier redescend ensuite, pas très droit, très tord cheville par
la présence de racines qui rendent la progression peu aisée, me
cognant un genou ou bien laissant une croc dans une racine,
continuant avec un pied à l'air. Comme j'ai décidé de faire la
randonnée en 5 jours et non 4 et que j’avance au même rythme que
tout le monde, j'ai décidé ce soir de m’arrêter avant Mulligan
Falls qui est en principe le point d'arrêt obligé pour la dernière
nuit de ceux qui font le trek dans le temps recommandé. Mais juste
avant Mulligan Bay, il y a une autre baie que l'on peut voir sur la
gauche, Sunken Reef Bay, où l'on peut aussi camper bien qu'une autre
carte mentionne que c'est uniquement réservé aux kayakistes.
Qu'importe, je ne suis pas censé avoir cette carte, et puis aucun
ranger ne passe ici pour vérifier quoi que ce soit. Dès lors qu'on
ait le permis, c'est tout ce qu'ils demandent. D'ailleurs, n'espérez
pas prendre le bateau pour Hinchinbrook si vous n'avez pas le permis,
celui ci vous sera demandé comme justificatif dès la réservation.
Il y a un problème,
c'est que si je dors à Sunken Reef, il me faut absolument de l'eau
pour tenir l'après midi et ce soir. Hors, la carte ne mentionne
qu'un seul point d'eau sur la plage et je sais d'expérience que les
cours d'eau qui arrivent sur les plages s'assèchent en chemin. Tous
les points d'eau jusqu'à présent ont toujours été sur les
hauteurs, la palme revenant à Zoe Bay où il faut aller jusqu'aux
cascades par une marche de 10 minutes pour en avoir. Il y a une
plante fourbe que je déteste car en plus de feuilles au demeurant
ravissantes, en forme de palme, elle fait des lianes très fines
qu'on ne voit quasiment pas, comme des tiges retombantes, jusqu'à ce
qu'on reste accroché à l'une d'entre elles. En effet, les tiges
sont pourvues de crochets anti retour, comme des hameçons, qui vous
agrippent au passage et dont il est impossible de se défaire, sinon
en déchirant ses vêtements ou sa peau ; car quand on
s'aperçoit qu'on est pris dedans, on continue sur sa course et c’est
déjà trop tard, la plante nous ayant comme pris au lasso.
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| Diamantina Creek |
Je ne
sais pas pourquoi elles est aussi méchante avec les animaux. En tout
cas elle m'a valu d'avoir la cheville ensanglantée au niveau d'une
dizaine de crochets sur une plaie de 5 centimètres qui pisse le sang
avec les crochets restés coincés à l'intérieur. Saloperie !
En arrivant sur la plage
de Sunken Reef, mes pires craintes se seront avérées véridiques.
J'ai arpenté la plage d'un côté à l'autre, même constat. Il y a
bien de l'eau, mais ce sont des restes de temps fastes qui depuis se
sont transformés en trous d'eau sombre et stagnante à la surface
desquels des araignées d'eau patrouillent. La plage de plus est une
plage de désolation avec des arbres déracinés, des détritus, des
bouteilles d'eau, des bidons et des tongs en nombre. Pas de trace de
camping non plus. Mais ce n'est pas grave, je peux très bien dormir
n'importe où, dommage que la plage soit battue par les vents, je
vais devoir dormir dans l'intérieur.
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| Mulligan Bay en vue |
Par contre, chose positive,
avec ma bouteille d'eau d'un litre qui était toujours vide, j'ai pu
compléter la collection avec les plus belles bouteilles vides de la
plage, que j'ai nettoyées au passage. Ensuite je me suis mis en
route pour aller collecter l'eau stagnante, dans l'idée de la faire
bouillir. Pour ce faire, j'ai dégoté un endroit un peu protégé,
dans le sable et j'ai disposé des pierres pour faire un foyer et
mettre ma casserole dessus. Pas question de risquer de vider ma
bonbonne de gaz dans l'expérience inédite de détoxification de
l'eau. Je ne sais même pas si la faire bouillir sera suffisant car
elle sent la vase et elle a une couleur verdâtre, cela en dépit du
fait que j'ai utilisé un morceau de tissu pour faire filtre avant de
faire entrer l'eau dans la bouteille. L'opération ébullition c'est
avérée laborieuse. Déjà dans la gamelle je n'ai pu mettre que la
moitié d'une bouteille d’eau, ensuite elle ne voulait pas
bouillir, le foyer prenant et s’éteignant aussi tôt.
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| Le camp à Mulligan Falls |
Le bois ne
voulait pas brûler, aussi j'ai tout fait aux feuilles d'eucalyptus
et d'une autre plante, roulée, qui s'embrasait de peur mais durait
l'instant d'un feu de paille. Dans l'expérience je me suis brûlé
les poils et les doigts, ayant des retours de flamme impromptus
chaque fois que j'essayais de rajouter une feuille. Sans compter que
je devais souffler tout le temps sur les braises pour que ce que je
venais de rajouter prenne, m'asphyxiant au passage pendant que les
cendres volaient à la surface de l'eau dans la gamelle, au milieu de
nuées de fumée qui allaient donner un goût de bacon à l'eau.
Quand je me levais pour aller chercher du petit bois, la tête me
tournait et je voyais tout noir, sans doute que j'étais en plus en
train de m'intoxiquer au monoxyde de carbone ou bien par des fumées
de plantes narcoleptiques. Va savoir.
Au final, il m'a fallu près de
20 minutes pour voir apparaître les premières bulles alors qu'il
faisait une chaleur infernale autour du feu et que je transpirais
plus d'eau que ce que j'étais censé purifier. Bref, bilan des
courses, il faut bien admettre que le rendement était calamiteux et
qu'à ce rythme je n'aurai jamais assez d'eau pour passer la journée.
Sans compter sur le fait que l'eau sentait toujours la vase et que je
pouvais m'intoxiquer pas des composés soufrés qu'elle contenait
sûrement vu l'odeur. Dans ces conditions, le plus sage était
d'abandonner. Tant pis je ne serai jamais un Robinson capable de
transformer une mare à purin en eau claire et limpide ! Mais au
final, le passage par la plage aura eu le mérite de me donner des
bouteille d'eau supplémentaires que je vais pouvoir remplir à
loisir sans avoir à me soucier à présent d'où est rendu le niveau
dans ma gourde.
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| Mulligan Falls |
J'ai donc repris le
sentier dans l'autre sens, pour arriver à l'embranchement qui permet
de rejoindre le Thorsborne Trail et les chutes de Mulligan. Mais que
l'ascension depuis la plage a été éprouvante ! Je n'ai plus
une goutte d’eau et jamais je n'ai autant sué. Pourtant je suis
toujours torse nu. Fort heureusement on arrive tout de suite à
Diamantina Creek, où je me suis baigné parmi les écrevisses, en
buvant l'eau à même le cours d'eau comme une baleine ! Le
sentier de randonnée passe vraiment par les plus beaux coins de
l'île ; on dirait qu'il a été spécialement tracé de manière
à avoir les plus beaux points de vue, comme celui qui au détour
d'un virage offre une vue d'aigle sur Mulligan Bay avec Lucinda plus
loin, de l'autre côté de la mer. Lucinda est sur le continent
australien (c'est un continent ou une île en fait ? Je n'ai
jamais su) et c'est la ville par laquelle je vais rentrer en bateau,
avant de prendre un bus qui me ramènera à Cardwell.
J'ai voulu
faire un zoom sur la baie, avec tout un tas d'îles un peu plus loin,
avec un ponton qui fait des kilomètres dans la mer au départ de
Lucinda – une des attractions majeures du coin. Au passage je suis
sûr que du pont on doit avoir une vue imprenable sur Hinchinbrook.
En tout cas pour l'heure mon zoom ne donne rien. J'ai à la place un
moulin à poivre qui fait le même bruit quand j'essaye de
l'actionner. Du coup j'évite, il ne manquerait plus qu'il reste
définitivement grippé sur la position téléobjectif.
Le campement ce soir
n’est pas en bordure de plage. Je pensais qu'il en existait un au
bord de l'eau mais apparemment non. Enfin, j'ai tout le temps demain
pour vérifier ça car il me reste encore une nuit à faire sur
place, que je pourrais passer à George Point, point d'arrivée du
trek mais qui ne dispose pas d'eau. En attendant, le camp est dans un
endroit magnifique, tout en bordure de la cascade. J'ai choisi un
emplacement qui surplombe, sous des eucalyptus, et je vais avoir le
glouglou de l'eau pour me bercer toute la nuit. En plus, il n'y a
même pas besoin de tendre un fil pour étendre mon linge, une liane
est là à disposition, complètement horizontale entre deux arbres.
Et que dire de la cascade ! Elle est magnifique, plein de
piscines naturelles dont certaines sont très profondes. On pourrait
y passer la journée. Il y a aussi une multitude de poissons gros
comme des truites qui font le gendarme dans l'eau. Encore un petit
coin mirifique !











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