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samedi 26 octobre 2013

Hinchinbrook Island : de Zoe Bay à Mulligan Falls



Zoe Bay
Le camp de Zoe Bay en bordure de mangrove était un repère de moustiques voraces que seul mon spray spécial forêt profonde est parvenu à faire déguerpir. Ils me tournicotaient autour, piquant tête la première vers ma peau, avant de faire demi-tour, étonnés de ce qui se passe. Il y en avait des nuées entières donc je peux vous certifier que les sprays de moustique à base de DEET, une molécule chimique hautement toxique marche très bien. Le mien est surdosé, à 25% de principe actif. Avec un tel degré, il faut bien éviter les contours d'yeux et de bouche. Mais c’est le prix à payer pour la tranquillité. Séverine qui est passée devant ma tente n'a pas pu rester très longtemps discuter, se tapant les chevilles tout le temps, sidérée que je campe là alors que l'endroit où tout le monde s'est mis a bien moins de moustiques. 
Zoe Bay depuis Zoe Falls
Mais je préfère mon petit calme, là bas ils sont tous ensemble, essayant de bâtir une nouvelle société de rescapés. Moi je reste rebelle jusque dans l'aventure. Les moustiques sont là, et alors, c’est leur territoire. D’ailleurs grâce à eux j'ai passé une très bonne nuit. Aucun bruit de bestiole qui gratte sous les feuilles, aucun oiseau persifleur, la faune était aux abonnés absents. Pas fous, les animaux avaient déguerpi de là. Je n'ai même pas eu droit à la visite d'un crocodile.
Ce matin, le ciel était très couvert mais dans le coin le temps change très vite, de sorte qu'un rayon de soleil n'a pas tardé à éclairer la scène, encore plus divine avec les montagnes dans une écharpe de nuages noirs. Je me suis mis en route vers 8 heures, direction la cascade que j'ai remontée par un petit passage où l'on doit grimper à l'aide d'une corde à nœuds. 
Le paysage d'en haut est grandiose, avec une vue surplombant Zoe Bay. Puis le sentier passe à travers une zone d'éboulis qui longe le torrent, avec des rochers rosés par dessus lesquels il faut passer ou que l'on contourne, gagnant les hauteurs de plus belle. Sur ce versant la végétation est plus dispersée, plus rare aussi, constituée de genre de brandes, de petits plants d'eucalyptus n'excédant pas 5 mètres de haut et d'une espèce de pins à longues aiguilles avec des pommes de pin de la taille d'un ongle de riquiqui. Il y a aussi des herbes qui croissent en touffes épaisses, très effilées, comme des aiguilles, et qui font des cheveux de sorcière qui grattent les mollets.
C'est par un tel paysage que l'on atteint un col où l'on peut jouir d'une vue qui va jusqu'à Ramsay Bay, en contrebas de Mont Bowen et de son frère The Thumb que l'on voit à présent par la tranche sud-est, presque de profil. 
Le sentier redescend ensuite, pas très droit, très tord cheville par la présence de racines qui rendent la progression peu aisée, me cognant un genou ou bien laissant une croc dans une racine, continuant avec un pied à l'air. Comme j'ai décidé de faire la randonnée en 5 jours et non 4 et que j’avance au même rythme que tout le monde, j'ai décidé ce soir de m’arrêter avant Mulligan Falls qui est en principe le point d'arrêt obligé pour la dernière nuit de ceux qui font le trek dans le temps recommandé. Mais juste avant Mulligan Bay, il y a une autre baie que l'on peut voir sur la gauche, Sunken Reef Bay, où l'on peut aussi camper bien qu'une autre carte mentionne que c'est uniquement réservé aux kayakistes. Qu'importe, je ne suis pas censé avoir cette carte, et puis aucun ranger ne passe ici pour vérifier quoi que ce soit. Dès lors qu'on ait le permis, c'est tout ce qu'ils demandent. D'ailleurs, n'espérez pas prendre le bateau pour Hinchinbrook si vous n'avez pas le permis, celui ci vous sera demandé comme justificatif dès la réservation.
Il y a un problème, c'est que si je dors à Sunken Reef, il me faut absolument de l'eau pour tenir l'après midi et ce soir. Hors, la carte ne mentionne qu'un seul point d'eau sur la plage et je sais d'expérience que les cours d'eau qui arrivent sur les plages s'assèchent en chemin. Tous les points d'eau jusqu'à présent ont toujours été sur les hauteurs, la palme revenant à Zoe Bay où il faut aller jusqu'aux cascades par une marche de 10 minutes pour en avoir. Il y a une plante fourbe que je déteste car en plus de feuilles au demeurant ravissantes, en forme de palme, elle fait des lianes très fines qu'on ne voit quasiment pas, comme des tiges retombantes, jusqu'à ce qu'on reste accroché à l'une d'entre elles. En effet, les tiges sont pourvues de crochets anti retour, comme des hameçons, qui vous agrippent au passage et dont il est impossible de se défaire, sinon en déchirant ses vêtements ou sa peau ; car quand on s'aperçoit qu'on est pris dedans, on continue sur sa course et c’est déjà trop tard, la plante nous ayant comme pris au lasso.
Diamantina Creek
Je ne sais pas pourquoi elles est aussi méchante avec les animaux. En tout cas elle m'a valu d'avoir la cheville ensanglantée au niveau d'une dizaine de crochets sur une plaie de 5 centimètres qui pisse le sang avec les crochets restés coincés à l'intérieur. Saloperie !
En arrivant sur la plage de Sunken Reef, mes pires craintes se seront avérées véridiques. J'ai arpenté la plage d'un côté à l'autre, même constat. Il y a bien de l'eau, mais ce sont des restes de temps fastes qui depuis se sont transformés en trous d'eau sombre et stagnante à la surface desquels des araignées d'eau patrouillent. La plage de plus est une plage de désolation avec des arbres déracinés, des détritus, des bouteilles d'eau, des bidons et des tongs en nombre. Pas de trace de camping non plus. Mais ce n'est pas grave, je peux très bien dormir n'importe où, dommage que la plage soit battue par les vents, je vais devoir dormir dans l'intérieur. 
Mulligan Bay en vue
Par contre, chose positive, avec ma bouteille d'eau d'un litre qui était toujours vide, j'ai pu compléter la collection avec les plus belles bouteilles vides de la plage, que j'ai nettoyées au passage. Ensuite je me suis mis en route pour aller collecter l'eau stagnante, dans l'idée de la faire bouillir. Pour ce faire, j'ai dégoté un endroit un peu protégé, dans le sable et j'ai disposé des pierres pour faire un foyer et mettre ma casserole dessus. Pas question de risquer de vider ma bonbonne de gaz dans l'expérience inédite de détoxification de l'eau. Je ne sais même pas si la faire bouillir sera suffisant car elle sent la vase et elle a une couleur verdâtre, cela en dépit du fait que j'ai utilisé un morceau de tissu pour faire filtre avant de faire entrer l'eau dans la bouteille. L'opération ébullition c'est avérée laborieuse. Déjà dans la gamelle je n'ai pu mettre que la moitié d'une bouteille d’eau, ensuite elle ne voulait pas bouillir, le foyer prenant et s’éteignant aussi tôt. 
Le camp à Mulligan Falls
Le bois ne voulait pas brûler, aussi j'ai tout fait aux feuilles d'eucalyptus et d'une autre plante, roulée, qui s'embrasait de peur mais durait l'instant d'un feu de paille. Dans l'expérience je me suis brûlé les poils et les doigts, ayant des retours de flamme impromptus chaque fois que j'essayais de rajouter une feuille. Sans compter que je devais souffler tout le temps sur les braises pour que ce que je venais de rajouter prenne, m'asphyxiant au passage pendant que les cendres volaient à la surface de l'eau dans la gamelle, au milieu de nuées de fumée qui allaient donner un goût de bacon à l'eau. Quand je me levais pour aller chercher du petit bois, la tête me tournait et je voyais tout noir, sans doute que j'étais en plus en train de m'intoxiquer au monoxyde de carbone ou bien par des fumées de plantes narcoleptiques. Va savoir. 
Au final, il m'a fallu près de 20 minutes pour voir apparaître les premières bulles alors qu'il faisait une chaleur infernale autour du feu et que je transpirais plus d'eau que ce que j'étais censé purifier. Bref, bilan des courses, il faut bien admettre que le rendement était calamiteux et qu'à ce rythme je n'aurai jamais assez d'eau pour passer la journée. Sans compter sur le fait que l'eau sentait toujours la vase et que je pouvais m'intoxiquer pas des composés soufrés qu'elle contenait sûrement vu l'odeur. Dans ces conditions, le plus sage était d'abandonner. Tant pis je ne serai jamais un Robinson capable de transformer une mare à purin en eau claire et limpide ! Mais au final, le passage par la plage aura eu le mérite de me donner des bouteille d'eau supplémentaires que je vais pouvoir remplir à loisir sans avoir à me soucier à présent d'où est rendu le niveau dans ma gourde.
Mulligan Falls
J'ai donc repris le sentier dans l'autre sens, pour arriver à l'embranchement qui permet de rejoindre le Thorsborne Trail et les chutes de Mulligan. Mais que l'ascension depuis la plage a été éprouvante ! Je n'ai plus une goutte d’eau et jamais je n'ai autant sué. Pourtant je suis toujours torse nu. Fort heureusement on arrive tout de suite à Diamantina Creek, où je me suis baigné parmi les écrevisses, en buvant l'eau à même le cours d'eau comme une baleine ! Le sentier de randonnée passe vraiment par les plus beaux coins de l'île ; on dirait qu'il a été spécialement tracé de manière à avoir les plus beaux points de vue, comme celui qui au détour d'un virage offre une vue d'aigle sur Mulligan Bay avec Lucinda plus loin, de l'autre côté de la mer. Lucinda est sur le continent australien (c'est un continent ou une île en fait ? Je n'ai jamais su) et c'est la ville par laquelle je vais rentrer en bateau, avant de prendre un bus qui me ramènera à Cardwell. 
J'ai voulu faire un zoom sur la baie, avec tout un tas d'îles un peu plus loin, avec un ponton qui fait des kilomètres dans la mer au départ de Lucinda – une des attractions majeures du coin. Au passage je suis sûr que du pont on doit avoir une vue imprenable sur Hinchinbrook. En tout cas pour l'heure mon zoom ne donne rien. J'ai à la place un moulin à poivre qui fait le même bruit quand j'essaye de l'actionner. Du coup j'évite, il ne manquerait plus qu'il reste définitivement grippé sur la position téléobjectif.
Le campement ce soir n’est pas en bordure de plage. Je pensais qu'il en existait un au bord de l'eau mais apparemment non. Enfin, j'ai tout le temps demain pour vérifier ça car il me reste encore une nuit à faire sur place, que je pourrais passer à George Point, point d'arrivée du trek mais qui ne dispose pas d'eau. En attendant, le camp est dans un endroit magnifique, tout en bordure de la cascade. J'ai choisi un emplacement qui surplombe, sous des eucalyptus, et je vais avoir le glouglou de l'eau pour me bercer toute la nuit. En plus, il n'y a même pas besoin de tendre un fil pour étendre mon linge, une liane est là à disposition, complètement horizontale entre deux arbres. Et que dire de la cascade ! Elle est magnifique, plein de piscines naturelles dont certaines sont très profondes. On pourrait y passer la journée. Il y a aussi une multitude de poissons gros comme des truites qui font le gendarme dans l'eau. Encore un petit coin mirifique !

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