Dans la plaine peu
abritée où j'ai trouvé refuge hier, le vent qui ne rencontrait que
de pauvres eucalyptus pour lui barrer la route a rendu mon réchaud
peu performant pour le petit déjeuner. Dans ce genre de cas j'ai
l'habitude de placer un bidon d'eau pour faire paravent. Aujourd'hui
c'est la tente qui y passe, pliée en disque et soutenue à la
verticale par le pare-choc de la voiture. Alors que je venais de me
servir le muesli, une bourrasque un peu plus forte que les autres a
fait chavirer la tente sur le bleuet, heureusement éteint. Seulement
il était encore chaud et quand j'ai retiré la tente c'est pour
constater le désastre. Comme elle était pliée en accordéon elle a
de gros trous au niveau du toit, comme ces trucs que l'on fait étant
gosse en découpant dans du papier plié pour faire des gens qui se
tiennent la main ou des forêts de sapins.
 |
| Horseshoe Bay |
Bref, elle est
inutilisable, j'ai même le toit intérieur qui a morflé. Il ne me
reste plus qu'à la jeter. Je voudrais revenir en arrière, ce gendre
de connerie a de quoi agacer. Plus que d'avoir la tente hors d'usage,
c'est le fait de devoir me séparer de la tente qui m'avait suivie
pendant mon tour du monde. Je m'en était bien occupé, remplaçant
la porte intérieure par un tissus en mesh pour une meilleure
aération. Cela m'avait pris deux bonnes hures à coudre à la main.
Je ne suis par chance pas trop dans l'embarras car j'ai emporté une
seconde tente pour le trek sur Hinchinbrook d'ici quelques jours,
plus compacte et légère. Mais c'est une tente qui demande plus de
temps à monter, elle n'a aucun piquet et il faut chercher un morceau
de bois pour faire piquet central puis ramper pour se faufiler dans
la tente. Ce n’est pas très confortable mais incomparable pour le
trek avec son poids de moins de 1 kilo. C'est d'ailleurs plus une
tarp qu'une tente, pour ceux qui connaissent.
Je n'ai dormi qu'à
quelques kilomètres de Bowen. Ça tombe bien, c'est ici que j'ai
prévu de passer la journée avant de m'avancer vers Townsville cet
après midi, d'où je dois prendre le bateau demain pour Magnetic
Island. Pour ne pas recommencer à tournicoter des heures en
cherchant où planter la tente, j'ai pris la décision de dormir
dorénavant dans les campings des parcs nationaux. Il suffit d'aller
sur leur site internet et de choisir son camp. Ce n’est pas très
dur à trouver, il y en a plein partout. L’Australie est friande
pour les parcs nationaux grands comme un mouchoir de poche qui
dépassent rarement les quelques kilomètres carrés, sans doute pour
se targuer d'être un pays aux centaines de parcs nationaux. A
seulement une trentaine de kilomètres de Townsville se trouve
Alligator Creek, située dans le parc national de Bowling Green Bay,
à une encablure de la Bruce Highway.

Réservation faite pour
l'emplacement 14. J'avais le choix parmi les 16 disponibles, personne
n'a encore réservé. Si je pouvais être tout seul...
Bowen, dixit un guide de
voyage, possède les plus belles plages de la région nord de la côte
des Withsundays. C'est vrai. Il faut se rendre au niveau d'un cap où
s’égrènent trois plages reliées entre elles par un sentier de
randonnée : Horsheshoe Bay, Murray Bay et Rose Bay. Horseshoe
Bay où je me suis garé est une plage battue par les vents, petite
crique à l'eau un peu boueuse où des gardes « surf rescue »
surveillent une mer où personne n'est. Ce qui mérite le détour est
en fait le cadre dans lequel s'inscrivent ces plages. Ce sont des
criques enchâssées entre des blocs de rochers aux couleurs rose,
tout dodus, qui évoquent les rochers des îles de la Maddalena en
Sardaigne.

La ville est juste derrière la colline et pourtant c'est
très sauvage et personne n'est ni sur les plages ni sur le chemin,
pourtant très beau alors qu'on est dimanche. Les gens ont préféré
rester à la plage publique, abritée du vent, avec ses filets
anti-méduses, de l'autre côté du cap, avec son gazon vert, ses
tables à pique nique, ses gargotes de vente à emporter, le tout à
3 mètres de la route. C'est tant mieux pour moi !
J'ai jeté la tente
fondue dans une grande poubelle de la plage avant de commencer la
randonnée des trois criques. Après un belvédère d'où l'on jouit
d'une belle vue sur Horseshoe Bay, le sentier descend vers une autre
plage, après un petit kilomètre : Murray Bay. Cette anse est
tout simplement superbe avec ses cocotiers qui ourlent son rivage, la
petite taille de la baie et ses rochers roses.
 |
| Murray Bay |
C'est la photo que
j'avais vue dans mon guide et qui m'avait décidé à venir ici. Qui
plus est, il n'y a pas de route qui y mène les pieds dans l'eau et
seules deux maisons donnent sur la plage, bien cachées en retrait
dans la cocoteraie. Il y a juste deux personnes sur la plage, deux
adolescents en combinaison homme grenouille qui passent leur temps à
pécher sous l'eau, munis d'un harpon. Je me suis installé à
l'ombre d'un filao, content d'avoir trouvé ce petit coin
curieusement si vide pour un dimanche. Les gens ne savent pas à côté
de quoi ils passent. En plus, de par les rochers qui bordent la
crique, celle ci est bien abritée du vent. J'ai amené un peu de
lecture pour déterminer les prochains parcs nationaux où je puisse
m’arrêter en chemin car je me rends compte que je n'ai pas assez
étudié la question. A chaque fois je fais ça au dernier moment.
 |
| Et les feuilles alors? |
Pour la baignade, je fais à chaque fois trois pas au delà du bord
avant de m’asseoir sur le sable sans bouger. Ce sont mes bains
depuis que je suis en Australie. Ce n'est pas trop ma manière de me
baigner mais c’est pour minimiser les chances de rencontrer l'une
de ces créatures foudroyantes. Du coup c’est très chiant, on a
vite froid et je ressors assez rapidement de l'eau, n'y allant au
fond que le temps de me rafraîchir. Alors que je faisais la sieste,
les pensées errant dans un petit paradis de bien être, j'ai été
extirpé de là par des cris de gosses. Une smala qui n'a trouvé
mieux que de s'installer à trois mètres de moi. De l'ombre il y en
avait ailleurs. Ils avaient en tout 7 gamins qui hurlaient à la
mort. Je ne me souviens pas d'avoir été comme ça, ceci dit ils
font bien ce qu'ils veulent mais hors de ma vue et de mes oreilles
c’est mieux. J'aurais été en France j'aurais fait une réflexion
aux parents alors qu'il y a de l'ombre ailleurs mais je me sens un
intrus dans un pays qui n'est pas le mien.
 |
| Rose Bay |
Si ça se trouve ils
viennent tous les dimanche après midi ici et vous savez, les gens se
mettent toujours au même endroit. J'ai donc pris mes cliques et mes
claques. De toute façon il était près de 14 heures et j'avais
encore 150 kilomètres à faire avant de rejoindre Alligator Creek.
Avant de partir, j'ai
poursuivi le sentier qui grimpait à nouveau dans les rochers jusqu'à
atteindre un belvédère d'où l'on pouvait voir Rose Bay et au delà.
Un beau panorama agrémenté sur un angle par un gros rocher tout
rond dont on se demande comment il a été posé là et comment il
fait pour ne pas rouler. On a envie de le pousser. Avant de reprendre
la voiture, j'ai changé d'avis et récupéré dans la poubelle la
tente au milieu des détritus que les gens avaient jeté entre temps
par dessus. En y réfléchissant, je peux encore m'en servir par
temps clair.
 |
| Pademelon |
Il suffit juste que je mette un T shirt ou une serviette
sur le toit intérieur pour empêcher les moustiques d'entrer. Et
cette tente est bien plus facile à transporter en cas d'exil
précipité et forcé au milieu de la nuit.
Depuis que je suis en
Australie, les seuls kangourous que je vois sont ceux sur les bas
côtés des routes. Il y en a tellement que c’est frustrant de ne
pas en voir vivants. Ceux qui sont sur les routes sont complètement
rigides, ils semblent figés dans la position où ils ont été
heurtés. En les déplaçant un peu ils pourraient encore tenir
debout ! Alligator Creek, contrairement à son nom, ne possède
pas de crocodiles qui se baignent dans la rivière qui longe le camp.
Je le croyais naïvement mais il faut bien dire que cela aurait été
surprenant de mettre un camping au milieu des crocodiles.

J'ai été
surpris par le monde qui est là. Sans doute des déçus de la plage
à cause des méduses. Le cours d'eau (creek en anglais, ils
possèdent au passage tous leurs noms et sont indiqués à chaque
fois par un panneau) est rempli de gens occupés à se baigner et de
familles qui achèvent un barbecue sur le bord. Heureusement tout se
petit monde doit dégager pour 18h30, le parc fermant l'accès à
cette heure là et n'autorisant que les campeurs à rester. Hélas je
ne suis pas le seul, depuis ce matin les choses ont changé et j'ai
un groupe bruyant de jeunes français qui est venu à trois voitures
et qui a fait du camp le leur. Mais pas seulement. Car l'endroit
regorge de wallibies, pademelon et autres marsupiaux de la famille
des kangourous qui semblent défiler comme sur un podium, occupés à
farfouiller sous les feuilles d'eucalyptus à la recherche de fruits
secs tombés des arbres.
 |
| Un bébé pas plus gros qu'un rat! |
Il y en a de toutes les tailles. Ils sont
peu farouches et on peut les approcher de très près, sans doute
habitués à la présence de l'homme dans ce coin. J'ai eu ma
revanche ! De beaux portraits de kangourous. Si on ajoute à
cela les kolas apparemment très nombreux sur Magnetic Island, mon
bestiaire sera au complet !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire