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dimanche 20 octobre 2013

De Bowen à Bowling Green Bay National Park


Dans la plaine peu abritée où j'ai trouvé refuge hier, le vent qui ne rencontrait que de pauvres eucalyptus pour lui barrer la route a rendu mon réchaud peu performant pour le petit déjeuner. Dans ce genre de cas j'ai l'habitude de placer un bidon d'eau pour faire paravent. Aujourd'hui c'est la tente qui y passe, pliée en disque et soutenue à la verticale par le pare-choc de la voiture. Alors que je venais de me servir le muesli, une bourrasque un peu plus forte que les autres a fait chavirer la tente sur le bleuet, heureusement éteint. Seulement il était encore chaud et quand j'ai retiré la tente c'est pour constater le désastre. Comme elle était pliée en accordéon elle a de gros trous au niveau du toit, comme ces trucs que l'on fait étant gosse en découpant dans du papier plié pour faire des gens qui se tiennent la main ou des forêts de sapins.
Horseshoe Bay
Bref, elle est inutilisable, j'ai même le toit intérieur qui a morflé. Il ne me reste plus qu'à la jeter. Je voudrais revenir en arrière, ce gendre de connerie a de quoi agacer. Plus que d'avoir la tente hors d'usage, c'est le fait de devoir me séparer de la tente qui m'avait suivie pendant mon tour du monde. Je m'en était bien occupé, remplaçant la porte intérieure par un tissus en mesh pour une meilleure aération. Cela m'avait pris deux bonnes hures à coudre à la main. Je ne suis par chance pas trop dans l'embarras car j'ai emporté une seconde tente pour le trek sur Hinchinbrook d'ici quelques jours, plus compacte et légère. Mais c'est une tente qui demande plus de temps à monter, elle n'a aucun piquet et il faut chercher un morceau de bois pour faire piquet central puis ramper pour se faufiler dans la tente. Ce n’est pas très confortable mais incomparable pour le trek avec son poids de moins de 1 kilo. C'est d'ailleurs plus une tarp qu'une tente, pour ceux qui connaissent.
Je n'ai dormi qu'à quelques kilomètres de Bowen. Ça tombe bien, c'est ici que j'ai prévu de passer la journée avant de m'avancer vers Townsville cet après midi, d'où je dois prendre le bateau demain pour Magnetic Island. Pour ne pas recommencer à tournicoter des heures en cherchant où planter la tente, j'ai pris la décision de dormir dorénavant dans les campings des parcs nationaux. Il suffit d'aller sur leur site internet et de choisir son camp. Ce n’est pas très dur à trouver, il y en a plein partout. L’Australie est friande pour les parcs nationaux grands comme un mouchoir de poche qui dépassent rarement les quelques kilomètres carrés, sans doute pour se targuer d'être un pays aux centaines de parcs nationaux. A seulement une trentaine de kilomètres de Townsville se trouve Alligator Creek, située dans le parc national de Bowling Green Bay, à une encablure de la Bruce Highway.
Réservation faite pour l'emplacement 14. J'avais le choix parmi les 16 disponibles, personne n'a encore réservé. Si je pouvais être tout seul...
Bowen, dixit un guide de voyage, possède les plus belles plages de la région nord de la côte des Withsundays. C'est vrai. Il faut se rendre au niveau d'un cap où s’égrènent trois plages reliées entre elles par un sentier de randonnée : Horsheshoe Bay, Murray Bay et Rose Bay. Horseshoe Bay où je me suis garé est une plage battue par les vents, petite crique à l'eau un peu boueuse où des gardes « surf rescue » surveillent une mer où personne n'est. Ce qui mérite le détour est en fait le cadre dans lequel s'inscrivent ces plages. Ce sont des criques enchâssées entre des blocs de rochers aux couleurs rose, tout dodus, qui évoquent les rochers des îles de la Maddalena en Sardaigne.
La ville est juste derrière la colline et pourtant c'est très sauvage et personne n'est ni sur les plages ni sur le chemin, pourtant très beau alors qu'on est dimanche. Les gens ont préféré rester à la plage publique, abritée du vent, avec ses filets anti-méduses, de l'autre côté du cap, avec son gazon vert, ses tables à pique nique, ses gargotes de vente à emporter, le tout à 3 mètres de la route. C'est tant mieux pour moi !
J'ai jeté la tente fondue dans une grande poubelle de la plage avant de commencer la randonnée des trois criques. Après un belvédère d'où l'on jouit d'une belle vue sur Horseshoe Bay, le sentier descend vers une autre plage, après un petit kilomètre : Murray Bay. Cette anse est tout simplement superbe avec ses cocotiers qui ourlent son rivage, la petite taille de la baie et ses rochers roses.
Murray Bay
C'est la photo que j'avais vue dans mon guide et qui m'avait décidé à venir ici. Qui plus est, il n'y a pas de route qui y mène les pieds dans l'eau et seules deux maisons donnent sur la plage, bien cachées en retrait dans la cocoteraie. Il y a juste deux personnes sur la plage, deux adolescents en combinaison homme grenouille qui passent leur temps à pécher sous l'eau, munis d'un harpon. Je me suis installé à l'ombre d'un filao, content d'avoir trouvé ce petit coin curieusement si vide pour un dimanche. Les gens ne savent pas à côté de quoi ils passent. En plus, de par les rochers qui bordent la crique, celle ci est bien abritée du vent. J'ai amené un peu de lecture pour déterminer les prochains parcs nationaux où je puisse m’arrêter en chemin car je me rends compte que je n'ai pas assez étudié la question. A chaque fois je fais ça au dernier moment.
Et les feuilles alors?
Pour la baignade, je fais à chaque fois trois pas au delà du bord avant de m’asseoir sur le sable sans bouger. Ce sont mes bains depuis que je suis en Australie. Ce n'est pas trop ma manière de me baigner mais c’est pour minimiser les chances de rencontrer l'une de ces créatures foudroyantes. Du coup c’est très chiant, on a vite froid et je ressors assez rapidement de l'eau, n'y allant au fond que le temps de me rafraîchir. Alors que je faisais la sieste, les pensées errant dans un petit paradis de bien être, j'ai été extirpé de là par des cris de gosses. Une smala qui n'a trouvé mieux que de s'installer à trois mètres de moi. De l'ombre il y en avait ailleurs. Ils avaient en tout 7 gamins qui hurlaient à la mort. Je ne me souviens pas d'avoir été comme ça, ceci dit ils font bien ce qu'ils veulent mais hors de ma vue et de mes oreilles c’est mieux. J'aurais été en France j'aurais fait une réflexion aux parents alors qu'il y a de l'ombre ailleurs mais je me sens un intrus dans un pays qui n'est pas le mien.
Rose Bay
Si ça se trouve ils viennent tous les dimanche après midi ici et vous savez, les gens se mettent toujours au même endroit. J'ai donc pris mes cliques et mes claques. De toute façon il était près de 14 heures et j'avais encore 150 kilomètres à faire avant de rejoindre Alligator Creek.
Avant de partir, j'ai poursuivi le sentier qui grimpait à nouveau dans les rochers jusqu'à atteindre un belvédère d'où l'on pouvait voir Rose Bay et au delà. Un beau panorama agrémenté sur un angle par un gros rocher tout rond dont on se demande comment il a été posé là et comment il fait pour ne pas rouler. On a envie de le pousser. Avant de reprendre la voiture, j'ai changé d'avis et récupéré dans la poubelle la tente au milieu des détritus que les gens avaient jeté entre temps par dessus. En y réfléchissant, je peux encore m'en servir par temps clair.
Pademelon
Il suffit juste que je mette un T shirt ou une serviette sur le toit intérieur pour empêcher les moustiques d'entrer. Et cette tente est bien plus facile à transporter en cas d'exil précipité et forcé au milieu de la nuit.
Depuis que je suis en Australie, les seuls kangourous que je vois sont ceux sur les bas côtés des routes. Il y en a tellement que c’est frustrant de ne pas en voir vivants. Ceux qui sont sur les routes sont complètement rigides, ils semblent figés dans la position où ils ont été heurtés. En les déplaçant un peu ils pourraient encore tenir debout ! Alligator Creek, contrairement à son nom, ne possède pas de crocodiles qui se baignent dans la rivière qui longe le camp. Je le croyais naïvement mais il faut bien dire que cela aurait été surprenant de mettre un camping au milieu des crocodiles.
J'ai été surpris par le monde qui est là. Sans doute des déçus de la plage à cause des méduses. Le cours d'eau (creek en anglais, ils possèdent au passage tous leurs noms et sont indiqués à chaque fois par un panneau) est rempli de gens occupés à se baigner et de familles qui achèvent un barbecue sur le bord. Heureusement tout se petit monde doit dégager pour 18h30, le parc fermant l'accès à cette heure là et n'autorisant que les campeurs à rester. Hélas je ne suis pas le seul, depuis ce matin les choses ont changé et j'ai un groupe bruyant de jeunes français qui est venu à trois voitures et qui a fait du camp le leur. Mais pas seulement. Car l'endroit regorge de wallibies, pademelon et autres marsupiaux de la famille des kangourous qui semblent défiler comme sur un podium, occupés à farfouiller sous les feuilles d'eucalyptus à la recherche de fruits secs tombés des arbres.
Un bébé pas plus gros qu'un rat!
Il y en a de toutes les tailles. Ils sont peu farouches et on peut les approcher de très près, sans doute habitués à la présence de l'homme dans ce coin. J'ai eu ma revanche ! De beaux portraits de kangourous. Si on ajoute à cela les kolas apparemment très nombreux sur Magnetic Island, mon bestiaire sera au complet !










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