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vendredi 18 octobre 2013

Whitsunday Island



Ce n'est pas parce que vous avec tout vu de Whitehaven hier – ou presque si on omet le point de vue, ne remuez pas le couteau dan la plaie s'il vous plaît – que j'en ai fini avec cette île. Il y a encore d'autres endroits à explorer, comme Chance Bay qui se trouve au bout d'une balade de moins de 3 kilomètres à travers l'île. Ce matin je me suis fait une frayeur en constatant après avoir remis la tente à son emplacement autorisé que l'appareil photo n'avait pas suivi. Je suis retourné là où j'avais dormi - en bordure de plage pour fuir un groupe de jeunes qui s'était radiné en kayak des sacs plein de bière - en vain. Finalement, alors que j'étais prêt à aller les trouver pour savoir s'ils n'avaient pas trouvé un appareil photo, dans la précipitation de mon exil d'hier soir, j'ai retrouvé l'appareil photo dans la tente. Une chance car d'ordinaire quand je déménage la tente je fais toujours en sorte de la soulever avec le moins d'affaires possibles à l'intérieur question de la ménager. 
Le camping aujourd'hui se vide. Le couple à côté de moi a plié son camp et les jeunes kayakistes s'en vont. L'inconvénient de la sauvagerie – il faut bien qu'il y en ait un – c’est qu'on ne peut pas choisir ce qu'on veut de sauvage de ce qu'on ne veut pas. On a le package complet ou rien ! Et ici il y a le matin et le soir des petits moucherons voraces, les sandflies. Par chance, j'ai pensé à amener mon spray toxique anti-tout acheté à Guam en prévision de Palau.
Le chemin pour Chance Bay se prend tout à côté du camp et débute par un sentier d'interprétation plein de messages sur le parc national, son origine et ce qu'on peut y voir. En fait la première partie est une boucle d'une demie heure à destination des visiteurs de masse qui se déversent des bateaux des excursions à la journée. C’est un truc pour gens qui n'ont pas l'habitude de se retrouver dans la nature et qui n'en connaissent rien. 
Il n'y a donc pas grand chose pour moi à apprendre. On arrive rapidement à un point haut d'où l'on peut apercevoir Whitehaven à travers un pan de verdure et l'autre côté de l'île jusqu'à l'intérieur très luxuriant dominé par un petit mont. Il y a plein de bestioles affolées qui s'enfuient sous mon pas. De gros lézards et iguanes qui doivent maudire la végétation si sèche car question discrétion, on les entend détaler à mille lieux et c’est très facile de localiser là où ils s'arrêtent. Toute à l'heure j'ai fait une partie de cache-cache avec l'un d'entre eux, un truc à la tête toute menue et allongée, doté de grosses pattes qui débordent d'un corps distendu et mal foutu, vert à carreaux crèmes. Il s'en est allé se réfugier autour d'un tronc et jetait un œil pour voir ce que je devenais. Dès que je bougeais, il disparaissait sans que je le voie de l'autre côté du tronc, devançant mes intentions comme s'il pouvait lire mes pensées. Bref, j'ai rapidement jeté l'éponge. On aurait dit qu'il craignait que je lui vole son âme avec mon appareil.



Vous vous souvenez du coup des toiles d'araignées de Conway ? Eh bien aujourd'hui c’est pire. Je suis rentré tête la première dans une toile que je n'ai vu qu'au dernier moment et trop tard. Un truc monstrueux aux fils jaunes et gluants, épais comme du fil de pêche. Devant la taille du truc, je me suis dépêché de me débarrasser de ça avant que son propriétaire ne me trouve et me pique un coin de chair tendre, fâché que je détruise l’œuvre d'une nuit. Je n'ai pas eu longtemps à chercher, en me retournant un peu, j'ai constaté une araignée énorme avec des grosses mandibules, un monstre de 10 centimètres d'envergure, posé sur mon épaule. J'ai fait un bon en l'air, chassant la chose de la main et balayant mon corps de la tête aux pieds comme si d'autres créatures pouvaient être coincées là dedans. Ça peut paraître con mais j'ai eu la frousse. 
On m'avait mis en garde contre les serpents et les méduses mais pas les araignées. D'ailleurs je ne sais pas s'il y en des venimeuses. Dans le doute, je préfère m'en méfier que de leur demander.
La forêt, essentiellement d'eucalyptus se meurt. Aucun jeune arbrisseau ne pousse pour assurer la relève. La place est prise par des arbustes typiquement tropicaux qui vont venir à terme remplacer les eucalyptus présents ici depuis des millénaires. Ça me fait d'ailleurs penser au fait que je n'ai vu aucun cocotier, à part ceux d'Airlie Becah, bien évidemment plantés pour faire plus tropical. Comment se fait-il qu'il n'y en ait pas en Australie ? Certes il n'y en a pas plus en Nouvelle Calédonie, sa voisine toute proche, mais je ne sais pas à quoi c'est dû. Je me demande même pourquoi personne ne pense à en mettre. Ça ne demanderait qu'à pousser. 
Ou alors c'est justement pour préserver leur végétation d'origine. Les australiens sont très stricts avec ça et le long du sentier il y a de curieux tuyaux ronds comme ceux d'une gouttière où l'on est invité à se défaire des graines qui ont pu se déposer sur les chaussures avant de quitter l'île. Pour revenir aux cocotiers, rectification, il y en a un sur Whitehaven, juste à côté du camp, là où tous les bateaux accostent. Sans doute une tentative d'un touriste qui a dû avoir la même réflexion que moi et s'est aventuré à faire un essai...
Sur le sentier on trouve plein de traces, comme celles qu'auraient fait un vélo. Sauf qu'au lieu d'une roue, c'est plus probablement des queues d'iguane qui sont passées par là. Messieurs préfèrent prendre un chemin bien tracé que d'en inventer de nouveaux ! Je n'ai pas vu la plage arriver. Le chemin s’est mis à descendre légèrement puis un panneau directionnel a indiqué « you are here », désignant Chance Bay. Déjà ? J'ai l'impression d'avoir commencé la marche il y a moins d'une demie heure. 
On arrive sur la plage par des plantes de part et d'autres du chemin, aux fleurs blanches qui forment une arborescence. Elle sentent tès bon et sont typique des rivages tropicaux. Je crois me souvenir en avoir vu un peu partout. C'est un peu comme le lys de dunes en climat méditerranéen. L'odeur embaume toute la plage. Et il n'y a personne à part deux catamarans qui mouillent dans la baie. Il y a un camping aussi à Chance Bay. J'aurais pu y dormir, ça doit être très calme, Whitehavent ravissant la vedette à tout le reste sur l'île. Pourtant, Chance Bay a peut être le sable moins blanc que sa voisine mais elle n'a rien à lui envier. Elle a pour elle des collines boisées tout autour, des genres de liserons des sables aux feuilles épaisses et vert tendre qui viennent ramper en lianes sur la plage et des filaos tout près du bord qui offrent une ombre bienvenue. Et que dire de la tranquillité et du silence qui règne ici ? 
Qui plus est, on peut arpenter la plage autant de fois qu'on veut sans jamais se fatiguer, l'anse devant faire quelques centaines de mètres. Comme le sable est moins blanc, la couleur de l'eau perd en nuances par rapport à Whitehaven mais elle invite tout autant à la baignade et à la contemplation. Le sable ici est très léger et le pied s'enfonce profond comme dans du coton, en faisant s'échapper plein de grosse bulles qui remontent le long du corps, procurant par la même occasion un massage.
Je suis content d'être en Australie. Si je n'avais pas pu venir comme ce qui aurait dû être le cas car le boulot avait annulé mes congés, j'aurais vraiment loupé quelque chose. Si j'ai des collègues qui me lisent, voyez ce dont la boîte a failli me priver si je ne l'avais pas quittée à temps. Ça n'a pas été la raison de mon départ mais ça y a contribué un peu, mettant une pierre de plus à l'édifice des griefs. 
Je pense parfois à ceux du projet sur lequel je travaillais avant de partir et qui doivent s'en voir comme je m'en suis vu avant, tournant bourrique. Pour eux ce n'est pas près de s'arrêter. Pour moi c’est fait et quelle délivrance ! Le coin des Whitsundays a tout du pur produit pour compléter ma collection des plus belles plages et avait toute sa place dans mon tour du monde de 2011. Le prochain, dans maintenant moins d'un an sera plus diversifié. C'est plus intéressant d'avoir un voyage qui comporte plusieurs types de paysages. Ce n’est pas qu'on se lasse mais ça évite de s'y habituer et de souffrir des comparaisons. Et puis je me souviens d'une collègue à qui j'avais donné le lien de mon blog à mon retour et qui m'avait dit, comme déçue : « Mais il n'y a que des plages ! ». Ça m'avait un peu vexé...



Dans l'eau il y a des raies qui patrouillent, que l'on voit se déplacer comme des ombres. Déjà hier, j'en avais aperçu une dans le chenal à la sortie de la lagune, sorte de grosse poêle à frire sous marine. Dans un tel endroit on a l'esprit qui vagabonde. On se sent comme un gamin dans son bain, se tripotant les orteils ou se grattant les peaux mortes de la plante des pieds. Alors que j'ai l'horizon pour seule barrière, je pense à la Nouvelle Calédonie, si proche, que je n'ai peut être pas appréciée à sa juste valeur. Avec le temps radieux d'aujourd'hui je suis sûr que mon avis serait différent. Pour un peu je prendrais un avion pour le confirmer. Mais il est vrai que l’accueil à l'aéroport de Nouméa – ou plutôt son non accueil – lui ne changera pas, qu'il fasse beau ou pas, c’est toujours la soupe à la grimace et démerde toi pour sortir de là. Ouvéa, la verrai-je donc jamais ? 
Et puis il y a la Polynésie pas très loin non plus, Samoa et Tongua qui doivent receler bien des trésors. Sans compter la Nouvelle Zélande que je ne rechignerais pas à visiter une nouvelle fois. Et si je me refaisais le tour du monde, cette fois dans l'autre sens ? Être en Australie et devoir m'en retourner dans quelques semaines alors que j'ai fait le plus long du voyage, c’est un peu absurde. Mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie... Quand j'ai réservé mon billet j'ignorais que j'allais changer de vie. A compter du 1er novembre c'est le saut vers l'inconnu. Et le début d'une ère où je ne laisserai à personne ma liberté et mon libre arbitre. « On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie »... Cette phrase atroce résonne à mes oreilles depuis mes 12 ans, lâchée par une professeur de latin, Mlle L., qui m'avait coincé après un cours pour savoir pourquoi j'avais l'air de m'ennuyer autant en classe. 
Je lui avais alors raconté que ce n'était pas un choix mais celui de mes parents. A cela elle avait trouvé de bon ton de lâcher cette réplique qui m'a marqué car elle m'apparaissait absurde et cruelle, sans que je comprenne vraiment cette leçon de vie qu'elle voulait me donner. Un enfant à qui on annonce que la vie est une succession de contraintes, régies dans un monde plein de règles, d'obligations et de limites. Quel avenir ! Ça donne envie de ne pas grandir. A cela j'ai toujours voulu faire front. Et aujourd'hui je lui donne tort à Mlle L. Mlle ; toutes les prof de latin que j'ai eues étaient vieilles filles, c'est un signe. Il faut être un peu spécial pour aimer le latin au point d'en faire son métier. Je n'ai jamais compris l'intérêt d’apprendre une langue qu'on ne parlera jamais. 
Déjà que c'est dur d'en apprendre une, on a que ça à faire d'aller s'enquiquiner la vie ! Sans doute suis je trop pragmatique. Dès lors, qui peut avoir envie de vivre auprès de vieilles biques rigides et résignées à ne pas toujours faire ce qu'elles veulent dans la vie, façon de dire qu'on ne fait pas souvent ce qu'on veut dans la vie. Eh bien moi j'ai décidé que ça change ! Je reprends ma vie en main et dorénavant ce sera moi le patron ! Et qu'importe le prix à payer, dussé-je vivre dans la pauvreté...

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