Je dors presque mieux
dans la voiture que dans la tente. En tout cas je ne me réveille pas
le matin avec de l'eau qui me ruisselle dessus. Et puis, comme le
siège une fois rabattu n'est pas complètement plat au niveau de la
jonction de l'assise et du dossier, je bourre le trou d'un boudin de
vieux T-shirt en finissant par une couche de polaire pour le
moelleux. Ainsi, plus de trou, et une descente de lit bien plane et
légèrement en descente que je compense en garant la voiture avec le
devant légèrement surélevé. Pour éviter d'avoir un trou au
niveau des pieds, j'ai comblé aussi avec le bidon d'eau, le sac de
voyage et les chaussures que j'ai recouverts du tapis de sol, doublé
ou triplé selon les endroits pour avoir quelque chose qui suive le
siège dans la continuité.
Pour la tête, j'ai enlevé le repose
tête et garni le trou entre le dossier et le siège de derrière par
les K-way et le blouson, ce qui me permet d'y poser l'oreiller,
parfaitement au niveau du reste du siège. Je dispose d'un vrai lit
sur toute la longueur du corps, ergonomique même puisqu'il m'épouse
le dos quand je suis allongé, tout en me permettant de dormir sur le
côté voire sur le ventre mais avec une baisse de confort. Je suis
donc devenu un expert de la transformation de la voiture en camping
car. Je devrais faire cela plus souvent, chaque fois que le siège
passager se rabat complètement, ce qui est loin d'être le cas,
beaucoup de voitures étant munies de sièges à inclinaison limitée.
L'inconvénient est aussi que sous contrée chaude, la voiture
devient une vraie fournaise et l'on ne peut pas dormir les fenêtres
ouvertes, sous peine de se faire dévorer par les moustiques ou
cambrioler.
Sans compter que sous les tropiques une averse impromptue
aurait tôt fait d'inonder la voiture. Mais pour les pays froids,
c'est parfait ! Et puis ça évite de plier une tente trempée
le matin qui reste à dégouliner toute la journée sur les sièges.
J'ai dormi tout a côté
d'un site géothermique exploité par des centrales électriques
futuristes toutes d'aluminium qui leur donne un air de vaisseau
spatial. Ça fume de partout et ça sent le soufre à plein nez. Dans
ce décor digne d'une autre planète, se situe un endroit de
solfatares comparable à Seltun. Son nom est Gunnuhver, du nom de la
sorcière fantôme Gunna, qui fut piégée ici par magie avant d'être
ébouillantée. Tout un programme ! Les couleurs sont
incroyables et me rappellent un peu Roturoa en Nouvelle-Zélande. La
Nouvelle-Zélande, encore une fois, autre île volcanique, au climat
plus tempéré toutefois, avec davantage de végétation (y a pas de
mal!).
Mais des similitudes existent. Si vous voulez connaître la
Nouvelle-Zélande, venez déjà en Islande, c'est moins loin.
Pourtant, le film « le seigneur des anneaux » a bien été
tourné en Nouvelle-Zélande alors que le livre a été écrit en sa
basant sur des paysages islandais.
En retournant vers
Keflavik, la route traverse le parc des 100 cratères. En guise de
100 cratères j'en ai vu deux malheureux, le reste étant des coulées
de lave avec des grumeaux qui donnent l'impression d'être des
cratères et qui se jettent dans la mer. C'est un paysage tout de
gris-noir qui ressemble un peu à Lanzarote. Je vous trouve des
comparaisons pour susciter quelques endroits où vous pourriez vous
rendre également et qui valent le coup. On trouve aussi un endroit
fendu d'une faille bien marquée avec un joli panneau qui indique la
séparation entre l'Amérique et l'Europe.
Il y a un pont qui permet
de passer de l'un à l'autre continent en quelques secondes !
Évidemment, pour un peu de tranquillité, mieux vaut venir tôt le
matin, comme moi, pour éviter les foules qui arrivent par bus
entiers pour une excursion depuis Reykjavík sans devoir aller bien
loin.
Mon prochain arrêt
consiste à me rendre au Blue Lagoon, avant là aussi que les
touristes aient envahi la piscine. Ça ouvre à 10 heures, j'y étais
à 10h30. Avant de se garer sur le parking, on est tout de suite mis
dans l'ambiance avec les fossés remplis d'une eau bleue laiteuse
irréelle avec plus loin un étang qui rejoint le Blue Lagoon. Par
contre ici l'eau est à température ambiante. Si vous voulez vous
baigner il faut pénétrer dans le Blue Lagoon, en s'acquittant de 35
euros minimum pour la formule standard qui vous donne droit
uniquement à la piscine et à un casier.
Blue Lagoon n'est pas un
site naturel. Il résulte du déversement des eaux chaudes de la
centrale géothermique qui la jouxte. La couleur particulière de
l'eau est due à de la silice blanche que l'on trouve sur les bords
de la piscine et dans des espèces de marmites sur des pontons dans
lesquelles on peut plonger une louche pour s'en enduire le visage.
Tout le monde dans la piscine a l'air d'un clown, moi le premier !
Ce n'est pas une piscine au sens que son sol est naturel. Il est donc
irrégulier et il y a des endroits où l'on a de l'eau aux mollets et
d'autres où l'on en a au niveau du buste. Mieux vaut donc bien
choisir son endroit car l'air est cinglant, particulièrement
aujourd'hui où il souffle comme un forcené, un peu comme à Hella
avant de me rendre dans le Landmannalaugar.
Il y a un coin où tout
le monde est agglutiné, juste par là où l'eau arrive à 38 degrés
de la centrale par un trou fumant façon geyser. Ailleurs elle est
moins chaude et il vaut mieux faire la planche si l'on veut
bénéficier de la meilleure température, celle ci étant nettement
plus fraîche vers le fond. L'eau a une saveur un peu salée, sans
doute compte tenu de la composition des minéraux qu'elle contient. A
moins que ce soit l'urine des autres personnes. Avec une couleur
trouble et laiteuse comme ça il est aisé de de se soulager sans que
personne ne s'aperçoive de rien. Mais il paraît que c'est de l'eau
de mer. Je ne saurais dire. Les gens restent là des heures à se
raconter leur vie, à rire et à faire la planche. J'ai une touriste
japonaise qui est restée tout le temps où j'y étais les yeux
fermés, la tête reposant sur un rocher.
D'autres ont un verre en
plastique à la main qu'ils peuvent remplir de bière ou de cocktails
à un bar au ras de l'eau où les gens commandent sans avoir à se
lever. Astucieux. Je me demande toujours comment seraient ces
personnes dans leur univers professionnel. Est-ce des tyrans, des
bêtes de travail, des gens qui exploitent les autres, ou bien
sont-ils de ceux qui ont constamment la tête dans le guidon et
oublient la réalité. Je pense à certains collègues taciturnes,
venus des quatre coins de l'Europe pour un projet qui leur vole leur
liberté. Ne seraient-ils pas mieux ici ? Parfois dans le monde
professionnel je me demande si j'ai affaire à des humains ou à des
machines parfaitement conditionnées, bien huilées, qui se
contentent de quelques jours de repos en menant le reste du temps
une vie morose. Moi j'ai tranché, je ne veux plus de ça. Je veux
des Blue Lagoon tous les jours !
Trêve de rêve, il a
fallu que je m'extirpe de là après une heure et demie sans avoir vu
le temps passer, afin d'aller rendre la voiture. J'appréhende un peu
la réaction du loueur à la vue de l'enjoliveur plus aussi joli que
ça. Je me suis garé tactiquement tout contre une autre voiture,
cachant ainsi le côté abîmé. J'ai aussi saoulé le préposé, lui
parlant du vent terrible, question de le déconcentrer dans son
inspection. Puis il est parti avec la voiture, sans doute pour
vérifier que tout fonctionnait parfaitement. Après un moment qui
m'a semblé un éternité, il est revenu sans rien dire, avant de
nous conduire, un couple canadien qui poursuit vers Amsterdam et moi
même à l'aéroport, en conduisant à toute vitesse. Il a très
faim. C'est peut être pour cela qu'il n'a rien vu. Mais qu'en
sera-t-il quand il va nettoyer la voiture ? Une fois qu'on l'a
rendue, est ce trop tard pour réclamer ensuite des sous ?
J'hésite en rentrant à déclarer que j'ai perdu ma carte bleue,
afin de la rendre inutilisable au cas où il voudrait la débiter. On
va voir. La nuit porte conseil.
Finalement je ne suis pas
mécontent de savoir que cette nuit je dormirai dans un vrai lit,
sans avoir à souffrir du froid, du vent ou de l'humidité. Ce qui
m'inquiète un peu pour un voyage au long cours à vélo comme ce que
j'envisage à terme de faire. D'un autre côté je pourrai toujours
m'octroyer des nuits de temps à temps dans des hôtels. Par contre
je suis triste de quitter l’Islande, après en avoir vu à peine un
quart. A l'aéroport je feuilletais un nouveau livre fabuleux,
« Iceland getaway », avec des photos très belles où
l'on voit de temps à autre un personnage dans des lieux incroyables,
ajoutant une dimension qui raconte une histoire.
Le livre fait le
tour de l'île et j'ai envie de l'acquérir pour me donner des idées
sur les régions où me rendre la prochaine fois. Car comme je dis
toujours, un guide de voyage ne sert à rien pour donner des
indications sur des endroits vraiment incroyables et comment les
aborder.
Par exemple j'aurais pu prendre les sandars de Skaftafell en
photo différemment, en m'y rendant à marée descendante, à
l'instar de cette photo d'une femme qui semble marcher sur l'eau avec
en arrière plan la montagne qui me rappelait un peu un far-west
américain. Ah l'Islande ! Elle m'a conquit tout comme la
Norvège quelques mois plus tôt. Je rêve d'y retourner. Si les
destinations que je visite m'appellent à une nouvelle visite, je ne
vais jamais m'en sortir, ce n’est pas comme ça que je vais
découvrir de nouvelles destinations. C'est comme la Crète qui
monopolise tous mes étés depuis 2009, voire plusieurs fois dans
l'été. Il y a toujours quelque chose de différent à y faire.
Alors, au revoir l'Islande, et ce n'est qu'un au revoir, je
reviendrai pour y vivre de nouvelles aventures, espérant d'ici là
évoluer encore pour prendre de meilleures photos en étant plus à
l’affût de inattendu. Et merci de m'avoir ouvert son cœur de feu
qui bat derrière des bras glacés et un souffle puissant. L’Islande
est une terre d’extrême aux éléments en furie, une petite île
qui ne fait pas beaucoup parler d'elle alors qu'elle a beaucoup à
raconter. J'espère l'avoir entendue un peu...











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