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mardi 11 novembre 2014

San Francisco : entre collines et marinas

La baie de San Francisco représente la seule baie sur un littoral de plus de 500 kilomètres au delà de Los Angeles. Les géologues se sont penchés sur ce mystère et ils pensent qu'il y a 650.000 ans une grande rivière provenant des glaciers de la Sierra Nevada creusa un passage jusqu'à la mer qui était à l'époque près de 50 kilomètres plus à l'ouest qu'à l'heure actuelle. A la fin du dernier âge de glace, il y a 10.000 ans, le niveau de la mer monta, remplissant ainsi la vallée creusée par la rivière. La baie de San Francisco était née. Coincée entre vallées glaciaires et une faille tectonique, ce n'est pas très étonnant que la ville ait ce relief si particulier. 
Vue sur Coit Tower depuis Alta Plaza Park
Les collines qui parsèment le cœur de la ville sont une des curiosités qui attirent les visiteurs en nombre. Ajoutez à cela des rues qui grimpent à la verticale des collines et des tramways antiques qui partent à leur découverte, et tout le folklore est là. Certaines collines sont si pentues que les habitants sont dans l'obligation de se garer à la perpendiculaire de la rue, aucun frein à main n'étant assez puissant pour empêcher la voiture de dévaler toute seule la colline. Ma voiture a eu bien du mal à grimper tout en haut de certaines, calant parfois en plein milieu de la côte. On raconte que c'est impossible de se garer à San Francisco et mon guide dissuade de circuler en ville. D'ailleurs c'est une ville où le vélo est roi. Il y en a partout, qui déboulent de chaque rue et que les côtes et pentes abruptes ne rebutent pas.
A ce propos, les rues étant évidemment à l'américaine, elles se croisent en formant des angles à 90 degrés, tantôt avec un feu, tantôt avec un stop. Dès lors, quand on est à un croisement en croix avec quatre stops, qui passe le premier ? Tout le monde se regarde et attend que quelqu'un ose s'engager le premier. Je crois que personne ne sait ce qu'il faut faire. Il faudrait voir ce que dit le code de la route dans ce cas particulier. Priorité à droite ou priorité à celui qui va tout droit ? Je serais tenté de choisir la première solution mais dans ce cas c'est le serpent qui se mord la queue. Avec 4 voitures arrêtées qui se font face, chacune en a une autre à sa droite, ça risque de durer longtemps ! 
Palace of Fine Arts
Pour la priorité à celui qui va tout droit ça ne marche pas si bien. Certains me coupent la route en déboulant de droite alors qu'ils tournent. Bref, la conduite dans la ville est un petit jeu où l'on frôle souvent l'accident, d'autant que ce genre d'intersection arrive toutes les deux rues. Pour l'autre moitié ce sont des feux qui ne sont pas mieux. Ils passent au rouge par un orange qui dure une seconde et les feux sont disposés de l'autre côté du carrefour. Ainsi, si on ne veut pas griller le carrefour, on n'a souvent pas d'autre choix que de piler. J'ai appris un peu à anticiper les feux en regardant ceux des piétons qui, eux, sont prévenus de la durée restante dont ils disposent pour traverser l'autre rue. 
Presidio au fond. Vue de Russian Hill
Ainsi quand je vois qu'il ne leur reste plus que quelques secondes, ça veut dire que mon feu va passer au rouge. Malheur à celui qui traverse alors qu'il ne reste plus qu'une seconde. Dès la seconde zéro, le feu des voitures passe au vert. Il n'y a pas de délai, tout va très vite. Les feux qui sont donc toutes les deux rues ne se suivent pas. Ainsi dès qu'il y en a un qui passe au vert, l'autre passe au rouge. Ça empêche d'aller vite. Ajoutez à cela les stops où on se regarde en chien de faïence et vous comprendrez que conduire à San Francisco n’est pas de tout repos.
Côté stationnement ce n'est pas tellement mieux. Il y a un système incalculable de zones avec différentes réglementations. 
Pour les rues au stationnement gratuit, les panneaux indiquent de telle à telle heure, pour telle ou telle durée maximum, pour tel jour de la semaine, sauf à telle heure où le nettoyage de la chaussé est effectué, sauf telle semaine du mois ou tel jour de la deuxième semaine du mois, avec des zones en plein milieu interdites à l'arrêt et au stationnement, d'autres réservées aux résidents et parfois des inscriptions au sol qui indiquent que certains emplacements sont limités à 10 minutes. Bref c'est un vrai casse tête. Quand on s'arrête il faut lire le panneau au dessus et les exclusions particulières, chercher s'il n'y a pas un autre panneau donnant un contre ordre plus loin avec des flèches rétroactives, regarder au sol s'il n'y a rien écrit, vérifier si le bord du trottoir n'est pas vert ou rouge, qu'il n'y a rien écrit dessus, et enfin regarder les murs des bâtiments qui peuvent indiquer qu'un déménagement est en cours ou que des travaux sont attendus tel jour ou à telle heure. 
Coit Tower et la baie depuis Nob Hill
Déjà que ce n'est pas une mince affaire de trouver une place libre alors quand on est enfin content d'en trouver une, souvent il faut redémarrer après avoir tout inspecté minutieusement. Oh, et j'oubliais : il faut vérifier aussi qu'on n'est pas devant la porte d'un garage. En effet les maisons et immeubles de San Francisco ont presque toutes un garage en rez de chaussée, les habitations ne commençant qu'au premier étage et dépassant rarement trois étages. Ainsi les trottoirs sont des gruyères et plus de la moitié de l'espace est réservé à l'entrée et la sortie des véhicules. Ils ont fait les choses mieux que dans les villes européennes où l'on est obligé de se garer dans la rue. 
Pour les parkings payants, il y ceux de la rue et les privés, des espèces de garages ou d'aires spécialement prévues à cet effet, chacune avec leur tarification propre, elle aussi un casse tête. Il y en a certains qui font payer l'accès uniquement, d'autres l'heure, d'autres la journée et d'autres une période de 24 heures, les tarifs allant de quelques dollars à plusieurs dizaines. Dans ces conditions j'ai boycotté les parkings privés. Pour le parking payant de rue, c’est plus simple, c'est un système de parcmètre. Chaque place a sa machine qui avale pièces et cartes de crédit qu'elle remplace par du temps. Ce n'est pas un système de ticket mais de temps qui marche en compte à rebours.
Fisherman's Wharf
Ainsi quand quelqu'un s'en va, il arrive qu'il n'ait pas consommé tout son temps et si on se gare on peut bénéficier du temps restant qui s’affiche. C'est pratique. Ce n'est bien souvent que quelques minutes mais bien assez pour s'arrêter prendre une photo.
Avec de telles conditions de circulation, je n'ai réalisé que la moitié du circuit que je comptais faire aujourd’hui. On va me dire que je n'avais qu'à prendre les transports en commun. Ça n'aurait pas été mieux. La ville est très étendue, j'aurais perdu beaucoup de temps en attendant les bus et tramways, plus celui de connexion en changeant de ligne et celui passé à bord. Et puis comme ça je suis libre de flâner de colline en colline. 
Je pue des pieds et j'adore ça!
Je suis aussi descendu le long de Fisherman's Wharf. C'est un endroit qui fait village de vacances et qui s'étend au bord d'une marina, façon Dysneyland. C'est plein de galeries, de restaurants et de magasins dans un décor qui fait très carton pâte. Les gens en raffolent et tout le monde se retrouve là pour ne rien faire, un cône glacé à la main, marchant au pas ou au déambulateur pendant que d'autres dégustent des huîtres en terrasse. Pour ce qui me concerne, ce sont les phoques que je suis venu voir. Comme promis ils sont au ponton 39, fidèles au poste. Pourquoi là plutôt que sur un autre ponton, c'est un mystère qui ne regarde qu'eux ! Il y a des phoques qui se font dorer au soleil et aussi des lions de mer, qui se tiennent fièrement, le nez en l'air pendant des heures, semblant prendre une pose dans une posture qui ne doit pas être des plus confortables. 
Ça râle, ça grogne, ça se marche dessus, ça se poursuit pour défendre son petit bout de ponton flottant. Ces pontons étaient destinés à l'origine à l'amarrage des bateaux. Comme ces bestioles ont pris leurs habitudes ici, ces pontons leur sont désormais concédés gracieusement par la municipalité ! Au loin, dans le baie, on voit une île avec un bâtiment très moche dessus. C'est Alcatraz. La fameuse prison où l'on enfermait au XIXe siècle les déserteurs de la guerre de Sécession, les indiens et autres dissidents, avant que Kennedy ne décide de la fermer définitivement en 1963. Il y a des bateaux qui proposent des tours de l'île, le soir étant plus populaire avec une ambiance encore plus lugubre où semblent flotter des fantômes.
Financial District depuis Coit Tower
Au delà, en passant côté est de la ville qui forme une péninsule, on tombe dans le quartier d'affaires, avec des gratte ciels et des tours de formes diverses et variées qui cachent le soleil plus que les séquoias. A leurs pieds on trouve des bâtiments historiques de bois ou art déco qui offrent un contraste très photogénique. Un autre pont permet de relier les banlieues est de San Francisco, avec Berkeley et Oakland juste de l'autre côté. A l’ouest démarrent Mission Street et Market Street, des artères qui desservent le cœur historique de la ville avec Mission Dolores. Je réserve ce coin pour la visite de demain. Pour l'heure j'ai pris mon dîner au supermarché Safeway de Market Street qui dispose d'un choix hallucinant et d'un rayon où l'on se croirait dans une cafeteria, avec des entrées, desserts et plats chauds dont on se sert dans des contenants en plastique avant de passer en caisse. 
C’est très pratique, ça évite de sortir le réchaud et de faire la vaisselle après. Sans compter que ça me sort de mes omelettes qui sont la seule chose que je puisse cuisiner tous les jours en absence de frigo. Je sens que ce Safeway va être mon point de ralliement. D'autant que Geary Street se trouve non loin, une artère qui traverse la ville d'est en ouest et qui me permet de rejoindre le quartier de Présidio où je crèche la nuit, après avoir tourné à la 25e avenue. Ça y est, j'ai pris mes marques, j'avance dans la ville en arrivant à me repérer, ce qui était loin d'être le cas hier !

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