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dimanche 16 novembre 2014

Yosemite Village

Les nuits se suivent mais ne se ressemblent pas à Yosemite. Sans qu'on sache à quoi cela est dû, il y a de fortes fluctuations thermiques selon les nuits. Ce matin, tout était couvert de givre, plongeant les prairies de la vallée dans un paysage digne d'une carte de vœu de nouvelle année. Les troncs, les branches et chaque brin d'herbe étaient recouverts d'une pellicule de glace cristallisée. Cela donne un aspect inédit sur le parc. Je pense aux animaux, les biches, cerfs, écureuils et ours qui doivent endurer toutes les conditions, la neige, la chaleur, la pluie, sans avoir nulle part où se réchauffer et s'abriter. Ils sont bien courageux. 
Ils ont beau avoir une fourrure, ils doivent bien ressentir quand même les différences de température. Ils sont obligés d'être dehors par tout temps, pour chercher la nourriture dont ils ont besoin. C'est pour ça que ça me fait mal au cœur quand je vois une de ces bestioles écrasée sur la route. Tant d'efforts accomplis dans sa petite vie pour finir comme ça après avoir enduré tant d'épreuves...
J'aurais aimé voir Yosemite sous la neige et c’est un peu pour ça que je suis revenu. Mais il fait encore trop doux et le fond de la vallée n'est qu'à un peu plus de 1000 mètres d'altitude. Je pense que la dernière neige doit remonter au début du mois, quand j'étais au lac Tahoe. 
En effet, là où je dors, on peut voir des restes de neige sur le bas côté, bien maigres et en piteux état, que les pluies de jeudi ont fini d'achever. Une nouvelle perturbation est attendue pour mercredi mais j'ai décidé de partir ce jour là. C'est un peu bête sinon de perdre des journées à rouler quand il fait beau. D'ici là ça me laisse encore plusieurs jours pour profiter à fond du parc.
J'ai traîné à nouveau autour du centre des visiteurs où rodent des bestioles en général de bon matin. Pas loupé, les écureuils sont des lève-tôt, toujours impatients de fouiner sous la moindre feuille voir s'il n'y a pas une graine cachée. 
Il y a aussi des gros corbeaux à la plume bien luisante, aussi gros qu'une poule. J'ai lu qu'ils faisaient parti des oiseaux les plus intelligents. J'en ai observé un autour de moi qui cherchait aussi sous les feuilles. Il avait trouvé un papier et pour mieux le déplier il utilisait son bec et une patte pour le coincer. Il a fini par trouver une gland qu'il a commencé à vouloir prendre dans son bec mais le truc était trop gros. Aussi il l'a reposé par terre et s'est servi de son bec comme d'un marteau piqueur pour casser la coque. Plus loin sur la route vers Curry Village il y avait un cerf esseulé qui humait les différents brins d'herbes desséchés, mangeant ce qui lui semblait bon. 
Il marchait sur la piste cyclable, traversant la route pour aller voir de l'autre côté si l'herbe était meilleure. Il est chez lui et il le sait. Pendant ce temps des bouchons se créent. Les voitures s'arrêtent pour le prendre en photo tandis que la navette du parc a stoppé net pour le laisser passer. Mais le cerf fait durer le plaisir. Il hésite, pose au milieu de la route, admire le paysage et regarde les gens passer. Les cyclistes eux aussi freinent brusquement pour ne pas déranger l'animal, manquant glisser sur la piste gelée. Au bout d'un moment, c'est tout un convoi qui le suivait, en restant à distance et se déplaçant à son rythme. Pour ma part j'étais aux premières loges. Hier je voulais voir des bestioles, mon vœu est exaucé !
La pizzeria de Curry Village est fermée pour la saison. On est prié de retourner voir ce qui se passe à Yosemite Village. Ainsi j'ai fini dans le Yosemite Lodge où la réception, fourmillant de toute part, donne l'impression de se trouver au guichet d'une gare. Le truc est un peu luxe et le restaurant du même acabit, avec un menu imprimé sur du papier bien épais en lettres moyenâgeuses. Le moindre plat est à plus de 20 dollars. J'ai donc fini avec mon éternelle omelette. Dans le lodge il y a aussi un centre d'activités qui propose des tours, dont l'un d'eux mène à Glacier Point. On peut choisir de ne prendre un ticket que pour l'aller, revenant au fond de la vallée par le Four Mile Trail qui offre une succession de vues à tomber. 
Remarquez le demi cercle parfait sur la gauche!
Mais il faut débourser 25 dollars. Tant pis donc pour la randonnée. De toute façon, mon dos appréciera. A la place j'ai pris le sentier qui mène tout en haut des Yosemite Falls et qui se prend au niveau du Camp 4, un camping uniquement dédié aux tentes, qui se trouve en bord de route, juste derrière le Yosemite Lodge. Le sentier grimpe raide et en lacets, se dirigeant vers les falaises qui dominent la vallée. Mon but n'est pas d'atteindre la cascade qui de toute façon est asséchée, mais de prendre de la hauteur pour avoir un panorama de la vallée, un peu comme si j'avais fait la randonnée depuis Glacier Point. Seulement le sentier passe sous le couvert d'un bois de chênes verts dont il n'y a jamais de trouée. J'ai donc fait demi tour. 
Le sentier se trouve dans la Wilderness Area et un panneau informe qu'on a le droit d'y camper dès lors qu'on demande un permis et qu'on place sa tente à plus de 40 pas d'un cours d'eau. Tiens, tiens, intéressant. Le Camp 4 ne coûte quant à lui que 5 dollars. Ça pourrait être une alternative à mon exil du soir en me permettant de rester dans le coin. Mais le camping n'a pas d'emplacements dédiés, c'est une vaste aire où tout est partagé et les tentes à touche touche. Et puis ça m’obligerait encore à sortir toute la nourriture du coffre pour la déménager à travers tout le camping jusqu'aux bear-box. Il y a plein de panneaux éducatifs pour aider les gens à prendre conscience du problème des ours. Outre les fameux « Help the wilderness, let them wild », on voit des photos d'un ours avec une pauvre tête, découvert dans une benne à ordure mal fermée où il était venu fouiner sans pouvoir en ressortir. Il y avait marqué « Is this what you want ? ». Si personne n'avait remarqué un ours dans la benne, il aurait fini dans le camion poubelle, compacté et composté. Plus loin il est indiqué que 275 forfaits ont été perpétrés par des ours cette année, causant plusieurs milliers de dollars de dégâts. 25 autres ont fini heurté par des voitures. Tout ça pour dire qu'ils rôdent. A quand une rencontre fortuite ?

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