Les nuits se suivent mais
ne se ressemblent pas à Yosemite. Sans qu'on sache à quoi cela est
dû, il y a de fortes fluctuations thermiques selon les nuits. Ce
matin, tout était couvert de givre, plongeant les prairies de la
vallée dans un paysage digne d'une carte de vœu de nouvelle année.
Les troncs, les branches et chaque brin d'herbe étaient recouverts
d'une pellicule de glace cristallisée. Cela donne un aspect inédit
sur le parc. Je pense aux animaux, les biches, cerfs, écureuils et
ours qui doivent endurer toutes les conditions, la neige, la chaleur,
la pluie, sans avoir nulle part où se réchauffer et s'abriter. Ils
sont bien courageux.
Ils ont beau avoir une fourrure, ils doivent
bien ressentir quand même les différences de température. Ils sont
obligés d'être dehors par tout temps, pour chercher la nourriture
dont ils ont besoin. C'est pour ça que ça me fait mal au cœur
quand je vois une de ces bestioles écrasée sur la route. Tant
d'efforts accomplis dans sa petite vie pour finir comme ça après
avoir enduré tant d'épreuves...
J'aurais aimé voir
Yosemite sous la neige et c’est un peu pour ça que je suis revenu.
Mais il fait encore trop doux et le fond de la vallée n'est qu'à un
peu plus de 1000 mètres d'altitude. Je pense que la dernière neige
doit remonter au début du mois, quand j'étais au lac Tahoe.
En
effet, là où je dors, on peut voir des restes de neige sur le bas
côté, bien maigres et en piteux état, que les pluies de jeudi ont
fini d'achever. Une nouvelle perturbation est attendue pour mercredi
mais j'ai décidé de partir ce jour là. C'est un peu bête sinon de
perdre des journées à rouler quand il fait beau. D'ici là ça me
laisse encore plusieurs jours pour profiter à fond du parc.
J'ai traîné à nouveau
autour du centre des visiteurs où rodent des bestioles en général
de bon matin. Pas loupé, les écureuils sont des lève-tôt,
toujours impatients de fouiner sous la moindre feuille voir s'il n'y
a pas une graine cachée.
Il y a aussi des gros corbeaux à la plume
bien luisante, aussi gros qu'une poule. J'ai lu qu'ils faisaient
parti des oiseaux les plus intelligents. J'en ai observé un autour
de moi qui cherchait aussi sous les feuilles. Il avait trouvé un
papier et pour mieux le déplier il utilisait son bec et une patte
pour le coincer. Il a fini par trouver une gland qu'il a commencé à
vouloir prendre dans son bec mais le truc était trop gros. Aussi il
l'a reposé par terre et s'est servi de son bec comme d'un marteau
piqueur pour casser la coque. Plus loin sur la route vers Curry
Village il y avait un cerf esseulé qui humait les différents brins
d'herbes desséchés, mangeant ce qui lui semblait bon.
Il marchait
sur la piste cyclable, traversant la route pour aller voir de l'autre
côté si l'herbe était meilleure. Il est chez lui et il le sait.
Pendant ce temps des bouchons se créent. Les voitures s'arrêtent
pour le prendre en photo tandis que la navette du parc a stoppé net
pour le laisser passer. Mais le cerf fait durer le plaisir. Il
hésite, pose au milieu de la route, admire le paysage et regarde les
gens passer. Les cyclistes eux aussi freinent brusquement pour ne pas
déranger l'animal, manquant glisser sur la piste gelée. Au bout
d'un moment, c'est tout un convoi qui le suivait, en restant à
distance et se déplaçant à son rythme. Pour ma part j'étais aux
premières loges. Hier je voulais voir des bestioles, mon vœu est
exaucé !
La pizzeria de Curry
Village est fermée pour la saison. On est prié de retourner voir ce
qui se passe à Yosemite Village. Ainsi j'ai fini dans le Yosemite
Lodge où la réception, fourmillant de toute part, donne
l'impression de se trouver au guichet d'une gare. Le truc est un peu
luxe et le restaurant du même acabit, avec un menu imprimé sur du
papier bien épais en lettres moyenâgeuses. Le moindre plat est à
plus de 20 dollars. J'ai donc fini avec mon éternelle omelette. Dans
le lodge il y a aussi un centre d'activités qui propose des tours,
dont l'un d'eux mène à Glacier Point. On peut choisir de ne prendre
un ticket que pour l'aller, revenant au fond de la vallée par le
Four Mile Trail qui offre une succession de vues à tomber.
![]() |
| Remarquez le demi cercle parfait sur la gauche! |
Mais il
faut débourser 25 dollars. Tant pis donc pour la randonnée. De
toute façon, mon dos appréciera. A la place j'ai pris le sentier
qui mène tout en haut des Yosemite Falls et qui se prend au niveau
du Camp 4, un camping uniquement dédié aux tentes, qui se trouve en
bord de route, juste derrière le Yosemite Lodge. Le sentier grimpe
raide et en lacets, se dirigeant vers les falaises qui dominent la
vallée. Mon but n'est pas d'atteindre la cascade qui de toute façon
est asséchée, mais de prendre de la hauteur pour avoir un panorama
de la vallée, un peu comme si j'avais fait la randonnée depuis
Glacier Point. Seulement le sentier passe sous le couvert d'un bois
de chênes verts dont il n'y a jamais de trouée. J'ai donc fait demi
tour.
Le sentier se trouve dans la Wilderness Area et un panneau
informe qu'on a le droit d'y camper dès lors qu'on demande un permis
et qu'on place sa tente à plus de 40 pas d'un cours d'eau. Tiens,
tiens, intéressant. Le Camp 4 ne coûte quant à lui que 5 dollars.
Ça pourrait être une alternative à mon exil du soir en me permettant de rester dans le coin.
Mais le camping n'a pas d'emplacements dédiés, c'est une vaste aire
où tout est partagé et les tentes à touche touche. Et puis ça
m’obligerait encore à sortir toute la nourriture du coffre pour la
déménager à travers tout le camping jusqu'aux bear-box. Il y a
plein de panneaux éducatifs pour aider les gens à prendre
conscience du problème des ours. Outre les fameux « Help the
wilderness, let them wild », on voit des photos d'un ours avec
une pauvre tête, découvert dans une benne à ordure mal fermée où
il était venu fouiner sans pouvoir en ressortir. Il y avait marqué
« Is this what you want ? ». Si personne n'avait
remarqué un ours dans la benne, il aurait fini dans le camion
poubelle, compacté et composté. Plus loin il est indiqué que 275
forfaits ont été perpétrés par des ours cette année, causant
plusieurs milliers de dollars de dégâts. 25 autres ont fini heurté
par des voitures. Tout ça pour dire qu'ils rôdent. A quand une
rencontre fortuite ?








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