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lundi 17 novembre 2014

Yosemite : Vernal Fall

Il y a une grande différence de température selon l'endroit où l'on se situe dans le parc. Bien que je dorme 2000 pieds plus haut que le fond de la vallée, chaque matin je retrouve la vallée couverte de givre tandis que plus haut, à Yosemite West il ne gèle pas du tout. Ça doit sans doute être dû à l'humidité apportée par la rivière Merced conjuguée à une vallée encaissée où le soleil ne pénètre presque jamais au niveau de Curry Camp, bien embêté pour passer au dessus de Sentinel Dome et ses 2476 mètres au niveau de Glacier Point. Curry Village est le point le plus froid de tout Yosemite. Les flaques d'eau y sont gelées toute la journée durant, même en plein après midi. 
Tout comme hier cela donne un paysage couvert de givre du plus bel effet. Je cherche un cerf aux naseaux fumants pour compléter le tableau mais à cette heure là du matin ils doivent encore dormir je ne sais où, tout comme le reste des campeurs. Il ne reste plus grand monde au camping. Les gens sont venus pour le week-end et repartis hier soir, laissant un camp où je pourrais m'installer sans souffrir de promiscuité. Mais je préfère la voiture et mon coin là haut sous les arbres. Outre le fait qu'il y fasse moins froid, j'y ai mon rituel. Après le dîner, je passe du coin salon (le siège conducteur poussé au maximum) au coin chambre après avoir remis d’aplomb le couchage. 
J'ai fait du siège passager un lit très douillet. J'ai complètement éliminé toute différence de niveau en bourrant avec des vêtements, la serviette, le blouson et même un bonnet. J'y tiens allongé complètement. En me garant un peu surélevé j'ai un endroit pour dormir bien horizontal et plus confortable qu'une nuit sous tente. En effet, après avoir nivelé le siège, je pose dessus mon matelas de sol puis le sac de couchage d'été qui font une couche de moelleux supplémentaire. Avec tout ça, je me cale assis en biais, l'oreiller derrière le dos coincé contre la portière et les jambes tendues posées sur le siège conducteur. C’est dans cette position que je trie les différentes photos du jour. 
Quand j'ai fini, j'ai juste à ouvrir la portière et à me tenir debout sur le bord pour faire pipi sans avoir à sortir. Après quoi je m’enfourne dans le gros sac de couchage d'hiver en m'amusant un peu en jouant sur le téléphone. Cela me mène alors vers 21 heures où je verrouille la voiture pour me protéger de tout intrus. Côté heure, la vraie est toujours à deux heures de moins. Je n'en changerai pas. L'heure du Texas est la même que celle du Costa Rica ; comme ça je n'aurai pas à m'habituer à un nouveau rythme.
Curry Village dispose d'une laverie automatique d'une trentaine de machines et d'autant de sèche-linges. Je suis le seul à m'en servir. 
C’est la première fois que je lave mon linge en laverie, ça me permet de le décrasser mieux qu'à la main et d'avoir comme ça du linge bien propre pour le Costa Rica. Le seul truc chiant avec les laveries c’est qu'il faut attendre. Alors pendant ce temps je suis allé mettre le blog à jour au salon de détente du camp. Après quoi j'ai commencé la randonnée vers Vernal Fall. Je corrige toutes les erreurs et les oublis de la dernière fois. Cette fois, j’entreprends la randonnée dès le matin, avant que le soleil ne disparaisse derrière les montagnes. Et par le bon chemin ! Adieu le sentier rocailleux où l'on marche dans le crottin. 
Le vrai sentier se prend après Happy Isles, juste derrière le pont. C'est fléché et il commence comme une promenade goudronnée. Il y fait un froid glacial comme dans le reste de la vallée aussi j'ai ma capuche de sweat-shirt rabattue sur la tête, plus celle du blouson. A cette heure là il y a juste un couple devant moi que je n'ai pas tardé à doubler. J'aime être seul dans la nature et n'entendre que les glouglous, le vent et les chants d'oiseaux. Et qui sait, je pourrais peut être surprendre un ours au bord de la rivière en train de pêcher. 


Car le coin est très sauvage. A partir du moment où le sentier passe par dessus un petit pont qui enjambe la rivière Merced, il devient un sentier classique, en terre et cailloux. On longe alors la rivière, au fond d'une vallée encaissée où le soleil d'automne ne pénètre jamais. C'est ainsi que l'on découvre la cascade. Contrairement à toutes les autres de la vallée, plus célèbres, celle ci est belle et bien active en cette saison. Ce qui est logique puisque la cascade est empruntée par la rivière qui a de l'eau tout le long du parc. La cascade est très haute. Son débit est forcément plus réduit qu'au printemps mais suffisant pour que l'on soit noyé sous les embruns en s'approchant de près. 
Pour cela, il faut enjamber la barrière de sécurité et escalader quelques rochers. Cela doit être interdit mais je ne suis pas le seul à m'aventurer par là, j'ai juste à suivre la trace laissée par les autres avant moi. La cascade finit sa chute dans un bassin où je ne me baignerais pas. L'eau y est gelée et l'air tout autant. Rien qu'en sortant les mains pour prendre des photos et j'avais les doigts tout engourdis.

La balade ne s'arrête pas là, loin s'en faut. Il y a tout un tas de sentiers qui permettent de sillonner le parc, dont certains qui montent vers Glacier Point. Il y a même une bifurcation pour le célèbre John Muir Trail. On peut continuer en grimpant tout en haut de la cascade. 
Pour cela le sentier devient une succession de marches très raides qui coupent le souffle. Il y a un passage vers la fin, taillé dans la falaise, avec des pierres où l'on se tord les chevilles. Heureusement ils ont disposé une barrière à laquelle on peut se tenir pour garder l'équilibre et éviter de finir dans le vide. La vue depuis en haut est très belle. Elle embrase toute la vallée encaissée que l'on vient de traverser, avec Glacier Point juste en face qui a l'air d'être au même niveau. Derrière soi, en amont de la cascade, la rivière coule depuis un bassin, Emerald Pool, entouré de dalles de rochers plats et polis où coule la rivière dans une mince couche d'eau. 
Des montagnes aux sommets tout ronds encadrent cette piscine naturelle, avec Liberty Cap à 2157 mètres et Mont Broderick sur la gauche à 2044 mètres. Le décor fait très montagne, avec des pins à l'écorce rouge qui ont succédé aux sapins de la vallée. On peut encore aller plus loin. Tout au fond, à deux kilomètres de là il y a une autre cascade, Nevada Fall que l'on aperçoit. Le coin est baigné de soleil depuis qu'on a quitté le fond de la vallée. C'est très agréable de se poser et de se laisser envelopper par le bruit de la cascade en se faisant réchauffer par les rayons du soleil. C’est un coin rêvé pour y passer la journée à pique-niquer et à lire. 
Les écureuils et les geais bleus apprécient aussi l'endroit. Par contre il est interdit de se promener tout le long de la rivière et de la piscine. Les dalles à l'apparence bien plate sont en fait très glissantes et des accidents dont certains mortels y ont déjà eu lieu. J'y serais bien resté plus longtemps mais j'ai fait la randonnée les mains dans les poches, sans même une bouteille d'eau, ceci afin de préserver mon dos. J'ai toujours une hanche qui dit merde à l'autre mais ça ne m'empêche pas de marcher. Même si ça coince de temps en temps et que j'ai l'air tordu. La randonnée avec toutes les pauses photos plus celles de contemplation m'a pris toute la matinée et il est l'heure du déjeuner. 
Pour cela il faut que je redescende tout en bas pour me faire un casse croûte à la voiture. Si un ours ne s’est pas servi avant moi... A ce sujet, j'ai planqué le dentifrice dans la boîte à gants, on ne sait jamais. Dans ces conditions, j'ai abandonné la poursuite vers Nevada Fall. La descente comme toujours est plus facile et plus rapide que la montée, même si les marches taillées dans la paroi sont particulièrement hautes. Je ne sais pas pourquoi ils les ont taillé si raides. Les randonneurs sont tous de sortie. C'est un défilé ininterrompu que j'ai croisé tout le temps de la descente, soufflant, s'arrêtant pour reprendre leur souffle les mains sur les hanches. 


J'ai eu la visite d'un écureuil pas vraiment farouche pendant le pique-nique. Un habitué du parking apparemment, qui rode pour voir ce que les gens laissent comme miettes. Il m'a tenu compagnie tout le repas. Quand je suis parti à la poubelle, il s'est rapproché, les pattes de devant sur le bas de la portière pour mieux voir ce qu'il y avait de bon à chaparder dans la voiture. J'ai bien cru qu'il allait finir dedans, à me piquer des chips dans le pochon resté sur le siège. Plus loin, dans une prairie j'ai eu droit à une biche avec ses deux faons, presque aussi gros qu'elle. Ils cherchaient encore à téter pendant qu'elle broutait mais elle les chassait d'un coup de sabot. 
Ils n'ont plus l'âge pour ça. Ils font donc comme maman, ils broutent. Mais ça les ennuie fortement alors de temps en temps ils s'allongent dans les herbes, comme un chat, les pattes repliées sous le corps. Ils ont un air innocent adorable. On a envie de les caresser. On peut les approcher à deux mètre sans qu'ils se sauvent.

A mesure que la fin d’après midi approche, le parc devient encore plus beau, comme si c'était possible. C'est un vrai petit paradis dont il est impossible de se lasser. Quand on pense en avoir fini avec une photo, ils suffit de se retourner ou de faire un autre pas pour découvrir un autre aspect, avec une ambiance différente. 
Tout est photogénique, surtout en cette saison avec les feuilles aux couleurs de feu sublimée par le soleil rasant. Pas étonnant que le parc reçoive la visite annuelle de millions de visiteurs.
Il y a un petit livre en vente dans le parc, « The photographer's guide to Yosemite ». Outre des photos magnifiques prises au cours des différentes saisons, le livre révèle les secrets des endroits pour avoir les plus belles vues. La fin contient un carnet pratique qui dévoile des trucs et astuces pour appendre à maîtriser la lumière et les scènes très contrastées. Après l'avoir feuilleté longuement, j'ai décidé de retourner l'acheter demain. Il y a un autre ouvrage remarquable mais trop volumineux pour le ramener. 
C'est un livre qui contient 150 histoires écrites par différents visiteurs ou habitants qui ont côtoyé le parc au cours des 150 dernières années. Il a été conçu pour célébrer le 150e anniversaire du Yosemite Grant, signé des mains de Lincoln le 30 Juin 1864. Il fourmille d'anecdotes intéressantes et de récits authentiques, comme cette amoureuse du parc qui a décidé un jour d'y vivre toute l'année. Elle raconte que quand on lui demande d'où elle vient, elle hésite toujours un peu, commençant par être évasive : « California, Central California, East to Merced... ». Quand les gens veulent en savoir un peu plus, elle finit par lâcher Yosemite et là tout le monde s'exclame invariablement d'un « Oh, wow ! ». 
Elle raconte qu’elle est venue là non seulement pour les paysages, différents et merveilleux à chaque saison, mais aussi pour l'ambiance et un esprit de communauté où tout le monde se connaît, s’apprécie et s'entraide. Je comprends facilement qu'elle ait trouvé son paradis.
J'ai découvert à Yosemite Village une épicerie achalandée comme jamais. C'est presque un supermarché. On y trouve de tout et à des prix abordables. La fréquentation importante du parc a du bon. Du coup j'ai acheté un burrito végétarien bio surgelé à 19 grammes de protéines qui me changera. Je l'ai mis à décongeler sur le tableau de bord avec le chauffage à fond le temps de rentrer à Yosemite West. Et aujourd'hui j'ai pris mon temps. 
Avec une journée resplendissante, le soleil n'en finit plus de sublimer la vallée, m’obligeant à m'arrêter tout le temps pour tenter d'immortaliser une scène, un instant. Tout n'est que magie dans ce parc et ce n'est qu'une fois le soleil disparu derrière les montagnes que j'ai pu m'en extraire. Je suis arrivé presque à la nuit tombée mais je m'en moque. Un type est passé dans un pick-up blanc sur le chemin le long duquel je me gare devant la barrière. J'ai eu peur que ce soit un ranger mais ce n'était qu'un ouvrier qui lorsqu'il m'a vu en train de réchauffer le burrito sur le réchaud posé sur le toit de la voiture m'a envié. « It's so cool, I like it ! »  Au moins il n'ira pas me dénoncer aux gardes du parc...

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