Ce matin, je suis
redescendu de mon parc national pour compléter la boucle que je
n'avais pas terminée hier. Le hasard des rues m'a conduit à Alamo
Square. C'est un petit parc où les habitants viennent faire promener
leurs chiens et d'où l'on jouit d'une vue sur le quartier d'affaires
devant lequel se tient le City Hall avec son dôme doré. Les maisons
qui entourent le parc ont des couleurs vives et toutes sortes
d'architectures coexistent, depuis la maison en bois à ces fameux
immeubles avec leurs escaliers extérieurs. Les habitants de San
Francisco adorent les chiens. Ceux qui en ont ne se satisfont pas
d'un seul mais s'affichent avec des dizaines de chiens qui les tirent
comme sur un traîneau.
Au début j'ai cru que c'était des gens
chargés de faire promener les chiens de leurs propriétaires pendant
leur travail, mais non. Sur Market Street on ne trouve rien pour se
rassasier en dehors du Safeway, par contre les chiens ont leur
supermarché qui a pignon sur rue. Les parcs ont tous des enclos pour
chiens, où des centaines socialisent en se courant après ou se
reniflant le derrière. Par contre les propriétaires sont éduqués.
Aucune crotte ne traîne sur les trottoirs ou dans les parcs. Dès
qu'un chien fait ses besoins, le maître ramasse derrière. Une
habitude que bon nombre de nos citadins devrait imiter.
A l'est du quartier de
Mission se trouve celui de SoMa, encadré au nord par Market Street
ce qui lui vaut son nom (South Market).
C'est un coin connu pour ses
galeries d'art et c'est là que se tient le San Francisco Museum of
Modern Art, à l'intersection de la 3e rue. Cela peut sembler étrange
de ne pas donner de nom aux rues mais une fois qu'on a compris le
système, c'est bien plus facile pour se repérer, il n'y a qu'à
compter. C'est comme pour les routes, les directions sont toujours
affichées avec le numéro de la route suivi du point cardinal
emprunté. Là encore, si on sait le numéro de route à prendre, on
ne peut pas partir sur une mauvaise direction. Ce n'est pas comme en
Europe où sont affichés les noms de villes qui, si on ne les
connaît pas, n'aident pas à trouver son chemin et embrouillent plus
qu'autre chose.
De par sa position trop
proche du quartier d'affaires, le musée à l’architecture si
particulière est inaccessible en voiture. Ce sont des bouchons, des
boulevards à sens unique où il est interdit de tourner et de
stationner et où les gens sont pressés et vous klaxonnent au
derrière si vous voulez tenter d'apercevoir la façade du musée.
Dans ces conditions, après avoir fait le tour du pâté de maisons,
je suis reparti vers l'ouest, en direction de Mission Dolores. En
chemin on trouve des pans entiers de buildings qui ont donné lieu à
des fresques murales dont on dirait aujourd'hui que ce sont des
graffitis. Mais plus que ça, ce sont des vraies œuvres d'art à
ciel ouvert, pleines de couleurs.
Mission Dolores est en fait une
église. Elle fut construite avec l'arrivée des premiers européens
en juin 1776, menés par le capitaine Juan Bautista de Anza et le
Père Francisco Palou. Ils construisirent Misión San Francisco de
Asís qui devint ensuite Mission Dolores. C'est le plus vieil édifice
de San Francisco qui a donné son nom au quartier et à une des
artères principales qui passe par là.
Juste un peu plus loin on
rentre dans le quartier de Castro, dominé par une colline et des
rochers en haut de Buena Vista Park. Castro est le nom d'un cinéma,
le plus grand de la ville, ouvert en1922. C'est aussi le cœur du
quartier gay qui paraît-il s'anime la nuit venue et plutôt les
week-ends.
Je n'aurai rien vu des drag-queens et autres moustachus
tout de cuir vêtu façon Village People qui ont toujours la côte
par ici. En plein milieu d'un rond point face au cinéma se trouve un
rainbow flag géant, en berne pour cause de manque de vent. Au moins
pour ceux qui seraient perdus, on sait que c’est là ! N’ayant
rien à me mettre sous la dent question photo, je suis monté en haut
de la colline de Buena Vista Park qui permet de bénéficier d'une
vue sur la moitié de la ville, avec le quartier d'affaires au loin
qui masque la baie et le pont qui mène vers Oakland. En terme de
vue, c'est certainement ici qu'on a la meilleure vue panoramique.
San Francisco est une
ville avec pleins de câbles électriques et téléphoniques
enchevêtrés qui zèbrent le ciel. Si on ajoute à ça les câbles
des tramways, on a affaire à une vraie pelote de laine. Au début je
cherchais des angles qui permettent de s'affranchir de ces fils que
je trouvais disgracieux. En vain. Avant que je comprenne qu'ils font
partie du charme de la ville. Tout comme les camions de pompiers qui
surgissent constamment toute sirène hurlante. Ils sont magnifiques,
d'une couleur rouge rubis avec des inscriptions dorées et pleins de
chromes rutilants et lustrés. J'ai eu du mal à en prendre un en
photo tellement ils sont fugaces, jusqu'à ce que j'en rencontre un
stationné devant une caserne.
Côté vie pratique, à
une journée en ville se pose vite la question de la pause technique
que j'appréhendais un peu. Je me voyais arpenter les fast foods
qu'il n'y a pas beaucoup. On ne trouve pas plus de toilettes
publiques. Par contre il y a des cabines en plastique vert, celles
des travailleurs de la voirie, disposées un peu partout et en accès
libre. Elles sont relativement propres si l'on fait abstraction des
toiles d'araignée dans les angles. Ce sont des trucs de la taille
d'un bonhomme mais qui suffit pour ce qu'on a à y faire. Elles sont
inspectées et nettoyées une fois par semaine et un papier indique
quand il y a eu la dernière vidange.
Car ce sont des toilettes
chimiques. Une cuvette avec de l'eau bleue au fond qui a tôt fait
d'être remplie. Il y a un métier pour ça : videur de
chiottes. Faut-il une lettre de motivation pour postuler ?
Tandis que j'étais occupé à me soulager, j'ai entendu un bruit
sourd. En sortant bien vite, j'ai constaté qu'un agent était en
train d'enlever les cales pour transporter la chiotte ailleurs avec
moi dedans. Il était tout étonné que quelqu'un sorte de là.
Heureusement que c'était pour une affaire courante sinon dans le
délai j'aurais pu traverser ainsi la ville, le pantalon aux
chevilles, incognito dans ma papa-mobile.
A l'ouest de Castro
s'étend le parc immense de Golden Gate Park qui traverse la moitié
de la ville jusqu'à l'océan.
C'est une oasis au milieu de la ville,
avec pelouses, séquoias, étangs et jardins. On y trouve un jardin
japonais, un jardin botanique et le Conservatory of Flowers, plein
d'orchidées, de lotus et de plantes carnivores. Tout pousse dans le
coin avec le climat particulier de San Francisco, depuis des herbes
d'Afrique du Sud, jusqu'aux cactus mexicains, en passant par les
magnolias, les palmiers, les bougainvillées et les plantes
méditerranéennes. Côté faune, il y a même un enclos avec des
bisons. Le parc s'achève avec l'océan, face à une plage qui courre
sur des kilomètres, encadré par deux vieux moulins à vent. Faute
de temps, je n'ai pas eu loisir de tout explorer. Il faudra que je
revienne un autre jour, à une autre occasion. Car demain je quitte
la ville, avec la pluie qui va débarquer, vers une destination qui
s'est imposée naturellement au fil des jours.











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