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samedi 8 novembre 2014

De Redwood à Mendocino

Westport
Sur la route qui va à San Francisco, il existe un itinéraire plus long mais plus joli qui consiste à prendre la Highway 1, une petite route sinueuse qui longe la côte jusqu'à Los Angeles. C'est une route mythique. Moins dans sa partie nord. San Francisco est indiqué à plus de 300 miles. C'est impossible à faire d'une trotte ou alors on y passe la journée, ce qui n'a pas d'intérêt. Je compte plutôt descendre sur plusieurs jours, en m'arrêtant de ci de là dans des parcs d’État qui offrent chacun une curiosité à découvrir. Mais avant cela, à une centaine de kilomètres au sud d'Eureka se trouve Avenue of the Giants, au sein du parc Humboldt Redwoods. C'est un endroit qui contient les trois quarts des 100 plus grands arbres au monde. 
Beaucoup considèrent cette forêt comme surpassant le parc national de Redwood, qui plus est avec un accès plus pratique et moins excentré. Avenue of the Giants est une route parallèle à la route pour San Francisco qui courre sur une cinquantaine de kilomètres. En se promenant dans la forêt, on se croirait transporté au temps des dinosaures, avec fougères géantes et séquoias millénaires. C'est la plus grande forêt de séquoias au monde et elle contient à elle seule 20% de tous les séquoias côtiers que l'on peut trouver en Californie. En plus on n'y croise pas grand monde, les gens préférant rester sur la route principale, pressés de tracer dans un sens ou dans l'autre. 
Seulement une forêt de séquoia est une forêt de séquoia. Peu importe où elle se trouve et sa taille. Cela donne toujours les mêmes photos. Avec mes 4 jours passés à Redwood, je pense en avoir fait le tour. Dans le parc national, l'avantage était que l'on pouvait explorer la côte, tout au long de plages et criques sauvages et désertes, passant de la forêt à l'océan. J'ai donc repris la route principale pour San Francisco avant le terme de Avenue of the Giants. C'est ainsi que je suis arrivé à Garberville pour le déjeuner. Je pensais y trouver une ville honorable pour y manger et refaire des provisions. C'est en fait une petite bourgade de passage qui s'étend sur un kilomètre le long d'une rue unique et autour d'un feu rouge. 
La ville est remplie de jeunes SDF avec dreadlocks et chiens. Ils sont partout, aux stations services, sur les bas côtés, sur le parking du supermarché ou encore à la bretelle qui rejoint la route de San Francisco, attendant qu'on les prenne en stop. Pourquoi sont-ils là plutôt qu'ailleurs, mystère ! D'autant plus que Garberville n'est pas une ville qui se trouve à la croisée de chemins. En guise de restaurant je n'ai trouvé qu'un Subway miteux dans une station service minuscule, avec un type pas déluré qui m'a fait un sandwich infâme à prix d'or, avec du poulet reconstitué et mélangé à la flotte. Je pensais y trouver un Denny's, une chaîne de restaurants convenable que l'on trouve presque autant que les Mac Donald et où j'ai pris habitude d'y faire un saut une fois par semaine, question de manger correctement de temps en temps. Le Subway c'est terminé ! Heureusement il me restait une bonne poire juteuse pour finir le repas.
C'est à une dizaine de kilomètres au sud de Garberville que se prend la bifurcation pour la Highway 1. On ne croise personne sur cette route. Il faut dire qu'elle passe à travers des collines et des vallons de forêts qui n'en finissent plus de monter et descendre. C'est une successions de virages, aucune ligne droite. La route se fraye un chemin dans la forêt sans que l'on puisse jamais avoir de point de vue sur les monts, ce qui est un peu dommage. Puis, sans qu'on s'y attende, au fond d'une vallée on distingue une trouée. L'océan. On passe ainsi de la forêt à la mer sans aucune transition. La côte est un endroit escarpé avec peu d'accès au littoral. 
Quelques surfeurs descendent les vagues tandis qu'autour d'eux des phoques les imitent. Je n'en ai pas vu beaucoup mais je les ai reconnus. Au début j'ai cru que c'était un surfeur qui avait plongé sous une vague mais il n'est jamais ressorti. Ils sont plus nombreux à mesure que l'on descend vers San Francisco. Ils ont même pris possession de la baie, parait-il.
La côte fait très Bretagne, avec ses falaises où les forêts gagnent le bord, ses prés et ses cottages. A mesure que l'on descend on commence à trouver quelques villages, de plus en plus nombreux, et qui prennent en standing avec galeries d'art, bijouteries et marinas. Du coup il y a de plus en plus de monde et de circulation sur la route. 
Fort Bragg
Ayant quitté les monts de l’intérieur, la route n'est pas plus facile à conduire. Elle serpente le long des falaises, descendant dans des vallées en tournicotant tout le temps. J'avais prévu de visiter des parcs d’État qui jalonnent cette route mais c'est impossible. Soit il faut à chaque fois s'acquitter de 8 dollars, soit acheter un nouveau passe pour 100 dollars qui ne fonctionne que pour les parcs de Californie. Pas moyen de resquiller, il y a une barrière à l'entrée de chaque parc avec un guichet et plusieurs gardes qui attendent de pied ferme. Si j'avais un reproche à faire aux États-Unis, c'est bien celui là. Et rien que pour ça je ne pourrais pas y vivre. On n'est pas libre d'aller là où l'on veut. Il faut payer et demander des permis dès lors qu'on se rend dans un domaine public où la nature est restée un tant soit peu préservée. 
Mendocino
Pour camper, vue que la chose est très populaire, pas moyen de trouver un coin où s'arrêter, le moindre carré de terre battue le long d'une route est affublé d'un panneau « no camping or overnight parking », cela pour forcer les gens à s'agglutiner tous ensembles dans des resorts pour caravanes qui ressemblent à des concessionnaires de camping-cars et qui extorquent 35 dollars pour un emplacement dans un pré sans électricité ni eau courante. Imaginez si en France chaque fois que vous vouliez aller vous promener dans la nature vous deviez mettre la main au portefeuille. Si on ne veut pas payer alors il reste les routes et les villes. C'est tout. Le reste est aux mains de propriétaires qui ont verrouillé tous les accès par des clôtures et des chaînes. Forêts, champs et littoral, rien n'est épargné, tout est siglé de 'no trespassing'. Du coup je trace. Je vais atteindre San Francisco avant l'heure. Ce n’est pas plus mal car j'ai vu que le temps allait se détraquer là bas la semaine prochaine avec de la pluie attendue pour jeudi. Si je peux y arriver avant, c'est quand même mieux...

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