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| Westport |
Sur la route qui va à
San Francisco, il existe un itinéraire plus long mais plus joli qui
consiste à prendre la Highway 1, une petite route sinueuse qui longe
la côte jusqu'à Los Angeles. C'est une route mythique. Moins dans
sa partie nord. San Francisco est indiqué à plus de 300 miles.
C'est impossible à faire d'une trotte ou alors on y passe la
journée, ce qui n'a pas d'intérêt. Je compte plutôt descendre sur
plusieurs jours, en m'arrêtant de ci de là dans des parcs d’État
qui offrent chacun une curiosité à découvrir. Mais avant cela, à
une centaine de kilomètres au sud d'Eureka se trouve Avenue of the
Giants, au sein du parc Humboldt Redwoods. C'est un endroit qui
contient les trois quarts des 100 plus grands arbres au monde.
Beaucoup considèrent cette forêt comme surpassant le parc national
de Redwood, qui plus est avec un accès plus pratique et moins
excentré. Avenue of the Giants est une route parallèle à la route
pour San Francisco qui courre sur une cinquantaine de kilomètres. En
se promenant dans la forêt, on se croirait transporté au temps des
dinosaures, avec fougères géantes et séquoias millénaires. C'est
la plus grande forêt de séquoias au monde et elle contient à elle
seule 20% de tous les séquoias côtiers que l'on peut trouver en
Californie. En plus on n'y croise pas grand monde, les gens préférant
rester sur la route principale, pressés de tracer dans un sens ou
dans l'autre.
Seulement une forêt de séquoia est une forêt de
séquoia. Peu importe où elle se trouve et sa taille. Cela donne
toujours les mêmes photos. Avec mes 4 jours passés à Redwood, je
pense en avoir fait le tour. Dans le parc national, l'avantage était
que l'on pouvait explorer la côte, tout au long de plages et criques
sauvages et désertes, passant de la forêt à l'océan. J'ai donc
repris la route principale pour San Francisco avant le terme de
Avenue of the Giants. C'est ainsi que je suis arrivé à Garberville
pour le déjeuner. Je pensais y trouver une ville honorable pour y
manger et refaire des provisions. C'est en fait une petite bourgade
de passage qui s'étend sur un kilomètre le long d'une rue unique et
autour d'un feu rouge.
La ville est remplie de jeunes SDF avec
dreadlocks et chiens. Ils sont partout, aux stations services, sur
les bas côtés, sur le parking du supermarché ou encore à la
bretelle qui rejoint la route de San Francisco, attendant qu'on les
prenne en stop. Pourquoi sont-ils là plutôt qu'ailleurs, mystère !
D'autant plus que Garberville n'est pas une ville qui se trouve à la
croisée de chemins. En guise de restaurant je n'ai trouvé qu'un
Subway miteux dans une station service minuscule, avec un type pas
déluré qui m'a fait un sandwich infâme à prix d'or, avec du
poulet reconstitué et mélangé à la flotte. Je pensais y trouver
un Denny's, une chaîne de restaurants convenable que l'on trouve
presque autant que les Mac Donald et où j'ai pris habitude d'y faire
un saut une fois par semaine, question de manger correctement de
temps en temps. Le Subway c'est terminé ! Heureusement il me
restait une bonne poire juteuse pour finir le repas.
C'est à une dizaine de
kilomètres au sud de Garberville que se prend la bifurcation pour la
Highway 1. On ne croise personne sur cette route. Il faut dire
qu'elle passe à travers des collines et des vallons de forêts qui
n'en finissent plus de monter et descendre. C'est une successions de
virages, aucune ligne droite. La route se fraye un chemin dans la
forêt sans que l'on puisse jamais avoir de point de vue sur les
monts, ce qui est un peu dommage. Puis, sans qu'on s'y attende, au
fond d'une vallée on distingue une trouée. L'océan. On passe ainsi
de la forêt à la mer sans aucune transition. La côte est un
endroit escarpé avec peu d'accès au littoral.
Quelques surfeurs
descendent les vagues tandis qu'autour d'eux des phoques les imitent.
Je n'en ai pas vu beaucoup mais je les ai reconnus. Au début j'ai
cru que c'était un surfeur qui avait plongé sous une vague mais il
n'est jamais ressorti. Ils sont plus nombreux à mesure que l'on
descend vers San Francisco. Ils ont même pris possession de la baie,
parait-il.
La côte fait très
Bretagne, avec ses falaises où les forêts gagnent le bord, ses prés
et ses cottages. A mesure que l'on descend on commence à trouver
quelques villages, de plus en plus nombreux, et qui prennent en
standing avec galeries d'art, bijouteries et marinas. Du coup il y a
de plus en plus de monde et de circulation sur la route.
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| Fort Bragg |
Ayant quitté
les monts de l’intérieur, la route n'est pas plus facile à
conduire. Elle serpente le long des falaises, descendant dans des
vallées en tournicotant tout le temps. J'avais prévu de visiter des
parcs d’État qui jalonnent cette route mais c'est impossible. Soit
il faut à chaque fois s'acquitter de 8 dollars, soit acheter un
nouveau passe pour 100 dollars qui ne fonctionne que pour les parcs
de Californie. Pas moyen de resquiller, il y a une barrière à
l'entrée de chaque parc avec un guichet et plusieurs gardes qui
attendent de pied ferme. Si j'avais un reproche à faire aux
États-Unis, c'est bien celui là. Et rien que pour ça je ne
pourrais pas y vivre. On n'est pas libre d'aller là où l'on veut.
Il faut payer et demander des permis dès lors qu'on se rend dans un
domaine public où la nature est restée un tant soit peu préservée.
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| Mendocino |
Pour camper, vue que la chose est très populaire, pas moyen de
trouver un coin où s'arrêter, le moindre carré de terre battue le
long d'une route est affublé d'un panneau « no camping or
overnight parking », cela pour forcer les gens à s'agglutiner
tous ensembles dans des resorts pour caravanes qui ressemblent à des
concessionnaires de camping-cars et qui extorquent 35 dollars pour un
emplacement dans un pré sans électricité ni eau courante. Imaginez
si en France chaque fois que vous vouliez aller vous promener dans la
nature vous deviez mettre la main au portefeuille. Si on ne veut pas
payer alors il reste les routes et les villes. C'est tout. Le reste
est aux mains de propriétaires qui ont verrouillé tous les accès
par des clôtures et des chaînes. Forêts, champs et littoral, rien
n'est épargné, tout est siglé de 'no trespassing'. Du coup je
trace. Je vais atteindre San Francisco avant l'heure. Ce n’est pas
plus mal car j'ai vu que le temps allait se détraquer là bas la
semaine prochaine avec de la pluie attendue pour jeudi. Si je peux y
arriver avant, c'est quand même mieux...








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