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| En dessous y a l'océan Pacifique! |
Pas de bol aujourd'hui,
la brume de la mer a tout recouvert le long du littoral. Du matin au
soir j'ai conduit dans de la purée de pois, à part en de rares
occasions ou quand la route quittait la côte. Les badauds du
dimanche sont pourtant là, sur la plage, à regarder un paysage sans
horizon, noyés dans la brume avec leur fauteuil pliable dans le dos.
Pour la randonnée parfaite de l'américain du dimanche, ils ont
inventé le fauteuil sac à dos qui une fois plié se porte sur les
épaules comme un sac à dos ou une chaise pour bébé. Ils en
raffolent, le type a dû faire fortune. Quand même aller à la plage
par un temps pareil, il faut avoir envie ! Comme si ce n'était
pas suffisant, il fait glacial avec toute cette humidité et il
souffle un vent affreux qui fait tomber des branches sur la chaussée
qui n'en avait pas vraiment besoin.
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| Schooner Gulch, vers Point Arena |
En effet la route plus que jamais
est toute en virages et lacets, déformée, avec des crevasses à
certains endroits qui présagent d'un glissement de terrain imminent.
La surface n’est jamais plate, on tressaute tout le temps. La faute
à la faille de San Andreas qui passe par là. Il ne faut donc pas
s'attendre à un paysage hollandais. Et pourtant les cyclistes
adorent. Ils sont venus en nombre de San Francisco, pour en baver
dans les côtes et sur les cols. Il y a un endroit particulièrement
pittoresque, c'est entre Fort Ross et Jenner. La Highway 1 prend de
la hauteur, incapable de poursuivre plus loin par la côte, passant
au dessus d'une mer de nuages qui n'est pas sans rappeler certaines
routes des Canaries. C'est une portion use-nerfs qui n'a rien à
envier aux routes de montagnes. Elle est pleine de lacets en épingles
à cheveux qui se négocient à la vitesse ridicule de 15 miles à
l'heure. Plus vite et c’est la sortie de route assurée. Surtout
qu'il n'y a pas de bas côtés.
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| Gualala Point |
Dans le coffre, tout est renversé.
Les croissants en vrac et mon bidon d'eau sans dessus dessous. C'est
une saloperie de bidon souple, trop souple, made in China comme tous
les articles Decathlon, qui se crève tout seul, au moindre choc ou
même juste en le dépliant. Ainsi j'ai un trou au sommet du bidon
qui laisse perler des gouttes. C'est négociable en temps normal, il
suffit de ne pas le remplir à ras bord et de le laisser bien droit.
Mais avec les virages, le truc a connu toutes les positions. C'est un
coffre trempé que j'ai retrouvé pour le déjeuner. Ma fameuse boîte
de sel en carton est méconnaissable. Ce n'est plus qu'un tas informe
en papier mâché comme une boule géante de sarbacane.
J'avais prévu tout un
tas d'arrêt pour voir des curiosités mais c'est vraiment pas de
chance. J'étais censé trouver au niveau de Point Arena une plage
avec de drôles de rochers tout ronds qui lui vaut le nom de Bowling
Ball Beach. C'était l'une des rares plages sans brume.
Mais avec la
marée haute, tout était sous l'eau. C'est ballot. Suite à cette
déconvenue je ne me suis plus jamais arrêté jusqu'à Point Reyes.
Exit les pygmy trees avec des endroits où l'on peut les admirer. Ce
sont des arbres nains, des conifères qui en raison du climat et de
la pauvreté du sol poussent à certains endroits sans pouvoir
grandir, prenant de drôles de forme. Ailleurs, sur les rochers en
bas des falaises ce sont des colonies de phoques que l'on est censé
apercevoir. Avec le brouillard il n'y a rien à voir. On trouve plein
de campings le long de la route, nichés dans le creux d'un virage,
le long d'un ruisseau. Ce sont des camps de concentration de
campings-cars alignés comme des sardines dans leur boîte.
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| Point Reyes National Seashore |
Quelques
vrais campeurs en tente ont pris place au milieu de tout ce bazar, se
réchauffant les doigts autour d'un feu de camp géant en plein midi.
Point Reyes est une
péninsule sauvage qui se trouve juste à une cinquantaine de
kilomètres au nord de San Francisco. C'est un « National
Seashore », géré par les rangers des parcs nationaux. Il a
été créé en 1962, pour protéger ce qu'il restait à sauver des
mains des éleveurs qui ont tendance à transformer toute la région
en bocages pour faire paître leurs bêtes. Le parc est un ensemble
de forêts et de zones pastorales, avec un littoral bordé de belles
plages et de colonies de phoques qui se prélassent sur des rochers.
La péninsule est très accidentée avec plein de vallons qui font le
bonheur de randonneurs.
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| La faille de San Andreas au niveau de Stinson Beach |
En revanche le brouillard ronge tout dès
qu'on se dirige vers la côte, rendant inutile de poursuivre plus en
avant la conduite sur des kilomètres de route. Vous ne verrez donc
rien de ces plages qui sur carte postale me faisaient un peu penser à
celles de Tasmanie.
A l'extérieur du parc,
la Highway 1 longe une chaîne de montagnes à l'est qui culmine avec
le Mont Tamalpais, et avec des baies et lagons à l'ouest qui
séparent la route de Point Reyes. Ce sont des baies très longues
qui peuvent faire penser à un lac tellement l'eau est calme. C'est
en fait tout simplement là que se trouve la faille de San Andreas.
Et c'est au bord d'elle que j'ai dormi cette nuit, après avoir
tourné en rond sur les hauteurs du Mont Tamalpais qui commençait à
être trop urbanisé pour trouver un coin où se garer. Comme ça
demain, je serai à San Francisco en une cuillère à pot !






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