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dimanche 9 novembre 2014

De Mendocino à Point Reyes

En dessous y a l'océan Pacifique!
Pas de bol aujourd'hui, la brume de la mer a tout recouvert le long du littoral. Du matin au soir j'ai conduit dans de la purée de pois, à part en de rares occasions ou quand la route quittait la côte. Les badauds du dimanche sont pourtant là, sur la plage, à regarder un paysage sans horizon, noyés dans la brume avec leur fauteuil pliable dans le dos. Pour la randonnée parfaite de l'américain du dimanche, ils ont inventé le fauteuil sac à dos qui une fois plié se porte sur les épaules comme un sac à dos ou une chaise pour bébé. Ils en raffolent, le type a dû faire fortune. Quand même aller à la plage par un temps pareil, il faut avoir envie ! Comme si ce n'était pas suffisant, il fait glacial avec toute cette humidité et il souffle un vent affreux qui fait tomber des branches sur la chaussée qui n'en avait pas vraiment besoin. 
Schooner Gulch, vers Point Arena
En effet la route plus que jamais est toute en virages et lacets, déformée, avec des crevasses à certains endroits qui présagent d'un glissement de terrain imminent. La surface n’est jamais plate, on tressaute tout le temps. La faute à la faille de San Andreas qui passe par là. Il ne faut donc pas s'attendre à un paysage hollandais. Et pourtant les cyclistes adorent. Ils sont venus en nombre de San Francisco, pour en baver dans les côtes et sur les cols. Il y a un endroit particulièrement pittoresque, c'est entre Fort Ross et Jenner. La Highway 1 prend de la hauteur, incapable de poursuivre plus loin par la côte, passant au dessus d'une mer de nuages qui n'est pas sans rappeler certaines routes des Canaries. C'est une portion use-nerfs qui n'a rien à envier aux routes de montagnes. Elle est pleine de lacets en épingles à cheveux qui se négocient à la vitesse ridicule de 15 miles à l'heure. Plus vite et c’est la sortie de route assurée. Surtout qu'il n'y a pas de bas côtés. 
Gualala Point
Dans le coffre, tout est renversé. Les croissants en vrac et mon bidon d'eau sans dessus dessous. C'est une saloperie de bidon souple, trop souple, made in China comme tous les articles Decathlon, qui se crève tout seul, au moindre choc ou même juste en le dépliant. Ainsi j'ai un trou au sommet du bidon qui laisse perler des gouttes. C'est négociable en temps normal, il suffit de ne pas le remplir à ras bord et de le laisser bien droit. Mais avec les virages, le truc a connu toutes les positions. C'est un coffre trempé que j'ai retrouvé pour le déjeuner. Ma fameuse boîte de sel en carton est méconnaissable. Ce n'est plus qu'un tas informe en papier mâché comme une boule géante de sarbacane.
J'avais prévu tout un tas d'arrêt pour voir des curiosités mais c'est vraiment pas de chance. J'étais censé trouver au niveau de Point Arena une plage avec de drôles de rochers tout ronds qui lui vaut le nom de Bowling Ball Beach. C'était l'une des rares plages sans brume. 
Mais avec la marée haute, tout était sous l'eau. C'est ballot. Suite à cette déconvenue je ne me suis plus jamais arrêté jusqu'à Point Reyes. Exit les pygmy trees avec des endroits où l'on peut les admirer. Ce sont des arbres nains, des conifères qui en raison du climat et de la pauvreté du sol poussent à certains endroits sans pouvoir grandir, prenant de drôles de forme. Ailleurs, sur les rochers en bas des falaises ce sont des colonies de phoques que l'on est censé apercevoir. Avec le brouillard il n'y a rien à voir. On trouve plein de campings le long de la route, nichés dans le creux d'un virage, le long d'un ruisseau. Ce sont des camps de concentration de campings-cars alignés comme des sardines dans leur boîte. 
Point Reyes National Seashore
Quelques vrais campeurs en tente ont pris place au milieu de tout ce bazar, se réchauffant les doigts autour d'un feu de camp géant en plein midi.
Point Reyes est une péninsule sauvage qui se trouve juste à une cinquantaine de kilomètres au nord de San Francisco. C'est un « National Seashore », géré par les rangers des parcs nationaux. Il a été créé en 1962, pour protéger ce qu'il restait à sauver des mains des éleveurs qui ont tendance à transformer toute la région en bocages pour faire paître leurs bêtes. Le parc est un ensemble de forêts et de zones pastorales, avec un littoral bordé de belles plages et de colonies de phoques qui se prélassent sur des rochers. La péninsule est très accidentée avec plein de vallons qui font le bonheur de randonneurs. 
La faille de San Andreas au niveau de Stinson Beach
En revanche le brouillard ronge tout dès qu'on se dirige vers la côte, rendant inutile de poursuivre plus en avant la conduite sur des kilomètres de route. Vous ne verrez donc rien de ces plages qui sur carte postale me faisaient un peu penser à celles de Tasmanie.
A l'extérieur du parc, la Highway 1 longe une chaîne de montagnes à l'est qui culmine avec le Mont Tamalpais, et avec des baies et lagons à l'ouest qui séparent la route de Point Reyes. Ce sont des baies très longues qui peuvent faire penser à un lac tellement l'eau est calme. C'est en fait tout simplement là que se trouve la faille de San Andreas. Et c'est au bord d'elle que j'ai dormi cette nuit, après avoir tourné en rond sur les hauteurs du Mont Tamalpais qui commençait à être trop urbanisé pour trouver un coin où se garer. Comme ça demain, je serai à San Francisco en une cuillère à pot !

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