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vendredi 14 novembre 2014

Yosemite : le retour !

C'est ça, ce que je cachais, fomentant minutieusement mon retour au parc de Yosemite. L'idée m'est venue en descendant la côte depuis Redwoods, face à un littoral embrumé, banal et privatisé qui me valait de tourner longuement avant de trouver un coin où me garer pour la nuit. A côté, mon passe des parcs nationaux dormait dans la boîte à gants, inutilement. Une fois rendu à San Francisco et la brume qui masquait la moitié de la ville, c'est là que le déclic s'est fait. Puisque j'avais une voiture qui ne me servait plus beaucoup et que Yosemite n'est sur le papier qu'à 300 kilomètres, il n'y a plus qu'à y aller. 
Avec une essence à 2.9 dollars le gallon pour les stations que j'arrive à dénicher par cette adresse pourquoi hésiter plus longtemps ? D'autant plus que j'étais parti précipitamment de Yosemite avec un petit regret à cause de l'arrivée de la neige.
Parti hier à 14 heures, j'avais prévu d'arriver à Yosemite Valley en fin d'après midi, après avoir attentivement étudié la carte. C’est de l'autoroute jusqu'à mi parcours. Ensuite la route 120 qui mène directement au cœur de Yosemite prend le relais. Avec une vitesse sur autoroute variant de 55 à 75 miles/h, c'était donc très jouable pour accomplir les 200 miles requis. 
J'ai quitté la 120 à Oakdale pour faire un dernier plein. Remis ensuite sur le bon chemin, j'ai tracé sans trop faire gaffe. Mais au bout d'un moment, surpris de passer par un nombre incalculable de carrefours avec des feux ou des stops, je me suis dit que c'était bien étrange pour une Highway de circuler de cette façon. Surtout que je ne faisais que passer de villes en banlieues alors que que j'étais supposé filer vers les montagnes. Avec la pluie qui tombait, impossible de savoir si j'allais bien vers l'est. Au bout d'un moment je me suis arrêté devant l'université de Stanislaus dont le nom ne me disait rien qui vaille. Le bled n'étant pas sur la carte, j'ai cherché un point wifi et là, malheur ! 
J'étais rendu à Turlock, ayant pris de Oakdale la direction du sud au lieu de l'est ! Et j'avais fait une belle trotte. Pour éviter de tout avoir à refaire dans l'autre sens, j'ai coupé à mi parcours, pour emprunter la 132 qui rejoint plus loin la 120. Mais au final, cette erreur m'aura valu de perdre une heure. Je ne sais pas comment j'ai fait mon coup à Oakdale, pourtant j'avais tracé pile en face de là où j'étais arrivé. Mais en fait à cet endroit il ne fallait pas continuer tout droit. C'est la deuxième fois qu'une Highway me fait le coup de bifurquer à 90 degrés sans prévenir. Souvenez-vous en venant de Death Valley...
L'arrivée à Yosemite en venant de San Francisco par la 120 se fait en passant à travers la forêt national de Stanislaus. 
Toujours le même système : les parcs nationaux sont comme un cœur préservé, toujours entourés par une forêt nationale qui les protège. Seulement ici la forêt a cramé. Et sur des dizaines de kilomètres. J'avais entendu qu'un parc national avait beaucoup brûlé une année. C’est certainement Yosemite. Le parc a été préservé du feu mais pas les alentours, les canadairs ayant sans doute cherché à sauver Yosemite en priorité. Du coup la forêt n'est qu'une suite de troncs noirs avec de maigres chênes qui poussent à la place des pins et d'autres conifères moitié verts moitié bruns qui font pitié. 
En raison de la chute possible des arbres morts, toute la forêt est interdite d'accès. Chaque chemin, chaque bas côté a un plot qui empêche de passer, assorti des habituelles mentions « no camping ». Il y a pourtant des portions préservées mais là aussi, le feu doit bien les arranger pour déclarer une zone comme interdite au camping et au stationnement. J'ai donc poursuivi jusqu'au parc national où j'ai passé le poste de garde à la nuit tombée. Pour arriver au fond de Yosemite Valley, cela allait me demander encore pas mal de kilomètres et le fait de faire ça de nuit est un peu dommage car on loupe tout le paysage. J'ai donc coupé la poire en deux, profitant du fait que la Tioga Road est fermée. En effet, la route ne devient barrée que quelques centaines de mètres après qu'elle ait commencée. J'ai trouvé un bas côté juste avant. Qui viendrait là la nuit alors que la route est fermée et annoncée comme tel de très loin, dès qu'on a bifurqué sur la 120 après San Francisco ?
Pour mon retour à Yosemite, je reprends là où je m'étais arrêté. Comme j'ai tendance à avoir des idées fixes, c'est tout naturellement que j'ai pris le chemin pour Mirror Lake. 
Ici aussi il a beaucoup plu hier. C'est d'ailleurs pour cette raison que je suis parti, profitant d'une journée pourrie pour rouler, et ce d'autant plus que le beau temps était prévu de retour dès le lendemain. Aujourd'hui il fait un beau soleil et le ciel est tout bleu. J'imaginais retrouver Yosemite sous un paysage un peu différent et enneigé. En fait rien n'a changé, si ce n'est que les feuilles des arbres ont des couleurs encore plus automnales. Il a dû y avoir un redoux car je n'ai pas eu froid comme ma dernière nuit à Yosemite la fois d'avant. Par contre le sol est complètement trempé, les feuilles et aiguilles de pins agissant comme une éponge. La randonnée jusqu'à Mirror Lake ne fait que 1,5 kilomètres mais cela m'a suffit pour revenir les pieds trempés. Tout fume sous le soleil, depuis le sol jusqu'aux troncs d'arbres à moitié pourris. C’est très joli, on dirait un feu de cheminée qui finit de se consumer tranquillement. 

Un joli lac asséché!
Pour le lac, facétie de la chose, il est à sec ! Les gens se lamentent devant. Il y en avait un avec trépieds photos et plusieurs appareils qui bougonnait l’œil vissé au viseur comme quoi il en avait vus des lacs, mais que c'était bien la première fois qu'il en voyait un asséché. Eh oui Mirror Lake n'a de l'eau qu'à la fonte des neiges. C’est un peu comme les cascades de Yosemite, tout ça ne marche qu'au printemps. A savoir ! Pour l'effet miroir, vous n'aurez à la place qu'un lit sableux asséché qui forme comme une plaine avec de petits arbustes tout autour. Mais l'endroit reste enchanteur quand même. Le lac est situé juste au pied de Half Dome qui paraît d'ici encore plus vertigineux, avec une falaise tombant comme un mur sur 1500 mètres de hauteur. 
Le lac offre aussi une trouée dans la végétation qui permet de mieux voir le fond de la vallée de Yosemite. Enfin, le lit asséché est parfait pour faire la sieste en ronronnant au soleil, au sec, grâce au sable grossier qui a bien séché. C'est un bonheur de se poser en contemplant toutes les nuances de couleurs automnales des différents arbres tout en se laissant envelopper par le silence. De quoi largement occuper un après midi. Je ne regrette vraiment pas d'être revenu !

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