Par beau temps, c'est
tout un paysage différent que je découvre. Il était donc
impossible que je ne retourne pas sur certains lieux afin d'obtenir
des photos différentes. Premier endroit à bénéficier enfin d’une
lumière qu'il mérite : le Golden Gate Bridge. De petit matin,
en l'abordant par le côté de fort Point, on bénéficie en plus du
lever de soleil sur la baie, éclairant le pont qui prend une couleur
de feu. De l'autre côté, ce sont les tours du centre d'affaires qui
se détachent derrière la marina. Si en plus si vous avez un peu de
vagues, ça peut donner de magnifiques photos en jouant avec la
vitesse d'obturation. Afin d'éviter un flou lié à la pression sur
le déclencheur il convient d'utiliser le retardateur.
Aussi il faut
anticiper une vague qui va déferler. Pas facile. J'ai bien dû
passer quinze bonnes minutes à attendre la bonne vague et à
déclencher au moment opportun afin d'avoir cet effet de filé sur
les rochers. Mais j'ai réussi. Avec un appareil photo à moitié
cassé, ce n'est pas mal. En étudiant les photos j'ai remarqué que
le problème de stabilisateur ne s'arrête pas là. Les bords des
photos sont plus flous qu'au centre et j'ai du vignettage qui
assombrit le ciel dans les angles. Aussi pour contrecarrer le truc,
je suis obligé de recadrer les clichés et d'ajouter de la netteté
avec Photoshop. Pas top. Mais ça me permettra de tenir encore
quelques mois avant que je le donne à réparer en France.
Il y a un autre endroit
que je voulais revoir, c'est Fisherman's Wharf et le ponton 39 avec
ses mammifères marins. Ils sont toujours là. Ce sont des bestioles
bien grégaires qui aiment s'entasser pour mieux gueuler. Ils
occupent trois ou quatre pontons alors qu'il y en a d'autres de
libre. Mais non, ils préfèrent se marcher dessus. La plupart
essaient de dormir alors quand un nouveau sort de l'eau et cherche
une place qui n'existe pas, c'est l'émeute. Les cous se tendent en
l'air, ça rugit et ça cherche à mordre cet envahisseur dégoulinant
d'eau. Quand ils sont mouillés, les phoques sont tout luisants comme
s'ils avaient une combinaison de plongée.
Mais ensuite au soleil ils
sèchent vite. Ce qu'ils adorent surtout c’est dormir la tête à
l'envers, la mâchoire vers le ciel. Du coup, on dirait qu'ils
rigolent.
La circulation dans San
Francisco est toujours aussi pénible, devenant de plus en plus un
casse tête à mesure qu'on se rapproche des tours. Je ne sais pas
comment je me débrouille, mais chaque fois que je veux tourner
quelque part je me retrouve sur un axe où je n'ai pas le droit de
tourner par là. Non pas que ce soit un sens interdit mais parce que
cela est dangereux avec les voitures qui déboulent de l'autre côté.
![]() |
| L'île d'Alcatraz depuis Présidio |
Si l'on veut éviter de partir comme ça sur un boulevard sans jamais
pouvoir en sortir, l'astuce que j'ai trouvée consiste à tourner
dans l'autre direction - la seule permise - et d'y faire rapidement
demi-tour. Ainsi il n'y a plus qu'à filer tout droit en traversant
le boulevard. A cela il faut ajouter les innombrables feux, les files
avec obligation de tourner indiquées au sol trop tard dont on ne
peut se défaire en se rabattant sur une autre file tant le trafic
est dense. Bref, beaucoup de temps perdu et du stress pour pas grand
chose. Vu que c'est le seul stress que je connaisse, je prends ça
avec philosophie. Il est des tracas plus graves. Par exemple ça
m'arrive de rêver que je passe des entretiens d'embauche. Quelle
idée !
Et quel cauchemar ! Parfois je rêve aussi que ma
boîte d'avant a oublié qu'elle m'avait viré et je continue à
travailler pour elle. Mais quand ils veulent m'imposer des trucs, je
leur dis « eh, désolé, vous ne pouvez pas me demander ça, je
n'ai pas envie et vous n'avez pas pouvoir à me le demander ».
En somme c'est ça, si je retravaillais, il faudrait que ce soit dans
une relation d'équilibre où je puisse refuser qu'on me donne des
ordres qui ne me conviennent pas. Il n'y a que dans les rêves que ça
arrive ! A d'autres moments, je me vois dans une nouvelle boîte,
avec des collègues taciturnes qui ne se parlent pas, plongés dans
leur écran toute la journée en faisant la grimace, dans un décor
gris et noir sans âme avec des fils partout.
Ça ce n’est pas du
rêve, c’est la réalité ! Alors à côté de ça, mes petits
tracas de circulation dans la ville, c'est du pipi de chat ! Je
suis libre d'aller où je veux, de faire ce que je veux, comme je
veux et quand je veux alors ça n'a pas de prix.
Mon coin préféré de
San Francisco c'est bien celui de Golden Gate Park et du Présidio.
C'est aéré et il y a beaucoup moins de monde. En chemin, au hasard
des files qu'on est obligé de suivre, je suis passé devant Dolores
Park que je n'avais pas vu plus tôt. C'est un petit parc juste à
côté de l'église du même nom, un peu en hauteur, avec une très
belle vue sur la ville nouvelle et ses tours.
![]() |
| Dolores Park |
Au parc de Golden Gate,
je suis retourné voir autour de l'étang si je trouvais des ratons
laveurs. A force de fouiner, j'ai fini par en apercevoir trois qui
marchaient l'air craintif sur le chemin goudronné qui fait le tour
du lac. Quand ils m'ont vu ils ont déguerpi dans les broussailles.
Je suis allé à mon tour m’emmancher là dedans mais ils avaient
disparu. J'ai pensé qu'ils faisaient peut être des terriers. Je ne
connais rien de leurs mœurs. Par contre j'ai découvert que s'ils
vivaient près des points d'eau, ils ne vivent pas dedans comme les
castors, loutres ou autres ragondins. Ils se contentent des berges.
Et le plus souvent ils sont perchés dans les arbres, confortablement
installés dans une fourche comme des koalas.
Je les cherchais à
terre, en fait c’est là haut qu'il faut regarder. Ils sont très
lestes avec leurs doigts comme des mains et n'ont aucun mal à
grimper. Ils descendent des arbres quand les gens viennent donner à
manger. Et ce n'est pas ce qui manque. Bien souvent ce sont des
morceaux de pain qu'on leur donne. Pas sûr que ce soit ce qu'il y a
de mieux pour eux. Mais ils acceptent de bon cœur et vont chercher
le morceau dans la main, en s'en emparant comme des singes le
feraient. Toute cette agitation attire les écureuils en nombre qui
déboulent des arbres pour finir les miettes. Les canards, poules
d'eau et geais rappliquent aussi et au final on finit avec toute une
ménagerie autour de soi.
Le soir je suis content
de retrouver ma place de parking sous les eucalyptus en haut de la
butte du Présidio, dans cette rue où personne ne passe à part
quelques cyclistes qui sont sûrs de ne pas s'y faire écraser. Je
suis bercé par une corne de brume qui hulule dans la baie. Pour le
dîner, je vais sur un autre parking qui dispose de troncs d'arbres
en guise de buttées. Je peux m'y asseoir, poser le bidon ou encore
le réchaud. C'est pratique.
Samedi soir, j'avais commencé ma
dînette quand des voitures ont rappliqué les unes après les
autres. A côté se situe un restaurant avec une grande baie vitrée
où des tables nappées de blanc ont pris place, face à un panorama
sur la baie. Tout le monde était apprêté, sur son trente et un,
les hommes en costume-cravate et les femmes en tenues de soirée. Ils
se connaissaient tous, sans doute un banquet pour célébrer une
événement. A côté je détonnais, avec ma voiture sale à la
Columbo, portières ouvertes, mal garée en prenant deux places, avec
le réchaud fumant à côté et tous les sacs plastiques de bouffe
éparpillés tout autour.
Au départ les gens m'évitaient. Mais à
force ils ont bien fini par se garer à côté, le parking finissant
par être plein. Les limousines sont arrivées. Du restaurant les
gens prenaient un cocktail, le petit doigt en l'air en gloussant. Ça
sentait le bon vin et le parfum des dames. A côté je faisais SDF,
poussant mon omelette-purée avec une fourchette qui fait aussi
cuillère dans une assiette de plastique bleue. Mais on ne m'a rien
dit. Ils auraient pu me demander de dégager pour libérer la place.
Les Américains ont de l'éducation. Je ne me suis pas laissé
impressionner pour autant. J'aurais pu penser que ça faisait le type
exclu de la fête mais en retour je pensais que pour pouvoir se payer
une de ces soirées, combien d'heures avaient-ils dû passer avant au
bureau, cravatés et asservis ? Je préfère autrement ma
liberté à l’argent et aux mondanités.











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