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samedi 22 novembre 2014

Les bestioles de San Francisco

Mis sur la Highway 1 comme sur des rails, je suis arrivé à San Francisco sans avoir eu le temps de m'en rendre compte. Si hier au nord de Monterey c'était une baie très urbanisée, dès qu'on a dépassé Santa Cruz, la côte redevient sauvage et c'est ainsi qu'on arrive à San Francisco. Sa côte sud est étonnamment préservée de constructions, la ville s'étendant plus dans les terres le long de la faille de San Andreas avec San Jose, Palo Alto et la Sillicon Valley. Je suppose que le climat doit y être meilleur, en s'affranchissant du brouillard. C'est un San Francisco sous le soleil que je retrouve. 
La pluie qui tombait toute drue ce matin est partie pour plusieurs jours, emmenant avec elle le brouillard qui stagnait au dessus de la ville la dernière fois. Du coup c’est un Golden Bridge resplendissant que je retrouve.
Mais avant cela je me suis rendu au Golden Gate Park pour y pique niquer sur un banc. Tandis que j'avais la tête dans le coffre, en ressortant j'ai sursauté à la vue de trois bestioles au pied de la voiture, qui me regardaient faire. Il y en avait de toutes les tailles, la tête levée pour mieux voir ce que je traficotais. Des gros animaux que je ne m'attendais pas à voir dans un jardin public. Je me suis demandé ce que ça pouvait être. 
Attention je vais me battre!
Trop gros pour un blaireau. Ça a la taille d'un chien, gris, avec une queue touffue rayée et des yeux hypnotiques cernés de noir. Ça marche comme des singes, sur des pattes repliées dont l'avant ressemble à des doigts. Des ratons laveurs ! Je n'en avais jamais vus. Apparemment ils sont communs dans le parc car j'ai l'air d'être le seul à m'en extasier. Les promeneurs passent devant sans les regarder et les chiens les ignorent. Les ratons sont bien trop gros pour qu'ils puissent s'y attaquer. Je ne sais pas pourquoi ça porte le nom de raton, ça ne ressemble en rien à un rat avec une tête qui ressemblerait plus à celle d'un renard, en plus joufflu. Comme mon petit comité d'accueil a vu que je ne lui donnerais aucun cadeau de bienvenue, ils s’en est retourné d'un pas léger dans les broussailles qui bordent un petit étang plein de canards et d'autres oiseaux d'eau. 
C'est là qu'ils doivent vivre. S'ils s’appellent ratons laveurs c'est qu'ils doivent aimer l'eau. D'ailleurs tout le long de cet étang on trouve des espèces de chemins s'enfonçant dans les herbes, sans doute tracés par leur passage. Je me suis empressé de déjeuner pour en tirer le portrait. Il y avait une vieille dame sur un banc qui en nourrissait un presque dans la main, comme chez nous on donne aux pigeons ! Quant ce fut mon tour de m'en occuper, ils avaient tous disparu comme ils étaient venus. Je suis parti à leur recherche, scrutant les broussailles et le rivage. Rien. Pourtant c’est suffisamment gros pour qu'on les voit de loin. Je ne sais pas où ils sont allés se terrer. 
Je suis spécialiste de la chose. Quand on cherche des animaux on ne les trouve jamais et c'est quand on est occupé et qu'on n'y prête plus gare qu'ils arrivent. C’est un grand classique. Maintenant que je sais où ils se trouvent, il ne me restera plus qu'à revenir.
En attendant, je me suis amusé avec d'autres bestioles, comme les écureuils, en surabondance. En plus ce sont ceux de la famille de Tic et Tac. Il y en avait un qui restait dans son arbre, pris de folie, se contorsionnant autour des fourches, passant sous des lianes en montant et descendant du tronc en spirale tout en mordant des petits rameaux sans les manger. Il était en transe, laissant éclater sa joie de vivre. 
Pendant ce temps j'avais le nez en l'air à m'en dévisser la tête, pris de migraines à regarder dans un viseur à travers lequel l'image ne fait que bouger depuis que le stabilisateur de l'appareil photo est cassé pour une raison inconnue. Pour faire des photos au zoom c’est devenu la croix la bannière. Comme l'image bouge tout le temps, c'est dur de cadrer, de faire une mise au point réussie et les flous et photos ratées sont légions. Du coup il fait shooter à de hautes vitesses, faisant grimper ainsi la sensibilité et le grain. Pas top. Heureusement l'appareil est toujours sous garanti. Pas très fiable comme appareil quand même. Seulement 5 mois que je m'en sers.
Avec mon nez collé des heures au viseur dans d'étranges positions, j'attire la sympathie des gens qui passent, comme cette dame qui m'a donné des tuyaux pour trouver d'autres bestioles. Il y a deux coqs blancs juchés au sommet d'un arbre, surveillés et défendus par des ratons laveurs qui mènent la garde au sol. En théorie car là il y a du laisser aller dans la relève. Ils sont normalement là, attendant qu'on rétribue leurs services en piochant parmi la nourriture que les gens laissent pour les coqs. « They are very smart », me dit-elle. Il ne me restera plus qu'à le vérifier un autre jour...

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