Mis sur la Highway 1
comme sur des rails, je suis arrivé à San Francisco sans avoir eu
le temps de m'en rendre compte. Si hier au nord de Monterey c'était
une baie très urbanisée, dès qu'on a dépassé Santa Cruz, la côte
redevient sauvage et c'est ainsi qu'on arrive à San Francisco. Sa
côte sud est étonnamment préservée de constructions, la ville
s'étendant plus dans les terres le long de la faille de San Andreas
avec San Jose, Palo Alto et la Sillicon Valley. Je suppose que le
climat doit y être meilleur, en s'affranchissant du brouillard.
C'est un San Francisco sous le soleil que je retrouve.
La pluie qui
tombait toute drue ce matin est partie pour plusieurs jours, emmenant
avec elle le brouillard qui stagnait au dessus de la ville la
dernière fois. Du coup c’est un Golden Bridge resplendissant que
je retrouve.
Mais avant cela je me
suis rendu au Golden Gate Park pour y pique niquer sur un banc.
Tandis que j'avais la tête dans le coffre, en ressortant j'ai
sursauté à la vue de trois bestioles au pied de la voiture, qui me
regardaient faire. Il y en avait de toutes les tailles, la tête
levée pour mieux voir ce que je traficotais. Des gros animaux que je
ne m'attendais pas à voir dans un jardin public. Je me suis demandé
ce que ça pouvait être.
![]() |
| Attention je vais me battre! |
Trop gros pour un blaireau. Ça a la taille
d'un chien, gris, avec une queue touffue rayée et des yeux
hypnotiques cernés de noir. Ça marche comme des singes, sur des
pattes repliées dont l'avant ressemble à des doigts. Des ratons
laveurs ! Je n'en avais jamais vus. Apparemment ils sont communs
dans le parc car j'ai l'air d'être le seul à m'en extasier. Les
promeneurs passent devant sans les regarder et les chiens les
ignorent. Les ratons sont bien trop gros pour qu'ils puissent s'y
attaquer. Je ne sais pas pourquoi ça porte le nom de raton, ça ne
ressemble en rien à un rat avec une tête qui ressemblerait plus à
celle d'un renard, en plus joufflu. Comme mon petit comité d'accueil
a vu que je ne lui donnerais aucun cadeau de bienvenue, ils s’en
est retourné d'un pas léger dans les broussailles qui bordent un
petit étang plein de canards et d'autres oiseaux d'eau.
C'est là
qu'ils doivent vivre. S'ils s’appellent ratons laveurs c'est qu'ils
doivent aimer l'eau. D'ailleurs tout le long de cet étang on trouve
des espèces de chemins s'enfonçant dans les herbes, sans doute
tracés par leur passage. Je me suis empressé de déjeuner pour en
tirer le portrait. Il y avait une vieille dame sur un banc qui en
nourrissait un presque dans la main, comme chez nous on donne aux
pigeons ! Quant ce fut mon tour de m'en occuper, ils avaient
tous disparu comme ils étaient venus. Je suis parti à leur
recherche, scrutant les broussailles et le rivage. Rien. Pourtant
c’est suffisamment gros pour qu'on les voit de loin. Je ne sais pas
où ils sont allés se terrer.
Je suis spécialiste de la chose.
Quand on cherche des animaux on ne les trouve jamais et c'est quand
on est occupé et qu'on n'y prête plus gare qu'ils arrivent. C’est
un grand classique. Maintenant que je sais où ils se trouvent, il ne
me restera plus qu'à revenir.
En attendant, je me suis
amusé avec d'autres bestioles, comme les écureuils, en
surabondance. En plus ce sont ceux de la famille de Tic et Tac. Il y
en avait un qui restait dans son arbre, pris de folie, se
contorsionnant autour des fourches, passant sous des lianes en
montant et descendant du tronc en spirale tout en mordant des petits
rameaux sans les manger. Il était en transe, laissant éclater sa
joie de vivre.
Pendant ce temps j'avais le nez en l'air à m'en
dévisser la tête, pris de migraines à regarder dans un viseur à
travers lequel l'image ne fait que bouger depuis que le stabilisateur
de l'appareil photo est cassé pour une raison inconnue. Pour faire
des photos au zoom c’est devenu la croix la bannière. Comme
l'image bouge tout le temps, c'est dur de cadrer, de faire une mise
au point réussie et les flous et photos ratées sont légions. Du
coup il fait shooter à de hautes vitesses, faisant grimper ainsi la
sensibilité et le grain. Pas top. Heureusement l'appareil est
toujours sous garanti. Pas très fiable comme appareil quand même.
Seulement 5 mois que je m'en sers.
Avec mon nez collé des
heures au viseur dans d'étranges positions, j'attire la sympathie
des gens qui passent, comme cette dame qui m'a donné des tuyaux pour
trouver d'autres bestioles. Il y a deux coqs blancs juchés au sommet
d'un arbre, surveillés et défendus par des ratons laveurs qui
mènent la garde au sol. En théorie car là il y a du laisser aller
dans la relève. Ils sont normalement là, attendant qu'on rétribue
leurs services en piochant parmi la nourriture que les gens laissent
pour les coqs. « They are very smart », me dit-elle. Il
ne me restera plus qu'à le vérifier un autre jour...







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