Redwood est situé à une
cinquantaine de kilomètres au nord d'Eureka. Cette ville, la seule
qui mérite vraiment ce nom dans les territoires de la Californie du
nord, semble n'être qu'unes suite de supermarchés et de stations
services, avec des maisons individuelles qui s'étagent sans fin dans
des lotissements sur les collines au pied desquelles on trouve des
ranchs qui courent jusqu'au bord de l'eau. Entre un rivage réservé
à un usage diurne et le reste complètement privatisé, il est
impossible de trouver un coin où se garer. La nuit dernière j'ai
erré pendant une heure et demie à la recherche d'un endroit,
finissant devant la grille d'un ranch où en début de soirée des
voisins inquiets sont venus me déloger avec leurs feux de pick-ups
braqués sur la voiture.
Encore heureux qu'ils n'étaient pas armés.
Au final, c'est derrière une cabane le long d'un golf que j'ai
trouvé un endroit, au bord d'une route très passante où j'ai passé
une mauvaise nuit. Désormais, pour les coins urbanisés, je ferai
comme tous les autres SDF : les parkings de grandes surfaces.
Ils sont pleins de campings-cars en bout de course avec des gens
désœuvrés et avinés, assis à cloper devant des Mac Donalds ou
autres fast-foods. Ce sont les seuls endroits publics qui restent. A
San Francisco je pensais trouver un parking tranquille le long de
l'océan mais j'ai bien peur que les panneaux « Day use area »
ne fleurissent là bas comme ici. Aux États-Unis il faut faire comme
tout le monde : rentrer sagement s'enfermer le soir à la maison
pour dormir. C'est le contraire du Maroc...
Le temps couvert de la
journée n'est pas pour améliorer l'impression de pauvreté de cette
ville hors des standards californiens que l'on se fait. Oubliez les
villas de Malibu, les palmiers, les décapotables et les blondasses.
S'il y avait Alerte à Malibu, ici ce serait Cauchemar à Eureka. Les
gens sont des paysans en gros godillots pleins de boue avec bonbonne
engoncée dans son siège qui ne doit pas avoir un seul bikini dans
sa garde-robe, si tant est qu'elle en ait déjà vu un. La Californie
c'est ça : un état de contrastes, avec des montagnes et des
lieux cul-terreux qui côtoient le bling-bling et la surf culture du
sud. Peut être que j'irai faire un saut jusqu'à Los Angeles pour
voir Santa Barbara, Malibu et autres Santa Monica aux créatures
refaites, siliconées ou bodybuildée. Question de voir...
Mais pour l'heure, place
à Redwoods ! C'est l'endroit le plus au nord de l’État.
Après, on passe dans l'Orégon dont Portland n'est qu'à 400
kilomètres d'ici. Le parc de Redwoods est situé à plus de 300
miles au nord de San-Francisco. Ça fait belle lurette que j'ai
dépassé la ville qui se trouvait au niveau de Yosemite. Le parc
national est en fait un ensemble de parcs d’État, qui se sont
formés entre 1923 et 1929, sous la pression de quelques habitants
pour tenter de contrer la déforestation galopante de la région. En
effet il y a 200 ans, on trouvait 809.000 hectares de forêt de vieux
séquoias qui poussaient sur une bande étroite de la côte. Il n'en
reste désormais plus que 5%. Au cours de la ruée vers l'or de 1850,
les gens affluèrent en nombre vers cette région. Avec leurs besoins
en bois pour construire maisons et ranchs et pour se se chauffer, la
forêt fut dévastée. Au début les séquoias furent épargnés.
Trop gros, il n'y avait aucune scie capable d’en venir à bout.
Mais quand les améliorations techniques de l'industrie du bois
arrivèrent, ils ne tardèrent pas à passer à la casserole à leur
tour. C'est ainsi que les parcs d’État furent créés, pour tenter
de sauver les derniers séquoias. Mais cela ne suffit pas.
En effet
avec la déforestation, c’est tout un équilibre écologique qui
fut rompu. Séquoia sempervirens a besoin du brouillard qui
couvre souvent la côte dont il tire la moitié de ses besoins en
eau. Avec la disparition des forêts, le brouillard n'était plus
retenu par les arbres et disparaissait derrière les collines. De
plus c'est un arbre qui a besoin de la compagnie des autres pour la
captation de l'eau dans le sol. Leurs racines sont commutées d'un
arbre à l'autre, formant un vaste réseau souterrain qui permet de
puiser toute l'eau renfermée dans le sol. Avec des arbres épars,
cette capacité était aussi amoindrie. Les séquoias restants
allaient donc mal.
C'est alors que le parc national fut créé en
1968, englobant les anciens parcs d’État et en y ajoutant de
nouvelles terres, celles qui étaient jadis déboisées et qui
servent désormais de prairies où des troupeaux d'élans viennent se
délecter. La surface du parc est aujourd'hui de 42.000 hectares.
Curieusement le parc est traversé par une autoroute, celle qui longe
la côte californienne du nord au sud. Elle est très passante. C’est
sans doute pour cette raison que le parc est en accès libre. Aucun
passe n'est requis. Imaginez les bouchons s'ils avaient mis un poste
de péage et le tollé des habitants qui traversent juste le parc
pour se rendre aux villes des alentours.
Heureusement le parc a
construit de nombreuses pistes et routes secondaires qui permettent
de s'affranchir du vacarme de l'autoroute pour trouver une nature
tranquille et pleine de bruits sauvages.
Au centre des visiteurs,
j'ai demandé un permis pour « backcountry camping ». En
effet, à côté des parkings du parc payants, on trouve les
traditionnels lieux de bivouacs autorisés contre permis. Mais ceux
ci se trouvent pour certains à seulement quelques minutes de marche
de pistes où l'on peut se garer. C'est l'idéal. Pas besoin de
randonner pendant des heures. Deux de ces campings sont situés en
plus en bord de côte.
C'est ceux là que j'ai demandés pour y
camper trois nuits. Je sens que je vais y être bien. Il n'y a pas un
chat dans ce parc, les touristes ne venant que l'été. Et puis avec
le temps gris et humide ainsi que des températures tout juste
douces, pas de quoi susciter l’emballement des californiens. Tant
mieux ! La forêt est aussi très jolie par ce temps. Le sol est
gorgé d'eau et fait le bonheur des fougères qui forment des touffes
d'un vert qui fait mal aux yeux. Le parc me rappelle beaucoup les
forêts du centre de l'île du Nord de Nouvelle Zélande, autour de
Roturoa, là où poussaient d'ailleurs des arbres géants. Je ne sais
plus si c'était aussi des séquoias.
Les pluies des derniers jours
sont toujours visibles, avec des flaques d'eau partout où viennent
boire des élans que l'on rencontre en nombre sans avoir à les
chercher. Ils ne sont pas plus farouches qu'une vache dans un pré.
Ils ont de drôles de têtes rigolotes avec une robe aux tons marrons
et un jabot qui tend vers le fauve. A côté les traditionnels « mule
deer », les cerfs gris, sont toujours là. Nul doute que je ne
vais tarder à voir de petits ou gros écureuils.
La côte fait bout du
monde, avec des vagues déchaînées qui déferlent au pied de
falaises éboulées, fouettées par les vents et où le brouillard
s'accroche. C'est lugubre à souhait mais en même temps d'une
sauvagerie absolue.
C'est là que se situe Flint Ridge, un camping de
8 emplacements, dans la forêt juste au dessus de la falaise. Un
couple de jeunes du Massachusetts avec planches de surf sur le toit
de leur vieille Chrysler pourrie va aussi y passer la nuit. Du coup
je leur laisse le camping et préfère rester tranquille dans la
voiture sur le petit terre plein où l'on se gare, au bord de la
falaise. J'ai pris mes habitudes, tout est prêt, je n'ai pas de
barda à trimbaler et à faire sécher le lendemain matin. Il me
suffit de me glisser dans le sac de couchage. Et j'entends tout
autant les vagues se briser en bas sur les rochers. Quel changement
avec la nuit dernière !










C'est la terre qui est aussi rouge?
RépondreSupprimerNon non, ce sont les aiguilles mortes qui ont cette couleur. Mais c'est très beau!
RépondreSupprimer