La neige c'est bien et
joli mais ce serait mieux si elle tombait quand il fait 20 degrés.
Remarque, l'avantage est que le coffre de la voiture fait frigo. Par
contre pour l'huile d'olive elle est inutilisable, elle reste figée
du matin au soir sans pouvoir en obtenir une seule goutte. Je ne vais
pas trop me plaindre, l'hiver ne durera pour moi que quelques jours.
Sur la côte il fera certainement meilleur et puis après les USA ce
sont les tropiques qui m'attendent. Pour l'instant les nuits dans la
voiture sont glacées. Même si je n'ai pas très froid avec ma
technique des deux sacs de couchages, j'ai été obligé de sacrifier
un polaire pour revêtir l'oreiller car le coton est une horreur qui
me glaçait les joues.
Comme je dors les vitres fermées, le matin
tout est humide avec de la buée partout. Ou parfois du givre à
l'intérieur comme ce matin. J'ai vu hier le long de la route qu'il
faisait 34 degrés Fahrenheit. Je ne sais pas combien ça fait mais
ça ne doit pas faire beaucoup. Et encore c'était à 15 heures.
Enfin, 15 heures, à mon heure qui ne veut plus rien dire. Aux
États-Unis ils ont changé d’heure la nuit dernière. Désormais
je dois me caler sur l'heure du Texas pour obtenir quelque chose qui
me convienne. Avec deux heures de décalage, cela voudrait dire qu'il
ferait nuit noire à 17 heures et jour à 5h30 ce qui donne un zénith
vers 11 heures du matin. C'est complètement débile.
Dans ces
conditions je devrais arrêter toute exploration dès 16 heures et
les meilleures heures pour prendre des photos se limiteraient au
créneau midi-14 heures. Ça ne me va pas. Mais apparemment ça
arrange tous les autres. Cela a l'avantage qu'ils n'ont pas à
réfléchir quand ils me voient pour me saluer. Un « Good
morning » fait l'affaire quelque soit l'heure, vu que c'est
désormais presque tout le temps le matin!
Étant aux premières
loges, je me suis rendu au lever du soleil au parking de Vikingsholm
qui surplombe Emerald Bay. Comme le soleil est de retour, j'ai pu
assister à une magnifique danse de nuages roses se reflétant sur la
surface lisse de la baie pendant qu'un rayon de soleil sortait
derrière une montagne.
Ce sont des instants fugaces qui font oublier
les quelques inconvénients de l'itinérance en voiture au confort
spartiate. Mais il y a pire que moi. Aux lueurs du jour, j'ai croisé
un cyclo-touriste qui ressemblait à un SDF et qui devait
probablement en être un, peinant dans les montées. Il n'avait pas
beaucoup d'affaires, un sac de couchage trop fin avait dû le
réveiller avant l'aurore. Remarque, il est mieux là qu'à faire la
manche dans les détritus des parkings de San Francisco. J'écrivais
au début que les américains étaient très riches. C'est vrai. Mais
ils sont aussi très pauvres. Il n'y a pas de juste milieu. Il y a
des quartiers entiers autour des villes qui pourraient ressembler à
des bidonvilles sous d'autres latitudes.
Ce sont des espaces où les
gens vivent dans des caravanes ou des mobile homes déglingués,
entourés de carcasses d'objets cassés et rouillés. Ils sont
souvent au bord de grandes routes, dans le bruit et la pollution.
Dans mon périple qui traverse souvent des endroits paumés, il y a
même des hameaux où c’est le seul type d'habitation qui prévaut.
Il y a vraiment des coins reculés de tout, moches et pelés où je
me demande de quoi les gens vivent et ce qu'ils font à part regarder
la télé devant un bol de pop-corn et une cuillère dans un pot de
beurre de cacahuètes. Je pense que les premières victimes du
système sont les indiens et les latinos. Il n'y a pas vraiment de
noirs dans l’ouest, j'en croise pour ainsi dire aucun.
![]() |
| Sentier pour Cascade Falls |
Les indiens
de la réserve de Death Valley vivaient tous dans des mobile homes.
Quant aux latinos, on les retrouve dans les fast-foods qu'ils
fréquentent en majorité. Pauvreté et malbouffe conjuguée à des
gènes qui les prédisposent à l'obésité, tous les ingrédients
sont là pour en faire des bibendums.
Je ne sais pas ce qui se
passe dans le coin, mais 90% des touristes sont des japonais ou des
indiens, qui débarquent de voitures particulières en smalas
entières. Surtout les indiens. On se demande comment ils font pour
tenir à autant dans une seule voiture. Je ne les avais vus nulle
part ailleurs, le lac Tahoe les attire pour je ne sais quelle raison.
Au début j'ai cru que c'était un groupe de voyage organisé arrivé
par le même avion, mais sur deux jours c'est toujours pareil, et
jamais les mêmes. Il y a un mystère.
Autour de Emerald Bay se
trouve un autre parking, Inspiration Point avec un camping fermé de
l'autre côté. La traversée du camping sous les sapins et la neige
permet de conduire au sentier qui mène à Cascade Falls, sur les
hauteurs d'un petit lac merveilleux. La faune que j'avais vue dans
les parcs de Yosemite est toujours là malgré la neige. Les
écureuils, qui n'ont plus grand chose à ramasser, s’amusent dans
la neige en se poursuivant, faisant semblant de se mordre. Ils
montent et descendent aux arbres, laissant leurs petites empreintes
dans la neige. Ils sont tous contents de ce brusque changement de
décor. A mon avis, ils feraient mieux d'économiser leurs forces
pour l'hiver qui arrive.
Remarque, s'ils ont tous faits comme
l'écureuil que j'avais vu planquer des pommes de pins sous un tronc,
ils devraient avoir déjà fait suffisamment de réserves pour passer
un hiver tranquille. Les geais bleus sont aussi toujours là,
grattant sous les feuilles des endroits déneigés. Elles ont bien du
mérite toutes ces petites bestioles qui vont devoir endurer des
températures glaciales pendant longtemps. Moi je suis bien au chaud
la nuit sous des sacs de couchages, eux n'ont rien d'autre que leur
fourrure ou quelques plumes.
Cascade Falls est un très
joli endroit qui permet de découvrir des sommets de la Sierra Nevada
bien enneigés qui entourent un genre de cirque au fond duquel se
trouvent des pins éparpillés qui révèlent le début d'un étage
plus alpin.
Les cascades ne sont par contre qu'une série de petits
ruisseaux qui dégringolent autour de rochers et de tourbières. Le
soleil a fait fondre une bonne partie de la neige accumulée hier.
C'en est fini des paquets de neige sur les branches des sapins. Tout
a fondu, sauf sur les hauteurs. Après le déjeuner, je suis retourné
au parking de Vikingsholm. De là part un sentier qui descend au
niveau de la baie où se trouve le château de Vikingsholm, un vrai
château à l’architecture scandinave achevé en 1929, avec des
toits couverts d'herbes pour les dépendances. En face du château
s’étend la petite île déserte de Fannette Island au sommet de
laquelle se trouve une petite tour de guet.
Au niveau d'une rivière
qui se jette dans la baie, on trouve à l'embouchure de gros poissons
bariolés qui ressemblent à des truites. Il n'en reste plus que
deux, réfugiés sous un tronc, au milieu de dizaines de cadavres de
leurs congénères dont il ne reste plus que la tête et des yeux
vitreux. C'est un vrai carnage ! Un ours a dû passer par là et
se faire un festin de ces pauvres poissons piégés dans 5
centimètres d'eau qui ne peuvent plus se sauver et restent dans des
flaques en attendant des jours meilleurs. S'ils y arrivent...
En fin de journée, j'ai
fait un saut à Truckee pour voir cette ville d'un autre temps. Même
si les bâtiments ont été bien conservés, le centre historique ne
fait plus rien de vraiment far-west, converti depuis en magasins.
Avec plein de voitures garées devant, pas moyen d’en tirer une
photo qui semble surgir d'un autre temps. J'ai fait un tour sur
internet pour consulter l'état de la route 89 qui traverse plus au
nord le parc national de Lassen Volcanic où je compte me rendre. La
route est toujours fermée au niveau du parc. Cela ne m'a pas empêché
d'en prendre la direction, avec un peu de chance elle aura rouvert
demain. Sinon je me contenterai d'une portion de quelques kilomètres
toujours ouverte. Je suis en manque de parcs nationaux. Je me suis
habitué à ces sauts de parc en parc, j'en veux encore !













Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire