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mardi 4 novembre 2014

Redwood National Park

Redwood est situé à une cinquantaine de kilomètres au nord d'Eureka. Cette ville, la seule qui mérite vraiment ce nom dans les territoires de la Californie du nord, semble n'être qu'unes suite de supermarchés et de stations services, avec des maisons individuelles qui s'étagent sans fin dans des lotissements sur les collines au pied desquelles on trouve des ranchs qui courent jusqu'au bord de l'eau. Entre un rivage réservé à un usage diurne et le reste complètement privatisé, il est impossible de trouver un coin où se garer. La nuit dernière j'ai erré pendant une heure et demie à la recherche d'un endroit, finissant devant la grille d'un ranch où en début de soirée des voisins inquiets sont venus me déloger avec leurs feux de pick-ups braqués sur la voiture. 
Encore heureux qu'ils n'étaient pas armés. Au final, c'est derrière une cabane le long d'un golf que j'ai trouvé un endroit, au bord d'une route très passante où j'ai passé une mauvaise nuit. Désormais, pour les coins urbanisés, je ferai comme tous les autres SDF : les parkings de grandes surfaces. Ils sont pleins de campings-cars en bout de course avec des gens désœuvrés et avinés, assis à cloper devant des Mac Donalds ou autres fast-foods. Ce sont les seuls endroits publics qui restent. A San Francisco je pensais trouver un parking tranquille le long de l'océan mais j'ai bien peur que les panneaux « Day use area » ne fleurissent là bas comme ici. Aux États-Unis il faut faire comme tout le monde : rentrer sagement s'enfermer le soir à la maison pour dormir. C'est le contraire du Maroc...
Le temps couvert de la journée n'est pas pour améliorer l'impression de pauvreté de cette ville hors des standards californiens que l'on se fait. Oubliez les villas de Malibu, les palmiers, les décapotables et les blondasses. S'il y avait Alerte à Malibu, ici ce serait Cauchemar à Eureka. Les gens sont des paysans en gros godillots pleins de boue avec bonbonne engoncée dans son siège qui ne doit pas avoir un seul bikini dans sa garde-robe, si tant est qu'elle en ait déjà vu un. La Californie c'est ça : un état de contrastes, avec des montagnes et des lieux cul-terreux qui côtoient le bling-bling et la surf culture du sud. Peut être que j'irai faire un saut jusqu'à Los Angeles pour voir Santa Barbara, Malibu et autres Santa Monica aux créatures refaites, siliconées ou bodybuildée. Question de voir...
Mais pour l'heure, place à Redwoods ! C'est l'endroit le plus au nord de l’État. Après, on passe dans l'Orégon dont Portland n'est qu'à 400 kilomètres d'ici. Le parc de Redwoods est situé à plus de 300 miles au nord de San-Francisco. Ça fait belle lurette que j'ai dépassé la ville qui se trouvait au niveau de Yosemite. Le parc national est en fait un ensemble de parcs d’État, qui se sont formés entre 1923 et 1929, sous la pression de quelques habitants pour tenter de contrer la déforestation galopante de la région. En effet il y a 200 ans, on trouvait 809.000 hectares de forêt de vieux séquoias qui poussaient sur une bande étroite de la côte. Il n'en reste désormais plus que 5%. Au cours de la ruée vers l'or de 1850, les gens affluèrent en nombre vers cette région. Avec leurs besoins en bois pour construire maisons et ranchs et pour se se chauffer, la forêt fut dévastée. Au début les séquoias furent épargnés. Trop gros, il n'y avait aucune scie capable d’en venir à bout. Mais quand les améliorations techniques de l'industrie du bois arrivèrent, ils ne tardèrent pas à passer à la casserole à leur tour. C'est ainsi que les parcs d’État furent créés, pour tenter de sauver les derniers séquoias. Mais cela ne suffit pas. 
En effet avec la déforestation, c’est tout un équilibre écologique qui fut rompu. Séquoia sempervirens a besoin du brouillard qui couvre souvent la côte dont il tire la moitié de ses besoins en eau. Avec la disparition des forêts, le brouillard n'était plus retenu par les arbres et disparaissait derrière les collines. De plus c'est un arbre qui a besoin de la compagnie des autres pour la captation de l'eau dans le sol. Leurs racines sont commutées d'un arbre à l'autre, formant un vaste réseau souterrain qui permet de puiser toute l'eau renfermée dans le sol. Avec des arbres épars, cette capacité était aussi amoindrie. Les séquoias restants allaient donc mal. 
C'est alors que le parc national fut créé en 1968, englobant les anciens parcs d’État et en y ajoutant de nouvelles terres, celles qui étaient jadis déboisées et qui servent désormais de prairies où des troupeaux d'élans viennent se délecter. La surface du parc est aujourd'hui de 42.000 hectares. Curieusement le parc est traversé par une autoroute, celle qui longe la côte californienne du nord au sud. Elle est très passante. C’est sans doute pour cette raison que le parc est en accès libre. Aucun passe n'est requis. Imaginez les bouchons s'ils avaient mis un poste de péage et le tollé des habitants qui traversent juste le parc pour se rendre aux villes des alentours. 
Heureusement le parc a construit de nombreuses pistes et routes secondaires qui permettent de s'affranchir du vacarme de l'autoroute pour trouver une nature tranquille et pleine de bruits sauvages.
Au centre des visiteurs, j'ai demandé un permis pour « backcountry camping ». En effet, à côté des parkings du parc payants, on trouve les traditionnels lieux de bivouacs autorisés contre permis. Mais ceux ci se trouvent pour certains à seulement quelques minutes de marche de pistes où l'on peut se garer. C'est l'idéal. Pas besoin de randonner pendant des heures. Deux de ces campings sont situés en plus en bord de côte. 
C'est ceux là que j'ai demandés pour y camper trois nuits. Je sens que je vais y être bien. Il n'y a pas un chat dans ce parc, les touristes ne venant que l'été. Et puis avec le temps gris et humide ainsi que des températures tout juste douces, pas de quoi susciter l’emballement des californiens. Tant mieux ! La forêt est aussi très jolie par ce temps. Le sol est gorgé d'eau et fait le bonheur des fougères qui forment des touffes d'un vert qui fait mal aux yeux. Le parc me rappelle beaucoup les forêts du centre de l'île du Nord de Nouvelle Zélande, autour de Roturoa, là où poussaient d'ailleurs des arbres géants. Je ne sais plus si c'était aussi des séquoias. 
Les pluies des derniers jours sont toujours visibles, avec des flaques d'eau partout où viennent boire des élans que l'on rencontre en nombre sans avoir à les chercher. Ils ne sont pas plus farouches qu'une vache dans un pré. Ils ont de drôles de têtes rigolotes avec une robe aux tons marrons et un jabot qui tend vers le fauve. A côté les traditionnels « mule deer », les cerfs gris, sont toujours là. Nul doute que je ne vais tarder à voir de petits ou gros écureuils.
La côte fait bout du monde, avec des vagues déchaînées qui déferlent au pied de falaises éboulées, fouettées par les vents et où le brouillard s'accroche. C'est lugubre à souhait mais en même temps d'une sauvagerie absolue. 
C'est là que se situe Flint Ridge, un camping de 8 emplacements, dans la forêt juste au dessus de la falaise. Un couple de jeunes du Massachusetts avec planches de surf sur le toit de leur vieille Chrysler pourrie va aussi y passer la nuit. Du coup je leur laisse le camping et préfère rester tranquille dans la voiture sur le petit terre plein où l'on se gare, au bord de la falaise. J'ai pris mes habitudes, tout est prêt, je n'ai pas de barda à trimbaler et à faire sécher le lendemain matin. Il me suffit de me glisser dans le sac de couchage. Et j'entends tout autant les vagues se briser en bas sur les rochers. Quel changement avec la nuit dernière !

2 commentaires:

  1. C'est la terre qui est aussi rouge?

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  2. Non non, ce sont les aiguilles mortes qui ont cette couleur. Mais c'est très beau!

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