Pour mon dernier jour en
Thaïlande et pour finir en beauté le voyage, la plage mystère au
delà du camp mérite que je m'y penche. Si Tim y est allé hier, je
peux bien y arriver. Il m'a dit qu'il fallait compter 40 minutes,
juste avant qu'ils ne quittent l'île pour de nouvelles aventures
vers Koh Bulon. Je leur ai ensuite suggéré de poursuivre sur Koh
Kradan puis Railay Beach malgré le monde là bas. Ce serait dommage
qu'ils viennent pour la première fois en Thaïlande et ne puissent
pas contempler cette image d’Épinal de Thaïlande qui trône sur
toutes les cartes postales et catalogues des agences de voyage, avec
un long tail boat en premier plan et ses rubans multicolores à la
proue avec au fond un gros rocher complètement vertical couvert de
jungle.
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| Le matin quand je me lève. Dans un sens... |
C'est une des plages de Railay Beach, celle au pied des
falaises que les grimpeurs du monde entier viennent défier. En plus
c'est la première fois que Tim voit la mer en été et ailleurs que
sur la mer Baltique. Aussi il faut bien que je leur recommande les
endroits incontournables...
Il y a une famille sur le
camp, je n'ai jamais vu ça. Ils se croient comme roi et reine dans
leur royaume avec leurs gamins en bas âge élevés au rang de
princes. Ils font un bordel invraisemblable, les gamins courent entre
les tables en poussant des cris suraigus pendant que les touristes
sourient, les mêmes que ceux qui s'extasient devant un concert de
clebs. Les gamins font ce qu’ils veulent, j'aurais dû venir avec
Super Nanny. Mais avant cela ce sont les parents que l'on devrait
éduquer.
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| ... et dans l'autre! |
Ils crient à travers le restaurant pour appeler leurs
gamins à l'autre bout du camp. Je ne sais pas s'ils se rendent
compte ou s'ils font exprès. On dirait qu'ils se prennent pour des
stars de la copulation portant leur fertilité en étendard. Ce genre
de famille vit en vase clos et pense que les autres n'existent pas.
Ils transportent leur tornade avec eux où qu'ils aillent et le
nombre doit écraser le solitaire comme moi qui cherche du calme et
du silence. C'est la même chose avec les groupes, sauf que là tu ne
peux rien dire au risque de passer pour un vieux con. On n'attaque
pas une famille. Toujours est il qu'ils me font doucement marrer. Ils
ont leur camp face au restaurant et je les vois s'activer. Leur
journée ressemble en une course poursuite autour d'un gamin égaré,
d'une couche éparpillée ou d'un vomi à nettoyer.

Ils passent leur
journée à quatre pattes à remuer sacs et tente, fermant ouvrant et
refermant la porte sans fin. On devrait soumettre les tentes au banc
d'essai des familles pour tester leur résistance. Ils ont le nez
dans leur monde, dans la merde des mioches et ça leur plaît. Ils ne
contemplent et profitent de rien, bien trop occupés à se regarder
le nombril ou celui de leur progéniture. C’était ma diatribe du
matin, ça fait du bien quand ça sort...
Avant de partir en
excursion j'ai pris soin de commander un pan cake aux noix de cajou
et des fruits pour le pique-nique. Car je compte bien passer la
journée là bas et rentabiliser l'effort. Depuis le premier jour je
cherche en vain le chemin pour y aller.
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| Je laisse la plage derrière moi, les choses sérieuses arrivent |
Maintenant que Tim m'a
confirmé qu'on pouvait passer par les rochers, plus rien ne me
retient. Par contre il m'a prévenu, il y a des passages d'escalade
et notre balade à saute mouton de rochers en rochers en revenant de
la cascade n'était rien en comparaison. En effet, à peine arrivé
au bout de la plage, au niveau d'un cap, une falaise se dresse. Par
où passer ? Le vent de cette nuit a démonté la mer qui se
brise sur les rochers. En plus c’est marée haute, impossible donc
de contourner par la mer. Il y aurait bien un passage tout droit en
se hissant et prenant position sur des arêtes plus ou moins
émoussées mais avec mon barda plus le sac de pique nique lesté
d'une bouteille d'eau qui m'encombre, je ne me vois pas passer par là
où l'on peut glisser qu'une pointe de pied. Surtout après avoir
regardé plus bas un genre de gouffre du diable avec de l'eau
tumultueuse.
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| Y en a qui se prélassent... |
Sujet au vertige, je n'ai dès lors cessé de trembler
des genoux. C'était bien la dernière chose souhaitable ! C'est
si abrupt que la moindre chute entraîne direct à se fracasser plus
bas. De quoi renoncer, non ? Mais je ne vais pas me laisser
abattre si vite. Je suis déterminé, quand on veut on peut, il doit
bien y avoir une solution. Puisque je ne peux passer ni par en bas ni
tout droit, il n'y a qu'à chercher un truc moins raide avec de la
végétation pour me retenir, de façon à contourner le truc par le
haut. Facile à dire, un peu moins à faire. La jungle est pleine de
petites lianes qui empêchent d’avancer. On met un pas devant, la
taille reste coincée. On essaye de marcher dessus pour que ça casse
mais ça ne fléchit pas. Il faut donc enjamber, se contorsionner,
passer dessous et ramper. Le tout à vitesse d'escargot sans jamais
voir où l'on met le pied. C’est plein de hautes herbes qui cachent
le moindre relief. Aussi je me sécurise en me tenant d'une branche à
l'autre. A force de regarder mes appuis j'ai fini par m'embrocher la
tête sur une branche contondante. J’évite de penser aux serpents,
ça vaut mieux.
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| La plage oubliée, enfin! |
Content d'avoir franchi
la falaise par la gauche, mes déboires ne sont finis pour autant. En
effet, impossible de rejoindre la côte. Je suis sur une espèce de
piton d'où il est impossible de descendre. Je dois donc continuer
dans la jungle. Ah si j'avais une machette ! A force
d'égratignures diverses et variées, je me suis décidé à
descendre de cet enfer. Mais c'est à ce moment que j'ai glissé sur
une dalle lisse cachée par les herbes. Je me suis rattrapé comme
j'ai pu mais j'avais le pique nique en vrac et surtout la tong droite
rafistolée qui n'a pas survécu au traitement. Je l'ai laissée là
reposer en paix et j'ai pris celle de rechange dans mon sac. J'ai
désormais une tong bleue et une tong noire. C'est ainsi que je vais
rentrer en Espagne. Ça risque de jaser dans l'avion et à la douane
de l’aéroport... Poussez-vous, le clodo arrive !
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| Un repos bien mérité |
Pour un dernier jour je
ne choisis pas la facilité. J'aurais pu rester tranquillement dans
le hamac devant la tente, au lieu de ça je m'enquiquine à mettre ma
vie en danger. J'ai fini par regagner le rivage et cette fois plus
rien ne m'arrêtera. Je passe tous les endroits d'escalade sans
jamais regarder en bas ni penser comment je vais bien pouvoir faire
au retour. Car je sais qu'il est plus facile de monter que de
descendre lorsqu'on escalade. On n'a pas le poids du corps qui
entraîne vers le bas pendant la descente. On verra bien ! Je
suis fatigué, en nage, avec un sac de pique nique lacéré et les
boîtes de carton contenant les aliments renversées et éventrées,
il est temps que ça se termine. Tim avait dit qu'il y avait deux
passages d'escalades ardus, je ne les compte même plus. Même à la
fin, quand enfin on aperçoit la plage, le cauchemar n'est pas
terminé.

Il y a alors de gros rochers dodus et il faut passer de
l'un à l'autre en sautant sauf que parfois ils ne sont pas plat. Et
comme ils sont hauts, là aussi la chute peut être fatale. Pas
mortelle, l'eau est en dessous, on fera juste un gros plouf. Mais ce
n'est pas le moment de tomber dans la flotte avec mon passeport et le
téléphone qui me servira de carte d'accès à bord.
La plage est vraiment
sauvage et belle. On peut s'y baigner quelque que soit le niveau de
la marée. Le sable y est d'un blanc pur ce qui confère à la mer
son bleu lagon, même avec les vagues. Il y a aussi quelques arbres
qui offrent de l'ombre sur la plage sans avoir à aller dans la
jungle. J'ai trouvé un arbre aux grosses feuilles où suspendre le
hamac. Je vais être bien et je vais pouvoir souffler et récupérer
pendant quelques heures. Un bain plus tard je ne pensais déjà plus
à la marche qui m'aura pris une heure. Je compte rentrer sur les
coups de 16 heures, une fois que le soleil aura disparu de l'autre
côté pour moins souffrir de chaleur sur le chemin. Enfin, chemin,
question de parler...
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| L'arbre où j'ai mis le hamac a aussi des fleurs! |
Il y a un truc dommage
sur cette plage c'est qu'elle est pleine de bouteilles d'eau et
autres plastiques. Comme elle est inaccessible, personne ne s'en
préoccupe. D'ailleurs, elle n'est même pas répertoriée sur la
carte marine de Koh Adang du centre des visiteurs. La plage du camp
est quant à elle propre. Ils doivent la nettoyer. Mais surtout le
volontaire allemand, Tom de son nom, invite les gens à prendre un
sac plastique à disposition à la cantine et à le retourner rempli.
En échange on bénéficie de 80 bahts, soit deux bières. C'est ce
qui est écrit. Je trouve l'initiative excellente. Même si elle ne
prend pas le problème à la source. C’est un peu comme Sisyphe, ce
sera une histoire sans fin...
Quand j'ai entamé le
pique-nique, le ciel était en train de s'obscurcir sur Koh Tarutao.
La plage, exposée à l'est, est pile devant et face au vent. Ce sont
des nuages gris qui deviennent de plus en plus sombres là bas.
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| Oups, ça se gatte! |
Je
scrute pour voir s'il y a des averses mais je ne vois pas pour
l'instant de rideau de pluie. Mais la dépression gagne du terrain.
Déjà quelques nuages inoffensifs parviennent jusqu'à la plage. La
pluie... Il ne manquait plus que ça. Certes, ce ne sont pas les gros
rochers qui manquent, je pourrai toujours mettre mes affaires au sec
sous l'un d'eux. Mais après tout dépend s'il s'agit d'une averse ou
d'un truc qui va durer des heures. Et puis, quid des passages rocheux
ruisselants d'eau ? Déjà que secs que c'est loin d'être
facile !
J'ai pris ma décision :
il est temps de rentrer. Journée avortée mais je préfère jouer la
carte de la sécurité. Avant de partir je me suis équipé d'un
bâton de bambou, un tronçon moyen mais dur, qui me servira d'appui
dans les passages délicats. J'ai eu une bonne idée là dessus, il
m'a été très utile.
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| Réfugié au restaurant, la pluie fait rage |
A présent la pluie s'est installée sur
Tarutao. Je prie le petit Jésus pour me laisser le temps d'arriver
au camp avant que la saucée ne débarque. Et je m'en remets à ses
mains pour ma sécurité, pour que tout se passe bien et que le
retour soit plus facile qu’à l'aller. Je compte prendre les
rochers tout du long. Pas question de repasser dans la jungle. De
temps en temps je me retourne, la masse noire approche à grand pas
et va bientôt m'engloutir. Encore quelques minutes...
C'est alors que je passe
un cap, celui du bout de la plage que j'avais contourné par la
jungle à l'aller. Là je l'ai pris par en bas, là où les vagues se
fracassaient mais ça s'est fait presque les doigts dans le nez. Il
faut dire que je n'ai plus ni vertige ni peur. Mon seul impératif
est d'arriver sec à la tente, ou tout du moins de quitter ce merdier
tant qu'il est temps, avant que tout ne devienne glissant.
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| Et un gecko pour la route! |
Pas
question pour autant de presser le pas, la précipitation est le
meilleur moyen de chuter. Je ne sais si ce sont mes prières en m'en
remettant au Bon Dieu mais à peine le pas posé sur le sable et le
bâton de bambou jeté à terre que les premières gouttes se sont
fait sentir. J'ai eu le temps de fermer la tente et de partir à la
douche avant qu'une terrible averse n'éclate. Si ça c'est pas
millimétré ! A présent je suis au sec, en sécurité. La
plage oubliée était belle mais valait-elle tous ces tracas pour que
quelqu'un s'en souvienne ? Ça reste ce que j'ai fait de plus
difficile à ce jour. Si j'avais écouté ma raison j'aurais renoncé.
Mais là je sais que Tim y était arrivé. Donc je pouvais le faire.
C'est ce qui a fait mon entêtement, même si à l'aller je me suis
demandé s'il était vraiment arrivé au bout ou s'il m'avait
simplement mythoné. En fait il a dû trouver les voies que j'ai
trouvées au retour mais pas à l'aller. Ça se fait si on n'a pas
peur, qu’on est grand et leste et qu'on ne regarde pas en bas... En
somme avec un orage aux fesses, ça aide bien !
Salut le Couzinet, ça roule?
RépondreSupprimerNickel! T'es qui?
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