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dimanche 27 décembre 2015

La plage oubliée

Pour mon dernier jour en Thaïlande et pour finir en beauté le voyage, la plage mystère au delà du camp mérite que je m'y penche. Si Tim y est allé hier, je peux bien y arriver. Il m'a dit qu'il fallait compter 40 minutes, juste avant qu'ils ne quittent l'île pour de nouvelles aventures vers Koh Bulon. Je leur ai ensuite suggéré de poursuivre sur Koh Kradan puis Railay Beach malgré le monde là bas. Ce serait dommage qu'ils viennent pour la première fois en Thaïlande et ne puissent pas contempler cette image d’Épinal de Thaïlande qui trône sur toutes les cartes postales et catalogues des agences de voyage, avec un long tail boat en premier plan et ses rubans multicolores à la proue avec au fond un gros rocher complètement vertical couvert de jungle. 
Le matin quand je me lève. Dans un sens...
C'est une des plages de Railay Beach, celle au pied des falaises que les grimpeurs du monde entier viennent défier. En plus c'est la première fois que Tim voit la mer en été et ailleurs que sur la mer Baltique. Aussi il faut bien que je leur recommande les endroits incontournables...

Il y a une famille sur le camp, je n'ai jamais vu ça. Ils se croient comme roi et reine dans leur royaume avec leurs gamins en bas âge élevés au rang de princes. Ils font un bordel invraisemblable, les gamins courent entre les tables en poussant des cris suraigus pendant que les touristes sourient, les mêmes que ceux qui s'extasient devant un concert de clebs. Les gamins font ce qu’ils veulent, j'aurais dû venir avec Super Nanny. Mais avant cela ce sont les parents que l'on devrait éduquer. 
... et dans l'autre!
Ils crient à travers le restaurant pour appeler leurs gamins à l'autre bout du camp. Je ne sais pas s'ils se rendent compte ou s'ils font exprès. On dirait qu'ils se prennent pour des stars de la copulation portant leur fertilité en étendard. Ce genre de famille vit en vase clos et pense que les autres n'existent pas. Ils transportent leur tornade avec eux où qu'ils aillent et le nombre doit écraser le solitaire comme moi qui cherche du calme et du silence. C'est la même chose avec les groupes, sauf que là tu ne peux rien dire au risque de passer pour un vieux con. On n'attaque pas une famille. Toujours est il qu'ils me font doucement marrer. Ils ont leur camp face au restaurant et je les vois s'activer. Leur journée ressemble en une course poursuite autour d'un gamin égaré, d'une couche éparpillée ou d'un vomi à nettoyer. 
Ils passent leur journée à quatre pattes à remuer sacs et tente, fermant ouvrant et refermant la porte sans fin. On devrait soumettre les tentes au banc d'essai des familles pour tester leur résistance. Ils ont le nez dans leur monde, dans la merde des mioches et ça leur plaît. Ils ne contemplent et profitent de rien, bien trop occupés à se regarder le nombril ou celui de leur progéniture. C’était ma diatribe du matin, ça fait du bien quand ça sort...

Avant de partir en excursion j'ai pris soin de commander un pan cake aux noix de cajou et des fruits pour le pique-nique. Car je compte bien passer la journée là bas et rentabiliser l'effort. Depuis le premier jour je cherche en vain le chemin pour y aller.
Je laisse la plage derrière moi, les choses sérieuses arrivent
Maintenant que Tim m'a confirmé qu'on pouvait passer par les rochers, plus rien ne me retient. Par contre il m'a prévenu, il y a des passages d'escalade et notre balade à saute mouton de rochers en rochers en revenant de la cascade n'était rien en comparaison. En effet, à peine arrivé au bout de la plage, au niveau d'un cap, une falaise se dresse. Par où passer ? Le vent de cette nuit a démonté la mer qui se brise sur les rochers. En plus c’est marée haute, impossible donc de contourner par la mer. Il y aurait bien un passage tout droit en se hissant et prenant position sur des arêtes plus ou moins émoussées mais avec mon barda plus le sac de pique nique lesté d'une bouteille d'eau qui m'encombre, je ne me vois pas passer par là où l'on peut glisser qu'une pointe de pied. Surtout après avoir regardé plus bas un genre de gouffre du diable avec de l'eau tumultueuse. 
Y en a qui se prélassent...
Sujet au vertige, je n'ai dès lors cessé de trembler des genoux. C'était bien la dernière chose souhaitable ! C'est si abrupt que la moindre chute entraîne direct à se fracasser plus bas. De quoi renoncer, non ? Mais je ne vais pas me laisser abattre si vite. Je suis déterminé, quand on veut on peut, il doit bien y avoir une solution. Puisque je ne peux passer ni par en bas ni tout droit, il n'y a qu'à chercher un truc moins raide avec de la végétation pour me retenir, de façon à contourner le truc par le haut. Facile à dire, un peu moins à faire. La jungle est pleine de petites lianes qui empêchent d’avancer. On met un pas devant, la taille reste coincée. On essaye de marcher dessus pour que ça casse mais ça ne fléchit pas. Il faut donc enjamber, se contorsionner, passer dessous et ramper. Le tout à vitesse d'escargot sans jamais voir où l'on met le pied. C’est plein de hautes herbes qui cachent le moindre relief. Aussi je me sécurise en me tenant d'une branche à l'autre. A force de regarder mes appuis j'ai fini par m'embrocher la tête sur une branche contondante. J’évite de penser aux serpents, ça vaut mieux.

La plage oubliée, enfin!
Content d'avoir franchi la falaise par la gauche, mes déboires ne sont finis pour autant. En effet, impossible de rejoindre la côte. Je suis sur une espèce de piton d'où il est impossible de descendre. Je dois donc continuer dans la jungle. Ah si j'avais une machette ! A force d'égratignures diverses et variées, je me suis décidé à descendre de cet enfer. Mais c'est à ce moment que j'ai glissé sur une dalle lisse cachée par les herbes. Je me suis rattrapé comme j'ai pu mais j'avais le pique nique en vrac et surtout la tong droite rafistolée qui n'a pas survécu au traitement. Je l'ai laissée là reposer en paix et j'ai pris celle de rechange dans mon sac. J'ai désormais une tong bleue et une tong noire. C'est ainsi que je vais rentrer en Espagne. Ça risque de jaser dans l'avion et à la douane de l’aéroport... Poussez-vous, le clodo arrive !

Un repos bien mérité
Pour un dernier jour je ne choisis pas la facilité. J'aurais pu rester tranquillement dans le hamac devant la tente, au lieu de ça je m'enquiquine à mettre ma vie en danger. J'ai fini par regagner le rivage et cette fois plus rien ne m'arrêtera. Je passe tous les endroits d'escalade sans jamais regarder en bas ni penser comment je vais bien pouvoir faire au retour. Car je sais qu'il est plus facile de monter que de descendre lorsqu'on escalade. On n'a pas le poids du corps qui entraîne vers le bas pendant la descente. On verra bien ! Je suis fatigué, en nage, avec un sac de pique nique lacéré et les boîtes de carton contenant les aliments renversées et éventrées, il est temps que ça se termine. Tim avait dit qu'il y avait deux passages d'escalades ardus, je ne les compte même plus. Même à la fin, quand enfin on aperçoit la plage, le cauchemar n'est pas terminé. 
Il y a alors de gros rochers dodus et il faut passer de l'un à l'autre en sautant sauf que parfois ils ne sont pas plat. Et comme ils sont hauts, là aussi la chute peut être fatale. Pas mortelle, l'eau est en dessous, on fera juste un gros plouf. Mais ce n'est pas le moment de tomber dans la flotte avec mon passeport et le téléphone qui me servira de carte d'accès à bord.

La plage est vraiment sauvage et belle. On peut s'y baigner quelque que soit le niveau de la marée. Le sable y est d'un blanc pur ce qui confère à la mer son bleu lagon, même avec les vagues. Il y a aussi quelques arbres qui offrent de l'ombre sur la plage sans avoir à aller dans la jungle. J'ai trouvé un arbre aux grosses feuilles où suspendre le hamac. Je vais être bien et je vais pouvoir souffler et récupérer pendant quelques heures. Un bain plus tard je ne pensais déjà plus à la marche qui m'aura pris une heure. Je compte rentrer sur les coups de 16 heures, une fois que le soleil aura disparu de l'autre côté pour moins souffrir de chaleur sur le chemin. Enfin, chemin, question de parler...

L'arbre où j'ai mis le hamac a aussi des fleurs!
Il y a un truc dommage sur cette plage c'est qu'elle est pleine de bouteilles d'eau et autres plastiques. Comme elle est inaccessible, personne ne s'en préoccupe. D'ailleurs, elle n'est même pas répertoriée sur la carte marine de Koh Adang du centre des visiteurs. La plage du camp est quant à elle propre. Ils doivent la nettoyer. Mais surtout le volontaire allemand, Tom de son nom, invite les gens à prendre un sac plastique à disposition à la cantine et à le retourner rempli. En échange on bénéficie de 80 bahts, soit deux bières. C'est ce qui est écrit. Je trouve l'initiative excellente. Même si elle ne prend pas le problème à la source. C’est un peu comme Sisyphe, ce sera une histoire sans fin...

Quand j'ai entamé le pique-nique, le ciel était en train de s'obscurcir sur Koh Tarutao. La plage, exposée à l'est, est pile devant et face au vent. Ce sont des nuages gris qui deviennent de plus en plus sombres là bas. 
Oups, ça se gatte!
Je scrute pour voir s'il y a des averses mais je ne vois pas pour l'instant de rideau de pluie. Mais la dépression gagne du terrain. Déjà quelques nuages inoffensifs parviennent jusqu'à la plage. La pluie... Il ne manquait plus que ça. Certes, ce ne sont pas les gros rochers qui manquent, je pourrai toujours mettre mes affaires au sec sous l'un d'eux. Mais après tout dépend s'il s'agit d'une averse ou d'un truc qui va durer des heures. Et puis, quid des passages rocheux ruisselants d'eau ? Déjà que secs que c'est loin d'être facile !

J'ai pris ma décision : il est temps de rentrer. Journée avortée mais je préfère jouer la carte de la sécurité. Avant de partir je me suis équipé d'un bâton de bambou, un tronçon moyen mais dur, qui me servira d'appui dans les passages délicats. J'ai eu une bonne idée là dessus, il m'a été très utile.
Réfugié au restaurant, la pluie fait rage
A présent la pluie s'est installée sur Tarutao. Je prie le petit Jésus pour me laisser le temps d'arriver au camp avant que la saucée ne débarque. Et je m'en remets à ses mains pour ma sécurité, pour que tout se passe bien et que le retour soit plus facile qu’à l'aller. Je compte prendre les rochers tout du long. Pas question de repasser dans la jungle. De temps en temps je me retourne, la masse noire approche à grand pas et va bientôt m'engloutir. Encore quelques minutes...

C'est alors que je passe un cap, celui du bout de la plage que j'avais contourné par la jungle à l'aller. Là je l'ai pris par en bas, là où les vagues se fracassaient mais ça s'est fait presque les doigts dans le nez. Il faut dire que je n'ai plus ni vertige ni peur. Mon seul impératif est d'arriver sec à la tente, ou tout du moins de quitter ce merdier tant qu'il est temps, avant que tout ne devienne glissant. 
Et un gecko pour la route!
Pas question pour autant de presser le pas, la précipitation est le meilleur moyen de chuter. Je ne sais si ce sont mes prières en m'en remettant au Bon Dieu mais à peine le pas posé sur le sable et le bâton de bambou jeté à terre que les premières gouttes se sont fait sentir. J'ai eu le temps de fermer la tente et de partir à la douche avant qu'une terrible averse n'éclate. Si ça c'est pas millimétré ! A présent je suis au sec, en sécurité. La plage oubliée était belle mais valait-elle tous ces tracas pour que quelqu'un s'en souvienne ? Ça reste ce que j'ai fait de plus difficile à ce jour. Si j'avais écouté ma raison j'aurais renoncé. Mais là je sais que Tim y était arrivé. Donc je pouvais le faire. C'est ce qui a fait mon entêtement, même si à l'aller je me suis demandé s'il était vraiment arrivé au bout ou s'il m'avait simplement mythoné. En fait il a dû trouver les voies que j'ai trouvées au retour mais pas à l'aller. Ça se fait si on n'a pas peur, qu’on est grand et leste et qu'on ne regarde pas en bas... En somme avec un orage aux fesses, ça aide bien !

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