Ah que serait Koh Tarutao
sans le macaque ! Sûrement un paradis plus tranquille... Mais
dans ce cas il faudrait aussi supprimer les mouches de sable. Et si
on continue à faire l'inventaire de ce qui pourrait être amélioré
alors cela ne sert à rien de venir. Il faut prendre les choses dans
leur ensemble. Tout se tient, tout fait partie d'un écosystème et
même si certains aspects nous irritent un peu, il font aussi partie
du charme qui fait de cette île une île unique. Et les macaques
font partie du lot. Le plus souvent on a envie de les dégommer, de
les remettre à leur place pour une fois. Une serveuse m'a remis une
fronde après m'avoir vu en train d'essayer d'assommer avec mon paréo
un macaque qui essayait de passer à table.
Depuis, j'ai des envies
de revanche, de leur asséner un caillou entre les deux yeux pour
qu'ils arrêtent de mettre leur nez partout et de tout casser. Le
macaque c'est comme le nain de jardin, ça suscite des envie de les
exploser pour en réduire le nombre. Ils étaient une cinquantaine à
patrouiller autour de la gargote. Impossible de jeter un œil sur
chaque.
Mais quand on les prend
isolément, ils peuvent devenirs charmants, voire émouvants. Je me
surprends alors à les contempler, et à leur tirer leur sale tronche
en photo. Le bon Dieu a bien fait les choses : ils se grattent
tout le temps, il faut bien qu'ils soient un peu enquiquinés eux
aussi. Depuis mon hamac, je suis sur le trajet des patrouilles de
plage.
Il y en a plusieurs par jour. Surtout le matin puis dans le
milieu de l'après midi. Ils doivent me sentir car ils se décalent
au moment de passer à mon niveau alors que je jette juste un œil
par dessus le hamac. Certains individus restent à la traîne. Il y
en avait un qui se grattait plus que les autres, les bras, les
paupières, le pauvre n'en pouvait plus. Il y avait un autre macaque
plus haut sur une branche le bras reposé sur un genou, perdu dans
ses pensées. Il est allé le voir. Je m'attendais à une rixe mais
sans parler, si j'ose dire, il s'est fait épouillé par l'autre.
Quel est le signal qui veut dire « épouille-moi ? ».
Comment l'autre a t-il deviné ? Des questions qui me font
m'intéresser à cet animal. Je me demande aussi combien de temps ça
vit.
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| Planquez la bouffe! |
Il y a plein d'animaux dont j'aimerais une série où l'on nous
présente la vie d'un animal depuis sa naissance jusqu'à sa mort,
avec toutes les informations scientifiques dont on dispose sur ses
mœurs. Apparemment ça n'existe pas. Tous les documentaires
animaliers tournent toujours un peu sur le même concept : présenter
les animaux que l'on trouve dans un écosystème donné et voir les
interactions qu'ils nourrissent avec les autres espèces. Ou alors on
va s'intéresser sur un aspect de la bestiole, comme les migrations
de gnous, les regroupements de phoques ou de manchots sur la banquise
ou encore les migrations de baleine. Mais on nous dit jamais quelle
est leur espérance de vie, comment un animal quitte sa mère et
pourquoi, comment se reconnaissent ils entre eux et quels sont les
signes qui leur permettent de communiquer. Des questions qui semble
t-il n’intéressent que moi. Il faudrait peut être que je cherche
du côté des livres...
Pour en revenir à
l'épouillage, cela dure des heures et ne demande aucune
contrepartie. Ce n'est pas du donnant donnant, l'autre ne fait pas ça
par intéressement en espérant qu'il aura droit lui aussi à sa
séance juste après. Ils s'appliquent, chaque touffe de poil est
écartée et aplanie d'une main pour former une raie dans laquelle la
peau est inspectée. Pas besoin de lunettes chez eux, ils y voient
bien de près à tout âge. Pendant ce temps le sujet suit les
mouvements imposés par l'épouilleur comme le coiffeur édicte d'un
geste la position de la tête à garder. Les mimiques des singes sont
très proches de nous, c'est pour cela qu'ils sont fascinants. On
dirait des mini nous. Des espèces de frères un peu attardés mais
qui pourtant sont plus vifs que nous et certainement pour quelques
uns plus malins et plus lestes.
Au moins avec eux on sait à quoi
s'attendre. Il n'y a pas d'hypocrisie, tout est dans l'impulsion.
L'épouillage est aussi l'occasion de pouvoir les voir dans des poses
grotesques voire indignes. Ça me fait marrer. Ils lèvent le cul,
restent tête baissée l'air très bête et le regard vide pendant
que l'autre se saisit de la queue pour la soulever et voir ce qui se
cache dessous. Je me demande même comment ils font pour ne pas avoir
de crampes. C'est comme quand ils restent perchés sur un arbre, ils
choisissent toujours la branche la plus fine où il semblent tenir en
équilibre comme sur un fil. Qu’est ce qui indique que la séance
de toilette est finie ? En fait c’est tout simple, quand
l'épouilleur en a marre il arrête et tourne le dos à l'autre.
C'est le signal de la fin et chacun reprend sa vie d'avant...






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