Pages

Translate

mercredi 9 décembre 2015

Un frère attardé

Ah que serait Koh Tarutao sans le macaque ! Sûrement un paradis plus tranquille... Mais dans ce cas il faudrait aussi supprimer les mouches de sable. Et si on continue à faire l'inventaire de ce qui pourrait être amélioré alors cela ne sert à rien de venir. Il faut prendre les choses dans leur ensemble. Tout se tient, tout fait partie d'un écosystème et même si certains aspects nous irritent un peu, il font aussi partie du charme qui fait de cette île une île unique. Et les macaques font partie du lot. Le plus souvent on a envie de les dégommer, de les remettre à leur place pour une fois. Une serveuse m'a remis une fronde après m'avoir vu en train d'essayer d'assommer avec mon paréo un macaque qui essayait de passer à table. 
Depuis, j'ai des envies de revanche, de leur asséner un caillou entre les deux yeux pour qu'ils arrêtent de mettre leur nez partout et de tout casser. Le macaque c'est comme le nain de jardin, ça suscite des envie de les exploser pour en réduire le nombre. Ils étaient une cinquantaine à patrouiller autour de la gargote. Impossible de jeter un œil sur chaque.
Mais quand on les prend isolément, ils peuvent devenirs charmants, voire émouvants. Je me surprends alors à les contempler, et à leur tirer leur sale tronche en photo. Le bon Dieu a bien fait les choses : ils se grattent tout le temps, il faut bien qu'ils soient un peu enquiquinés eux aussi. Depuis mon hamac, je suis sur le trajet des patrouilles de plage. 
Il y en a plusieurs par jour. Surtout le matin puis dans le milieu de l'après midi. Ils doivent me sentir car ils se décalent au moment de passer à mon niveau alors que je jette juste un œil par dessus le hamac. Certains individus restent à la traîne. Il y en avait un qui se grattait plus que les autres, les bras, les paupières, le pauvre n'en pouvait plus. Il y avait un autre macaque plus haut sur une branche le bras reposé sur un genou, perdu dans ses pensées. Il est allé le voir. Je m'attendais à une rixe mais sans parler, si j'ose dire, il s'est fait épouillé par l'autre. Quel est le signal qui veut dire « épouille-moi ? ». Comment l'autre a t-il deviné ? Des questions qui me font m'intéresser à cet animal. Je me demande aussi combien de temps ça vit. 
Planquez la bouffe!
Il y a plein d'animaux dont j'aimerais une série où l'on nous présente la vie d'un animal depuis sa naissance jusqu'à sa mort, avec toutes les informations scientifiques dont on dispose sur ses mœurs. Apparemment ça n'existe pas. Tous les documentaires animaliers tournent toujours un peu sur le même concept : présenter les animaux que l'on trouve dans un écosystème donné et voir les interactions qu'ils nourrissent avec les autres espèces. Ou alors on va s'intéresser sur un aspect de la bestiole, comme les migrations de gnous, les regroupements de phoques ou de manchots sur la banquise ou encore les migrations de baleine. Mais on nous dit jamais quelle est leur espérance de vie, comment un animal quitte sa mère et pourquoi, comment se reconnaissent ils entre eux et quels sont les signes qui leur permettent de communiquer. Des questions qui semble t-il n’intéressent que moi. Il faudrait peut être que je cherche du côté des livres...
Pour en revenir à l'épouillage, cela dure des heures et ne demande aucune contrepartie. Ce n'est pas du donnant donnant, l'autre ne fait pas ça par intéressement en espérant qu'il aura droit lui aussi à sa séance juste après. Ils s'appliquent, chaque touffe de poil est écartée et aplanie d'une main pour former une raie dans laquelle la peau est inspectée. Pas besoin de lunettes chez eux, ils y voient bien de près à tout âge. Pendant ce temps le sujet suit les mouvements imposés par l'épouilleur comme le coiffeur édicte d'un geste la position de la tête à garder. Les mimiques des singes sont très proches de nous, c'est pour cela qu'ils sont fascinants. On dirait des mini nous. Des espèces de frères un peu attardés mais qui pourtant sont plus vifs que nous et certainement pour quelques uns plus malins et plus lestes. 
Au moins avec eux on sait à quoi s'attendre. Il n'y a pas d'hypocrisie, tout est dans l'impulsion. L'épouillage est aussi l'occasion de pouvoir les voir dans des poses grotesques voire indignes. Ça me fait marrer. Ils lèvent le cul, restent tête baissée l'air très bête et le regard vide pendant que l'autre se saisit de la queue pour la soulever et voir ce qui se cache dessous. Je me demande même comment ils font pour ne pas avoir de crampes. C'est comme quand ils restent perchés sur un arbre, ils choisissent toujours la branche la plus fine où il semblent tenir en équilibre comme sur un fil. Qu’est ce qui indique que la séance de toilette est finie ? En fait c’est tout simple, quand l'épouilleur en a marre il arrête et tourne le dos à l'autre. C'est le signal de la fin et chacun reprend sa vie d'avant...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...