J'ai trouvé un râteau.
Il était planqué sous un des dortoirs qui entourent les toilettes
au fond du jardin. Ainsi, et avant même le petit déjeuner, je me
suis activé au camp, profitant de la fraîcheur matinale et avant
que les gens qui nettoient les espaces verts ne commencent. La
fraîcheur, façon de parler... Disons que c'est le seul moment où
l'on ne transpire pas. Dans ma tente dont j'ai pourtant remplacé la
porte par un voile en moustiquaire, je dors la tête à la porte,
torse nu sur un drap. J'ai bien dormi cette nuit, étonné par le
fait que je récupère si vite du décalage horaire. A 7 heures
j'étais debout, frais et dispo alors qu'il n'est pourtant qu'une
heure du matin en Europe. De toute façon, on ne peut pas faire de
grasse matinée. Dès 5h30 il y a un va et vient de long tail boat
qui pétaradent et donnent l'impression de dormir à côté d'un
aérodrome. Même le paradis ne peut être parfait.
J'ai fait place nette
autour de la tente. Le but de la manœuvre est de me permettre de
marcher pieds nus à longueur de journée sans avoir à craindre ces
feuilles de pandanus qui scient les chairs chaque fois qu'on s'y
frotte. J'ai largement débordé dans les parages. Un coup de râteau
sous le hamac ne fait pas de mal. Ça permet de poser mes petits
pieds délicats au saut du hamac. Et tant qu'à faire pourquoi ne pas
continuer plus sur la plage ? Et puis il y a le fil à linge,
que j'ai tendu entre deux arbres sur une place voisine. C'est
tactique. Après tout on n'est pas nombreux sur le camp, je peux bien
déborder. Et ça dissuade des gens de s'y mettre. Même s'il y a
toujours la place, je leur gâche la vue avec des paréos et
serviettes qui ondulent au vent toute la journée, façon manouche.
![]() |
| L'oiseau ventriloque |
Je suis content de mon coup, ça fonctionne bien. A l'heure où les
gens arrivent vers midi, deux nouveaux campeurs sont venus explorer
le secteur. Ils sont restés dubitatifs devant le fil à linge puis
ont regardé quel drôle de chenille se lovait dans son cocon de
hamac. J'ai jeté un œil peu engageant et ça a suffit pour que ce
petit monde tourne des talons et aille voir ailleurs si c'est plus
sympa.
A midi j'ai eu la visite
du toucan. Celui avec le long bec jaune et les yeux auréolés d'un
trait de khôl bleu. Il n'y a que moi pour m'amuser avec et dégainer
l'appareil à la recherche du meilleur cadrage à m'en dévisser la
tête. Car la bestiole est du genre discrète et ne se laisse pas
approcher - comble de l'absurde quand on réside sur une branche
haute inatteignable.
Comme si cela ne suffisait pas l'animal ne tient
pas en place. C'est très dur de suivre le mouvement et avec les
crampes à regarder en l'air, à peine on finit par faire la mise au
point sur la bête qu'il faut se reposer la nuque et les bras. Avec
un zoom sorti au maximum, il faut ensuite patiner dans le décor à
la recherche du volatile en pestant, incapable de retrouver où il se
situe dans la mosaïque des feuilles qui se ressemblent toutes. On
essaye avec l'autre œil de trouver des points de repères, une
fourche, une branche coudée ou n'importe quoi qu'il faut ensuite
rechercher dans le viseur pour remonter à la bestiole, si tant est
qu'elle soit encore là ! C'est bien dur que d'être photographe
animalier. Je n'ai pas la patience pour. Je siffle pour espérer que
l'animal adopte son meilleur profil mais ça ne marche jamais.
Les
bestioles font ce qui leur chantent et elles s'en foutent pas mal de
poser. Elles ont autre chose à faire, de bien plus utile et
intéressant. C'est au photographe de s'adapter et de faire tout le
boulot. Et quand on croit détenir l'image parfaite, c'est le moment
où l'oiseau choisit de se dégourdir les ailes, partant d'un
claquement d'ailes tel un pied de nez, dans un vol lourd qui évoque
les pales d'un ventilateur de plafond. Voilà tout ce que vous ne
vous doutiez pas comme travail derrière ces photos !
Il y a plein d'oiseaux
qui chantent dans ce petit paradis. Il y a celui au bec jaune, tout
en grandes pattes, élancé avec les yeux cernés d'or. C'est
l'oiseau qui pète et crépite. Le ventriloque.
![]() |
| Oui c'est les chiottes, moins poétique sans doute... |
Il y en au un autre
qui siffle rudement bien mais ce n'est pas un oiseau. C’est celui
qui sert les plats quand il ne dort pas sur des chaises accolées. Il
siffle en gazouillant quand d'autres sifflotent des airs à la noix.
Il faut dire qu'il est à bonne école ici. C'est saisissant de
ressemblance. Je ne me doutais pas qu'un être humain pouvait imiter
si bien le chant d'un oiseau. C’est plein de trilles et de nuances.
Il y a le perroquet qui dit des gros mots ou des choses cochonnes, il
y a désormais l'homme qui gazouille !






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