Tout le monde est parti
en même temps. Même Hans et Mua ont pris le camion benne pour
quitter la Thaïlande, leur exemption de visa arrivant à expiration.
Mua, juste avant de monter dans la benne, est venue vers moi pour un
dernier au revoir en me serrant longuement autour de la taille de ses
petits bras, comme un enfant. C'était très touchant. Ils se rendent
à Langkawi et peut être de là à Penang qu'ils aiment beaucoup. Je
les reverrai peut être avant mon départ. Tout dépend combien de
temps je reste encore. Je nourris toujours la même idée de rester
quelques jours sur Koh Adang sur le chemin du retour, même si
rentrer par Koh Lipe ne m'enchante pas et que cela revient plus cher
que de passer par Satun. Mais cela me permettrait aussi d'avoir accès
à internet quelques temps pour pouvoir mettre ce blog en ligne. Et
cette fois, sans la princesse aux petits pieds, rien ne m'empêche de
visiter Koh Adang, à moins qu'une autre divinité locale ne soit de
visite.
Par contre cela va tomber
autour de Noël et c'est ce qui me freine un peu. Avec Koh Lipe juste
en face, j'ai peur que les touristes décident de faire un truc un
peu spécial pour la venue du petit Jésus et que tout le monde se
retrouve à envahir Koh Adang. D'autant plus que les vacances ne vont
pas tarder à tomber et avec elles les familles avec bébés
brailleurs. A force d'être sur Tarutao j'en oublie un peu le
privilégié que je suis mais je sais aussi à quel point il me
tardait de revenir une fois que j'étais revenu à Langkawi pour
réinitialiser l'exemption de visa. Ça ne pousse donc pas trop à
quitter l'île, sans compter qu'il faut plier et déplier tout le
barda de camping. Mais si je ne me botte pas un peu les fesses, je ne
verrai jamais rien d'autre en Thaïlande.
D'un autre côté je suis
moins dans la découverte qu'avant. Quand on a trouvé des petits
paradais qu'on apprécie, pourquoi vouloir découvrir d'autres
endroits où l'on risque d'être moins bien et moins tranquille,
juste pour voir quelque chose de nouveau ?
Je me suis construit un
super joli endroit où camper. J'ai bien ratissé pour faire une
plate forme bien plane pour la tente, et régulièrement j'enlève la
tente pour retourner le sable et lui redonner du moelleux. Mais ces
fichus long tail boat m'ennuient là encore la matin, en moyenne un
jour sur deux. Ça m'ennuie de fuir ailleurs. J'ai trouvé cependant
un coin de repli, 200 mètres derrière la plage, de l'autre côté
du chemin et en contrebas ce qui fait une petite butée coupe bruit.
Il y a un ruisseau qui coule juste à côté.
C'est une grande
prairie qui sent la bouse de vache. En cas de pluie je ne serai pas
embêté non plus par les arbres qui continuent à s'égoutter sur la
toile. Mais c'est un coin de prédilection des macaques aussi si je
vais là bas ça m'oblige à déplacer la tente tous les jours. Après
matelas et oreillers, cela fait une contrainte de plus. Sans compter
que je n'ai plus le clapotis de l'eau pour me bercer ni l'odeur
puissante de l'arbuste qui sent si bon. En attendant j'ai ratissé là
bas et placé quatre restes de noix de coco pour délimiter
l'emplacement.
En parlant de noix de
cocos, c'est plein de cocotiers dans le coin aussi il y en a qui
demandent à la gargote des noix de cocos fraîches à siroter. Mais
il n'y en a pas.
La raison est toute simple : elles sont
fauchées par les macaques avant d'arriver à maturité. Pas étonnant
qu'ils soient tout le temps dans le secteur. Ainsi, faucher les
assiettes pendant qu'on mange ne leur suffit pas (j'ai mon omelette
au riz à midi qui s'est retrouvée soudainement amputée sans que je
vois rien venir). Je les ai vu agir. Ils grimpent le long du tronc et
s'amusent une fois là haut à s'agiter jusqu'à ce qu'une noix
tombe. Après, ça leur prend des heures à dépiauter. Ils mordent
dedans et tirent des lambeaux avec leurs petits doigts pour enlever
l'écorce tout autour, pendant que d'autres arrivent à la rescousse
pour piquer la prise. S'ensuit des scandales, des rixes et
vengeances. C'est dur la vie de macaque !
A côté du hamac j'ai
trouvé une vieille noix de coco échouée par la marée. Les fibres
de l'écorce formaient comme des cheveux autour de la noix. J'ai posé
le truc sur une branche en hauteur et l'ai affublée de deux yeux en
coinçant une brindille en travers pour faire la bouche. Outre le
fait que ça m'amuse ça peut aussi agir comme épouvantail. Même
pour moi. Parfois, quand je me tourne, j'en oublie qu'il y a ça et
je sursaute à la vue de cette tête décapitée qui me regarde !
Les rangers se
réjouissaient une fois tout le monde parti : « Paradise
is back ! ». Mais on n'est pas resté seul bien longtemps.
A 13 heures, 11 nouvelles personnes ont débarqué, dont un groupe,
une délégation de je ne sais quoi avec un bonze dedans, un vrai
moine le crane rasé, sa toge orange et qui mange végétarien.
J'aime bien les bouddhistes, ils dégagent une sérénité
contagieuse. Ils sont discrets, ne font de mal à personne et ne font
pas dans le prosélytisme. Ils ne risquent pas de se faire sauter
avec une ceinture d'explosifs eux au moins !







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