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mardi 15 décembre 2015

Presque seul

Tout le monde est parti en même temps. Même Hans et Mua ont pris le camion benne pour quitter la Thaïlande, leur exemption de visa arrivant à expiration. Mua, juste avant de monter dans la benne, est venue vers moi pour un dernier au revoir en me serrant longuement autour de la taille de ses petits bras, comme un enfant. C'était très touchant. Ils se rendent à Langkawi et peut être de là à Penang qu'ils aiment beaucoup. Je les reverrai peut être avant mon départ. Tout dépend combien de temps je reste encore. Je nourris toujours la même idée de rester quelques jours sur Koh Adang sur le chemin du retour, même si rentrer par Koh Lipe ne m'enchante pas et que cela revient plus cher que de passer par Satun. Mais cela me permettrait aussi d'avoir accès à internet quelques temps pour pouvoir mettre ce blog en ligne. Et cette fois, sans la princesse aux petits pieds, rien ne m'empêche de visiter Koh Adang, à moins qu'une autre divinité locale ne soit de visite.
Par contre cela va tomber autour de Noël et c'est ce qui me freine un peu. Avec Koh Lipe juste en face, j'ai peur que les touristes décident de faire un truc un peu spécial pour la venue du petit Jésus et que tout le monde se retrouve à envahir Koh Adang. D'autant plus que les vacances ne vont pas tarder à tomber et avec elles les familles avec bébés brailleurs. A force d'être sur Tarutao j'en oublie un peu le privilégié que je suis mais je sais aussi à quel point il me tardait de revenir une fois que j'étais revenu à Langkawi pour réinitialiser l'exemption de visa. Ça ne pousse donc pas trop à quitter l'île, sans compter qu'il faut plier et déplier tout le barda de camping. Mais si je ne me botte pas un peu les fesses, je ne verrai jamais rien d'autre en Thaïlande. 
D'un autre côté je suis moins dans la découverte qu'avant. Quand on a trouvé des petits paradais qu'on apprécie, pourquoi vouloir découvrir d'autres endroits où l'on risque d'être moins bien et moins tranquille, juste pour voir quelque chose de nouveau ?
Je me suis construit un super joli endroit où camper. J'ai bien ratissé pour faire une plate forme bien plane pour la tente, et régulièrement j'enlève la tente pour retourner le sable et lui redonner du moelleux. Mais ces fichus long tail boat m'ennuient là encore la matin, en moyenne un jour sur deux. Ça m'ennuie de fuir ailleurs. J'ai trouvé cependant un coin de repli, 200 mètres derrière la plage, de l'autre côté du chemin et en contrebas ce qui fait une petite butée coupe bruit. Il y a un ruisseau qui coule juste à côté. 
C'est une grande prairie qui sent la bouse de vache. En cas de pluie je ne serai pas embêté non plus par les arbres qui continuent à s'égoutter sur la toile. Mais c'est un coin de prédilection des macaques aussi si je vais là bas ça m'oblige à déplacer la tente tous les jours. Après matelas et oreillers, cela fait une contrainte de plus. Sans compter que je n'ai plus le clapotis de l'eau pour me bercer ni l'odeur puissante de l'arbuste qui sent si bon. En attendant j'ai ratissé là bas et placé quatre restes de noix de coco pour délimiter l'emplacement.
En parlant de noix de cocos, c'est plein de cocotiers dans le coin aussi il y en a qui demandent à la gargote des noix de cocos fraîches à siroter. Mais il n'y en a pas. 
La raison est toute simple : elles sont fauchées par les macaques avant d'arriver à maturité. Pas étonnant qu'ils soient tout le temps dans le secteur. Ainsi, faucher les assiettes pendant qu'on mange ne leur suffit pas (j'ai mon omelette au riz à midi qui s'est retrouvée soudainement amputée sans que je vois rien venir). Je les ai vu agir. Ils grimpent le long du tronc et s'amusent une fois là haut à s'agiter jusqu'à ce qu'une noix tombe. Après, ça leur prend des heures à dépiauter. Ils mordent dedans et tirent des lambeaux avec leurs petits doigts pour enlever l'écorce tout autour, pendant que d'autres arrivent à la rescousse pour piquer la prise. S'ensuit des scandales, des rixes et vengeances. C'est dur la vie de macaque !

 
A côté du hamac j'ai trouvé une vieille noix de coco échouée par la marée. Les fibres de l'écorce formaient comme des cheveux autour de la noix. J'ai posé le truc sur une branche en hauteur et l'ai affublée de deux yeux en coinçant une brindille en travers pour faire la bouche. Outre le fait que ça m'amuse ça peut aussi agir comme épouvantail. Même pour moi. Parfois, quand je me tourne, j'en oublie qu'il y a ça et je sursaute à la vue de cette tête décapitée qui me regarde !
Les rangers se réjouissaient une fois tout le monde parti : « Paradise is back ! ». Mais on n'est pas resté seul bien longtemps. A 13 heures, 11 nouvelles personnes ont débarqué, dont un groupe, une délégation de je ne sais quoi avec un bonze dedans, un vrai moine le crane rasé, sa toge orange et qui mange végétarien. J'aime bien les bouddhistes, ils dégagent une sérénité contagieuse. Ils sont discrets, ne font de mal à personne et ne font pas dans le prosélytisme. Ils ne risquent pas de se faire sauter avec une ceinture d'explosifs eux au moins !

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