J'aime deviner les
nationalités des nouveaux arrivants. Chaque camion benne, tous les
jours à 13 heures, amène de nouvelles recrues, candidats à
l'isolement. Déjà, ceux qui font l’effort de venir jusqu'à Ao
Molae sont plus curieux et recherchent davantage un contact avec la
nature, contrairement à Ao Pante qui connaît des gens échoués là
car c'était sur leur chemin et qui feraient mieux de poursuivre vers
Koh Lipe. On voit nettement la différence entre les gens. Les
vacances de Noël ont débuté. Aussi les premiers gosses ont
débarqué. Une smala française venue à deux familles. Mais ils ne
restent pas à Ao Molae. Ils ne font que passer, halte sur le
parcours de leur promenade. Les gamins étaient excités par les
macaques, jusqu'à ce que certains cherchent à piquer les sacs.
![]() |
| Moi aussi je sais monter dans les arbres! |
Ça
commence toujours comme ça : on s'attendrit, on prend des
photos, on s’exclame, on les couvre de « oh qu'ils sont
mignons ! », puis on finit par s'armer d'un bâton pour
les faire déguerpir en finissant par les trouver insupportables et
par les maudire après avoir compris leur vrai nature. Tout cela
s'est terminé en pleurs et en cris. Un gamin a découvert une
sangsue qui était déjà accrochée. Branle bas de combat, il a
fallu faire place nette, laisser de l'espace comme s'il était
mourant et qu'il fallait lui donner les derniers soins. Pendant ce
temps je me marre en silence...
On trouve de tout par
ici, surtout des européens représentés en premier par les
français, puis des anglais, des allemands, des hollandais, des
danois, des italiens et des espagnols, par ordre décroissant. Les
gens s'interrogent sur le fait qu'il y ait tant de français.
![]() |
| ... ou bien juste rester dans le hamac... |
La
Thaïlande est une destination prisée de mes compatriotes car elle
jouit d'une bonne image avec un éventail d’activités et de choses
à voir larges (temples, villages, plages, jungle, faune,
snorkeling....) mais surtout pour un budget restreint. Cela attire
donc de jeunes voyageurs. Y compris moi qui ne suis plus très jeune.
Mais c'est le seul coin tropical que je connaisse où il n'y a pas
besoin de louer de voiture ni de payer d'hébergement. Du coup mes
seuls frais sont la nourriture, qui me revient à 15 euros par jour
pour avoir un petit déjeuner et deux repas accompagnés de deux
bières par jour. La différence avec d'autres endroit où il
faudrait payer un logement ou une voiture me paye le billet d'avion.
Et après ici c'est no souci. Pas de risque de s'en faire quant à un
accrochage ou un pneu crevé. C'est donc pour cela que je reviens
régulièrement. Et ce n'est pas prêt de s’arrêter. Surtout quand
des papillons me tournent autour et se posent sur mes tongs En une
note poétique.
![]() |
| ... pendant qu'un papillon se pose sur mes tongs! |
Pas de russes cette
année, c'est la crise chez eux apparemment. On ne les regrettera
pas... En revanche plus d'américains, depuis l'Alaska jusqu'à la
Californie, en passant par des argentins (eh oui, l'Argentine est en
Amérique, non?). Je cherche toujours à savoir ce qui a conduit les
gens ici. On n'y vient pas par hasard. Ce qui revient ce sont les
critiques positives des guides du Routard ou du Lonely Planet, mais
aussi celles trouvées sur des blogs ou des sites internets comme
Tripadvisor. J'ai peut être ma part de responsabilité. Avoir un
blog peut être à double tranchant. Je le fais juste par souci de
partage, de témoignage, pas pour inciter les gens à venir. Mais au
final ça peut déclencher des idées. Parfois on me conseille
d'écrire que c'est horrible et nul... Car personne n'a envie de voir
cet endroit envahi, miraculeusement encore préservé du flot des
touristes.
![]() |
| La gargote et le camion benne. Nouveaux arrivants... |
On se déplace donc de la
planète entière pour voir ce petit paradis où je me sens à la
maison, un peu comme si chaque nouvelle personne était mon invité.
Je fais même le ménage. Tous les matins je lave les sanitaires du
camping, que les rangers ne nettoient que quand ils y pensent. Je
passe le jet, je brique la sol et les faïences avec un balais brosse
puis j'enlève l'eau à l'aide d'un balais-raclette. Pas besoin de
serpillière, le surplus d'eau sèche tout seul en quelques instants.
Le midi j’accueille les nouveaux venus, souvent un peu paumés et
perdus par les explications des rangers qui parlent pour certains
très mal anglais et qu'on ne comprend jamais. Je leur donne des
tuyaux sur ce qu'il faut voir, les animaux à débusquer comme la
mule deer, une bestiole étrange à tête de rongeur greffé sur un
corps de biche mais de la taille d'un gros lapin, ou encore les
varans, geckos, singes clowns, loutres, dauphins et compagnie ;
mais aussi les dangers comme les macaques et les sandflies en donnant
des solutions pour s'en prémunir.
Avec mon campement sur la
plage, les gens s’extasient et me disent que j'ai un endroit
fabuleux, le meilleur de toute la plage, un bout de paradis qu'on me
jalouse. Je sais ! D'ailleurs je réalise encore plus la chance
d'être ici, dans un petit cocon, ce qui me pousse d'autant moins à
vouloir changer pour explorer Koh Adang. Et quand je dis que je suis
là pour un mois les yeux s’écarquillent. Et encore plus lorsque
je raconte que je ne viens que là, que j'ai fait tout le déplacement
d'Europe uniquement pour finir sur Tarutao. Car les gens ne font que
passer, l'île n'étant qu'une halte incluse dans un périple allant
de quelques semaines à plusieurs mois. Il y en a beaucoup qui sont
partis pour trois mois et sillonnent l'Asie : Cambodge, Laos,
Thaïlande, Vietnam, Indonésie. C'est ce qui revient toujours. La
Malaisie en revanche est souvent mise de côté. On me confesse
souvent que Koh Tarutao est ce que les gens ont vu de mieux de tout
leur périple.
![]() |
| Tendresses nocturnes... |
Certains se promettent de revenir et de faire comme
moi, avec une tente, en se laissant prendre à la vie sauvage
pendant plusieurs semaines, en oubliant le temps, les jours de la
semaine, les alarmes de réveil, les obligations et les soucis. Tout
ce qui fait notre quotidien « moderne ». Mais pour
beaucoup cela restera un rêve. Il faut du temps, de la disponibilité
et la majorité des gens voyage en couple ce qui fait une contrainte
de plus pour avoir des vacances accordées en commun. Sans compter
que la compagne est en général moins enthousiaste pour camper, en
raison du manque de confort et des insectes. Déjà que dans les
bungalows ils se plaignent des araignées.... Il y en a partout
apparemment, parfois juste en train d'attendre à côté de
l'interrupteur ce qui provoque des frayeurs.
On dit que j'ai de la
chance d'être là pour si longtemps. On s'étonne de ce que je fais,
on me demande si je suis bouddhiste. C'est vrai qu'avec mon sarouel
bouffant assis en tailleur à table je dois donner l'impression du
mec zen. Comment ne pas l'être ? Je réponds que je fais une
sorte de méditation, d'introspection, de lâcher prise. Je me laisse
gagner par les sons, les odeurs, les couleurs, la lumière et je
finis par me sentir comme en communion avec la nature. On ne me prend
pas pour un fou, les gens comprennent. Tous regrettent leur virée
par Koh Phi Phi ou Koh Lipe, avec le monde et le bruit, la musique
jusqu'à des trois heures du matin. Ici les gens se retrouvent, ils
soufflent. Ils profitent de plages désertes et découvrent une vie
plus sauvage. Cela ne convient pas à tout le monde. C'est plus
sportif et il ne faut pas avoir peur des bêtes. Mais en échange on
reçoit plein de cadeaux et de bonnes vibrations. Comme je l'écrivais
sur le blog la première fois que je suis venu, Koh Tarutao est une
île qui vous veut du bien...








Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire