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samedi 19 décembre 2015

Une renommée internationale

J'aime deviner les nationalités des nouveaux arrivants. Chaque camion benne, tous les jours à 13 heures, amène de nouvelles recrues, candidats à l'isolement. Déjà, ceux qui font l’effort de venir jusqu'à Ao Molae sont plus curieux et recherchent davantage un contact avec la nature, contrairement à Ao Pante qui connaît des gens échoués là car c'était sur leur chemin et qui feraient mieux de poursuivre vers Koh Lipe. On voit nettement la différence entre les gens. Les vacances de Noël ont débuté. Aussi les premiers gosses ont débarqué. Une smala française venue à deux familles. Mais ils ne restent pas à Ao Molae. Ils ne font que passer, halte sur le parcours de leur promenade. Les gamins étaient excités par les macaques, jusqu'à ce que certains cherchent à piquer les sacs. 
Moi aussi je sais monter dans les arbres!
Ça commence toujours comme ça : on s'attendrit, on prend des photos, on s’exclame, on les couvre de « oh qu'ils sont mignons ! », puis on finit par s'armer d'un bâton pour les faire déguerpir en finissant par les trouver insupportables et par les maudire après avoir compris leur vrai nature. Tout cela s'est terminé en pleurs et en cris. Un gamin a découvert une sangsue qui était déjà accrochée. Branle bas de combat, il a fallu faire place nette, laisser de l'espace comme s'il était mourant et qu'il fallait lui donner les derniers soins. Pendant ce temps je me marre en silence...
On trouve de tout par ici, surtout des européens représentés en premier par les français, puis des anglais, des allemands, des hollandais, des danois, des italiens et des espagnols, par ordre décroissant. Les gens s'interrogent sur le fait qu'il y ait tant de français. 
... ou bien juste rester dans le hamac...
La Thaïlande est une destination prisée de mes compatriotes car elle jouit d'une bonne image avec un éventail d’activités et de choses à voir larges (temples, villages, plages, jungle, faune, snorkeling....) mais surtout pour un budget restreint. Cela attire donc de jeunes voyageurs. Y compris moi qui ne suis plus très jeune. Mais c'est le seul coin tropical que je connaisse où il n'y a pas besoin de louer de voiture ni de payer d'hébergement. Du coup mes seuls frais sont la nourriture, qui me revient à 15 euros par jour pour avoir un petit déjeuner et deux repas accompagnés de deux bières par jour. La différence avec d'autres endroit où il faudrait payer un logement ou une voiture me paye le billet d'avion. Et après ici c'est no souci. Pas de risque de s'en faire quant à un accrochage ou un pneu crevé. C'est donc pour cela que je reviens régulièrement. Et ce n'est pas prêt de s’arrêter. Surtout quand des papillons me tournent autour et se posent sur mes tongs En une note poétique.
... pendant qu'un papillon se pose sur mes tongs!
Pas de russes cette année, c'est la crise chez eux apparemment. On ne les regrettera pas... En revanche plus d'américains, depuis l'Alaska jusqu'à la Californie, en passant par des argentins (eh oui, l'Argentine est en Amérique, non?). Je cherche toujours à savoir ce qui a conduit les gens ici. On n'y vient pas par hasard. Ce qui revient ce sont les critiques positives des guides du Routard ou du Lonely Planet, mais aussi celles trouvées sur des blogs ou des sites internets comme Tripadvisor. J'ai peut être ma part de responsabilité. Avoir un blog peut être à double tranchant. Je le fais juste par souci de partage, de témoignage, pas pour inciter les gens à venir. Mais au final ça peut déclencher des idées. Parfois on me conseille d'écrire que c'est horrible et nul... Car personne n'a envie de voir cet endroit envahi, miraculeusement encore préservé du flot des touristes.
La gargote et le camion benne. Nouveaux arrivants...
On se déplace donc de la planète entière pour voir ce petit paradis où je me sens à la maison, un peu comme si chaque nouvelle personne était mon invité. Je fais même le ménage. Tous les matins je lave les sanitaires du camping, que les rangers ne nettoient que quand ils y pensent. Je passe le jet, je brique la sol et les faïences avec un balais brosse puis j'enlève l'eau à l'aide d'un balais-raclette. Pas besoin de serpillière, le surplus d'eau sèche tout seul en quelques instants. Le midi j’accueille les nouveaux venus, souvent un peu paumés et perdus par les explications des rangers qui parlent pour certains très mal anglais et qu'on ne comprend jamais. Je leur donne des tuyaux sur ce qu'il faut voir, les animaux à débusquer comme la mule deer, une bestiole étrange à tête de rongeur greffé sur un corps de biche mais de la taille d'un gros lapin, ou encore les varans, geckos, singes clowns, loutres, dauphins et compagnie ; mais aussi les dangers comme les macaques et les sandflies en donnant des solutions pour s'en prémunir.
Avec mon campement sur la plage, les gens s’extasient et me disent que j'ai un endroit fabuleux, le meilleur de toute la plage, un bout de paradis qu'on me jalouse. Je sais ! D'ailleurs je réalise encore plus la chance d'être ici, dans un petit cocon, ce qui me pousse d'autant moins à vouloir changer pour explorer Koh Adang. Et quand je dis que je suis là pour un mois les yeux s’écarquillent. Et encore plus lorsque je raconte que je ne viens que là, que j'ai fait tout le déplacement d'Europe uniquement pour finir sur Tarutao. Car les gens ne font que passer, l'île n'étant qu'une halte incluse dans un périple allant de quelques semaines à plusieurs mois. Il y en a beaucoup qui sont partis pour trois mois et sillonnent l'Asie : Cambodge, Laos, Thaïlande, Vietnam, Indonésie. C'est ce qui revient toujours. La Malaisie en revanche est souvent mise de côté. On me confesse souvent que Koh Tarutao est ce que les gens ont vu de mieux de tout leur périple. 
Tendresses nocturnes...
Certains se promettent de revenir et de faire comme moi, avec une tente, en se laissant prendre à la vie sauvage pendant plusieurs semaines, en oubliant le temps, les jours de la semaine, les alarmes de réveil, les obligations et les soucis. Tout ce qui fait notre quotidien « moderne ». Mais pour beaucoup cela restera un rêve. Il faut du temps, de la disponibilité et la majorité des gens voyage en couple ce qui fait une contrainte de plus pour avoir des vacances accordées en commun. Sans compter que la compagne est en général moins enthousiaste pour camper, en raison du manque de confort et des insectes. Déjà que dans les bungalows ils se plaignent des araignées.... Il y en a partout apparemment, parfois juste en train d'attendre à côté de l'interrupteur ce qui provoque des frayeurs.
On dit que j'ai de la chance d'être là pour si longtemps. On s'étonne de ce que je fais, on me demande si je suis bouddhiste. C'est vrai qu'avec mon sarouel bouffant assis en tailleur à table je dois donner l'impression du mec zen. Comment ne pas l'être ? Je réponds que je fais une sorte de méditation, d'introspection, de lâcher prise. Je me laisse gagner par les sons, les odeurs, les couleurs, la lumière et je finis par me sentir comme en communion avec la nature. On ne me prend pas pour un fou, les gens comprennent. Tous regrettent leur virée par Koh Phi Phi ou Koh Lipe, avec le monde et le bruit, la musique jusqu'à des trois heures du matin. Ici les gens se retrouvent, ils soufflent. Ils profitent de plages désertes et découvrent une vie plus sauvage. Cela ne convient pas à tout le monde. C'est plus sportif et il ne faut pas avoir peur des bêtes. Mais en échange on reçoit plein de cadeaux et de bonnes vibrations. Comme je l'écrivais sur le blog la première fois que je suis venu, Koh Tarutao est une île qui vous veut du bien...

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