Eh oui, j'entame mon
troisième mois sur l'île. C'est mieux qu'un treizième mois !
Bon, pour ceux qui me lisent et se souviennent - ce qui revient à
dire personne - ce n'est pas une grande surprise. En effet, en
février dernier alors que j'étais toujours là et contraint de fuir
en Malaisie pour recommencer une nouvelle période d'exemption de
visa, j'en avais profité pour acheter le billet d'avion qui me
permettrait de revenir ici aujourd’hui même. Oui, dix mois avant.
On appelle cela la planification !
La nuit à Langkawi ne
sert à rien, je le sais, quel que soit l'hôtel je ne peux dormir
plus de deux à trois heures.
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| La tente n'a pas bougé en 10 mois |
La dernière fois j'avais droit à
l'appel du muezzin et à des touristes asiatiques qui n'en
finissaient plus de se réunir dans les couloirs, point commun de
smalas disséminées dans plusieurs chambres. Cette fois j'ai choisi
un truc à l'écart de cet affreux village de Kuah, mais près du
port, dans la nature. C'est plus rustique on va dire. Il y a des
cafards dans la chambre, des draps et un jeté de lit d'un blanc
jaunâtre dont on ne sait si c'est la couleur d'origine ou celle
donnée au fil du temps et des rencontres. Problème, le service du
motel loge là aussi, dans des chambres condamnées, et il va et
vient en claquant les portes. Quoi qu'il en soit je le reprendrai, il
est à deux pas de la jetée et les propriétaires vous y conduisent
gracieusement. C'est un service appréciable.
Le ferry pour Satun est
plein. Non pas de touristes mais de locaux qui piaffent et rigolent
devant une télé qui diffuse une superproduction chinoise (!) sur
fond de parasites. L'Asie est pleine de jeunes. Pas étonnant, chaque
femme se trimbale des gamins plus nombreux qu'une couvée de singes.
Au port de Satun, je suis tombé sur un type qui m'a offert de
rejoindre Pak Bara pour 250 bahts. Comparés aux 1150 de la dernière
fois c'est inespéré. Il m'a remis un papier blanc noirci de sigles
indéchiffrables qu'il m'a laissé dans la main avant de disparaître
une fois l'argent remis en me demandant de patienter sur une chaise
en plastique vert chauffée par le soleil et délavée par les
moussons, au prétexte qu'il allait chercher à recruter plus de
monde.
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| Omelet on rice et fruits, une valeur sûre! |
Je sais qu'ils ne sont pas roublards mais je n'ai pu
m’empêcher d'avoir quelques doutes au bout de plusieurs dizaines
de minutes sans voir personne revenir. Finalement, le type a choppé
4 autres personnes dont deux américains. Quasiment les seuls
touristes que j'avais vu sur le ferry. Pour info, pour la bonne
affaire, le bureau de l'agence de van est le deuxième sur la droite
après la sortie du bâtiment du port.
Tandis que le van trace
sa route à travers la campagne, je regarde le paysage, succession de
villages en béton plus ou moins délabrés et sans charme, de
campagnes avec des maisons sur pilotis avec un hamac accroché
dessous où les propriétaires fond la sieste à l'ombre du plancher
de leur maison tandis que des poules se disputent un enclos de terre
tassée.
Plus loin des arbres plantés comme des oignons ont été
greffés d'une coupelle noire pour récolter leur sève. Sans doute
des hévéas. Satun – Pak Bara, ce n'est pas à côté. Il faut
près d'une heure et demie pour y arriver. Dire que j'étais prêt à
y aller en réseau de bus public en changeant maintes fois de
véhicules. Ça ne vaut vraiment pas le coup. Finalement, Pak Bara
approche. Le van longe soudain la mer Andaman et un sourire se
dessine sur mes lèvres en apercevant Koh Tarutto, là bas juste en
face, qui m'attend. Grande île luxuriante, montagneuse, et si
sauvage. C'est comme si toute la nature s'était concentrée là bas
comme dans une Arche de Noé.
Le timing est parfait.
Arrivé à 11h20, un bateau pour Tarutao part dix minutes plus tard.
Juste le temps de prendre de l'argent au distributeur et de chercher
une carte SIM au 7 Eleven du coin. Mais je n'ai pas trouvé mon
bonheur, les cartes avec crédit internet ne sont valables que 7
jours. J'en cherchais une qui fasse un mois mais ça n'existe pas. Il
aurait fallu sinon que j'achète quatre cartes et là ça devient un
budget. Tant pis donc pour internet, je ferai sans comme la dernière
fois.
Soit il fait plus chaud
que d'habitude soit je ne suis pas encore acclimaté au climat
tropical mais je transpire à grosses gouttes alors que le temps est
plutôt couvert.
Les autres passagers essaient de se rafraîchir
comme ils peuvent en secouant leur ticket comme s'il s'agissait d'un
éventail. J'ai un autocollant vert sur le t-shirt et les bagages.
Vert pour Tarutao, rouge pour Lipe. Un seul couple arbore le même
papillon que moi, les autres vont s'entasser sur Koh Lipe, les deux
américains tatoués du van y compris. Tant mieux !
Koh Tarutao est vraiment
un petit paradis, si loin de effervescence et de la surpopulation qui
sévit partout ailleurs. Le petit gros jovial du guichet de l'entrée
du parc m'a reconnu et me tend la main pour la serrer tout content
que je sois de retour. A ses côtés je retrouve aussi l'italien
chauve qui parle Thaï, fraîchement débarqué depuis une semaine et
qui me dit que j'ai de la chance car c'est le premier jour où il ne
pleut pas.
J'ai l’impression de ne m'être absenté que quelques
jours. Le ranger qui gère les réservations et les vélos me
reconnaît lui aussi et me serre la main chaleureusement en me disant
que ma tente est toujours là en pointant du doigt le haut de
l'armoire dans la bibliothèque. Juste un peu de poussière est venue
s'accumuler dessus.
L'avantage d'être hors
saison c'est qu'il n'y a pas grand monde. Seulement deux tentes dont
une prise par l'italien. C'est avec joie que j'ai repris mon
emplacement au bout du camping. Je ne l'ai pas reconnu. La saison des
pluies et les tempêtes sont passées par là. C'est plein de
détritus et de terre retournée. Les pandanus ont l'air d'avoir
périclité. En fait le parc n'est ouvert que depuis deux semaines.
Il ferme tous les ans de mi avril à mi novembre. Les rangers ont
tout juste eu temps de faucher un peu l'herbe. Pour le reste, la tong
fera l'affaire. Je me sens comme une poule qui chasse de sa patte les
feuilles mortes pour chercher des vers. Les râteaux pourtant bien
utiles pour déblayer sont portés disparus. Ou cachés depuis avril
dernier.
Une fois la tente montée
et le hamac posé à la va que je te pousse, je me suis dirigé vers
le restaurant avant qu'il ne ferme. 13H45, c'est l'heure limite :
ils ferment la cuisine à 14 heures. La serveuse m'a reconnu. Pas
celle à l’œil vitreux ni l'arbre de Noël mais une petite
gringalette avec un mari tout aussi fin et jeune qui ont une petite
chipie haute comme deux noix de coco.
Je suis l'homme à la lotion
anti-moustique. C’est ce qu'elle explique à son mari allongé
derrière le comptoir sur trois chaises accolées, torse nu. Il n'a
pas l'air de me resituer et semble plus flotter dans ses rêvasseries.
Qu'à cela ne tienne, je suis de retour et j'ai faim. Pour ce premier
repas, c'est omelette sur riz, une valeur sure devenue un classique
des repas de midi. Ce que j'aime ici c'est que les gens prennent le
temps de vivre. Le ranger de l'accueil, celui qui loue les vélos,
une fois qu'il a eu fini avec moi, s'en est allé faire une sieste en
s'allongeant dans une pièce voisine, à même le carrelage. D'autres
tendent des hamacs un peu partout et la sieste finie s'en vont avec
sous le bras. Si j'avais une maison j'en mettrais un, sous un bel
arbre ombragé.
J'y mettrais même une bâche ou un truc en tôle
ondulée pour me protéger en cas de grain tout en pouvant continuer
à lire. Vivre dehors à l'air libre toute l'année, voilà qui doit
être bien.
J'avais oublié comme la
mer est chaude. On pourrait facilement y passer la journée entière.
J'ai eu droit à un beau coucher de soleil qui a plongé toute l'île
dans une lumière orange surréaliste, contrastant avec des nuages
gris qui s'accumulaient de plus en plus. Comme je disais, je suis
l'un des premiers sur Tarutao. Il faut donc faire avec ce qu'ils ont.
Plus de la moitié des plats est sinistrée. « La semaine
prochaine » me promet-on. Au rayon nouveauté, il y a un steak
pour 160 bahts. Je ne sais pas d'où ça sort, je n'ai jamais vu de
vache en Thaïlande. Je serais surpris qu'ils fassent venir ça
d'Inde. De toute façon ils n'en ont pas non plus...











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