Il y a un arbre magique.
Il se trouve tout au bord de la plage, gagnant sur celle-ci par ses
rameaux garnis de petites fleurs blanches au cœur rouge orangé qui
embaument. Leur parfum est plus puissant encore que le jasmin ou le
frangipanier. Ma tente est située à plus de dix mètres et pourtant
toute la nuit je dors dans ces effluves sucrées. L'odeur rappelle un
peu ces haies de par chez nous au feuilles vert lichen, dures et
légèrement duveteuses sur le dessous qui cachent des clochettes
minuscules blanches tirant vert le vert. Sauf que là, c’est
puissance mille ! Tous les insectes du coin viennent s'y
délecter. Dès que je pose mon nez dessus chaque matin – c’est
mon rituel, comme une prière – je fais fuir des scarabées, des
fourmis, des abeilles...
Mêmes les macaques en raffolent. Il faut
dire ceux là, dès qu'il y a un truc à se mettre sous la dent et
qui a un vague goût sucré, ils ne sont pas les derniers. Pour
l'anecdote, je dois dépanner des campeurs qui se sont faits éventrer
leur tente et piquer leur tube de dentifrice qu'un macaque est allé
finir plus loin, non pour avoir de belles dents, mais pour le manger
comme un gamin déguste un berlingot de lait concentré sucré.
J'ai oublié de raconter
mais la rusticité des facilités à Ao Molae a gagné d'un cran !
Sur les deux toilettes, la plus délabrée n'a pas passé l'été.
Elle est désormais condamnée. En cause, elle a perdu la tête. Ce
n’est plus qu'une ossature rouillée, qui dévoile ses charmes sans
tuile aux quatre vents. Ils ont coupé l'eau et l'électricité,
c'est plus facile à faire que de réparer.
Pour le premier jour où
je suis arrivé ici ils avaient aussi oublié de nettoyer l'autre.
J'ai dû composer avec insectes desséchés qui crissent sous les
pieds, des chiures en tout genre sur les carrelages et vasques, des
débris végétaux autour des lavabos, et de la crasse partout
ailleurs. Depuis, ça s'est arrangé, un type s’emploie tous les
matins à nettoyer au jet. Ça va vite le nettoyage par l'eau !
Le hic est que ça se resalit vite, le prochain passant par là
transformant tout en boue. Et le prochain c'est souvent moi. Tout le
monde est parti. Il reste deux bungalows seulement. L'appel lié à
l'ouverture de la saison à Ao Moale aura duré le temps du séjour
moyen par touriste : 2 nuits.
Et ce n'est pas
aujourd'hui que ça va changer. Le temps ce matin oscille entre
courtes averses et timides sorties de soleil.
Comme j'ai toujours
trop chaud la nuit dans la tente, c'est l'occasion d'enlever le
double toit et de vérifier si la bâche peut permettre de rester au
sec dessous. Auquel cas j'aurai plus de circulation d'air autour de
la tente intérieure et donc moins chaud. Pour ce qui est du test
j'ai été servi ! Il est tombé un déluge de flotte durant
deux heures dans le courant de l'après midi. Et là je me suis
retrouvé malin. La bâche ressuscitée des morts n’est plus
étanche. Elle est en fait piquée de petits trous et bien que je
l'ai tendue en pente pour que l'eau s'évacue, elle passe à travers
et tombe au compte gouttes un peu partout sur la tente, et donc
dedans. Ah j'ai choisi mon jour ! Pour parer au pire j'en suis
réduit à faire le pied de grue debout sous la flotte, bouchant les
trous les plus gros avec mes doigts. Je n'ai jamais vu autant d'eau
tomber d'un coup. Le bout de la plage semble noyé dans un brouillard
qui n'est en fait qu'un rideau de pluie. A ce stade ce n’est plus
un rideau mais un volet !
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| Ça se gatte... |
Profitant d'une accalmie,
je suis allé chercher à la gargote une seconde bâche que j'avais
prévue au cas où. Une toute fine et légère. Seulement les
dimensions ne sont pas les mêmes. J'ai voulu la placer en dessous
l'autre mais c'était la mauvaise technique, l'eau s'y accumulait
dessus, se déversant directement dans la tente de part ses
dimensions réduites, ce qui est un peu le contraire de l'effet
recherché. Il a fallu que je défasse tous les liens et que je
recommence le travail en la mettant cette fois par dessus. Là c'est
nettement mieux. Mais quand j’eus fini, la pluie avait cessé.
J'étais trempé comme une loutre de mer, le tapis de sol faisait
piscine et mes affaires « sèches » étaient à présent
poisseuses. Ça me rappelle ma pire expérience de camping :
l’île des Pins en Nouvelle Calédonie. Mais tant que ça ne dure
pas plusieurs jours...
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| Tous aux abris! |
Il y en a que ça arrange
toute cette humidité : les crustacés ! Eux si discrets la
journée sont à la fête. Et les macaques aussi. Bouffez mes petits,
ce sera toujours ça de moins que vous piquerez. Au moment de
regagner la tente pour dormir, alors que je lisais un peu sur ma
tablette, j'ai sentit tout un tas de trucs me sauter dessus, attirés
par la lumière de l'écran. Pourtant j'avais débarrassé
l’intérieur de plein d'insectes volants en fin d'après midi et
fermé la porte. Les attaques de macaques sur les tentes ont lieu en
journée, jamais en fin d'après midi où ils rejoignent les arbres
pour y passer la nuit. C'est une chance, apparemment la nuit ils ne
voient rien. J'avais ainsi décidé d'obstruer l'entrée à tous ces
insectes. Mais certains ont réussi à passer à travers ma vigilance
et devaient m'attendre cachés dans des recoins humides : des
puces de sable qui sautent allègrement partout et qu'il est très
dur de tuer. Le plus souvent elles sautent avant qu'on arrive à les
coincer. Et puis c'est une saloperie : elles sont si coriaces
qu'on ne peut pas les écraser. Résolu à ne pas dormir au milieu de
trucs qui jouent au trampoline sur moi, je leur ai fait la chasse
jusqu'à ce que ma lampe soit à plat. Vivement que le soleil
revienne, je crois que je préfère au final avoir trop chaud dans la
tente...






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