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mardi 8 décembre 2015

Juste un grain

Il y a un arbre magique. Il se trouve tout au bord de la plage, gagnant sur celle-ci par ses rameaux garnis de petites fleurs blanches au cœur rouge orangé qui embaument. Leur parfum est plus puissant encore que le jasmin ou le frangipanier. Ma tente est située à plus de dix mètres et pourtant toute la nuit je dors dans ces effluves sucrées. L'odeur rappelle un peu ces haies de par chez nous au feuilles vert lichen, dures et légèrement duveteuses sur le dessous qui cachent des clochettes minuscules blanches tirant vert le vert. Sauf que là, c’est puissance mille ! Tous les insectes du coin viennent s'y délecter. Dès que je pose mon nez dessus chaque matin – c’est mon rituel, comme une prière – je fais fuir des scarabées, des fourmis, des abeilles... 
Mêmes les macaques en raffolent. Il faut dire ceux là, dès qu'il y a un truc à se mettre sous la dent et qui a un vague goût sucré, ils ne sont pas les derniers. Pour l'anecdote, je dois dépanner des campeurs qui se sont faits éventrer leur tente et piquer leur tube de dentifrice qu'un macaque est allé finir plus loin, non pour avoir de belles dents, mais pour le manger comme un gamin déguste un berlingot de lait concentré sucré.
J'ai oublié de raconter mais la rusticité des facilités à Ao Molae a gagné d'un cran ! Sur les deux toilettes, la plus délabrée n'a pas passé l'été. Elle est désormais condamnée. En cause, elle a perdu la tête. Ce n’est plus qu'une ossature rouillée, qui dévoile ses charmes sans tuile aux quatre vents. Ils ont coupé l'eau et l'électricité, c'est plus facile à faire que de réparer. 
Pour le premier jour où je suis arrivé ici ils avaient aussi oublié de nettoyer l'autre. J'ai dû composer avec insectes desséchés qui crissent sous les pieds, des chiures en tout genre sur les carrelages et vasques, des débris végétaux autour des lavabos, et de la crasse partout ailleurs. Depuis, ça s'est arrangé, un type s’emploie tous les matins à nettoyer au jet. Ça va vite le nettoyage par l'eau ! Le hic est que ça se resalit vite, le prochain passant par là transformant tout en boue. Et le prochain c'est souvent moi. Tout le monde est parti. Il reste deux bungalows seulement. L'appel lié à l'ouverture de la saison à Ao Moale aura duré le temps du séjour moyen par touriste : 2 nuits.
Et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer. Le temps ce matin oscille entre courtes averses et timides sorties de soleil. 
Comme j'ai toujours trop chaud la nuit dans la tente, c'est l'occasion d'enlever le double toit et de vérifier si la bâche peut permettre de rester au sec dessous. Auquel cas j'aurai plus de circulation d'air autour de la tente intérieure et donc moins chaud. Pour ce qui est du test j'ai été servi ! Il est tombé un déluge de flotte durant deux heures dans le courant de l'après midi. Et là je me suis retrouvé malin. La bâche ressuscitée des morts n’est plus étanche. Elle est en fait piquée de petits trous et bien que je l'ai tendue en pente pour que l'eau s'évacue, elle passe à travers et tombe au compte gouttes un peu partout sur la tente, et donc dedans. Ah j'ai choisi mon jour ! Pour parer au pire j'en suis réduit à faire le pied de grue debout sous la flotte, bouchant les trous les plus gros avec mes doigts. Je n'ai jamais vu autant d'eau tomber d'un coup. Le bout de la plage semble noyé dans un brouillard qui n'est en fait qu'un rideau de pluie. A ce stade ce n’est plus un rideau mais un volet !
Ça se gatte...
Profitant d'une accalmie, je suis allé chercher à la gargote une seconde bâche que j'avais prévue au cas où. Une toute fine et légère. Seulement les dimensions ne sont pas les mêmes. J'ai voulu la placer en dessous l'autre mais c'était la mauvaise technique, l'eau s'y accumulait dessus, se déversant directement dans la tente de part ses dimensions réduites, ce qui est un peu le contraire de l'effet recherché. Il a fallu que je défasse tous les liens et que je recommence le travail en la mettant cette fois par dessus. Là c'est nettement mieux. Mais quand j’eus fini, la pluie avait cessé. J'étais trempé comme une loutre de mer, le tapis de sol faisait piscine et mes affaires « sèches » étaient à présent poisseuses. Ça me rappelle ma pire expérience de camping : l’île des Pins en Nouvelle Calédonie. Mais tant que ça ne dure pas plusieurs jours...
Tous aux abris!
Il y en a que ça arrange toute cette humidité : les crustacés ! Eux si discrets la journée sont à la fête. Et les macaques aussi. Bouffez mes petits, ce sera toujours ça de moins que vous piquerez. Au moment de regagner la tente pour dormir, alors que je lisais un peu sur ma tablette, j'ai sentit tout un tas de trucs me sauter dessus, attirés par la lumière de l'écran. Pourtant j'avais débarrassé l’intérieur de plein d'insectes volants en fin d'après midi et fermé la porte. Les attaques de macaques sur les tentes ont lieu en journée, jamais en fin d'après midi où ils rejoignent les arbres pour y passer la nuit. C'est une chance, apparemment la nuit ils ne voient rien. J'avais ainsi décidé d'obstruer l'entrée à tous ces insectes. Mais certains ont réussi à passer à travers ma vigilance et devaient m'attendre cachés dans des recoins humides : des puces de sable qui sautent allègrement partout et qu'il est très dur de tuer. Le plus souvent elles sautent avant qu'on arrive à les coincer. Et puis c'est une saloperie : elles sont si coriaces qu'on ne peut pas les écraser. Résolu à ne pas dormir au milieu de trucs qui jouent au trampoline sur moi, je leur ai fait la chasse jusqu'à ce que ma lampe soit à plat. Vivement que le soleil revienne, je crois que je préfère au final avoir trop chaud dans la tente...

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