Si le séjour moyen à Ao
Molae n'excède pas deux nuits, il en est qu'on repère assez vite.
Il en va ainsi d'un couple germano-thaï à la retraite qui vient
tous les ans. Ils étaient là en mars dernier, c’est pour cela que
je ne les ai encore jamais vus, on s'est croisé. Ce sont des
amoureux de la nature, infatigables. Mua, ou quelque chose du style,
arpente tous les matins la plage en prenant son temps et en regardant
partout autour d'elle. Ce sont de vrais enfants constamment
émerveillés. Hans me montre tout un tas de trucs que je n'avais pas
remarqués. Pourtant j'ai l’œil. Ils ont repéré des geckos
suspendus au plafond près des néons le soir, qui n'ont qu'à tirer
la langue pour avoir des amuse-gueules. Ils ne sont pas idiots.
Ce ne
sont pas les petits que l'on croise parfois marchand au plafond un
peu partout dans les habitations sous les Tropiques. Ceux là sont
plus du style maousse, de la taille d'un lézard vert, bien dodu car
richement nourri. Il y en a toujours une le soir pour pousser un cri
lorsqu'un gros scarabée de la taille d'une balle s'est brûlé les
ailes et finit sa course dans le plat. Ça arrive très souvent. En
général les gens se lèvent horrifiés. Mua vient à la rescousse
et ne s’embarrasse pas de ces choses, elle les prend en leur tirant
une aile pour les envoyer promener ailleurs. Hans m'a montré un
drôle de truc en photo qu'il a aperçu sur la plage. Un machin entre
poisson et mollusque, une espèce de langue pourvue de deux yeux sur
le dos – peut être des leurres – qui avance en broutant le
sable devant lui à la manière des coquillages. Peut être un
individu à la recherche d'un gros coquillage. La bestiole avait la
taille d'une soucoupe de tasse.
Ce matin, ils m'ont amené
voir une chose bizarre et animée qui pousse sur le tronc d'un filao,
une masse informe brunâtre. C'est un essaim de guêpes. Elle sont
toutes agglutinées les unes aux autres, sans doute en train de
construire un nid. Ils m'ont demandé aussi si j'avais vu les vaches.
Cette histoire vache m'a toujours intrigué. Dans la prairie derrière
la plage qui sert de terrain de camping, il y a toujours des bouses,
pour certaines encore fraîches. Mais je n'ai jamais vu le moindre
animal. Eux si. Le matin, elles arrivent, en petit groupe, le buffle
devant traçant la route pendant que les autres suivent à l'arrière
à la queue leu-leu. Elles ont le pelage qui oscille entre le brun et
le noir.
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| Par la fenêtre de la tente au petit matin... |
Elles sont très farouches et s’enfuient d'un rien, c'est
pour cela qu'on ne les voit jamais. On va me dire : que viennent
faire des vaches dans un parc national où il n'y a pas un seul
habitant à part les rangers ? En fait, elles sont les
descendantes de l'époque de la prison qui sévissait lors de la
seconde guerre mondiale et qui a fermé brusquement quelques années
plus tard en raison de corruption et de divers problèmes, laissant
les vaches à l'abandon. Elles ont l'air de s'être très bien fait
fait au climat.
Il y a aussi des dauphins
qui sont venus nous saluer lors du petit déjeuner. Et devinez qui a
donné l'alerte ? Les gens se sont brusquement levés pour aller
au bord de la plage, laissant leurs assiettes aux macaques. J'ai
préféré rester à table, tenant à mes fruits autant qu'un macaque
peut les convoiter.
De toute façon, de là où j'étais je voyais
très bien. Ou presque. Car les dauphins, les gens s'extasient
toujours devant mais il est rare d'en voir grand chose, si ce n'est
une nageoire, un museau de temps en temps avec un peu de chance, que
des choses fugaces impossible à prendre en photo. Ils sont un peu
comme un ange qui passe...
La journée, Hans et Mua
sont toujours par monts et par vaux. Toujours à pied. Je les ai
croisés l'autre jour alors qu'ils revenaient du lagon d'Ao Son. Une
sacrée trotte pour leur âge. Et aujourd'hui ils sont allés à Talo
Wow, là encore avec leurs deux jambes. Comme quoi, l'envie de
découverte ne dépend pas de l'âge mais de la volonté.
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| Vue de la tente côté jungle |
J’aimerais
être aussi curieux à leur âge. J'ai même honte lorsque le matin
ils me demandent où je vais aller aujourd'hui et que je leur répond
que je vais rester autour de la plage. C'est mon petit coin de
paradis, j'y suis bien, avec ma trouée sous les arbres depuis le
hamac. Je lis, je rêvasse, je vais me baigner, je ne vois pas le
temps passer. Et puis je ratisse aussi. La nuit dernière, alors que
j'étais en train de m'assoupir j'ai senti un truc me soulever de
côté. J'ai cru que je rêvais. Mais plus tard, j'ai vu que des
campeurs qui s'étaient installés sur la plage étaient en train de
lever le camp. J'ai alors compris pourquoi. Cela fait plusieurs jours
que la marée monte de plus en plus haut. Ce doit être une période
de forts coefficients. Ce que j'ai senti n'était rien d'autre qu'une
vague ! J'ai donc aménagé une petite plate-forme plus haut sur
la plage, en enlevant les détritus et en faisant des travaux de
nivellement. J'ai aussi construit une digue de sable tout autour et
depuis je ne suis plus embêté. A moins d'un tsunami...






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