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samedi 12 décembre 2015

Gecko and co

Si le séjour moyen à Ao Molae n'excède pas deux nuits, il en est qu'on repère assez vite. Il en va ainsi d'un couple germano-thaï à la retraite qui vient tous les ans. Ils étaient là en mars dernier, c’est pour cela que je ne les ai encore jamais vus, on s'est croisé. Ce sont des amoureux de la nature, infatigables. Mua, ou quelque chose du style, arpente tous les matins la plage en prenant son temps et en regardant partout autour d'elle. Ce sont de vrais enfants constamment émerveillés. Hans me montre tout un tas de trucs que je n'avais pas remarqués. Pourtant j'ai l’œil. Ils ont repéré des geckos suspendus au plafond près des néons le soir, qui n'ont qu'à tirer la langue pour avoir des amuse-gueules. Ils ne sont pas idiots. 
Ce ne sont pas les petits que l'on croise parfois marchand au plafond un peu partout dans les habitations sous les Tropiques. Ceux là sont plus du style maousse, de la taille d'un lézard vert, bien dodu car richement nourri. Il y en a toujours une le soir pour pousser un cri lorsqu'un gros scarabée de la taille d'une balle s'est brûlé les ailes et finit sa course dans le plat. Ça arrive très souvent. En général les gens se lèvent horrifiés. Mua vient à la rescousse et ne s’embarrasse pas de ces choses, elle les prend en leur tirant une aile pour les envoyer promener ailleurs. Hans m'a montré un drôle de truc en photo qu'il a aperçu sur la plage. Un machin entre poisson et mollusque, une espèce de langue pourvue de deux yeux sur le dos – peut être des leurres – qui avance en broutant le sable devant lui à la manière des coquillages. Peut être un individu à la recherche d'un gros coquillage. La bestiole avait la taille d'une soucoupe de tasse.
Ce matin, ils m'ont amené voir une chose bizarre et animée qui pousse sur le tronc d'un filao, une masse informe brunâtre. C'est un essaim de guêpes. Elle sont toutes agglutinées les unes aux autres, sans doute en train de construire un nid. Ils m'ont demandé aussi si j'avais vu les vaches. Cette histoire vache m'a toujours intrigué. Dans la prairie derrière la plage qui sert de terrain de camping, il y a toujours des bouses, pour certaines encore fraîches. Mais je n'ai jamais vu le moindre animal. Eux si. Le matin, elles arrivent, en petit groupe, le buffle devant traçant la route pendant que les autres suivent à l'arrière à la queue leu-leu. Elles ont le pelage qui oscille entre le brun et le noir. 
Par la fenêtre de la tente au petit matin...
Elles sont très farouches et s’enfuient d'un rien, c'est pour cela qu'on ne les voit jamais. On va me dire : que viennent faire des vaches dans un parc national où il n'y a pas un seul habitant à part les rangers ? En fait, elles sont les descendantes de l'époque de la prison qui sévissait lors de la seconde guerre mondiale et qui a fermé brusquement quelques années plus tard en raison de corruption et de divers problèmes, laissant les vaches à l'abandon. Elles ont l'air de s'être très bien fait fait au climat.
Il y a aussi des dauphins qui sont venus nous saluer lors du petit déjeuner. Et devinez qui a donné l'alerte ? Les gens se sont brusquement levés pour aller au bord de la plage, laissant leurs assiettes aux macaques. J'ai préféré rester à table, tenant à mes fruits autant qu'un macaque peut les convoiter. 
De toute façon, de là où j'étais je voyais très bien. Ou presque. Car les dauphins, les gens s'extasient toujours devant mais il est rare d'en voir grand chose, si ce n'est une nageoire, un museau de temps en temps avec un peu de chance, que des choses fugaces impossible à prendre en photo. Ils sont un peu comme un ange qui passe...
La journée, Hans et Mua sont toujours par monts et par vaux. Toujours à pied. Je les ai croisés l'autre jour alors qu'ils revenaient du lagon d'Ao Son. Une sacrée trotte pour leur âge. Et aujourd'hui ils sont allés à Talo Wow, là encore avec leurs deux jambes. Comme quoi, l'envie de découverte ne dépend pas de l'âge mais de la volonté. 
Vue de la tente côté jungle
J’aimerais être aussi curieux à leur âge. J'ai même honte lorsque le matin ils me demandent où je vais aller aujourd'hui et que je leur répond que je vais rester autour de la plage. C'est mon petit coin de paradis, j'y suis bien, avec ma trouée sous les arbres depuis le hamac. Je lis, je rêvasse, je vais me baigner, je ne vois pas le temps passer. Et puis je ratisse aussi. La nuit dernière, alors que j'étais en train de m'assoupir j'ai senti un truc me soulever de côté. J'ai cru que je rêvais. Mais plus tard, j'ai vu que des campeurs qui s'étaient installés sur la plage étaient en train de lever le camp. J'ai alors compris pourquoi. Cela fait plusieurs jours que la marée monte de plus en plus haut. Ce doit être une période de forts coefficients. Ce que j'ai senti n'était rien d'autre qu'une vague ! J'ai donc aménagé une petite plate-forme plus haut sur la plage, en enlevant les détritus et en faisant des travaux de nivellement. J'ai aussi construit une digue de sable tout autour et depuis je ne suis plus embêté. A moins d'un tsunami...

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