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mercredi 23 décembre 2015

De Koh Tarutao à … Tarutao

Débarcadère de Koh Adang
Je n'ai pas envie de partir. Je le répète à l'envi, prêt à bondir sur quelqu'un qui me demande de rester. Au petit déjeuner ils m'ont servi un œuf sur le plat en plus, en signe d'amitié. Je leur dis que je reviendrai l'an prochain et ils rigolent : « C'est dans 8 jours ! ». Si seulement... En fait je reviendrai début 2017 et cette fois ce sera pour deux ou trois mois. J'achèterai un visa comme ça plus de souci à quitter le territoire tous les mois. Jean-Pierre, qui vient juste d'arriver, m'a dit en rigolant que je partais juste quand il commençait à s'habituer à moi. C'est un peu une petite famille que je laisse. Quand le camion benne m'a arraché de là à 9 heures, ils étaient tous à me faire des au revoir de la main, Hans et Mua en tête. Comme un livre que l'on referme, le camion rejoint le débarcadère en laissant la jungle derrière. Il faut se faire violence pour partir...
Au quartier général c’est branle-bas de combat. Le big boss du parc national est sur l'île et du coup tout le monde est dans ses petits souliers. Ça chuchote de peur de peur d'être entendu, ça met son doigt devant la bouche pour faire « chut », comme des garnements à qui on demande d'être sage. Comme par hasard les long tails boat ont disparu tel un macaque pris la main dans le sac. Aucun bateau n'est garé au débarcadère, la mer Andaman n'a jamais été aussi silencieuse. Il devrait venir plus souvent le big boss. J'évoque avec l'italien d'Ao Pante le problème des pécheurs cette année. Lui aussi s'en plaint mais est fataliste. Il semblerait que les rangers soient trop détendus et disent OK à tout ce qu'on leur demande.
Elle me pourchassait la mante couleur menthe à l'eau...
En attendant je suis tombé sur la pas aidée de la réception générale, celle qui tourne les cahiers sans fin. J'ai attendu jusqu'au dernier moment que le garde que je connais ne revienne à son poste. Mais il était à Pak Bara. La dernière fois il m'avait fait cadeau du camping. Pas elle. Forcément elle ne me connaît pas. Elle ne sait toujours pas trouver un nom dans un registre. Après avoir fait deux cahiers plusieurs fois et m'avoir demandé tout autant de fois la date de mon arrivée, elle a déclaré forfait et demandé combien de nuits je suis resté. Depuis le début je lui répète 22 nuits mais elle ne percute pas. Finalement elle m'a fait un compte rond. 600 bahts pour le tout.
Après ça, et avant de quitter Tarutao, je suis allé faire un saut chez la chinoise grimée à la poudre de riz qui ne peut jamais sourire au risque de craquer le masque. Elle me regardait du coin de l’œil derrière ses lunettes baissées pour voir ce que je traficotais. 
Parait que Jean-Pierre l'a dans la poche. Pourtant personne ne l'a jamais vue aimable. Eurêka, cette fois j'ai trouvé le T-Shirt que je voulais. Je suis content. Sauf que les tailles sont fantaisistes. Le L est trop grand et le M un peu petit, c'est comme s'ils avaient oublié une taille entre les deux. Pour éviter de me retrouver avec une serpillière qui fasse jupe, j'ai pris le M. Au pire je le distendrai après chaque lavage. On dit que le coton rétrécit mais tous les T shirts que j'ai finissent par s'élargir avec le temps.
Ce matin le temps est couvert. Ce n'est pas plus mal, je suis moins triste de partir. Mais lorsque le speedboat est passé au large d'Ao Molae, je n'ai pu m’empêcher de scruter le coin au bord de la plage où je m’étais installé, comme si une partie de moi était toujours là bas. OK il y a des macaques pénibles, des sandflies voraces et quelque fois des long tail boat insomniaques mais c'est si bien que ça ne parvient pas à gâcher le plaisir.
Je me suis dégoyé un chouette coin entre plage et jungle
A Koh Lipe ils innovent. Cette fois sur la plate-forme d'où l'on doit prendre un long tail boat pour être débarqué se trouve un bureau du parc national de Tarutao. Tout le monde doit s'acquitter du droit d'entré de 200 bahts. Ils abusent sur la crédulité du touriste. En effet le parc national de Koh Tarutao est composé de l'île du même nom mais aussi d'une ribambelle d'îles qui couvrent un large archipel. Cependant Koh Lipe, qui se trouve pourtant en son centre, a échappé à la protection du parc, d'où toutes les constructions. Donc en principe ceux qui résident sur Koh Lipe ne devraient rien payer. C'est ce qui a toujours été le cas. Par contre, ils affichent à présent le tarif du long tail boat. Ça évite une tarification à la tête (je n'ai jamais payé la même somme). Désormais il faut compter 50 bahts pour Koh Lipe, 100 pour Koh Adang. J'ai feinté pour le parc. J'ai montré mon ticket d'entré du 1 décembre. Il est bien valable pour toutes les îles du parc national mais par contre il ne l'est que durant 7 jours. A Tarutao ils font une fleur, pour ceux qui restent longtemps ils pourraient théoriquement demander de passer à la caisse toutes les semaines. Sur la plate-forme ils n'ont pas regardé la date, c'est passé...
La plage à deux pas. Finies les sandflies!
J'ai pris un long tail boat pour Lipe, bien que je me rende à Adang. Je compte manger sur l'île et en profiter pour aller sur internet avant de rejoindre Adang un peu plus tard. Je dois également acheter le ticket du ferry pour Langkawi. J'ai trouvé un bon prix à une agence de la rue commerçante, la première. 750 bahts alors que le tarif internet est de 1200 que certains avaient réussi cet hiver à négocier à 900. Une belle affaire. Seulement une fois le ticket en poche il y a une remarque qui ne me dit rien : « Satun Pakbara ferry ». J'ignore ce que c'est, ce n'est pas l'une des deux compagnies que je connais qui desservent Langkawi. Il a pourtant appelé la société au téléphone pour confirmation et m'a sorti un plan désignant le lieu de RDV qui est le point de ralliement du ferry pour Telaga. J'espère que je ne vais pas avoir la surprise de devoir passer par Pak Bara puis van jusqu'à Satun et nouveau bateau pour Langkawi. Ils me l’auraient dit, non, s'il y avait plusieurs moyens de locomotion ?
Ça grouille de toucans qui sautillent
Une fois les choses faites j'ai traversé l'île avec tout mon barda (je ramène la tente de 5 kg que j'avais laissée cet hiver, aussi je suis bien plus encombré et lourd qu'en arrivant) pour passer côté Sunrise Beach qui fait face à Koh Adang, à la recherche d'un long tail boat. Il y en avait une flopée mais que des trucs de pécheurs. Le soleil juste à ce moment là a fait une petite sortie surprise. Je transpirais en traînant la savate, peinant à avancer sur ce sable fin comme de la farine. Une guitoune au logo taxi en vue, un type m'a escorté jusqu'à un long tail boat qui foutait le camp plus loin au niveau d'un hôtel pour prendre 6 personnes. Il a fallu lui courir après. Les autres qui ont embarqué sont un groupe de plusieurs familles françaises gorgées de mômes dont l'une a fait une crise de nerfs toute la traversée. Je t'aurais fait passer ça par dessus bord jusqu'à ce que ça fasse des bulles !
La nuit j'ai un petit air frais qui descend de la montagne!
Koh Adang fait bien partie de Tarutao mais c'est une autre ambiance, une autre dimension. Tout est plus grand dans les infrastructures. Il y a des tentes à foison, des gamins en rafale, c'est un peu l'usine mais c'était prévisible. Le terrain de camping est très vaste et ombragé par des filaos mais de nombreux groupes ont élu domicile là. Effet Noël. J'ai commencé à monter la tente à l'écart, tout au bout, jusqu'à ce que je réalise que ça sentait la merde. En fait, juste derrière un rideau de verdure se trouve une fosse qui sert de dépôt d'ordure grouillant de mouches et de bernard-l’hermites. J'ai tout déménagé vers un coin plus sauvage, complètement loin de tout, derrière la plage en pente qui n'est qu'un tout petit ruban d'un sable formé de coraux concassés et qui ressemble à de petits graviers de rivières tout blancs. Le coin est bien, sous les filaos, coincé contre un rocher au pied d'une colline qui m'apporte un petit air frais descendu de la jungle.
Je retrouve des gens aperçus à Ao Molae les jours précédents, dont un américain, un bénévole à Corp Peace, qui vit à demeure en Thaïlande. Ils m'a offert un biscuit chocolaté au petit déjeuner pour marquer Noël sans doute. Je retrouve aussi sur Koh Adang la signalétique de Tarutao. Même la carte est identique. Pas de doute je suis bien dans le parc national de Koh Tarutao. Pourtant la vraie île est juste en face, elle me nargue. Je voulais voir Koh Adang, c'est fait. Tarutao est plus jolie et plus calme. Je ne ressens pas ici de vibrations comme là bas. Bon, je n'en suis qu'au début. Voyons ce que l'île réservera...

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