Au petit déjeuner, Mua a
cru bien faire. Elle m'a donné un grand sachet d'un café soluble
local. Le même que Jean-Pierre avait reçu la veille en cadeau de
bienvenue de la part des rangers et dont il ne sait que faire. Il
m'en a vanté les bienfaits. Au début il pensait que le café avait
tourné, qu'il devait contenir du lait en poudre périmé. Il avait
le goût d'un mélange de vomi et de merde, selon son jugement. Ça
réveille les papilles au petit déjeuner ! En fait le coupable
est tout désigné, c'est une spécialité avec du durian dedans.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas les délices de ce fruit exotique
et exquis dont les chinois raffolent, c'est une horreur sans nom qui
exalte un doux parfum de mort au point que de nombreuses compagnies
aériennes asiatiques interdisent son transport en cabine afin
d'éviter l'asphyxie générale.
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| On voit ma tente bleue sur la gauche |
Ils n'ont rien trouvé de mieux que
d'en glisser dans le café. Du coup, quand Mua est arrivée avec son
sachet et que j'ai reconnu le fruit du durian dessus, j'ai décliné
le geste poliment sous le prétexte que je ne bois pas de café –
ce qui est vrai même si de temps en temps j'en prends. Mua m'a alors
dit que c'était très peu dosé, que c'était comme une infusion.
Que dire à ça ? Elle n'a pas tort il doit y avoir plus de
durian dans la mixture que de café en poudre ! J'ai donc
accepté le cadeau en regardant Jean-Pierre du coin de l’œil,
assis à la table d'à côté et qui n'en perdait pas une miette,
tout hilare. Je sais ce qu'il me reste à faire avec : le
ramener en France et organiser une séance dégustation avec des amis
en leur demandant de goûter un truc merveilleux venu d'orient aux
vertus incroyables. Ils vont adorer quand je pars en voyage !
C'est comme dans l'avion
de Kuala Lumpur à Langkawi j'avais réservé un riz malais avec du
poulet. Le poulet était très bon mais le riz infâme. Il avait un
goût de poisson pourri et j'étais prêt à le signaler à
l’hôtesse, pensant être tombé sur un lot périmé. Mais lorsque
j'ai lu la composition j'ai tout de suite trouvé le coupable. Il
avaient mis, comme on mettrait des épices et aromates, de l'extrait
de poisson et de la sauce d'huître. Je retiens que le riz à la
sauce de la Malaisie il vaut mieux s'en garder. Ce qui ne m'a pas
empêché de me faire avoir un soir à la cantine de Ao Pante. Ils
m'avaient amené tout un tas de sauces dont un truc brun avec des
légumes en rondelles dedans. J'ai pensé que c'était de la sauce
soja fermentée avec des cornichons, façon vinaigre, et j'en ai
assaisonné généreusement le riz basmati cuit à la vapeur. Bien
m'en pas a pris : il était immangeable ! Après coup j'ai
goutté la sauce à part, du bout du doigt et j'ai compris que le
jus, noir comme celui des chaussettes d'un randonneur parti traverser
l'Outback australien du nord au sud (ou vice versa) ne devait rien au
soja mais plus à l'huître, concentrée pour plus d’arôme...
En feuilletant le guide
du Routard amené par d'autres, alors que je regardais la carte de la
Thaïlande, j'ai remarqué des noms dessus avec les endroits
incontournables affublés d'étoiles. Eh bien ils ont mis trois
étoiles pour Koh Tarutao. Moi qui pensais être dans un endroit d'un
secret bien gardé... Ils sont malins de mettre trois étoiles...
C'est le maximum, ça va attirer du monde. Pour un peu je leur
écrirais pour dire que c'est nul. Dans la région, seule Koh Phi Phi
fait aussi bien mais la cohue en plus. C'est une île sur laquelle on
ne peut plus aller, de la même manière que Koh Lipe, en pire, de
part la proximité de Phuket et de l'effet film « La Plage ».
Ils ont ruiné l'île avec ce film. Espérons qu'il ne leur viendra
jamais l'idée de tourner un truc style remake de Robinson Crusoé
sur Koh Tarutao !
Pour l'instant la plage
d'Ao Molae est encore pour les connaisseurs et les macaques. Ces
derniers étaient encore dans les liserons après le petit déjeuner.
Je croyais jusqu'à présent que la plante ne fleurissait que le
matin mais si ça se trouve c'est parce que les macaques bouffent
tout jusqu'au lendemain. Il faut voir la frénésie avec laquelle ils
tirent sur ces pauvres fleurs pour les engloutir d'une bouchée. Ils
sont tout aussi sans pitié avec les crabes. Non contents de
farfouiller dans leur terrier en plongeant complètement leur bras
dedans, ils creusent au hasard et arrivent ainsi à en déloger
certains. Le malheureux crabe n'a pas le temps de dire une prière.
Le macaque l'agite brièvement en tout sens pour le débarrasser de
son sable, avant de le démembrer vivant. Il écarte les pinces
jusqu'à ce que ça cède. Quand l’animal se trouve cul de jatte,
il mange alors le corps. Ils ne recrachent rien, ça doit leur faire
du calcium. Pauvre crabe, je n’aimerais pas finir dans le ventre de
ces satanés macaques.
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| Cette branche, c'est le pied! |
En ce moment c'est marée
haute le matin, pile au moment de leur ronde matinale. Du coup on ne
peut pas aller se baigner. A peine dans le bain, il y a toujours un
macaque pour passer et se poster sous mon sac, prêt à bondir en
emportant argent et passeport. J'ai dû sortir pour tout mettre au
bord de l'eau mais je pensais qu’elle commençait à descendre ce
qui n'était pas le cas. Une vaguelette est venue tout submerger mais
par bonheur les choses de valeur étaient dans une pochette plastique
qui a fait protection. Idem pour l'appareil photo, protégé dans son
étui qui était trempé. Ils m'ont empêché de prendre mon bain
comme je l'aurais voulu. A peine dedans, déjà sorti ! Mais ce
n'est pas tout. Au moment de monter dans le hamac je m'essuie les
pieds et là j'ai senti un truc glaiseux dessous qui ne voulait pas
partir. J'ai porté les doigts à mon nez et ce n'était pas un
durian. J'avais marché dans une merde de macaque, et du pied droit
en plus. De quoi porter doublement malheur !
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| C'est aussi beau de nuit quand je rentre à la tente |
Pendant que certains
laissent aux partants des consignes pour envoyer des messages à leur
proches pour les rassurer car ils ont décidé de rester plus
longtemps que prévu (je rappelle qu'il n'y a pas d'internet sur
l'île), j'ai décidé de partir demain pour Koh Adang. Les macaques
ne me manqueront pas beaucoup et d’ailleurs peut être y en a t il
aussi là bas. Mais en tout cas, pas de sandflies, ça sera
appréciable. Ici la saison sèche s'installe. Cela fait dix jours
qu'il n'a pas plu et les arbres commencent à se parer de couleurs
automnales. Le rocher près des bungalows a ses arbres qui chaque
jour deviennent un peu plus jaunes. En février dernier, ils
n'avaient plus de feuilles. C'est donc un nouveau cycle qui commence.
Je pars presque au moment où j'étais arrivé en début d'année, à
quelques jours d'écart, un peu comme si j'avais passé une année
complète sur l'île. J'aime cette idée...







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