Le temps est plutôt
clément depuis que je suis là. Je veux parler de la pluie. Décembre
n'est pas habituellement un très bon mois. Il est vrai que les
conditions sont bien différentes des mois d'hiver de Janvier à
Mars. Les ciels bleus purs, il vaut mieux les oublier ou bien les
contempler pendant une heure ou deux. Il fait très lourd, très
chaud, très humide. Aussi la fin d'après midi tourne souvent à
l'orage. Le ciel se charge alors soudainement de nuages gris qui, dès
lors qu'ils s’agrègent au niveau des reliefs se chargent encore
plus d'humidité qu'ils déversent alors presque instantanément.
Mais ça ne dure pas. Je n'ai pas encore passé une nuit sous la
flotte. Juste une ondée la première nuit.
Ceci dit j'ai une bâche
ici, enterrée sous un tas de sable depuis janvier dernier. Mon idée
est de la ressusciter pour la suspendre au dessus de la tente.
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| Alors ce coin? Vu de la baignade! |
Mais
pour cela je dois déménager. Car dans la petite clairière où je
me suis installé il n'y a pas de branches basses auxquelles attacher
la bâche. J'ai trouvé un nouveau coin, directement sur la plage,
sous un résinier dont les branches sont à bonne hauteur pour la
bâche. Le coin est rêvé, bien plat, sur du sable un peu grossier
formé de débris de coquillages et coraux. Ça fait très carte
postale. En plus, muni d'un râteau que j'ai emprunté aux rangers,
j'ai fait place nette en éliminant toutes les feuilles, débris de
bois et plastiques qui traînaient. Et puis il y a deux grosse
branches distantes de l'espace idéal pour suspendre le hamac. Delà,
je pourrai surveiller la tente et chasser les intrus.
La bâche est toujours
là. La mousson a juste chassé la couche superficielle de sable,
dévoilant un bout de plastique vert. Elle n'est pas du tout abîmée,
juste pleine de terre incrustée et a l'odeur d'un cadavre qu'on
sortirait de terre. La pluie et la brise lui redonneront une jeunesse
d'antan. Pour une bâche achetée en Norvège au fond d'un fjord,
elle en aura vu des choses !
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| En version panorama... |
Je suis très content de
mon coin, devenu civilisé mais pas trop. J'espère que cela ne va
pas attirer des touristes à y mettre leur serviette ou donner des
idées aux campeurs de s'installer par là. Pour l’instant il n'y a
que deux tentes et qui restent bien sagement le long du rivage
coincées entre la gargote et les bungalows. C'est bien, les gens ont
besoin d'être entre eux pour être rassurés. Là bas c'est trop
sauvage. D'ailleurs les macaques ont, pas de bol, un faible
particulier pour le résinier sous lequel je suis. Je passe mon temps
à me lever du hamac pour leur lancer des grenades pour les dégommer.
Ils en veulent à mon sac suspendu aux branches. Afin d'avoir
toujours un œil dessus il est juste en face de moi quand je lis,
ainsi n’importe quel mouvement anormal peut m'extirper de ma
lecture. Seulement, pour la sieste c'est terminé. Ils en
profiteraient trop. J'ai à côté de moi, à porté de main, des
munitions. Ce sont les fruits de l'arbre qui donnent des trucs gros
comme une grenade, de forme un peu carrée et lourds. L'idéal pour
leur lancer ça à la figure. J'ai aussi un long bâton de bambou
pour avoir l'air impressionnant en faisant de grands gestes en
moulinant comme un samouraï. C'est ce qui les inquiète le plus.
Quand je vais à l'eau je décroche les sacs et les mets juste au
bord de l'eau. Même de telles précautions ne suffisent pas. Pris
dans la béatitude de la baignade, je ne me suis pas rendu compte que
j'avais dérivé. Le temps de lutter contre les flots pour m'en
extirper un macaque était déjà en train de grignoter le sac,
aveugle à mes gesticulations et sourd à mes vociférations. Ils
connaissent très bien leur périmètre de sécurité et tant que
rien ne le franchit ils se croient tout permis. Par chance, je suis
arrivé à temps. Le macaque s'est enfui sans tirer le sac derrière
lui. Il faut vraiment avoir une attention de tous les instants !





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