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dimanche 6 décembre 2015

Profanation de sépulture

Le temps est plutôt clément depuis que je suis là. Je veux parler de la pluie. Décembre n'est pas habituellement un très bon mois. Il est vrai que les conditions sont bien différentes des mois d'hiver de Janvier à Mars. Les ciels bleus purs, il vaut mieux les oublier ou bien les contempler pendant une heure ou deux. Il fait très lourd, très chaud, très humide. Aussi la fin d'après midi tourne souvent à l'orage. Le ciel se charge alors soudainement de nuages gris qui, dès lors qu'ils s’agrègent au niveau des reliefs se chargent encore plus d'humidité qu'ils déversent alors presque instantanément. Mais ça ne dure pas. Je n'ai pas encore passé une nuit sous la flotte. Juste une ondée la première nuit.
Ceci dit j'ai une bâche ici, enterrée sous un tas de sable depuis janvier dernier. Mon idée est de la ressusciter pour la suspendre au dessus de la tente. 
Alors ce coin? Vu de la baignade!
Mais pour cela je dois déménager. Car dans la petite clairière où je me suis installé il n'y a pas de branches basses auxquelles attacher la bâche. J'ai trouvé un nouveau coin, directement sur la plage, sous un résinier dont les branches sont à bonne hauteur pour la bâche. Le coin est rêvé, bien plat, sur du sable un peu grossier formé de débris de coquillages et coraux. Ça fait très carte postale. En plus, muni d'un râteau que j'ai emprunté aux rangers, j'ai fait place nette en éliminant toutes les feuilles, débris de bois et plastiques qui traînaient. Et puis il y a deux grosse branches distantes de l'espace idéal pour suspendre le hamac. Delà, je pourrai surveiller la tente et chasser les intrus.
La bâche est toujours là. La mousson a juste chassé la couche superficielle de sable, dévoilant un bout de plastique vert. Elle n'est pas du tout abîmée, juste pleine de terre incrustée et a l'odeur d'un cadavre qu'on sortirait de terre. La pluie et la brise lui redonneront une jeunesse d'antan. Pour une bâche achetée en Norvège au fond d'un fjord, elle en aura vu des choses ! 

En version panorama...
Je suis très content de mon coin, devenu civilisé mais pas trop. J'espère que cela ne va pas attirer des touristes à y mettre leur serviette ou donner des idées aux campeurs de s'installer par là. Pour l’instant il n'y a que deux tentes et qui restent bien sagement le long du rivage coincées entre la gargote et les bungalows. C'est bien, les gens ont besoin d'être entre eux pour être rassurés. Là bas c'est trop sauvage. D'ailleurs les macaques ont, pas de bol, un faible particulier pour le résinier sous lequel je suis. Je passe mon temps à me lever du hamac pour leur lancer des grenades pour les dégommer. Ils en veulent à mon sac suspendu aux branches. Afin d'avoir toujours un œil dessus il est juste en face de moi quand je lis, ainsi n’importe quel mouvement anormal peut m'extirper de ma lecture. Seulement, pour la sieste c'est terminé. Ils en profiteraient trop. J'ai à côté de moi, à porté de main, des munitions. Ce sont les fruits de l'arbre qui donnent des trucs gros comme une grenade, de forme un peu carrée et lourds. L'idéal pour leur lancer ça à la figure. J'ai aussi un long bâton de bambou pour avoir l'air impressionnant en faisant de grands gestes en moulinant comme un samouraï. C'est ce qui les inquiète le plus. 
Quand je vais à l'eau je décroche les sacs et les mets juste au bord de l'eau. Même de telles précautions ne suffisent pas. Pris dans la béatitude de la baignade, je ne me suis pas rendu compte que j'avais dérivé. Le temps de lutter contre les flots pour m'en extirper un macaque était déjà en train de grignoter le sac, aveugle à mes gesticulations et sourd à mes vociférations. Ils connaissent très bien leur périmètre de sécurité et tant que rien ne le franchit ils se croient tout permis. Par chance, je suis arrivé à temps. Le macaque s'est enfui sans tirer le sac derrière lui. Il faut vraiment avoir une attention de tous les instants !

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