Le seul moyen pour avoir
internet sur l'île est d'acheter avant une carte SIM thaï avec du
crédit internet. La seule chose que j'ai trouvée à Satun ou à Pak
Bara c'est une carte valable 7 jours. Je me rends compte à présent
que j'aurais dû en acheter deux. En effet, pas besoin d'en avoir 4,
je peux très bien laisser passer une semaine sans avoir internet.
J'ai plein de photos que j’aimerais partager et ce blog qui s'écrit
pour rien. C'est très futile je sais mais on est dans l'ère de
l'instantané. Le temps où l'on recevait des nouvelles de marins
partis en mer plusieurs mois plus tard est révolue. Avec internet on
peut avoir accès au monde n'importe où, n'importe quand. Sauf ici.
Maintenant que je suis coincé sur l'île je ne vois pas d'autre
solution que de demander à quelqu'un du parc de m'en faire parvenir
depuis Pak Bara, comme j'avais fait venir les fioles anti moustiques
la dernière fois. De mosquito man, je vais passer au statut de
internet man. Mais je ne n'aime pas trop demander des choses aux
gens. Je préfère quand cela vient d'eux, quitte à les orienter
subtilement dans ce sens là.
C'est ainsi que ce matin
je me suis dirigé vers le débarcadère, résolu à coincer par
inadvertance le petit gros en lui demandant s'il n'a pas de la
famille ou des connaissances à Pak Bara. Évidement il n'est pas à
son poste, mais regroupé avec d'autres rangers à papoter sous le
auvent de la mini supérette où je suis allé faire un tour,
question de voir l'arrivage des fameux t-shirts à l'insigne du parc.
Il n'y en a aucun. En revanche la vieille pas aimable grimée à la
poudre de riz est toujours là et semble comme empaillée, figée
dans un rictus des mauvais jours qui n'en connaît jamais de bons.
Rien ne sert de demander s'ils ont des cartes internet, le business
de la supérette est hautement stratégique. Quoi que cette année
ils vendent des petits flacons de produits solaires même si cela
n’est pas très utile, l'île étant si luxuriante que ce n’est
pas difficile de trouver de l'ombre. Ils n'ont toujours pas pensé à
la lotion anti-moustique par contre...
En attendant que ptit Gro
revienne à son poste, je fais mine de prendre des photos depuis le
ponton. Bien m'en a pris car des hirondelles aux couleurs chatoyantes
se livrent à un ballet aérien en chassés croisés plus habiles que
les démonstrations du Bourget un 14 juillet.
Et régulièrement
elles se posent sur le rebord du ponton, toujours par couple. Je me
rapproche alors en rampant sans bruit le plus près possible, restant
ainsi à plat ventre jusqu'à ce qu'elles reviennent, retenant mon
souffle. C'est ainsi que j'ai droit à une séance de toilette. Et
vas y que je picore sous une aile, que je m'ébroue et que j'agite
les deux ailes comme sur le point de m'envoler. Je guettais l'envol
après avoir pris soin de placer l'appareil en vitesse d'ouverture
haute mais ces bestioles sont trop rapides et me laissent avec un
plan vidé de tout qui finira à la poubelle. Occupé avec mes
oiseaux, j'ai raté ptit Gro qui était juste venu quelques
secondes...
On va dire que je ne
décris pas suffisamment ma journée mais elle se passe selon le
programme d'attaque anti sandflies de la dernière fois sur lequel je
ne reviendrai pas.
Quand je ne me baigne pas, je suis dans le hamac
occupé à lire. J'ai essayé deux bouquins que j'ai rapidement
zappés. Pourtant le sujet de l'un d'eux m'intéressait
particulièrement, retraçant la vie de Christophe Colomb écrite par
un amiral de la moitié du XIXe siècle. Mais l'auteur est un peu
trop fier de son sujet le présentant comme un homme remarquable dont
il ne tarit pas déloge au point de le porter au rang de plus grand
homme que la Terre n'ait jamais porté. J'aurais préféré une
biographie neutre. Ajoutez à cela un style académique trop bien
écrit comme les gens le faisaient à cette époque et cela finit par
vite être ennuyeux car manquant de vivant et de spontanéité. Je me
suis reporté sur « Dans la peau d'une djihadiste » que
je ne quitte plus. Un sujet d'actualité sur les filières de
recrutement de Daesh de jeunes filles paumées en Occident, pour
certaines anciennes chrétiennes, à qui l'on promet une vie de
princesse en Syrie en phase avec les valeurs d'un islam pur et qui
finissent affublées de ceintures de kalachnikov car Dieu est
grand... Bref !
Le midi je vais manger
vers 13h30, période où les rares visiteurs ont généralement
terminé leur repas. Ce qui me vaut de finir seul au restaurant, le
service ayant décampé et me laissant avec mes assiettes. Le repos
venu, c'est le signal d'attaque pour les macaques. Ils arrivent alors
en nombre pour s'emparer des restes ou faire l'aspirateur de quelques
grains de riz renversés. Il y en a un qui me regardait l'air de rien
assis sur la balustrade en se grattant le bras ou le front l'air
détaché. Sauf qu'il zieutait mon assiette de fruits que j'avais
pratiquement finie. Aussitôt reposée, le macaque s'est invité à
table, rampant sans bruit et approchant une main doucement et tout en
retenue, comme ces roumaines qui mordent la poussière sans aucune
dignité. Sauf que la bestiole a le geste sût et précis.
D'hésitant, une fois l'assiette empoignée de ses petits doigts
lestes, le macaque s'éclipse sur la rambarde pour lécher l'assiette
à la verticale, les pieds dans le plat pour mieux la maintenir.
Les
macaques adorent les graines de pastèque, ce sont des petits
Smarties pour eux dont ils ne perdent pas une miette. Une fois fini,
le singe s'est remis à table. Enfin, façon de parler on l'a jamais
éduqué, les bonnes manières il ne connaît pas et il va droit à
l'essentiel, à savoir marcher sur la table pour ramasser les grains
de riz les uns après les autres comme certains enfilent des perles.
Le suivant dans ses pérégrinations, il m'a mené à ses congénères
dont l'un est assis à la fourche d'un arbre, tenant entre ses pattes
arrière le fruit d'un pandanus qui ressemble à un croisement géant
entre une pomme de pin et un ananas et qui s'étiole en gros grains
carrés à la façon d'une grenade. Il faut bien que les pandanus
servent à autre chose qu'à entailler les chairs !







Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire