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mardi 22 juillet 2014

Sur la crête de la Crète : Omalos - Refuge de Kalergi

Gingilos, 1980 mètres, en haut de Samaria
Le mystère du bus manquant est résolu. Pour mon plus grand malheur. En fait je me suis pointé ce matin à la boulangerie pour le petit déjeuner en demandant qu'elle me rajoute un ticket pour Omalos à 12h30. « Il n'y a pas de bus pour Omalos à 12h30. - Mais c'est marqué sur le papier de la compagnie. - Je vous ai dit hier qu'il n'allait pas à Omalos. - Oui, mais vous n'aviez pas l'air très sure. - Ah bon ? La route est fermée la journée pour travaux, le bus ne peut pas circuler. Il circulera quand la route rouvrira. ». C'est donc ça ! Il fallait le dire dès le départ, comme ça tout s'explique. Si j'avais su j'aurais pris le bus de 7 heures. Mais je n'étais pas prêt, cella m'a demandé du temps ce matin de séparer les affaires, pour n'emmener que l'essentiel. 
Panorama du bus pour Omalos
Du coup, j'ai dû patienter jusqu'à 18h30 sous mon tamaris de la plage où j'ai découvert en fin de journée que quelqu'un avait chié depuis la dernière fois. Évidemment, c'est juste derrière des rochers. Quand même, ils pourraient aller ailleurs, c'est un des seuls endroits où l'on trouve de l'ombre et il y a des petits gravillons où l'on a la place de se mettre. Celui qui a fait ça aurait dû penser que quelqu'un pouvais venir se prélasser là même si personne ne s'y met jamais car depuis le bord de l'eau on a l'impression que l'arbre pousse dans les rochers et qu'il n'y a pas de place.
Il y avait beaucoup moins de monde à prendre le bus ce soir que la dernière fois quand je suis allé à Chania. 
Plateau d'Omalos
Du coup le départ a été plus rapide. Ils ont rassemblé dès le départ tous ceux partant pour Omalos dans le même bus. Plus pratique que de faire un transfert en pleine montagne dans un virage dangereux. Le bus c'est bien. Si l'on n'est pas pressé c'est l'idéal. On est en hauteur et on peut à loisir contempler le paysage sans avoir à se préoccuper de la vitesse, des radars, des flics embusqués et à passer les vitesses. En plus c'est économique. Le prix du ticket pour Omalos doit couvrir le prix que j'aurais dû payer en voiture rien que pour l'essence. Avec le soleil qui s’apprêtait à se coucher le paysage état comme transformé. Jamais je ne suis passé par là à cette heure là. La campagne est flamboyante. J'ai l'impression de traverser un tableau, avec des oliviers au milieu des jeunets, des prés de blé jauni, des biquettes qui broutent à moitié dans le vide avec tout un tas de petites chapelles blanches suspendues. 


Crapaudine
En partant de Sougia j'ai fait le plein de provisions pour tenir 3 jours. J'ai tout mis dans le sac à dos où se trouve le matelas, le sac de couchage et la moitié de la tente. Le reste des affaires est dans un petit sac à dos que je porte sur la poitrine afin d'alléger le dos. Ce n'est pas très confortable et les bretelles glissent souvent mais ainsi j'ai la sensation de porter plus léger. J'ai deux bouteilles d'eau dont l'une vide. Je me suis bien renseigné, il y a un refuge à 1h30 de marche de là où le bus laisse les randonneurs à Omalos. On peut y boire, y manger, dormir et même prendre une douche. Je compléterai donc l'autre bouteille d'eau demain. C'est le dernier endroit où l'on trouve de l'eau avant une longue marche.
Le bus laisse à Omalos au niveau de Xyloskalo, point de départ pour la gorge de Samaria. Il suffit juste de descendre de là jusqu'à la mer. L'endroit est dominé par le mont Gingilos d'où part la gorge. Il était 20 heures quand je suis arrivé à Xyloskalo. Tous les autres se sont disséminés pour rejoindre les quelques pensions afin d'être les premiers à partir demain pour Samaria. Pour moi le programme est un peu différent. Au lieu de descendre dans la gorge, je dois monter en allant vers l'est. Mais avant j'ai fait un saut dans la cafeteria pour acheter un sandwich. Mon but était de dîner au refuge mais vue l'heure tardive, je risque d'y arriver de nuit, aussi je serai contraint de m'arrêter avant. 
Le soleil se couche déjà et je ne sais pas où aller
Le temps presse. Je dois trouver un endroit où planter la tente mais surtout j'aimerais avoir un point de vue qui me permette d’apercevoir les Lefka Ori que je voudrais photographier au coucher du soleil. Pour l'instant je n'ai une vue que sur le Gingilos et le plateau d'Omalos avec en ligne de mire le soleil qui s'apprête à se coucher. Ça grimpe sec et l'endroit est peuplé de brebis avec clochettes qui ne cessent de bêler pour appeler leurs congénères qui se sont enfuies en mode panique sur mon passage. Je me vois mal dormir là, dans ce concert de clochettes. J'ai déjà connu ça une fois l'an dernier avec une brebis insomniaque dans un château en ruine en haut de la gorge de Trypiti, je n'avais pas pu fermer l’œil. Chat échaudé craint l'eau froide.
Le chemin rejoint une piste pour pick-up de bergers qui fait de grands virages au lieu de grimper en haut du col. A ce rythme je vais devoir dormir avec les biquettes. J'aimerais passer de l'autre côté du versant, derrière une clôture et donc de l'autre côté des biquettes. Surprise : en arrivant en haut, le refuge se dresse là comme un phare, à 1680 mètres d'altitude. Que faire ? Si je poursuis pour trouver un terrain pour la tente, ça m'obligera demain à faire demi tour pour chercher de l'eau. Il y avait de la lumière et le ron-ron du groupe électrogène. C'est comme ci un havre bienfaisant me tendait les bras. Les refuges portent bien leur nom. Plutôt que d'essayer de dormir dehors dans le froid qui n'allait pas tarder à surgir avec la disparition du soleil, j'ai décidé d'y passer la nuit.
A l'entrée on est prié de laissé ses grolles dans un sas. Après on pénètre dans une grande pièce qui sent bon le feu de bois avec des skis suspendus au mur et des photos de montagnes enneigées ou au coucher du soleil. De large tables en bois prennent place autour de grandes banquettes oranges. Christophos est là. Il me parle en grec, pensant me connaître. La barbe sans doute, je fais couleur locale ! Je lui demande si je peux passer la nuit là. Pas de problème, il m'amène à un dortoir de 4 où je suis le seul avec de grosses couettes où je vais être bien au chaud. Il y a deux femmes aussi, des françaises qui ont un autre dortoir. Et c'est tout. On est trois pour un refuge qui peut contenir bien plus de personnes. Du coup on est comme chez soi. Je me suis commandé une bonne soupe de lentilles avec une bière pour compléter mon sandwich. Et devinez quoi, le lit est à 12 euros. A ce prix, pourquoi dormir dehors. Je vais être comme un coq en patte et frais et dispo pour demain. A demain pour la suite de la traversée des Lefka Ori !

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