La nuit à 2000 mètres
d'altitude tout rond n'est pas si dure que ce que j'aurais imaginé.
Pourtant hier soir j'ai dû m'arrêter décrire le blog car j'avais
les doigts gelés et je frissonnais malgré mon pull en polaire. Mais
l'abri que je me suis constitué était bien isolant. Cela m'a pris
du temps à construire. Normalement la toile de la tente est faite
pour reposer sur la tente. Là, il a fallu que je tende tout bien
avec des ficelles et en calant tout au sol avec des pierres, toutes
côte à côté afin qu'aucune prise d'air ne soit possible. J'ai
même eu trop chaud. Au bout d'une heure le sac de couchage faisait
toast, alors j'ai ouvert la porte mais ça n'a pas suffit et au final
j'ai dormi qu'avec deux T-shirts.
Comme quoi il n'y avait pas de raison de redouter le froid. Par contre les brebis, oui ! Elles sont somnambules. Elles montent et descendent les pentes au gré de leurs envies. Hier soir elles descendaient en broutant de la crapaudine tout du long et restant comme paralysées après avoir jeté un coup d’œil entre deux rochers dans ma direction. Je les avais chassées vers la vallée, à Katsiveli, rejoindre la marmite des bergers. Mais à peine que je commençais à fermer l’œil qu'elles sont remontées. Avec leurs clochettes, c'est pire qu'un radio réveil. Mais cette fois elles n'ont fait que passer et après une petite heure tout avait disparu de l'autre côté d'un versant.
Comme quoi il n'y avait pas de raison de redouter le froid. Par contre les brebis, oui ! Elles sont somnambules. Elles montent et descendent les pentes au gré de leurs envies. Hier soir elles descendaient en broutant de la crapaudine tout du long et restant comme paralysées après avoir jeté un coup d’œil entre deux rochers dans ma direction. Je les avais chassées vers la vallée, à Katsiveli, rejoindre la marmite des bergers. Mais à peine que je commençais à fermer l’œil qu'elles sont remontées. Avec leurs clochettes, c'est pire qu'un radio réveil. Mais cette fois elles n'ont fait que passer et après une petite heure tout avait disparu de l'autre côté d'un versant.
Ce matin, debout dès 6 heures, avec les premières lueurs du jour. Inutile de traîner au lit, dans la poussière. Toutes mes affaires sont maculées d'une poussière couleur rouille qu'il est impossible de faire partir. Je sais maintenant pourquoi les bergers portent tous des treillis au motif camouflage. Ce n'est pas pour passer inaperçu, c'est pour cacher la crasse ! Avec mon bermuda kaki il ne me manquait qu'une couleur pour que le short paraisse propre. Côté bouteille d'eau, je privilégie pour l'instant celle que j'avais achetée à Sougia. L'autre, c’est un mélange d'eau du refuge (de la neige fondue selon Christophos) et de l'eau que j'avais piquée dans un jerrycan des bergers hier. Je me méfie un peu, je n'y toucherai qu'en cas de nécessité.
Et puis à Rousiés je devrais y trouver une eau bien pure. Ce n'est qu'à 1h30 de marche.
Je me suis mis en route à
7h30. Chronomètre enclenché. Je ne sais pas où je vais m'arrêter
ce soir. J'aimerais filer le plus bas possible, vers Anopoli sans
être trop proche afin d'éviter d'être emmerdé par des clebs. Je
devrais arriver à Rousiés à 9 heures. De là, je pose mon sac et
j'entame l'ascension du Pachnes. Compter 3 heures aller et retour
d'après la carte. Tout ça mène à midi. Ensuite il y a 5 heures
pour descendre jusqu'à Anopoli. Le programme m'a l'air fort
ambitieux. 9h30 de marche, 21 kilomètres et 2400 mètres de
dénivelés à absorber dans la journée, le tout chargé comme une
mule.
Enfin, on verra bien, j'ai de la nourriture et de l'eau, je peux donc m’arrêter où je veux dès que je me sens épuisé. Mais le mieux je me rapproche d'Anopoli le mieux c'est car après ce n’est pas encore terminé. Anopoli est sur un plateau situé à 700 mètres au dessus du niveau de la mer. De là il faut encore deux heures de marche pour arriver jusqu'à Loutro d'où je pourrai prendre le bateau.
Enfin, on verra bien, j'ai de la nourriture et de l'eau, je peux donc m’arrêter où je veux dès que je me sens épuisé. Mais le mieux je me rapproche d'Anopoli le mieux c'est car après ce n’est pas encore terminé. Anopoli est sur un plateau situé à 700 mètres au dessus du niveau de la mer. De là il faut encore deux heures de marche pour arriver jusqu'à Loutro d'où je pourrai prendre le bateau.
Le sentier en partant de
Kastsiveli grimpe jusqu'à arriver au niveau d'une selle. De là le
chemin entre dans une zone désertique. Cette fois je suis au cœur
des Lefka Ori. Ce sont ces paysages que j'étais venu chercher.
Avec
l'heure matinale le spectacle est simplement grandiose. Les montagnes
projettent leurs ombres sur des vallées tandis que d'autres
montagnes étincellent sous le soleil matinal. Ça offre des paysages
très contrastés qui font le bonheur du photographe. Je m'arrête
tous les 200 mètres, chaque pas révèle un paysage de plus en plus
beau. On a l'impression de marcher sur la lune au lever du soleil.
C'est une expérience que peu de personnes connaîtront. Déjà il
n'y a pas grand monde qui tente l’ascension du Pachnes, mais en
plus celle ci se fait toujours depuis Anopoli alors que moi j'arrive
de l'autre cöté, par la face nord du Pachnes.
![]() |
| Pachnes, j'arrive! |
Le sentier évolue à
présent à 2100 mètres d'altitude. Un petit vent froid souffle et
ma polaire n'est pas de trop. Je suis entouré de montagnes :
Svourichti à gauche (2356m), Modaki à droite (2225m), puis Mesa
Soros à gauche (2349m) et Bournelos à droite (2362m). C'est en
passant à côté de Bournelos que le chemin est le plus joli. On se
sent seul au monde, perdu dans l'immensité. C'est à peine croyable
de penser qu'on est en Crète tant on se croirait sur une autre
planète. A force de regarder partout autour de moi, je suis arrivé
à Rousiés. Je m'imaginais un truc au fond d'une vallée, comme les
autres bergeries que j'ai rencontrées.
Là c'est à un col, en
pleine pierraille. Il y a une hutte avec une porte fermée à l'aide
d'une corde où je pense que l'on peut se réfugier en cas d'urgence.
J'aurais pu passer la nuit là mais déjà que j'ai dormi à 2000m
d'altitude, je ne comptais pas dormir plus haut pour ne pas avoir
plus froid. A Rousiés je m’attendais à trouver une fontaine, ou à
défaut un tuyau d'où jaillirait l'eau. On a à la place une citerne
en béton qui dispose d'une tôle rouillée en plusieurs morceaux
coincés par des pierres pour protéger l'ouverture. Il y a une corde
et un seau au fond. L'eau a l'air claire. C'est un miracle qu'il y en
ait car tout est si désert et aride.
Pas étonnant qu'ils collectent l'eau dans cette citerne, ça fait bien longtemps que toutes les sources doivent être taries. On trouve pourtant encore des brebis qui vaquent au son de leur clochette. Je ne sais pas ce qu’elles viennent chercher par là, il n'y a pas un gramme d'herbe. Seule une plante pousse encore, avec des petites fleurs roses qui semblent avoir été piquées sur un coussin vert. Elle pousse entre les rochers, parfois à la verticale pour être mieux protégée des intempéries.
![]() |
| Le Pachnes là haut |
Pas étonnant qu'ils collectent l'eau dans cette citerne, ça fait bien longtemps que toutes les sources doivent être taries. On trouve pourtant encore des brebis qui vaquent au son de leur clochette. Je ne sais pas ce qu’elles viennent chercher par là, il n'y a pas un gramme d'herbe. Seule une plante pousse encore, avec des petites fleurs roses qui semblent avoir été piquées sur un coussin vert. Elle pousse entre les rochers, parfois à la verticale pour être mieux protégée des intempéries.
J'ai laissé mon gros sac
à dos derrière la bergerie, ne gardant que le petit où j'ai
l'ordinatauer et les choses de valeur.
On va me dire : quand même, faire un trek avec un ordinateur, tu parles d'une aventure. Oui mais je ne peux le laisser nulle part. Depuis que je me suis fait faucher le précédent en Andalousie le mois dernier, je dois toujours l'avoir avec moi, au même titre qu'argent et passeport. Et puis il me permet aussi d'écrire en temps réel. Car si je ne le fais pas sur le coup après je n'ai plus envie, l'inspiration se tarit, je suis devant le syndrome de la plage blanche. Soit je dis les choses à chaud, soit je ne les dis plus. C'est comme ça.
On va me dire : quand même, faire un trek avec un ordinateur, tu parles d'une aventure. Oui mais je ne peux le laisser nulle part. Depuis que je me suis fait faucher le précédent en Andalousie le mois dernier, je dois toujours l'avoir avec moi, au même titre qu'argent et passeport. Et puis il me permet aussi d'écrire en temps réel. Car si je ne le fais pas sur le coup après je n'ai plus envie, l'inspiration se tarit, je suis devant le syndrome de la plage blanche. Soit je dis les choses à chaud, soit je ne les dis plus. C'est comme ça.
Rousiés est à 2100m
d'altitude. J'ai mis 1h30 pour y arriver, comme prévu sur la carte,
en marchant calmement pour ménager mes forces et en m’arrêtant
souvent pour les photos.
De là, il faut quitter le chemin pour l'ascension vers le Pachnes, 300 mètres plus haut. Il n'y a aucun panneau d'indication mais une balise orange et blanche marque le tracé. On trouve aussi des fanions faits de ces rubans de chantier rouge et blancs, enroulés autour de rochers. Impossible de se perdre, il suffit de suivre la crête qui mène direct au Pachnes que l'on voit plus haut. Ce n'est pas un sommet pointu, il est en fait tout plat, comme une dorsale. Il y a quelques endroits un peu érodés où les gravillons se dérobent sous le pied, il faut faire attention car ça descend en pente abrupte sans qu'il soit possible d’arrêter la chute.
Pour grimper au Pachnes, on longe le Gavala (2370m) avec
sur la droite, de l'autre côté d'une vallée, le Bournelos que
j'avais longé pour arriver à Rousiés. Pachnes et ses 2453m est
juste devant. Des nuages commencent à faire leur apparition,
j'espère que cela ne va pas me boucher la vue, je serais vert. Car
depuis ce matin, des nuages sont arrivés de l'ouest et envahissent
peu à peu les vallées. J'ai quitté Katsiveli au moment où les
sommets commençaient à être balayés par quelques nuages blancs.
Mais le vent souffle plus vers l'est, laissant le Pachnes de côté.
De là, il faut quitter le chemin pour l'ascension vers le Pachnes, 300 mètres plus haut. Il n'y a aucun panneau d'indication mais une balise orange et blanche marque le tracé. On trouve aussi des fanions faits de ces rubans de chantier rouge et blancs, enroulés autour de rochers. Impossible de se perdre, il suffit de suivre la crête qui mène direct au Pachnes que l'on voit plus haut. Ce n'est pas un sommet pointu, il est en fait tout plat, comme une dorsale. Il y a quelques endroits un peu érodés où les gravillons se dérobent sous le pied, il faut faire attention car ça descend en pente abrupte sans qu'il soit possible d’arrêter la chute.
![]() |
| Les Lefka Ori en mode panorama! |
Peu avant d'arriver sur
le troit des Lefka Ori on bénéficie d'une vue sur la mer de Lybie,
à travers une gorge, sans doute celle qui mène à Aradena. C'est
dur de distinguer la mer, car à cette altitude ciel et mer se
confondent. De plus on est trop haut pour voir les côtes, celles ci
étant cachées par des montagnes plus basses. Et pour Gavdos,
impossible de voir l'île, le temps doit être trop brumeux pour ça.
On arrive sans difficulté au sommet du Pachnes, comme si l'on avait
gravi une colline. J'ai mis tout juste une heure, pauses photos
comprises. Et j'en ai fait beaucoup ! Pour marquer le sommet ils
ont mis une croix à la base de laquelle on peut lire Pachnes en
lettres à moitié effacées.
Il y a des rubans suspendus aux
branches de la croix qui volent au vent. Pour ceux qui voudraient
jouir de la vue au coucher du soleil qui doit sans conteste être
magnifique, on peut même y camper. Il y a un ou deux emplacements où
des gens ont construit des petits murets de pierre pour se protéger
du vent. Mais il doit y faire très froid. Il est 10 heures du matin
et la polaire n'est pas de trop.
![]() |
| Sur la crête de la Crète. Plus haut on peut pas! |
Du Pachnes, normalement
d'après ma carte, le sentier continue et permet de rejoindre
Katsiveli par un autre itinéraire. Pour moi c'est là que s'arrête
la découverte des Lefka Ori, je dois à présent faire demi tour
jusqu'à Rousiés puis descendre de là vers Anopoli.
![]() |
| Au revoir, Pachnes! |
Vu le gain de
temps accompli, j'ai récupéré mon sac sur les coups de 11 heures.
Le temps d'ouvrir le puits et de remplir une bouteille j'étais en
chemin une demie heure plus tard. Du coup, je me dis que je peux peut
être poursuivre jusqu'à Loutro d'une trotte. Il y a un bateau à 19
heures. Côté timing cela semble jouable. Par contre je dois
descendre de 2453 mètres à 0 mètres, et ça c'est une autre paire
de manches. Ce n'est pas comme ci je marchais sur du plat.
Un peu plus bas après
Rousiés il y a un drôle d'endroit où les roches claires laissent
place à un cône noir, dans ce qui ressemble à un demi cratère.
L'endroit me rappelle le Landmanalaugar en Islande.
Si ce ne sont pas
les restes d'un volcan alors je n'y connais plus rien. Pourtant il
n'y a aucune référence décrite dans les guides sur une origine
volcanique de la Crète. Étonnant car Santorin n’est pas très
loin au nord. Sébastien qui est aussi passé par là avant moi avec
l'UCPA (décidément, on a les mêmes idées) a eu la même
réflexion. Sa guide lui a assuré que ce n'était pas volcanique. Je
n'y comprends plus rien car en marchant là dedans les pierres sont
très légères, caractéristiques des roches volcaniques. De plus ce
piton noir au milieu d'un paysage en dégradés de beiges au fond
d'une cuvette m'évoque beaucoup ce qui resterait de la cheminée
d'un volcan. Enfin, laissons les spécialistes parler. Ça n'enlève
rien au charme et je me plais à penser que c'est un volcan.
![]() |
| Parait que ce n'est pas un volcan... |
Juste après on quitte le
sentier pour rejoindre une piste qui aboutit 21 kilomètres plus loin
à Anopoli. Elle ne sert qu'aux bergers pour permettre un accès plus
aisé aux zones de pâturages et sans doute aussi au trafic de
crapaudine. Il y a trois pick-up garés avec personne à l'intérieur.
Le sentier suit plus ou moins le tracé de la piste, coupant parfois
des virages pour faire raccourci. Deux pick-up sont arrivés dans un
nuage de poussière, transportant des brebis à l'arrière. Le
sentier longe alors un gouffre que j'ai failli ne pas voir. C’est
un trou sans fond juste à côté du sentier. Il a son nom :
Tafkos Tis Lagonias.
Ça veut sans doute dire quelque chose en grec... Plus je descend et plus le paysage m'évoque l'Islande. En plus les nuages arrivent de plus en plus nombreux depuis le bas de la montagne, s’engouffrant dans la vallée et nimbant le paysage d'une aura de mystère.
Ça veut sans doute dire quelque chose en grec... Plus je descend et plus le paysage m'évoque l'Islande. En plus les nuages arrivent de plus en plus nombreux depuis le bas de la montagne, s’engouffrant dans la vallée et nimbant le paysage d'une aura de mystère.
Cela faisant une heure
que j'avais commencé à descendre le long de la piste que j'entendis
un pick-up débouler derrière moi. Je me suis alors écarté pour le
laisser passer en m'arrêtant. Lui aussi s'est arrêté. Une vitre
s'abaisse : « Anopoli ? ». « Si, oui,
yes.. ». Je balbutie dans tous les langages. Le conducteur
m'ouvre alors la porte passager.
J'en profite pour jeter là dedans mes sacs à dos et mon bâton de berger, me trouvant soudain bien envahissant. C'est un berger qui a dû lâcher ses brebis dans la nature. Il porte le fameux treillis camouflage, un T-shirt noir et des grosses godasses - la panoplie du berger - ainsi qu'une épaisse moustache noire. Les hommes par ici ne font pas dans la dentelle. Il ne parle que grec mais par onomatopées on arrive à se comprendre. J'ai bien compris qu'il allait me descendre à Anopoli et ce n’est pas de refus que j'accepte son aide. Certes c’est de la triche et vous ne verrez pas les paysages qui descendent de la montagne.
Mais je n'ai pas perdu grand chose car en descendant tout est plongé sous les nuages. Le paysage alterne entre caillasses et maigres arbres, avec des brebis qui ont l'air égarées.
J'en profite pour jeter là dedans mes sacs à dos et mon bâton de berger, me trouvant soudain bien envahissant. C'est un berger qui a dû lâcher ses brebis dans la nature. Il porte le fameux treillis camouflage, un T-shirt noir et des grosses godasses - la panoplie du berger - ainsi qu'une épaisse moustache noire. Les hommes par ici ne font pas dans la dentelle. Il ne parle que grec mais par onomatopées on arrive à se comprendre. J'ai bien compris qu'il allait me descendre à Anopoli et ce n’est pas de refus que j'accepte son aide. Certes c’est de la triche et vous ne verrez pas les paysages qui descendent de la montagne.
Mais je n'ai pas perdu grand chose car en descendant tout est plongé sous les nuages. Le paysage alterne entre caillasses et maigres arbres, avec des brebis qui ont l'air égarées.
Mon conducteur est un
grand gosse, un vrai kakou. Avec son bandana noué autour de la tête
et les dents de devant pourries, il conduit les mains posées sur le
volant comme un gamin qui conduit sa voiture à pédales, les coudes
en l'air. Il fait vroum vroum de la même manière, piquant des
pointes de vitesse devant chaque brebis pour les effrayer. Ça le
fait beaucoup rire. J'ai l'impression d'avoir été pris en stop par
la bonne sœur barjot du film des gendarmes à Saint-Tropez.
Dans la voiture flotte un mélange de transpiration et de biquette qui n'a pas vu la pluie de tout l'été. Sur le tableau de bord il y a un sac en plastique avec un reste de pique-nique. Dans le coin du pare-brise couvert de poussière, il y a des icônes d'un saint barbu qui doit être censé protéger la voiture et ses passagers. La radio est allumée et passe toujours la même chose, des airs que mon conducteur reconnaît et sifflote, sans doute le dernier tube local qui doit être scotché au hit parade depuis 30 ans. Soudain il décide de se faire une beauté, lâchant le volant des mains pour enlever son bandana en le dépliant afin de le nouer autour de la tête pour en faire une sorte de béret dont il contrôle l'aspect dans le rétroviseur.
Pendant ce temps la voiture conduit toute seule, en mode téléguidage !
Dans la voiture flotte un mélange de transpiration et de biquette qui n'a pas vu la pluie de tout l'été. Sur le tableau de bord il y a un sac en plastique avec un reste de pique-nique. Dans le coin du pare-brise couvert de poussière, il y a des icônes d'un saint barbu qui doit être censé protéger la voiture et ses passagers. La radio est allumée et passe toujours la même chose, des airs que mon conducteur reconnaît et sifflote, sans doute le dernier tube local qui doit être scotché au hit parade depuis 30 ans. Soudain il décide de se faire une beauté, lâchant le volant des mains pour enlever son bandana en le dépliant afin de le nouer autour de la tête pour en faire une sorte de béret dont il contrôle l'aspect dans le rétroviseur.
Pendant ce temps la voiture conduit toute seule, en mode téléguidage !
La piste est
interminable, je suis bien content de ne pas avoir fait ça à pied.
Le programme était bien trop ambitieux, jamais je ne serais arrivé
à descendre jusqu'à Anopoli dans la journée, déjà bien fatigué
par les 5 heures de marche que je viens de faire. Il était 13 heures
quand le type m'a lâché à Anopoli, à un carrefour, juste devant
une taverne. Il poursuivit sa course effrénée vers la gorge
d'Aradena. Du coup tout se goupille bien. J'ai largement le temps de
rejoindre Loutro avant le bateau de 19 heures.
Je peux souffler un
peu et ce n'est pas de refus que je me suis assis à la table de la
taverne, commandant une bière, un dakos et le plat du jour, un
mélange d'haricots verts, de courgettes et de pommes de terre dans
une sauce à la tomate, pendant qu'un chat détraqué me faisait du
charme en n'arrêtant pas de se frotter ostensiblement à mes
chevilles. Comme sa tentative de séduction commerciale n'avait pas
fonctionné, ne voyant rien venir, il se mit à miauler comme pour me
dire : « Alors ? ». Je ne vois pas ce qui
pouvait l'intéresser dans mon déjeuner végétarien ! La
taverne est au bord de la route où ne passe personne, avec un camion
de pompier à côté et une oliveraie en face avec une bicoque basse
autour de laquelle des pick-up finissent de rouiller.
Anopoli est un bout du monde. C'est le fief de résistance crétoise lors de la seconde guerre mondiale. Il y a même une statue sur la place centrale du héros local, Daskalogiannis, le même que celui qui est sur le bateau ! La place n’est en fait qu'un rond point avec la statue au milieu, une taverne sur un côté et une épicerie de l'autre. Le tout agrémenté de petits vieux qui prennent l'air.
![]() |
| Anopoli Center! |
Anopoli est un bout du monde. C'est le fief de résistance crétoise lors de la seconde guerre mondiale. Il y a même une statue sur la place centrale du héros local, Daskalogiannis, le même que celui qui est sur le bateau ! La place n’est en fait qu'un rond point avec la statue au milieu, une taverne sur un côté et une épicerie de l'autre. Le tout agrémenté de petits vieux qui prennent l'air.
Pour descendre vers
Loutro il faut déjà monter un peu jusqu'au hameau de Aghia
Ekaterini. Ce sont en fait juste trois bicoques, au bord d'une
falaise d'où l'on a une vue plongeante sur la baie de Loutro et les
Lefka Ori de l'autre côté dont on ne voit plus que la base, les
sommets étant dans les nuages.
Anopoli est en frontière des nuages. Il y fait beau. Et chaud. Ça me change des montagnes. Je préférais randonner là haut, au moins je ne souffrais pas de la chaleur. Car là, la descente pour Loutro est la portion du trek la plus éprouvante. Deux heures à marcher dans la caillasse sans aucune ombre, en plein milieu de la journée. Loutro a pourtant l'air si proche. Si j'étais un oiseau, j'y serais d'un coup d'aile. Par le chemin c'est une autre affaire. La falaise est raide, alors le sentier fait de grands virages, de sorte qu'on a l'impression de ne jamais descendre. Le village reste toujours aussi désespérément à la même distance, ni proche ni loin.
Mon T-shirt était trempé déjà depuis une heure, le sac à dos me collait la peau et je n'en pouvais plus de porter tout ce fatras. Ce sont les derniers kilomètres mais aussi ceux de trop. J'ai fini par craquer et j'ai profiter de l'ombre d'un maigre arbre pour reprendre mon souffle. Mais la falaise est une telle fournaise que je continue de transpirer, sinon plus. Il est clair que vous ne pouvez pas rejoindre Loutro depuis le Pachnes dans la journée, à moins de vous faire prendre en stop comme moi.
Anopoli est en frontière des nuages. Il y fait beau. Et chaud. Ça me change des montagnes. Je préférais randonner là haut, au moins je ne souffrais pas de la chaleur. Car là, la descente pour Loutro est la portion du trek la plus éprouvante. Deux heures à marcher dans la caillasse sans aucune ombre, en plein milieu de la journée. Loutro a pourtant l'air si proche. Si j'étais un oiseau, j'y serais d'un coup d'aile. Par le chemin c'est une autre affaire. La falaise est raide, alors le sentier fait de grands virages, de sorte qu'on a l'impression de ne jamais descendre. Le village reste toujours aussi désespérément à la même distance, ni proche ni loin.
Mon T-shirt était trempé déjà depuis une heure, le sac à dos me collait la peau et je n'en pouvais plus de porter tout ce fatras. Ce sont les derniers kilomètres mais aussi ceux de trop. J'ai fini par craquer et j'ai profiter de l'ombre d'un maigre arbre pour reprendre mon souffle. Mais la falaise est une telle fournaise que je continue de transpirer, sinon plus. Il est clair que vous ne pouvez pas rejoindre Loutro depuis le Pachnes dans la journée, à moins de vous faire prendre en stop comme moi.
Je n'en oublie pas pour
autant de regarder le paysage et c’est d'un œil amusé que j'ai
remarqué un buisson de thym qui avait une bien étrange forme et
ressemblait à une marmotte.
Au détour d'une jonction il y a aussi un rocher destiné à ceux qui seraient tentés de rejoindre Anopoli depuis Loutro. Il y est peint : Anopoli Center. Un vrai gag ! Ils ont vu débarquer un zombie dans les rues de Loutro. Les gens étaient en terrasse à prendre le déjeuner ou à paresser, moi je dégoulinais de partout, un œil fermé par la crème solaire qui me coulait dedans. Je marchais en me traînant, le dos courbé. C’est ainsi que j'ai pénétré dans une épicerie comme un cow-boy dans un saloon. J'ai pris une bouteille de bière fraîche que je suis allé déguster dans les rochers de l'autre côté du port. Car Loutro est plein à craquer.
Beaucoup de familles, de français et de gosses qui crient sur une plage minuscule bourrée de transats et de parasols qui empeste la crème solaire. Très peu pour moi. Loutro est très photogénique mais je n'y ai jamais ressenti d'âme. C'est comme si tout était factice pour en faire un club de vacances. Loutro est un village auquel on n'accède que par la mer. Ou comme moi par un sentier de mule. Mais nulle route. Et pourtant c’est gorgé de touristes qui débarquent du ferry plein de valises à roulettes. J'espère qu'Agia Roumeli, le village d'à côté à peine à une heure de bateau de plus, ne connaîtra jamais cet ressort et restera le petit village qu'il est.
Loutro est insupportable de fréquentation bien qu'il n'y ait pas de plage autre que celle bondée où le soleil disparaît derrière la colline dès 17 heures. A côté à Agia Roumeli la plage est bien plus grande et belle. J'aimerais que la Crète n'évolue plus et reste figée dans le temps comme je la connais maintenant. Qu'en sera-t-il dans 30 ans ? Où irais-je me réfugier l'été si même Gavdos venait à devenir comme Loutro ? Pour un peu je culpabilise d'écrire ce blog et de donner peut être à d'autres des idées d'y venir.
Au détour d'une jonction il y a aussi un rocher destiné à ceux qui seraient tentés de rejoindre Anopoli depuis Loutro. Il y est peint : Anopoli Center. Un vrai gag ! Ils ont vu débarquer un zombie dans les rues de Loutro. Les gens étaient en terrasse à prendre le déjeuner ou à paresser, moi je dégoulinais de partout, un œil fermé par la crème solaire qui me coulait dedans. Je marchais en me traînant, le dos courbé. C’est ainsi que j'ai pénétré dans une épicerie comme un cow-boy dans un saloon. J'ai pris une bouteille de bière fraîche que je suis allé déguster dans les rochers de l'autre côté du port. Car Loutro est plein à craquer.
Beaucoup de familles, de français et de gosses qui crient sur une plage minuscule bourrée de transats et de parasols qui empeste la crème solaire. Très peu pour moi. Loutro est très photogénique mais je n'y ai jamais ressenti d'âme. C'est comme si tout était factice pour en faire un club de vacances. Loutro est un village auquel on n'accède que par la mer. Ou comme moi par un sentier de mule. Mais nulle route. Et pourtant c’est gorgé de touristes qui débarquent du ferry plein de valises à roulettes. J'espère qu'Agia Roumeli, le village d'à côté à peine à une heure de bateau de plus, ne connaîtra jamais cet ressort et restera le petit village qu'il est.
Loutro est insupportable de fréquentation bien qu'il n'y ait pas de plage autre que celle bondée où le soleil disparaît derrière la colline dès 17 heures. A côté à Agia Roumeli la plage est bien plus grande et belle. J'aimerais que la Crète n'évolue plus et reste figée dans le temps comme je la connais maintenant. Qu'en sera-t-il dans 30 ans ? Où irais-je me réfugier l'été si même Gavdos venait à devenir comme Loutro ? Pour un peu je culpabilise d'écrire ce blog et de donner peut être à d'autres des idées d'y venir.
































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire