Hier, Pablo est parti. A
8h30, par le Samaria 1, direction Sfakia. Il doit prendre un bateau,
deux bus (un pour Chania puis un pour l'aéroport), deux avions
(Chania-Athenes et Athenes-Madrid) puis un autre bus pour rentrer
chez lui. Durée totale du voyage porte à porte : 18 heures.
C'est que la Crète ça se mérite, il n'y a pas de mystère s'il y a
aussi peu de monde sur la côte sud-ouest. Et c'est très bien ainsi.
En attendant il me laisse seul. Avec le livre sur les plantes qu'il
m'a offert et dédicacé avant de partir. Je le feuilletais depuis
des jours à l'épicerie, me tâtant à l'acheter, émerveillé parce
que je lisais et demandant souvent à Pablo de rappliquer de derrière
les rayons pour lui montrer un truc.
Jusqu'à ce qu'il me dise :
« Combien ça coûte ? - 9,60 euros - Je te l'offre ! ».
A ce prix là c'est sûr que ça ne servait à rien de tergiverser.
Mais c'est surtout le côté à m'encombrer d'un truc de plus qui me
rebutait un peu.
Toujours est il que livre
ou pas livre, le fait de me retrouver seul me fout un coup au moral.
Quand on a été en permanence avec quelqu'un qu'on apprécie ça me
fait toujours ça. C'est donc avec nonchalance que je suis allé au
trou bleu, en attendant le bateau de 17h30 pour Sougia. J'ai passé
l'après midi à écrire le blog, à jouer à des jeux débiles sur
mon téléphone, sans me rendre du compte du temps qui passait.
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| Au revoir, Pablito! |
Avant
de partir je suis retourné au Pachnes chercher mon sac que j'avais
laissé là bas après avoir rendu la chambre. Claire était là, on
a un peu parlé et elle m'a offert une poignée de crapaudine, de
quoi me faire une tasse. C'est gentil à elle.
Sur le bateau, toujours
pareil. Des veaux. Je les regardais, à bailler et grimacer, l’œil
aussi expressif que celui d'un poulpe, abrutis par leur conformisme
et leur petit monde bien réglé, rangé et rassurant. Certes, il
devait bien y en avoir à sortir du lot, mais noyés dans la masse on
ne les voyait pas. Du coup je me suis mis dans les escaliers, afin
d'être le premier à descendre. Car sinon ça se traîne comme les
gens qui sortent d'un avion, ça n'avance pas, ça fait des bouchons
et ça dure des heures.
Là, j'ai filé direct vers le bout de la
plage de Sougia. Laissez-moi passer, je connais, c'est mon domaine,
sortez de mon paysage ! Je ne supporte plus la masse, la foule,
les trucs de groupe, les rassemblements. Et hier c'était dimanche.
La plage est méconnaissable. Que des textiles et des familles venues
avec leurs gamins et leur chien qui pisse partout. Les chiens
déboulaient de partout, piétinant les serviettes, la langue
pendante. Plus il y a de bordel, plus ils sont contents ! Il
fallait que je les surveille tout le temps, de peur que l'un d'eux ne
vienne à lever la patte sur l'unique mat de ma tente que je venais
de monter. Remballez-moi tout ça !
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| Sougia |
Je sais que les week-ends à
Sougia sont prisés des habitants de Chania. Heureusement tout ce
petit monde décampe sitôt que je soleil se couche. Ou presque. Car
avant de repartir ils se sont arrêtés dîner à l'Omikron que je ne
reconnais plus. Eva a l'air lasse et Shakira, la serveuse blonde
grecque que j'appelle ainsi, m'a renversé la bouteille de bière en
m'enlevant mon entrée finie. En plus il y a un vent de fou qui vient
de Paleochora alors que c'était tout tranquille à Agia Roumeli. Je
pense quand même que tout ce ressenti vient de mon coup de blues
consécutif au départ de Pablo.
Pour le bus pour Omalos
ce n'est pas très clair. A la boulangerie où ils vendent les
tickets il y a marqué 7h ou 18h15.
Or sur le site internet de la
société de bus Ktel, il y en a aussi un à 12h30 qui va à Chania
via Omalos. J'ai demandé à la serveuse si le bus de 12h30 allait
bien à Omalos. Elle ne pense pas, mais les deux autres oui. Ça ne
m'aide pas. Le 7h est trop tôt et le 18h15 trop tard. On va encore
quitter Sougia à 19 heures et ça risque d'être le même cirque que
la semaine dernière en allant à Chania. Car d'Omalos il me reste
encore environ 1h30 de randonnée avant d'arriver au refuge de
Kalergi. Ça me fait arriver de nuit, ça ne va pas. 12h30, par
contre, c'est parfait, ça me laisse le temps de profiter. Afin de
m'alléger un maximum je ne vais pas prendre la tente mais dormir
dans les refuges autant que possible, sinon à la belle étoile.
Je
vais juste emmener la toile extérieure de la tente pour m'abriter en
cas de pluie. Et comme cela je vais laisser la tente sur la plage à
Sougia, aussi je serai sûr de retrouver un coin en revenant vendredi
ou samedi soir prochain. Car ce sera le week-end et donc le même
bazar avec tout Chania qui va vouloir camper sur la plage. En plus,
je pourrai laisser les affaires superflues dans la tente. On ne va
pas me piquer des T-shirts ou des affaires de toilette. Et ça
m'évite de demander à Eva qu'elle me garde un sac au restaurant. Je
n'aime pas demander des trucs aux gens, j'aime pouvoir ne compter que
sur moi même et n'être redevable de rien. Je me pointerai donc
demain à 12h30 et on verra bien.
En attendant j'ai passé
la journée sous mon tamaris fétiche, alternant entre bains et
siestes, pour récupérer de la nuit dernière où je n'ai pas fermé
l’œil. Avec le vent, j'avais le tissu de la moustiquaire qui me
fouettait la peau. J'ai essayé de me mettre dans le drap de soie
c'était pire, il claquait au vent et me faisait transpirer. A 3h30
j'ai filé avec mon matelas dans une caverne au bout de la plage,
manquant me faire croquer le mollet par un maudit cabot qui dormait à
côté de sa maîtresse et que j'avais réveillé au passage. Je lui
ai jeté des galets dessus, ça l'a calmé. Prenez garde à Capitaine
Caverne !
Ce soir je vais retourner
à l'Omikron m'en mettre plein la panse.
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| Douche en plein air pour les campeurs d'Agia Roumeli |
Ce sera mon dernier vrai
repas avant je ne sais quand. Car je ne vais emmener en randonnée
que des choses très énergétiques et légères, style fruits secs.
Exit les yaourts, les fruits et tout ce qui contient de l'eau. En
deux ou trois jours je devrais pouvoir m'en remettre. Et j'emmène
l'ordinateur pour pouvoir écrire. N'attendez pas une mise en ligne
du blog avant le week-end prochain ; là haut à 2500 mètres il
n'y a ni téléphone ni wifi. C'est l'aventure. S'il m'arrive quelque
chose en route, il faudra que je ne compte que sur moi. Mais bon, je
devrais aussi rencontrer des gens, alors il n'y a pas à s'inquiéter.









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