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| Pension Imeros à Chania |
Drôle de temps ce matin,
je suis sorti de la tente en pleine brume. Ça donnait un côté
surnaturel à la côte, du style Fog, le film d'épouvante des années
70 qui n'a plus rien d'épouvantable de nos jours. Les locaux disent
que c'est un temps de mois de février. La brume a tout envahi, on
n'y voit plus rien, enveloppant les campeurs qui ont fuit leur tente
dans la nuit pour finir en vrac sur la plage. On se croirait sur la
côte des squelettes de Namibie envahie par les phoques. En allant me
balader dans Sougia pour le petit déjeuner j'ai croisé Richard en
terrasse d'un café. Comme on se retrouve ! J'avais bien
remarqué sa planche sur la plage mais il n'y avait jamais personne à
côté. Il faut dire que souvent il est derrière, à la taverne sous
les tamaris à jouer de la guitare. Il profite de ses derniers jours.
Il aimerait prendre sa planche maintenant et se perdre dans la brume
comme dans les vieux films qui se passaient à Londres. Lundi il lira
mon blog, arrivé au boulot. Va falloir que je me dépêche pour le
mettre en ligne. Fin juillet il repart en Italie, ça lui rend le
retour moins pénible. Encore un qui part et qui vient pour tenter de
garder un équilibre. Jusqu'à un moment où l'on n'en puisse plus de
faire semblant. Je crois qu'il n'est pas loin de faire comme moi, il
me demandait combien il fallait d'argent par jour pour vivre à
Gavdos (30 euros) et en Thaïlande. Mais apparemment il a la faculté
de pouvoir travailler à distance, il me dit qu'avec une connexion
internet ça suffit. Et il y en a une à Gavdos, à la taverne du
haut, à Sofia Rooms. Tout comme moi, maintenant qu'il est passé en
face, il regarde Gavdos au loin en se disant qu'il aimerait bien y
retourner et rester plus longtemps. Dimanche j'y retourne avec Pablo.
Un nouveau tour se profile. Et peut être bien que je le terminerai
en revenant à Sougia fin juillet. On y est bien et c’est là où
l'on mange le mieux. L'appel du ventre...
Richard a fait toute la
côte depuis Agia Roumeli avec sa planche. Il a même poursuivi au
delà jusqu'à Lissos. Ça file vite comme engin : en une heure
à peine il avait rejoint Domata depuis Agia Roumeli, là où il faut
près de 5 heures de marche éprouvante en passant par maints cols.
J'avais songé à investir dans un kayak pour pouvoir parcourir
librement la côte et expérimenter une nouvelle façon de voyager.
J'ai un peu la nostalgie de mon expédition à Palau. Au final il
faudrait que j'essaye son truc. Je pensais que c'était lourd mais sa
planche ne pèse que 12 kilos, qu'il met en soute d'avion comme
n'importe quel autre bagage. Pour ses affaires il a des sacs étanches
qu'il attache l'un à l'avant et l'autre à l'arrière par des
sangles qui font le tour de la planche. Le seul truc c'est que ça
reste un peu mystérieux pour moi sur le fait de rester debout sur
une planche étroite sans être déséquilibré par la houle. Mais
c’est peut être comme le vélo. Quand on voit ça et qu'on n'en a
jamais fait, on se demande bien comment ça tient debout. Je suis sûr
que c’est un truc pour moi.
De Sougia il m'aura fallu
près de 3 heures pour rejoindre Chania en bus, de l'autre côté des
montagnes. Le bus était complètement plein au moment où je l'ai
pris. La plupart allaient à Omalos, pour rester au refuge afin
d'être les premiers à commencer la descente dans les gorges de
Samaria. Déjà que c'était très fréquenté en 2009 quand je les
avais faites, maintenant cela doit être une vraie autoroute, ce qui
explique pourquoi autant de monde s'y prend dès la veille. En
attendant les gens ont dû voyager debout. J'étais à l'avant et il
y en avait qui parlaient à bâtons rompus avec le chauffeur, qui les
regardait plus souvent que la route en faisant de grands gestes, les
mains jamais sur le volant alors que la route n'est qu'un lacet. Dans
ces conditions le compteur affichait même pas du 30 km/h. Un vrai
veau. Pour se délester, un bus a été appelé en renfort dans
lequel ceux qui allaient à Chania ont dû être transvasés au
milieu de la route en plein milieu de nulle part. Une fois à bord,
le chauffeur s'est assuré qu'on allait tous à Omalos ! Il ne
voulait aller nulle part ailleurs et têtu comme une mule il est
descendu de son engin pour aller demander à l'autre chauffeur ce qui
se passait. Pendant ce temps dans le bus on se regardait les yeux
incrédules, se demandant si on jour on arriverait à Chania.
Finalement il est remonté résigné, en lâchant un laconique
« Chania ». On lui a pourri sa soirée. Et la nôtre
aussi, ce bus n'était pas plus rapide. On est arrivé à destination
entre chien et loup alors qu'on avait quitté Sougia à 18:30. Pablo
qui est en ce moment dans l'avion met moins de temps pour faire
Madrid-Athènes que moi Sougia-Chania (à peu près 70 km) !



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