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samedi 5 juillet 2014

Les prisonniers de Gavdos

Pyrgos
La tempête n'a pas faibli d'un cran. L'allemand en bas de ma tente a été contraint de dormir dehors, fouetté par des rafales de sable toute la nuit. Au petit matin il y avait un creux tout autour de lui, comme ceux que l'on rencontre autour des rochers balayés par le vent. Les gens font la grise mine. A Lavrakas les jeunes me souhaitent une bonne journée d'un air ironique, emmitouflés de la tête aux pieds avec ce qu'ils ont pu trouver pour se protéger des coups de fouet du sable. A la taverne c'est un camp de réfugiés, tous avec une serviette ou un paréo sur les épaules, comme ces rescapés à qui on donne une boisson chaude et une couverture après un cataclysme. Sur la plage, plus personne. J'étais le seul ce matin à me baigner. 
Agios Ioannis
Puisqu'il y a tempête, autant profiter des vagues même si la guerre d'usure a commencé. Car la nuit a été mouvementée. Bien qu'ayant mis la toile, ça secouait dans tous les sens comme si on voulait me réveiller et l'entrée a fini par lâcher, laissant s’engouffrer le sable. J'ai bien essayé de refermer comme je pouvais mais ça ne résistait pas au vent. J'ai donc laissé faire la nature. Elle est bien plus forte que nous.
Certains ont connu pire. La serveuse de la taverne a dormi sous une tente réduite. Afin qu'elle ne s'envole pas avec le vent elle avait supprimé le piquet qui soutient le toit et elle a dormi enveloppée dans la tente comme un sac de couchage.
Pyrgos
Aujourd'hui elle avait une tignasse qui ressemblait plus à une choucroute. Elle m'a dit qu'elle avait une tonne de sable dans la tente. Mais elle doit bien en avoir autant dans les cheveux. Et avec ce vent c'est douche interdite. Enfin, vous pouvez essayer, j'ai testé. On ne tient que quelques secondes, car le vent agit comme un congélateur. Même pas eu le temps de passer du savon, j'ai remballé la marchandise aussi sec. A Lavrakas j'ai essayé de faire des photos mais le vent me poussait devant alors que je lui tournais le dos. C'est le coin le pire de toute l'île. Je n'ai jamais vu ça. Sauf peut être à Mykonos où le vent avait failli m'arracher une portière de voiture. Éole il faudrait peut être qu'il se calme. 
Agios Ioannis
Avec son grand âge en plus... Dans ces conditions toujours pas de bateau, cela va de soi. Un anglais s'inquiète et raconte à tout le monde ses malheurs pour se soulager d'un stress. Il devait partir hier. Il a été obligé de changer les dates de son billet d'avion et ça lui a côté un bras. Il a changé au plus tard pour lundi, ce qui nécessite qu'un ferry vienne demain. Tous les espoirs sont permis. En attendant il flippe sa race !
C'est bien beau tout ça mais personne n'agit. Si le vent souffle de nord-est, il suffit de penser à aller à un endroit abrité. A peine le déjeuner avalé je suis parti droit devant pour Pyrgos. Et comme je le pensais, avec ses falaises et sa plage orientée sud-ouest, c'était mer d'huile. J'y suis ainsi arrivé de bon matin et j'ai pu profiter d'un aspect de la plage que je ne connaissais pas. 


Pyrgos le matin ce n'est pas mal non plus... Il y a des ombres qui se dessinent et qui lui donnent une autre allure. J'étais tout seul. Les autres n'ont rien compris. Plutôt que de courber l'échine depuis hier comme des chiens battus, ils feraient bien de venir par là. Bon, OK, il n'y a pas un brin d'ombre. Quoique... Jusqu'à midi on peut trouver refuge dans des creux sous la falaise. A part que celui où j'étais avait dû servir de chiottes dans le passé. Entre soleil et odeur il faut choisir. J'ai fait avec. J'ai même pu avoir de l'ombre un peu plus longtemps en sortant le parasol de manière à coincer l'ombrelle sous les rochers. Car même si le vent souffle beaucoup moins, on ne peut pas pour autant y planter un parasol sans qu'il finisse déraciné. 
Au bout d'un moment y a un type qui est arrivé. Celui qui retournait les galets à côté de moi la fois où je m'étais installé sous un cyprès à Lavrakas. Il m'a reconnu. C’est un grand solitaire. Il est tout le temps à poil, comme tous les autres, avec juste une serviette autour du cou pour se protéger du soleil. Il va il vient sur la plage, tire des ricochets, va se baigner, regarde l'horizon en fumant une clope. Puis à l'heure du déjeuner il fout le camp et on ne le revoit plus de la journée. Il doit avoir sa tente quelque part loin de tout. Avec tout ce vent les sentiers ont disparu. Tout est vierge, il faut marcher en faisant appel à sa mémoire, notamment pour passer d'Agios Ioannis à Lavrakas. Ça fait une nouvelle expérience. 
Lavrakas et la chapelle d'Agios Ioannis en haut
Il y a du positif dans tout, l'autre effet est que le vent a formé des ondulations autour des cyprès très jolies avec le soleil de fin d'après midi. Ça donne des paysages sans aucune trace de pas. C'est très photogénique. La serveuse de la taverne des pirates à la tresse défaite m'a accueilli en me faisant la bise et en me serrant dans ses bras. Je la trouve très tactile aujourd'hui, me complimentant sur ma serviette en microfibre dont je me sers pour me réchauffer. Ici ils s'extasient devant ce qui a des usages multiples car ça fait moins de choses à emporter. Ça va faire deux semaines que je suis là, aussi je fais désormais partie du décor et j'ai droit à quelques attentions. C’est comme si une forme de complicité naissait. A la fin du repas, j'ai même eu droit à une pâtisserie et à un verre de raki. Ça ne m'était arrivé qu'une seule fois avec Sébastien.

3 commentaires:

  1. très intéressant
    nous partons dans une semaine la bas au pif sans tente mais avec une voiture
    :)
    on flippe un peu...mais ...un peu seulement !
    salut!

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  2. Ah! Donc j'ai une chance de consommer un produit local liquide en bonne compagnie?
    Agios Ioannis en soirée je suppose.?
    ;)

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