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jeudi 10 juillet 2014

Sougia

Pour rejoindre Sougia depuis Agia Roumeli il faut compter une heure de bateau et débourser 9 euros. Si vous venez de Gavdos, c'est le même prix de descendre à Agia Roumeli ou à Sougia, allez comprendre. Enfin, si l'on peut venir de Gavdos. Car le Samaria I n'est pas venu de là, il est arrivé direct de Sfakia à une heure incompatible avec un départ de Gavdos. Car aujourd'hui le vent souffle à nouveau. Cette fois très fort de l'ouest. Il y a de la houle à Agia Roumeli, mais rien de bien catastrophique. Quoique pour aller se baigner il faut attendre entre deux vagues et se jeter direct ans les eaux tumultueuses de mon trou bleu en faisant un grand plat. 
Agia Roumeli
Si vous hésitez vous aurez l'allure d'une petite vieille sur des patins à roulette, les bras moulinant dans tous les sens et la guibolle flageolante. Pour me donner du courage, je me disais : « Foutez moi ça à la flotte ». Et vlan, un plat. Mieux vaut ça que d'essayer de plonger pour se fracasser le crâne contre les galets. Les vagues se brisaient contre les rochers sans avoir eu le temps de déferler, dans de sourds grondements et des gerbes d'eau de plusieurs mètres de haut. J'étais à poil sur mon rocher à trôner comme un lion de mer occupé à rapiécer un bermuda déchiré du haut de la fesse jusqu'à la cuisse, quand j'ai vu le ferry arriver. Il dodelinait de la tête comme un canard dans une baignoire, faisant de grands splashs en retombant.
Agia Roumeli et ses montagnes
Car au delà de la baie d'Agia Roumeli, ça moutonne dur. Tout le monde doit vomir là dedans. Et pour les voitures, il doit y avoir carambolage, j'espère que les gens ont bien pensé à mettre le frein à main. Je me demande quand même comment fait le rafiot pour ne pas couler. Tout l'avant du navire est un pont levis qui se rabat presque à la verticale en croisière. Mais est-ce vraiment étanche ? Le bas du pont est au niveau de la mer. Et la fatigue du métal, hein, on y pense ? J'ai toujours connu ces Samaria I et Daskalogiannis, depuis des années que je viens. Un de ces jours il se pourrait bien qu'il y ait une catastrophe, c'est peut être pour ça qu'il y a le Samaria I, ils attendent qu'il coule pour sortir le II. Ça tombe bien, c’est celui que je dois prendre !
A bord, je me retrouve avec des touristes de masse, de ceux qui s’entassent dans les hôtels clubs. On voit tout de suite que ce ne sont pas de grands aventuriers. Tout le monde me regarde passer avec mon barda, le parasol et le chargeur solaire. J'ai l'impression d'être la bête de foire. Sur le bateau je fais comme chez moi. A force, c’est presque devenu une résidence secondaire. Je connais les meilleurs endroits à l'ombre où je fais mon nid. Pour un peu je me mettrais à poil sous le paréo, à l'instar des olibrius de Gavdos. Là tout le monde est habits propres qui sentent l'adoucissant, preuve supplémentaire que le bateau ne vient pas de Gavdos. J’ai de la chance d'avoir décidé de partir lundi car je serais coincé là bas et Pablo m'attendrait à l'aéroport de Chania, perdu. J'ai eu le nez creux sur ce coup là.
Arrivé à Sougia, j'ai filé direct vers la gorge qui mène à Lissos, vers l'est, après le petit port de pêche. Les gens allaient dans l'autre sens pour prendre les bus qui les ramèneraient à Chania. J'ai décidé de camper là car avec le vent qu'il y a la plage sera bien trop ventée. En plus, j'ai vu du bateau que les emplacements étaient rares sur la plage, du côté est où le camping sauvage est toléré. C'était plein de tentes. Donc plein de bruit. Après Gavdos, ma mise en quarantaine d'Agia Roumeli n'a pas encore complètement suffit pour me réhabituer. Dans la gorge j'ai trouvé un coin très bien, sous des chênes verts, complètement abrité du vent.
Après j'ai filé direct à lOmikron me commander une feta au four et une assiette végétarienne. J'aime bien cette taverne, ça sent toujours le beurre d'ail qui sort des cuisines. Et puis pour faire patienter ils vous servent une délicieuse tapenade d'olives vertes. Cette année c'est plein de touristes. Des familles pour la première fois. D’ordinaire ce sont plutôt des gens solitaires ou en couple, au style baroudeur à la Gavdos. Là ça a changé, c’est presque un profil du touriste lambda international. Par bonheur ils envahissent la taverne de l'angle de la rue (à Sougia il n'y a que deux rues : la route principale qui débouche à la perpendiculaire du front de mer, c'est tout!), personne à l'Omikron. Tant mieux pour moi. 
Tout à l'heure je suis allé prendre ma douche sur la plage. Il a fallu que j'aille marcher loin vers l'est avant de trouver des culs nus. Les textiles ont envahi la plage, changement d'ambiance. Par contre les tentes fleurissent comme des champignons sous les tamaris. Elles sont toutes à touche touche comme les modèles d'exposition de Decathlon. Derrière il y a une taverne avec deux chiens qui ne cessent d'aboyer. Il y en a visiblement que ça ne dérange pas. Heureusement je serai tranquille dans ma gorge perdue. En attendant, que vais je devenir les autres années s'il y a de plus en plus de fréquentation en Crète ? J'espère que ça ne sera jamais un Costa del Sol. Ça en a pourtant le potentiel.
Alors que j'avais déjà entamé mon entrée, Eva est sortie de la taverne, de je ne sais où. Je ne l'avais pas vue en m'installant. Elle m'a reconnu direct et m'a salué d'un « alors, de retour parmi nous ? ». Elle m'a avoué être tombée pat hasard sur mes vidéos de You Tube que j'avais tournées l'an dernier lors de ma randonnée le long de la côté sud ouest pendant une semaine. Comme je ne pouvais pas me trimbaler l'ordinateur, j'avais décidé de faire un journal du bord en forme de vidéo. Il faudra que je mette les liens sur ce blog, comme ça vous en aurez un accès direct. Eva m'a dit que j'étais quand même très souvent essoufflé sur les vidéos et que je donnais l'air d'un Nicolas Hulot. Quelle est rigolote ! J'aimerais l'y voir sur le sentier en plein cagnard. 
Ça grimpe sec et avec un pack d'eau à bout de bras et mon sac à dos porté comme une tortue, il y a de quoi haleter en faisant des commentaires à la noix. Après son départ, il y a un adorable petit chaton blanc et noir qui est monté sur mes genoux en ronronnant et se frottant la tête. Un poids plume tout chaud. Je lui grattouillais les babines. C'est Apollon, qui a ouvert ses petits yeux sur notre monde il y a à peine 3 mois et demi. Une nouvelle vie. Je la lui souhaite heureuse. Il est bien parti pour.
La nuit dans la gorge fut affreuse. Un four. Bien que tout nu sous la moustiquaire avec la porte de devant ouverte, il n'y avait pas un poil d'air et les rochers de ce truc encaissé renvoyaient toute la chaleur qu'il avaient emmagasinée dans la journée. Une vraie pierrade ! Je n'arrêtais pas de suer, mouillant l'oreiller. Désagréable sensation que le front et la nuque moites. J'ai fini par mettre carrément le matelas dehors afin d'avoir un peu plus d'air. C'était mieux que rien mais encore insuffisant. 
Ce matin, j'ai changé d'endroit. J'ai trouvé un coin très bien au bout de la plage, là où personne ne pense à venir mettre une tente. Trop loin des tavernes, trop loin de la douche sur la plage. J'ai même un tamaris dans les rochers, pas très loin, sous lequel il y a du petit gravillon et la place pour y mettre une serviette. L'endroit est parfait. La tente est en plein vent, ça me changera ! Juste à côté il y a un danois qui m'a invité boire du rouge pays dans sa bouteille d'eau reconvertie comme certains se trimbalent de l'eau bénite. On a discuté un moment en admirant la lune se refléter sur la mer tout en échangeant nos impressions. Il est venu tout seul. Sa femme n'aime pas. Ça fait des années qu'il vient camper là. C'est son petit paradis. Il aurait aimé être un hippie mais en 68 il devait déjà travailler, alors il se rattrape maintenant. J'ai fait de jolies photos pour immortaliser ce moment au clair de lune.

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