Pour rejoindre Sougia
depuis Agia Roumeli il faut compter une heure de bateau et débourser
9 euros. Si vous venez de Gavdos, c'est le même prix de descendre à
Agia Roumeli ou à Sougia, allez comprendre. Enfin, si l'on peut
venir de Gavdos. Car le Samaria I n'est pas venu de là, il est
arrivé direct de Sfakia à une heure incompatible avec un départ de
Gavdos. Car aujourd'hui le vent souffle à nouveau. Cette fois très
fort de l'ouest. Il y a de la houle à Agia Roumeli, mais rien de
bien catastrophique. Quoique pour aller se baigner il faut attendre
entre deux vagues et se jeter direct ans les eaux tumultueuses de mon
trou bleu en faisant un grand plat.
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| Agia Roumeli |
Si vous hésitez vous aurez
l'allure d'une petite vieille sur des patins à roulette, les bras
moulinant dans tous les sens et la guibolle flageolante. Pour me
donner du courage, je me disais : « Foutez moi ça à la
flotte ». Et vlan, un plat. Mieux vaut ça que d'essayer de
plonger pour se fracasser le crâne contre les galets. Les vagues se
brisaient contre les rochers sans avoir eu le temps de déferler,
dans de sourds grondements et des gerbes d'eau de plusieurs mètres
de haut. J'étais à poil sur mon rocher à trôner comme un lion de
mer occupé à rapiécer un bermuda déchiré du haut de la fesse
jusqu'à la cuisse, quand j'ai vu le ferry arriver. Il dodelinait de
la tête comme un canard dans une baignoire, faisant de grands
splashs en retombant.
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| Agia Roumeli et ses montagnes |
Car au delà de la baie d'Agia Roumeli, ça
moutonne dur. Tout le monde doit vomir là dedans. Et pour les
voitures, il doit y avoir carambolage, j'espère que les gens ont
bien pensé à mettre le frein à main. Je me demande quand même
comment fait le rafiot pour ne pas couler. Tout l'avant du navire est
un pont levis qui se rabat presque à la verticale en croisière.
Mais est-ce vraiment étanche ? Le bas du pont est au niveau de
la mer. Et la fatigue du métal, hein, on y pense ? J'ai
toujours connu ces Samaria I et Daskalogiannis, depuis des années
que je viens. Un de ces jours il se pourrait bien qu'il y ait une
catastrophe, c'est peut être pour ça qu'il y a le Samaria I, ils
attendent qu'il coule pour sortir le II. Ça tombe bien, c’est
celui que je dois prendre !
A bord, je me retrouve
avec des touristes de masse, de ceux qui s’entassent dans les
hôtels clubs. On voit tout de suite que ce ne sont pas de grands
aventuriers. Tout le monde me regarde passer avec mon barda, le
parasol et le chargeur solaire. J'ai l'impression d'être la bête de
foire. Sur le bateau je fais comme chez moi. A force, c’est presque
devenu une résidence secondaire. Je connais les meilleurs endroits à
l'ombre où je fais mon nid. Pour un peu je me mettrais à poil sous
le paréo, à l'instar des olibrius de Gavdos. Là tout le monde est
habits propres qui sentent l'adoucissant, preuve supplémentaire que
le bateau ne vient pas de Gavdos. J’ai de la chance d'avoir décidé
de partir lundi car je serais coincé là bas et Pablo m'attendrait à
l'aéroport de Chania, perdu. J'ai eu le nez creux sur ce coup là.
Arrivé à Sougia, j'ai
filé direct vers la gorge qui mène à Lissos, vers l'est, après le
petit port de pêche. Les gens allaient dans l'autre sens pour
prendre les bus qui les ramèneraient à Chania. J'ai décidé de
camper là car avec le vent qu'il y a la plage sera bien trop ventée.
En plus, j'ai vu du bateau que les emplacements étaient rares sur la
plage, du côté est où le camping sauvage est toléré. C'était
plein de tentes. Donc plein de bruit. Après Gavdos, ma mise en
quarantaine d'Agia Roumeli n'a pas encore complètement suffit pour
me réhabituer. Dans la gorge j'ai trouvé un coin très bien, sous
des chênes verts, complètement abrité du vent.
Après j'ai filé direct
à lOmikron me commander une feta au four et une assiette
végétarienne. J'aime bien cette taverne, ça sent toujours le
beurre d'ail qui sort des cuisines. Et puis pour faire patienter ils
vous servent une délicieuse tapenade d'olives vertes. Cette année
c'est plein de touristes. Des familles pour la première fois.
D’ordinaire ce sont plutôt des gens solitaires ou en couple, au
style baroudeur à la Gavdos. Là ça a changé, c’est presque un
profil du touriste lambda international. Par bonheur ils envahissent
la taverne de l'angle de la rue (à Sougia il n'y a que deux rues :
la route principale qui débouche à la perpendiculaire du front de
mer, c'est tout!), personne à l'Omikron. Tant mieux pour moi.
Tout à
l'heure je suis allé prendre ma douche sur la plage. Il a fallu que
j'aille marcher loin vers l'est avant de trouver des culs nus. Les
textiles ont envahi la plage, changement d'ambiance. Par contre les
tentes fleurissent comme des champignons sous les tamaris. Elles sont
toutes à touche touche comme les modèles d'exposition de Decathlon.
Derrière il y a une taverne avec deux chiens qui ne cessent
d'aboyer. Il y en a visiblement que ça ne dérange pas. Heureusement
je serai tranquille dans ma gorge perdue. En attendant, que vais je
devenir les autres années s'il y a de plus en plus de fréquentation
en Crète ? J'espère que ça ne sera jamais un Costa del Sol.
Ça en a pourtant le potentiel.
Alors que j'avais déjà
entamé mon entrée, Eva est sortie de la taverne, de je ne sais où.
Je ne l'avais pas vue en m'installant. Elle m'a reconnu direct et m'a
salué d'un « alors, de retour parmi nous ? ». Elle
m'a avoué être tombée pat hasard sur mes vidéos de You Tube que
j'avais tournées l'an dernier lors de ma randonnée le long de la
côté sud ouest pendant une semaine. Comme je ne pouvais pas me
trimbaler l'ordinateur, j'avais décidé de faire un journal du bord
en forme de vidéo. Il faudra que je mette les liens sur ce blog,
comme ça vous en aurez un accès direct. Eva m'a dit que j'étais
quand même très souvent essoufflé sur les vidéos et que je
donnais l'air d'un Nicolas Hulot. Quelle est rigolote !
J'aimerais l'y voir sur le sentier en plein cagnard.
Ça grimpe sec
et avec un pack d'eau à bout de bras et mon sac à dos porté comme
une tortue, il y a de quoi haleter en faisant des commentaires à la
noix. Après son départ, il y a un adorable petit chaton blanc et
noir qui est monté sur mes genoux en ronronnant et se frottant la
tête. Un poids plume tout chaud. Je lui grattouillais les babines.
C'est Apollon, qui a ouvert ses petits yeux sur notre monde il y a à
peine 3 mois et demi. Une nouvelle vie. Je la lui souhaite heureuse.
Il est bien parti pour.
La nuit dans la gorge fut
affreuse. Un four. Bien que tout nu sous la moustiquaire avec la
porte de devant ouverte, il n'y avait pas un poil d'air et les
rochers de ce truc encaissé renvoyaient toute la chaleur qu'il
avaient emmagasinée dans la journée. Une vraie pierrade ! Je
n'arrêtais pas de suer, mouillant l'oreiller. Désagréable
sensation que le front et la nuque moites. J'ai fini par mettre
carrément le matelas dehors afin d'avoir un peu plus d'air. C'était
mieux que rien mais encore insuffisant.
Ce matin, j'ai changé
d'endroit. J'ai trouvé un coin très bien au bout de la plage, là
où personne ne pense à venir mettre une tente. Trop loin des
tavernes, trop loin de la douche sur la plage. J'ai même un tamaris
dans les rochers, pas très loin, sous lequel il y a du petit
gravillon et la place pour y mettre une serviette. L'endroit est
parfait. La tente est en plein vent, ça me changera ! Juste à
côté il y a un danois qui m'a invité boire du rouge pays dans sa
bouteille d'eau reconvertie comme certains se trimbalent de l'eau
bénite. On a discuté un moment en admirant la lune se refléter sur
la mer tout en échangeant nos impressions. Il est venu tout seul. Sa
femme n'aime pas. Ça fait des années qu'il vient camper là. C'est
son petit paradis. Il aurait aimé être un hippie mais en 68 il
devait déjà travailler, alors il se rattrape maintenant. J'ai fait
de jolies photos pour immortaliser ce moment au clair de lune.










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