Pour changer un peu, à
la question du matin « On fait quoi aujourd'hui ?», j'ai
lancé « Samaria ». Ça tombe bien Pablo avait eu la même
idée. On est si près que ce serait un crime de ne pas y aller. Pour
le petit déjeuner on a du bon pain de couleur sombre, du beurre, un
assortiment de confitures servies dans de petites coupelles :
orange ou prune, un plein bol de yaourt grec bien épais où la
cuillère tient debout toute seule avec du miel à foison, un jus
d'orange pressé maison et une boisson chaude, le tout au pied du
vieux fort vénitien et des montagnes de Samaria, dans un jardin
constellé de fleurs où une chatte heureuse attend de mettre bas en
fermant les yeux à l'ombre des tables.
Avec Stélios, l'hôtelier,
c'est dire comme on est choyé. Pas étonnant que l'adresse soit
pleine de commentaires élogieux sur Tripadvisor et dans le guide du
routard.
J'ai pris ma décision
pour la randonnée dans les Lefka Ori. Stélios m'a conforté sur le
fait que c'était très beau et que cela se faisait facilement sur
deux jours. Je vais donc rejoindre Sougia demain pour prendre un
autre jour le bus pour Omalos. De là je pense rejoindre Loutro en
deux ou trois jours selon ma forme et les réserves de nourriture et
d'eau que j'aurai. Je veux randonner léger. Aussi je pense laisser
quelques affaires superflues à la taverne Omikron.
A voir si cela
est possible. A la pension ils ont un petit livret sur les randonnées
dans le sud-ouest de la Crète. Les classiques y sont dont la balade
dans la gorge de Samaria. Mais pas dans les Lefka Ori. La gorge est
longue de 12 kilomètres mais nécessite 16 à 17 kilomètres de
marche selon les guides, entre le point où débarquent les
randonneurs des bus et le port d'Agia Roumeli. Si on peut appeler ça
un port. C'est juste une digue artificielle à l'ouest pour protéger
un peu du vent et un ponton en ciment très court qui permet aux
camions et éventuelles voitures de monter à bord.
La portion la plus belle
de la gorge se trouve seulement à 5 kilomètres du village.
Je le
sais, la première année j'avais fait la randonnée classique, avec
les autres randonneurs, à la queue-leu-leu sans pouvoir doubler qui
que ce soit. Mais il y a la version rusée, aussi appelée « Lazy
way » dans la guide. Il suffit de la prendre à rebrousse poil
depuis Agia Roumeli et de faire demi tour après l'endroit le plus
impressionnant, là où la gorge devient si encaissée qu'il ne reste
que quelques mètres entre les deux parois. L’avantage est aussi
énorme : le gros des troupes n'est pas encore arrivé d'en
haut, à moins d'y avoir dormi pour partir tôt, solution recommandée
dans les guides.
![]() |
| La gorge commence! |
A deux kilomètres du village se trouve le guichet.
Parc National oblige, il faut prendre un ticket. Compter 5 euros.
Encore qu'une année je m'y étais pointé vers 8 heures du matin et
il n'y avait personne puisque personne n’est censé arriver à
cette heure là.
La gorge de Samaria
abrite une population de kri-kri, un bouquetin aux longues cornes
emblématique de Crète. Je ne l'ai jamais vu, à part dans le jardin
de la pension Captain George à Sougia. Nul doute qu''il doit se
terrer loin du sentier de randonnée. J'espère avoir la chance d'en
apercevoir lors de ma randonnée dans les Lefka Ori, hors des
sentiers battus. Même en cette saison il y a encore de l'eau dans la
gorge, malgré le fait qu'elle soit captée par de gros tuyaux noirs
qui sillonnent la gorge en la défigurant un peu pour alimenter en
eau Agia Roumeli et ses jardins potagers.
Je ne sais pas à partir
d'où l'eau disparaît. Car à l'embouchure il ne coule pas une
goutte. La gorge est très verte, peuplée de pins et de lauriers
roses. La fraîcheur y est exquise, on pourrait facilement y passer
la journée. Les parois sont si hautes que le soleil ne doit pénétrer
à certains endroits qu'une heure dans la journée. De ce fait il est
très dur d'en sortir de beaux clichés. Entre les portions dans
l'ombre et les cimes complètement chauffées par le soleil, le
résultat est souvent catastrophique, entre premier plan tout noir et
fond cramé avec ciel blanc garanti. Sauf que cette année j'ai un
appareil photo très bien qui est expert pour traiter ce genre de
scène.
Il prend en fait trois ou quatre photos en rafale à
différentes expositions qu'il combine ensuite par magie pour sortir
un cliché où tout est parfaitement exposé, fidèle à ce que voit
l’œil. C'est quand même ce qu'on demande à un appareil photo.
J'aurai mis du temps à le trouver. Par contre il faut savoir le
manier et faire différents essais. J’ai de la chance pendant ce
temps là Pablo admire le paysage en touchant une plante aux feuilles
duveteuses qui sent très fort l'huile essentielle, des mètres à la
ronde. Je pensais que c'était de la crapaudine, autrement appelée
Mountain Tea par ici, mais Claire, la femme de Stélios, qui est
française, m'a dit que la crapaudine poussait bien plus haut en
altitude. En revanche elle ne m'a pas donné son nom, de sorte que je
ne sais toujours pas ce que c'est.
Tout le long de la balade
on passe d'un côté à l'autre du lit de la rivière par de petits
ponts constitués de deux troncs parallèles reliés par des planches
fines qui font barreaux et où l'on a le pied qui passe à travers si
on a trop la tête en l'air occupée à regarder les sommets et les
vautours planer. Il y a aussi des endroits prévus pour se reposer,
déjeuner à l'ombre autour de tables de pique nique, avec des
sanitaires et des fontaines pour remplir sa gourde. A ces endroits se
trouvent des gardes du parc, arrivés là par un mulet qui patiente
au bord de l'eau. Il y a plein de choses à observer. D'ailleurs un
panneau en plein milieu de la gorge, confectionné par la Direction
des forêts de Chania le dit mieux que moi :
« Un challenge pour
vous à découvrir.
Les chasmophytes :
des plantes qui réussissent à survivre sous des conditions
extrêmes, dans des fissures de falaises et parois rocheuses.
Les portes :
l'endroit caractéristique où les deux côtés de la gorge
s'approchent tellement que la distance entre eux est seulement 3
mètres s'appelle « portes » ou « sideroportes »
et se situe à 11,5 km de l'entrée à Xyloskalo. La hauteur
verticale des roches à ce point arrive à 300m.
Les chapelles : les
chapelles solitaires byzantines, comme St Nicolas (Agios Nicolaos),
St George (Agios Giorgis), Ste Maria (Osia Maria), Christos, et
beaucoup d'autres, se trouvent partout dans la gorge et parfois près
de temples anciens.
La rivière : la
rivière anonyme qui coule et disparaît dans la gorge a été
utilisée au passé comme voie de transport du bois coupé à Agia
Roumeli, ainsi que pour la production d'énergie par les moulins
d'eau.
Les fossiles : les
surfaces des roches verticales à des altitudes diverses sont ornées
de fossiles, révélant une longue histoire. L’œil expert
découvre des organismes fossiles, comme diatomées et éponges, qui
révèlent l'histoire géologique de la Méditerranée avant 180
millions d'années, depuis les périodes Jurassique et Oligocène. »
A la sortie de la gorge
on en apprend aussi un peu plus :
« The biggest in
Europe but also the most remarkable with its vertical cliffs, its
beauty, flora and fauna. It was declared as National Park in 1962 and
it's most well known in the world from hundreds of articles and
descriptions in newspapers and magazines worldwide, and also in
numerous tourist guides in many different languages.
The region of the Gorge
was declared as National Park in 1962 and much later with the
perspective of expansion, it is refered to as National Park of Lefka
Ori. For now it covers an area of 48.500 acres. The crossing is
allowed from early May (perhaps mid-April sometimes) till the end of
October.
After the crossing of the
Gorge, bathing in the unique and beautiful beach with the small
pebble offers a unique opportunity of resting. In Agia Roumeli there
is an infirmery and an organized hellipad. Also many taverns with
traditional delicacies, rooms to rent, hotels and various other
shops. Note that in the revolution of 1867 two castles were raised
one on the each side of the Gorge's exits, which are excellent
examples of castle architecture.
Till 1962 the residents
of the Samaria settlement were living under difficult circumstances,
under the hot summer sun and the winter storms and snow, which had
as a result their exclusion for many days or sometimes even for whole
months.
Although they lived a happy life loving their environment.
Their scarce incomes came from farming, logging, collecting resin and
tree barks, and even older from a few olive trees. There was an oil
press, whose wheels were moved by a donkey and in the whole Gorge
there were 10 water saws for logging, one of which still existed in
1962.
Flora : 136 endemic
species (Greece), 100 valuable endemic species of Crete, 30 endemic
species of Lefka Ori, 26 endangered species
Fauna : 50 different
species of vertebrates, 30 endemic species, 5 Red Data Book species
Avifauna : 40
species nest in the Gorge
Endangered species :
Gypaetus barbatus, Hieraaetus fasciatus, Aquila chrysaetos, Gyps
fulvus, Falco biarmicus. »
Après la balade dans la
gorge, on est retourné au trou bleu, si pratique, à deux pas de
notre pension. En plus il y a un rocher un peu au large que j'aime
bien avec un trou qui se remplit d'eau quand une vague passe par
dessus. C'est comme un aquarium. Il y a des algues, des petits
poissons de la même couleur que la roche, avec une grosse tête et
qui vous regardent avec leurs yeux, juste sous la surface de l'eau en
se demandant ce que vient foutre cet énergumène. Des petits crabes
vont et viennent aussi au fond de la flaque. On y trouve également
des chapeaux chinois. C'est un vrai petit écosystème qui s’est
développé dans cette flaque.
Des tours de galets fleurissent chaque
jour un peu plus sur la plage juste après le trou bleu, en allant
vers Agios Pavlos. C'est à qui réussira à faire la plus étonnante.
Certaines défient la gravité en tenant en équilibre par miracle.
Il y a même sur un rocher un galet tout rond immobilisé comme s'il
avait été collé là. J'ai touché un de ces édifices pour
m’assurer qu'il n'avait pas été fixé à la glu. Grave erreur,
tout s’est cassé la gueule et il m'a fallu des minutes avant de
tout reconstruire. Il faut de la précision, de la délicatesse, du
doigté et de la patience pour y arriver. Mais au final on obtient de
jolies tours de galets bien plus belles que n'importe quelle œuvre
d'art.















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