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lundi 7 juillet 2014

Au revoir Gavdos

Karave
Ça me rend triste de quitter Gavdos même si j'y reviens dans six jours. Hier, l'allemand m'a invité à boire un cappuccino à côté de sa tente. Plus zen que lui c'est pas possible. Sa tente ne ressemble à rien, elle a trop baroudé, partant en lambeaux. Lui aussi a dû en parcourir des endroits. Ça fait 20 ans qu'il vient à Gavdos. Il est bien installé, je ne l'ai jamais se vu se préparer à manger mais il a un beau réchaud qu'il a abrité du vent par des pans de carton. C'est d'un sachet en plastique décoloré par le soleil qu'il m'a sorti une cuillère à soupe de poudre qu'il a mélangé à l'eau bouillante. Comme il n'avait qu'une tasse il a bu à même la gamelle. Le geste me fait chaud au cœur. Il faut trois fois rien pour faire plaisir et je suis sûr qu'il était content aussi de parler avec moi même si son anglais est très hésitant et que je décrochais par moments. 
Agia Roumeli
Des voisins comme ça j'en veux tous les jours. Jamais un bruit, pour un peu on dirait qu'il n'est pas là. Il rentre en Allemagne de l'Est dimanche. Tout a une fin. Ce matin je lui ai dit au revoir. Il est parti à poil en sac à dos, direction le phare. Tout un périple pour voir un phare hors service. Mais c'est la balade qui compte, pas le but, ça l'occupe. J'ai regardé il a tout un tas de magazines dans sa tente. Il va falloir que je me rachète une liseuse de livres électroniques pour mes deux mois en Thaïlande. Au bout de deux semaines à Gavdos je trouve déjà le temps long alors...
Le vendeur de pain improvisé qui fait sa tournée en danse d'abeille a changé de formule. Ce matin, il propose des sandwichs. Il a dû se dire que c'était plus vendeur qu'un pain à moitié rassis qui a été à la chaleur toute la journée. Malheureusement le pauvre n'a guère plus de succès. Avec moi il n'essaye même plus, il a fini par me reconnaître, il me dit juste « kalimera ». 
Hier soir il y avait un concert à la taverne des pirates. Il y avait foule, pas une table de libre, et des groupes de dizaines de personnes débarqués du jour. Comme ça faisait deux jours que le bateau n'était pas venu, forcément ça a amené beaucoup de monde d'un coup. Il est temps que je parte. Ça devient à présent trop peuplé et bruyant, avec de plus en plus de chiens qui se baladent entre les tables en se reniflant le cul. Pour le concert c'était un des pirates aux dreadlocks aux fesses qui jouait de la guitare. Trois accord par ci par là, toujours les mêmes. Le chanteur lui aussi chantait toujours pareil, des espèces de vocalises arabisantes qui n'ont aucune mélodie. On sait quand ça commence mais jamais quand ça s'arrête. Ça vient d'un coup d'un seul sans avoir vu de différence de tout le morceau. Après les applaudissements, bien encouragé, il remet ça, sans que je puisse savoir si c'est un nouvel air. Au bout de deux heures de ce traitement tu deviens fou. Ça a commencé à 16h30. Quand je suis parti à 22 heures, il chantait toujours. Parfois il s'arrête pour prendre un verre de raki, c'est tout. Jamais aux toilettes, il doit avoir un seau à ses pieds. La blonde m'a demandé si j'avais aimé. Je crois qu'il faut être initié pour aimer la musique traditionnelle grecque. Ou avoir fumé quelque chose avant...
Fort turc d'Agia Roumeli
Sur le bateau pour Agia Roumeli j'ai croisé Richard, un type de Manchester qui travaille à l'université. Il repart ce week-end et prend un drôle d'air quand il en parle. Il faut dire Manchester ça ne fait pas rêver. Je ne comprends même pas que des gens puissent y vivre, dans le froid, la grisaille et la pluie. C'est peut être pour ça que c'est un original. Je l'avais remarqué les autres jours sans savoir que c'était lui. Il est toute la journée sur une planche de surf, debout à pagayer. Il a fait le tour de Gavdos ainsi. Il dormait à Potamos et prenait sa planche pour aller se ravitailler. Plus pratique que par le sentier ardu. Par contre il s’est fait prendre dans la tempête de ces derniers jours et a été contraint de dormir à Lavrakas, ne pouvant retourner sur Potamos à cause des vagues. 
Ma tente à Agia Roumeli
C'était un prisonnier de plus. Il vient très souvent en Crète, il a aussi parcouru le trajet que j'ai fait à pied l'an dernier de Sfakia à Paleochora. 50 bornes. Mais lui par la mer, toujours avec sa planche. Il a même poursuivi sur Elafonissi, 20 kilomètres plus loin. Un infatigable. Enfin, sur le bateau il a fait la sieste tout comme moi. Ce soir il m'a proposé d'aller prendre un verre dans Agia Roumeli. On ne s'est donné ni heure ni endroit mais vu le monde qu'il y a le soir venu, ce ne sera pas très dur de se trouver.
Pour finir, je laisse le mot de la fin à Chrisostomos Stefanakis, qui, dans la préface de son livre de photos « Gavdos - The emerald of the Greek South », décrit très bien ce que cette île a de fascinant et d'ensorcelant. Personne ne vient là par hasard. Et tout le monde y revient une fois qu'il y est déjà allé...
« The album – guide you are holding in your hands, is a small tribute to a piece of land, which is rare and unique and which affected my emotions, and attracted me like a magnet, since the first time I visited it.
I visited the island for the first time as a common traveller in the 1980's. Leaving the place, something deep inside pushed me to come back. I was lucky enough to come back to it a decade later. So, in the 1990's, I was given the opportunity to visit the island twice. First in 1995, on the occasion of publishing a small scrapbook, issued by an Athenian editor at that time. Then in 1999 for the needs of a publication in Candia journal, 6th issue August – September 1999. Through endless hours of walking and searching, I was lucky enough to get to know the island entirely. There was always something which made me go back. I managed to visit the island again in September 2011.
The journey round the island, during my visits, was fascinating ! The change of the scenery and natural landscape was evident on each step. The first time I had seen a neglected island, without any infrastructure and any means of transport. Fortunately, as I realized during my last visit, the modern civilization had not spoiled the greatness of its simplicity. It remains intact even today, ready to welcome and get to know the travellers.
Ever since I first visited the island, I was fascinated ; I was tied to it, just like another Ulysses. For years I was turning over in my mind the idea of creating something, which I could share with the rest of people in the whole world : my love and admiration for this place, which was getting stronger and stronger. To offer all those pictures my eyes admired, the shots of a special world, through my own lenses.
Get indulged in the pages that follow. Feelings cannot be transferred ; each one of us has their own way of perceiving things, so they are unique. Try to awaken your feelings, enjoy the fragrance of the place, the colours and its magic. Besides, magic is not something that can be described. Man can only feel, understand and experience it.
Who wouldn't like to find this earthly paradise ? To be carried away form the everyday routine, known up to now, as the well-known bustling cultutre, to a dreamy place, which generates diverse and unique feelings to its guests... The only thing that someone has to do, is travel to Gavdos. An island full of trees, such as pines and cedars, either one close to the other or in small forests standing on their own, in places, where human mind cannot imagine. Green makes its presence felt at every step and comes to tie seamlessly with the blue, creating a unique blend. The breathtaking beaches, covered in endless golden sand and crystal clear waters.
It is a place that radiates a mysterious energy and can either keep someone calm or charge him emotionally with countless feelings. It's an island which blends someone with invisible shakles. And that's not an exaggeration.
In recent years, Gavdos has become more popular mainly through the media and attracts countless visitors worldwide. However, although it is a most popular destination, it still retains its isolation, its tranquility and serenity, which made it so special in people's heart. There are some tourist facilities on the island, developed recently, while most of the travellers are campers, who, in their simplicity, want to experience a different lifestyle. The truth is that, anyone who comes once to Gavdos, will feel the desire to come back over and over again. It is as if they took a silent oath, a secret deposit of the soul. »

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