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lundi 14 juillet 2014

Lakoudi

Le bus du vieux est en service. Horaires de haute saison sans doute. Ainsi on peut rejoindre Korfos sans avoir à faire le trajet à pied ou en scooter. Par contre le vieux est à la retraite. Je l'ai croisé à une taverne mais apparemment il ne conduit plus. Il n’est peut être plus en état. Tout comme le bus du reste. C'est donc le conducteur de Gavdos Tours qui a pris la relève. Je le vois invariablement conduire tous les bus de l'île. Sauf le vert. Un long et sale d'un autre âge qui fait de la concurrence à Gavdos Tours mais que je n'ai jamais vu partir pour une raison précise. Je le vois à Sarakiniko ou Agio Ioannis mais toujours arrêté. 
Peut être qu'un type s'en sert comme voiture. A Gavdos, il ne faut s'étonner de rien, tout est possible.
On ne savait pas vraiment où aller ce matin mais c’est en prenant le petit déjeuner chez Gertrude qu'on a vu le mini-bus passer. Étant donné que le vent souffle toujours du nord-ouest, en allant à Korfos il y avait plus de chances d'être abrité par là bas. Je suis allé voir le chauffeur pour savoir s'il allait repasser par là. Il fait un saut à Agios Ioannis puis revient dans la foulée, d'ici une demie-heure. C'est parfait, ça laisse le temps d'acheter quelques victuailles à l'épicerie de Sarakiniko. Ils n'ont plus grand chose. 
Il faut dire qu'il y a de plus en plus de monde, les gens descendant à présent à Sarakiniko en nombre pour camper. Il faut donc compter sur les réapprovisionnements à chaque bateau. Il y a un camion qui passe tous les jours et qui fait un trafic de chaises et de pastèques que je ne comprends pas très bien. Il fait le tour de l'île, je le croise partout. Il a un haut parleur dont il ne se sert pas. Je pense qu'il sert à délivrer du matériel aux tavernes. Mais dans ce cas pourquoi y a-t-il autant de chaises toujours à bord et de plus en plus de pastèques qui débordent du pick-up ? Un mystère gavdosien de plus !
Le bus pour Korfos est devenu notre bus privé. Il n'y a que nous à bord. A 1 euro le ticket, ça doit à peine couvrir le prix de l'essence. Pas sûr que la navette soit rentable. Si on peut parler de navette. Il n'y a pas d'horaires, le seul qu'on connaisse c’est le premier et le dernier. 10h30 et 18h. Le reste du temps le machin reste scotché le long de tavernes, à prendre la poussière. Je ne sais même pas comment le conducteur fait pour voir à travers le pare-brise. Question vitesse il ne faut pas être pressé non plus, c'est qu'il faut ménager l'engin. Ou le conducteur.
A Korfos quelques tentes ont fleuri sous le spins depuis la dernière fois. 
Alors, côté destination, on fait quoi ? Trypiti ou Lakoudi ? Ou les deux ? Pablo serait bien partant pour faire les deux. Mais avec Sébastien le timing avait été un peu short. En une journée ça se fait mais on n'a pas le temps de faire grand chose. Si on veut voir Lakoudi sous son meilleur jour il vaut mieux commencer par là. Mais cela oblige à continuer après et à avoir plus à marcher au retour. Il faut être motivé. La chose était donc entendue, nous allions passer la journée à Lakoudi. En plus il y aura moins de monde qu'à Trypiti. Dès qu'il y a plus que nous, ça devient insupportable ! Pour Lakoudi, suivez le guide, je connais le chemin par cœur. 
Et le raccourci pour y arriver pareil. En revanche pour ce qui est de la descente dans le ravin, ça je ne peux rien y faire. Mais la balade est bien plus agréable avec le vent qui permet de ne pas trop transpirer. On peut s'autoriser des virées aux pires heures, chose qui aurait été impensable il y a peu.
Il n'y avait personne à Lakoudi. Le seul cyprès près de l'eau qui offre de l'ombre était donc libre. La plage est bien différente par rapport à la dernière fois. Il n'y a pas de vagues ce qui rend la plage bien plus grande et donne la possibilité de visiter la dernière plage. En plus en pleine journée, les couleurs sont au mieux de leur éclat. 
Lakoudi est une plage de couleurs intenses, c’est pour ça que je l'aime. Entre ses falaises de craie, le bleu turquoise intense de ses eaux, ses galets bariolés et ses rochers roses, le cadre est fabuleux. A Gavdos ce que j'aime c’est cette diversité. L'éventail des paysages est très varié, aucune plage ne se ressemble ni même l'intérieur. L'île n’est pas bien grande mais il y a toujours un truc à découvrir, un lieu différent. C'est une île qui se mérite, qui demande qu'on s'en imprègne et c'est alors que ses richesses s'ouvrent dans toute leur splendeur. Celui qui a peu de temps, qui ne reste que quelques jours n'en verra pas grand chose. 
Il en sortira avec le sentiment qu'il n'y a rien à faire. C'est comme ils ont inventé une formule aberrante à Sfakia qui a pourtant ses adeptes les week-ends : la sortie à la journée. Imaginez plutôt : vous quittez Sfakia à 8h30 pour arriver à 11h30. De là vous aurez quartier libre jusqu'à 14h30 avant de prendre le bateau qui vous ramènera à bon port en fin d'après midi. Ils font un prix spécial pour cette formule. Temps libre sur l'île : 3 heures. Mais 6 heures sur le bateau ! Ça fait sans doute une sortie pour les habitants de Chania. Dimanche dernier le bateau était plein de familles sans bagage avec des gosses qu'on ne pouvait plus tenir et dont l'excitation du début de la traversée avait laissé place à des crises d'ennui.
On pensait être abrité à Lakoudi, que nenni ! Pourtant la plage est en bas d'une falaise dont on descend par des marches en blocs de pierre mais le vent arrivait à s'engouffrer là dedans en tornades. Malgré cela l'eau était étonnamment calme, ce qui m'a permis d'aller explorer la plage et de prendre des photos inédites par rapport à la dernière fois. Derrière, en suivant le lit d'une rivière asséché on trouve plusieurs emplacements où l'on peut camper mais qui servent plutôt d'aires de pique nique. Des bancs et des tables en galets ont été construits, de même que des foyers garnis d'une grille rouillée pour faire des barbecues. 
Question végétation, ce ne sont que des cyprès bas où l'on s'écorche si l'on passe trop près. Je me suis encore scalpé le haut du crâne ! Des branches sont suspendus des mobiles de galets qui pendouillent au bout de ficelles. Pour décoration j'ai trouvé aussi un galet tout blanc, tout lisse et d'un rond parfait. Une pleine lune qui tient dans le creux d'une main. Ici aussi il y a de quoi se faire un salon de beauté. Les falaises derrière sont de toutes les couleurs. Des filons rose ou violet côtoient d'autres un peu vert. Un endroit de plus à la géologie délirante. Vous amenez ici un géologue, il ne repart pas avant une semaine !
Comme on est arrivé tôt à Lakoudi on a décidé de rentrer pour chopper la navette de 18 heures à Korfos afin de nous épargner une longue marche jusqu'à Sarakiniko. La plage de Korfos était complètement abritée du vent et quelques personnes étaient encore là à profiter des derniers instants avant que le soleil ne disparaisse de l'autre côté de l'île, au delà de Vatsiana. Des pensionnaires des pensions avoisinantes car on était encore les seuls dans le bus. Ce n’est plus un bus, c'est devenu notre taxi. Le chauffeur, tout content d'avoir quelque chose à faire nous a même fait la pub pour le programme du lendemain. Il propose une excursion au départ d'Agios Ioannis et Sarakiniko à partir de 18h30. Destination Kastri, le phare, Ambelos et Vatsiana. S'arrêtera-t-il à la ferme cauchemardesque ? Pas sûr ! Pourtant il faudrait l'inscrire en tête de liste des lieux à ne pas rater à Gavdos !

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