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mardi 15 juillet 2014

Le tour des Agios

Agios Georgios
J'ai dans mes affaires une carte de Gavdos que j'avais commandée sur internet il y a 5 ans, sur un site dédié et maintenu par des allemands. J'avais aussi acheté un petit livret avec des photos. Les choses ont bien changé depuis. L'an dernier est sorti le livre dont j'ai recopié la préface dans un précédent épisode. Et cette année j'en ai un vu un autre à l'épicerie de Sarakiniko avec en couverture une photo noir et blanc, reflét d'une époque ancienne qui semble pourtant toujours d'actualité. Le livre était sous cellophane, c'est dommage car s'il m'avait plu je l'aurais bien acheté. Pour ce qui est de la carte c'est en fait un agrandissement d'un truc plus petit sans doute trouvé quelque part dans un office du tourisme de Chania. 
Chemin pour Kastri
C’est tellement grossi que les inscriptions en sont floues. Mais cela suffit à avoir un bon aperçu de l'île avec les sentiers de randonnée détaillés. C’est ainsi que sans idée préconçue sur l'itinéraire du jour, j'ai décidé d'aller à Potamos par un nouveau chemin. Il suffit de prendre la route qui part juste avant Agios Ioannis et qui mène à Kastri en passant par l'héliport. Ensuite on trouve sur la droite, dans une vallée, un sentier qui mène à Pyrgos. Vers la fin faut tourner à gauche pour rejoindre les hauteurs au niveau d'Ambelos. Le sentier contourne ainsi les canyons infranchissables de Potamos. Après, c'est le circuit classique avec la descente infernale vers Potamos. Sur la carte cela n'a pas l'air si loin que ça. 
Agios Pavlos
A peine plus loin que de faire Sarakiniko-Trypiti, chose qu'on avait déjà faite l'an dernier. Étonnamment Pablo n’est pas contre l'idée. Je ne sais pas dans quoi je l’entraîne, c'est une grande première pour moi et je ne suis pas sûr que le programme ne soit pas trop ambitieux. Enfin, on verra !
Itinéraire inédit, nouveaux paysages ! La route vers Kastri s'engouffre dans une petite gorge verdoyante, devenant rapidement un chemin caillouteux. Une première chapelle blanche fait son apparition. C'est Agios Pavlos. Chaque chapelle dispose d'icônes du saint en question, toutes au motifs identiques qui ne divergent que par des teintes différentes. 
Agios Nikolaos
Il y a aussi des ex-voto à l'effigie du saint, en aluminium façon papier de chocolat. Agios Pavlos c'est Saint Paul. Je ne connais plus sa spécialité mais en général les icônes représentent les saints dans la situation qui les as rendus célèbres. A un moment il y a une bifurcation, non indiquée sur la carte. Cette carte ne se veut pas exhaustive et il y a des noms de plage et de lieux-dits qui n'y figurent pas. En gros, elle ne sert pas à grand chose. Mais c'est la mieux qui existe, le nec plus ultra ! Pablo affirme qu'il faut prendre à droite au motif que le chemin a l'air en meilleure condition. Il n'a pourtant pas la carte et ne sait même pas dans quelle direction nous allons aujourd'hui. 
Agios Ioannis et les Lefka Ori au loin
Pour moi ce serait plutôt à gauche. Mais c’est vrai que le chemin file vers Kastri alors qu'il devrait plus partir vers la mer. J'ai donc laissé Pablo aller là où il voulait, bien que convaincu que cela n'allait mener nulle part. A défaut, il y aurait toujours moyen de couper et de retomber sur ses pattes. Le maquis n’est pas une jungle impénétrable !
J'avais raison, le chemin ne mène qu'à l'héliport. Je sais au moins désormais où il se trouve, juste par curiosité. Car ce n’est ni plus ni moins qu'une dalle bitumée sur les hauteurs d'Agios Ioannis, entourée d'une clôture. Place donc maintenant à une balade en mode chèvre. Ça commence par passer entre deux plots de clôture affaissés. 
Agios Nikolaos
Pour l'orientation ce n'est pas très compliqué, il suffit d'aller vers Ambelos dont on voit la ferme plus loin en haut d'une colline. Ça a l'air très loin et Pablo commence à dire qu'on n'y arrivera jamais. En plus il me demande tout le temps par où je vais, qu’est ce qu'on fait, où est le chemin... Patience, je sais ce que je fais. Certes je ne connais pas mais mon sens de l'orientation ne m'a jamais trahi. En filant droit on devrait à un moment ou à un autre tomber sur le chemin pour Pyrgos. Pour ce qui est de filer droit c’est une expression car même si le maquis n’est pas très dense, il faut sans cesse contourner des bosquets de cyprès aux branches coupantes et des massifs de thyms et bruyères dans de la caillasse où l'on se tord les chevilles. 
Agios Nikolaos
Sans compter une ravine pleine de pins que j'aimerais bien traverser mais où je n'arrive pas à me frayer un chemin. A force de contourner, on prend la direction de Kastri, transformant mon raccourci en belle rallonge ! En plus, après avoir trouvé le moyen de franchir la ravine, on se trouve confronté à une clôture sans trou pour passer. On est en fait dans un enclos géant à chèvres ! Je trouve tout de même à passer de l'autre côté mais cette fois ce sont des falaises qui nous empêchent d'aller plus loin. Ce sont celles qui entourent la vallée qui mène à Pyrgos. Le chemin devrait donc être en bas. A force de marcher sur la crête à la recherche d'un moyen pour descendre on a fini par tomber sur une nouvelle chapelle, pile là où je pensais rejoindre le sentier. C'est Agios Nikolaos. 
La chapelle est cette fois différente, elle est toute de pierres ocres, de la couleur des roches alentour, façon chapelle byzantine. A l'intérieur on trouve des bouteilles d'eau avec un liquide jaune sans doute destiné à des onctions. Ça doit être leur eau bénite qui a dû tourner à la chaleur. La chapelle fait aussi office de cabanon ; on y trouve une table, une chaise, des balais. Sur la table dotée d'un napperon et d'un vase garni de fleurs en plastique se trouve dans un médaillon le dessin d'un illustre inconnu au sourire un peu niais. Dehors il y a des tables et bancs pour le pique nique. Mais de là où l'on se trouve, en haut de la vallée, le vent souffle si fort que je ne parviens même pas à sortir l'appareil photo de son sac en plastique dont je me sers de housse. Et le vent me pousse vers la chapelle. Au moins dedans on est abrité.
Agios Georgios
D'après la carte il devrait y avoir plus bas une autre chapelle, celle d'Agios Georgios. Avec le pseudo raccourci et les arrêts prolongés aux chapelles, cela doit bien faire déjà deux heures qu'on a commencé la balade. Quand je vois ce qui reste à marcher, je me dis qu'on n'y arrivera jamais. Pablo commence aussi à s'inquiéter. Quand je lui monte du doigt la direction à suivre à vol d'oiseau, il me dit que c'est trop loin, qu'après il faut redescendre vers Potamos, puis revenir, qu'on ferait mieux d'aller à Pyrgos. Il y avait bien une option pour le retour mais je n'ai pas creusé l'idée. En fait on est venu à Agios Ioannis en bus. Le type nous avait dit hier qu'il ferait un tour de l'île en fin d'après midi en passant par le phare. 
Ce matin j'avais bien envie de lui demander si c'était possible de rejoindre le tour au niveau du phare et à quelle heure. Ainsi pour le retour depuis Potamos, il suffisait de remonter à Ambelos puis de poursuivre un peu jusqu'au phare, ce qui nous épargnerait le trajet retour. L'idée était bonne mais je crois trop compliquée pour quelqu'un de Gavdos. Il y avait trop d'aléas. Déjà à quelle heure serait-il au phare ? Et puis dans quel sens il effectue son circuit ? Et si personne ne se pointe pour faire le tour de l'île, qu’est-ce qu'on fait ? C’est surtout ce dernier point que j'ai trouvé le plus critique. 
Agios Georgios
Connaissant l'attrait des indigènes d'Agios Ioannis pour sortir de leur plage, pas sûr que la formule du tour façon pépé dans un bus aux vitres sales face mouche. En plus il fallait se faire comprendre du chauffeur et surtout qu'on le comprenne. Bref j'ai jeté l'éponge aussitôt que l'idée m'a effleuré l'esprit. Sur ce coup Pablo n'a pas été d'une grande aide, me laissant gracieusement gérer la situation.
La chemin qui descend vers Pyrgos est très beau. On a une vue plongeante vers l'île de Gavdopoula à travers une forêt de pins au vert tendre avec la chapelle d'Agios Ioannis en haut de son mont en ligne de mire avec les Lefka Ori de la Crète qui barrent au loin la mer. 
C'est dans ce cadre enchanteur qu'on tombe sur la chapelle d'Agios Georgios, en bord d'une ravine, la même qui mène à Lavrakas. Il y a encore de l'eau par endroits et les jours fastes on peut même y admirer une cascade. Le lit du cours d'eau est plein de lauriers roses. En le parcourant j'ai aperçu un animal qui s'est précipité pour plonger dans une flaque entre deux lauriers. Je n'ai pas eu le temps d'identifier la bestiole mais c'était plus gros qu'un rat. Un castor ?!! Encore un nouveau paysage inédit de Gavdos. Décidément cette île me réserve encore plein de surprises. On est resté un bon moment dans ce coin frais et bucolique. 
Potamos
C'est à ce moment que j'ai commencé à envisager de ne plus aller à Potamos. Ce qu'on voyait suffisait amplement à occuper une journée et à défaut de plage le paysage est tout aussi superbe. Ça change. Et puis aujourd'hui la plage aurait été battue par les vents. De toute façon quand on décollé de là, j'ai continué à essayer de chercher la bifurcation pour Potamos, juste par curiosité, pour une prochaine fois peut être. En vain. Il faut dire, qui voudrait rejoindre Potamos depuis Agios Ioannis ? Si le chemin a un jour existé, il a dû retomber à l'état sauvage depuis. A moins qu'il ne faille suivre le lit de la ravine de la chapelle en remontant. Le cours d'eau semblait mener vers Ambelos. On ne saura jamais. Ou alors l'an prochain. C’est encore la recherche perdue de Potamos.

Pyrgos
Pyrgos
On a pique-niqué sous un pin dans la vallée, assis sur une racine. C'était l'un des derniers pins avant qu'ils ne deviennent rabougris à mesure qu'on se rapproche de Pyrgos pour laisser place aux cyprès. A défaut d'aller à Potamos, j'ai entraîné Pablo vers le point de vue sur la plage en continuant sur la corniche après Pyrgos. On est resté un long moment assis sur une pierre à contempler cette baie magique avec ses canyons surprenants. Après on a fini à Pyrgos, où en bas le vent soufflait bien moins, brisé par les falaises aux tons ocres. Je suis retourné au salon de beauté ! L'argile m'a fait office de crème solaire. Je suis resté une bonne partie de l'après midi comme ça, comme un rhinocéros. 
La taverne d'Agios Ioannis
Pablo me disait que je ressemblais à un de ces aborigènes d’Australie qui se peinturlurent avec tout un tas de boues claires. Pour être beau il faut savoir être moche !
On est rentré par la côte, par Lavrakas, pour prendre un pot à la taverne d'Agios Ioannis. Je tenais absolument à rendre les deux euros dont la serveuse nous avait fait crédit la dernière fois. Je lui ai dit que cette fois c'était la bonne, qu'on partait demain et que je ne reviendrais pas avant l'an prochain. Elle en avait la larme à l’œil et m'a serré dans ses bras en me glissant à l'oreille de faire un bisou à Sébastien quand je le verrai. Elle est d'Athènes et reste là jusqu'en Septembre. J'espère la revoir l'an prochain. 
A l'année prochaine, Agios Ioannis!
A la longue on s'était un peu apprivoisé. Même Ioannis avait l'air triste. Ce n'était pas commercial, je les ai trouvés vraiment sincères. Moi aussi j'avais l’œil larmoyant. Ça a été un beau séjour à Gavdos, plein de découvertes et de bonne vibrations. Une aventure de bout du monde à l'ambiance unique. Ça ne se décrit pas, il faut y aller pour se rendre compte. Mais surtout, de grâce, n'y allez pas. Je tiens à ce que l'île reste un trésor caché, une île mystérieuse et merveilleuse.

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