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| Agios Georgios |
J'ai dans mes affaires
une carte de Gavdos que j'avais commandée sur internet il y a 5 ans,
sur un site dédié et maintenu par des allemands. J'avais aussi
acheté un petit livret avec des photos. Les choses ont bien changé
depuis. L'an dernier est sorti le livre dont j'ai recopié la préface
dans un précédent épisode. Et cette année j'en ai un vu un autre
à l'épicerie de Sarakiniko avec en couverture une photo noir et
blanc, reflét d'une époque ancienne qui semble pourtant toujours
d'actualité. Le livre était sous cellophane, c'est dommage car s'il
m'avait plu je l'aurais bien acheté. Pour ce qui est de la carte
c'est en fait un agrandissement d'un truc plus petit sans doute
trouvé quelque part dans un office du tourisme de Chania.
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| Chemin pour Kastri |
C’est
tellement grossi que les inscriptions en sont floues. Mais cela
suffit à avoir un bon aperçu de l'île avec les sentiers de
randonnée détaillés. C’est ainsi que sans idée préconçue sur
l'itinéraire du jour, j'ai décidé d'aller à Potamos par un
nouveau chemin. Il suffit de prendre la route qui part juste avant
Agios Ioannis et qui mène à Kastri en passant par l'héliport.
Ensuite on trouve sur la droite, dans une vallée, un sentier qui
mène à Pyrgos. Vers la fin faut tourner à gauche pour rejoindre
les hauteurs au niveau d'Ambelos. Le sentier contourne ainsi les
canyons infranchissables de Potamos. Après, c'est le circuit
classique avec la descente infernale vers Potamos. Sur la carte cela
n'a pas l'air si loin que ça.
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| Agios Pavlos |
A peine plus loin que de faire
Sarakiniko-Trypiti, chose qu'on avait déjà faite l'an dernier.
Étonnamment Pablo n’est pas contre l'idée. Je ne sais pas dans
quoi je l’entraîne, c'est une grande première pour moi et je ne
suis pas sûr que le programme ne soit pas trop ambitieux. Enfin, on
verra !
Itinéraire inédit,
nouveaux paysages ! La route vers Kastri s'engouffre dans une
petite gorge verdoyante, devenant rapidement un chemin caillouteux.
Une première chapelle blanche fait son apparition. C'est Agios
Pavlos. Chaque chapelle dispose d'icônes du saint en question,
toutes au motifs identiques qui ne divergent que par des teintes
différentes.
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| Agios Nikolaos |
Il y a aussi des ex-voto à l'effigie du saint, en
aluminium façon papier de chocolat. Agios Pavlos c'est Saint Paul.
Je ne connais plus sa spécialité mais en général les icônes
représentent les saints dans la situation qui les as rendus
célèbres. A un moment il y a une bifurcation, non indiquée sur la
carte. Cette carte ne se veut pas exhaustive et il y a des noms de
plage et de lieux-dits qui n'y figurent pas. En gros, elle ne sert
pas à grand chose. Mais c'est la mieux qui existe, le nec plus
ultra ! Pablo affirme qu'il faut prendre à droite au motif que
le chemin a l'air en meilleure condition. Il n'a pourtant pas la
carte et ne sait même pas dans quelle direction nous allons
aujourd'hui.
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| Agios Ioannis et les Lefka Ori au loin |
Pour moi ce serait plutôt à gauche. Mais c’est vrai
que le chemin file vers Kastri alors qu'il devrait plus partir vers
la mer. J'ai donc laissé Pablo aller là où il voulait, bien que
convaincu que cela n'allait mener nulle part. A défaut, il y aurait
toujours moyen de couper et de retomber sur ses pattes. Le maquis
n’est pas une jungle impénétrable !
J'avais raison, le chemin
ne mène qu'à l'héliport. Je sais au moins désormais où il se
trouve, juste par curiosité. Car ce n’est ni plus ni moins qu'une
dalle bitumée sur les hauteurs d'Agios Ioannis, entourée d'une
clôture. Place donc maintenant à une balade en mode chèvre. Ça
commence par passer entre deux plots de clôture affaissés.
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| Agios Nikolaos |
Pour
l'orientation ce n'est pas très compliqué, il suffit d'aller vers
Ambelos dont on voit la ferme plus loin en haut d'une colline. Ça a
l'air très loin et Pablo commence à dire qu'on n'y arrivera jamais.
En plus il me demande tout le temps par où je vais, qu’est ce
qu'on fait, où est le chemin... Patience, je sais ce que je fais.
Certes je ne connais pas mais mon sens de l'orientation ne m'a jamais
trahi. En filant droit on devrait à un moment ou à un autre tomber
sur le chemin pour Pyrgos. Pour ce qui est de filer droit c’est une
expression car même si le maquis n’est pas très dense, il faut
sans cesse contourner des bosquets de cyprès aux branches coupantes
et des massifs de thyms et bruyères dans de la caillasse où l'on se
tord les chevilles.
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| Agios Nikolaos |
Sans compter une ravine pleine de pins que
j'aimerais bien traverser mais où je n'arrive pas à me frayer un
chemin. A force de contourner, on prend la direction de Kastri,
transformant mon raccourci en belle rallonge ! En plus, après
avoir trouvé le moyen de franchir la ravine, on se trouve confronté
à une clôture sans trou pour passer. On est en fait dans un enclos
géant à chèvres ! Je trouve tout de même à passer de
l'autre côté mais cette fois ce sont des falaises qui nous
empêchent d'aller plus loin. Ce sont celles qui entourent la vallée
qui mène à Pyrgos. Le chemin devrait donc être en bas. A force de
marcher sur la crête à la recherche d'un moyen pour descendre on a
fini par tomber sur une nouvelle chapelle, pile là où je pensais
rejoindre le sentier. C'est Agios Nikolaos.
La chapelle est cette
fois différente, elle est toute de pierres ocres, de la couleur des
roches alentour, façon chapelle byzantine. A l'intérieur on trouve
des bouteilles d'eau avec un liquide jaune sans doute destiné à des
onctions. Ça doit être leur eau bénite qui a dû tourner à la
chaleur. La chapelle fait aussi office de cabanon ; on y trouve
une table, une chaise, des balais. Sur la table dotée d'un napperon
et d'un vase garni de fleurs en plastique se trouve dans un médaillon
le dessin d'un illustre inconnu au sourire un peu niais. Dehors il y
a des tables et bancs pour le pique nique. Mais de là où l'on se
trouve, en haut de la vallée, le vent souffle si fort que je ne
parviens même pas à sortir l'appareil photo de son sac en plastique
dont je me sers de housse. Et le vent me pousse vers la chapelle. Au
moins dedans on est abrité.
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| Agios Georgios |
D'après la carte il
devrait y avoir plus bas une autre chapelle, celle d'Agios Georgios.
Avec le pseudo raccourci et les arrêts prolongés aux chapelles,
cela doit bien faire déjà deux heures qu'on a commencé la balade.
Quand je vois ce qui reste à marcher, je me dis qu'on n'y arrivera
jamais. Pablo commence aussi à s'inquiéter. Quand je lui monte du
doigt la direction à suivre à vol d'oiseau, il me dit que c'est
trop loin, qu'après il faut redescendre vers Potamos, puis revenir,
qu'on ferait mieux d'aller à Pyrgos. Il y avait bien une option pour
le retour mais je n'ai pas creusé l'idée. En fait on est venu à
Agios Ioannis en bus. Le type nous avait dit hier qu'il ferait un
tour de l'île en fin d'après midi en passant par le phare.
Ce matin
j'avais bien envie de lui demander si c'était possible de rejoindre
le tour au niveau du phare et à quelle heure. Ainsi pour le retour
depuis Potamos, il suffisait de remonter à Ambelos puis de
poursuivre un peu jusqu'au phare, ce qui nous épargnerait le trajet
retour. L'idée était bonne mais je crois trop compliquée pour
quelqu'un de Gavdos. Il y avait trop d'aléas. Déjà à quelle heure
serait-il au phare ? Et puis dans quel sens il effectue son
circuit ? Et si personne ne se pointe pour faire le tour de
l'île, qu’est-ce qu'on fait ? C’est surtout ce dernier
point que j'ai trouvé le plus critique.
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| Agios Georgios |
Connaissant l'attrait des
indigènes d'Agios Ioannis pour sortir de leur plage, pas sûr que la
formule du tour façon pépé dans un bus aux vitres sales face
mouche. En plus il fallait se faire comprendre du chauffeur et
surtout qu'on le comprenne. Bref j'ai jeté l'éponge aussitôt que
l'idée m'a effleuré l'esprit. Sur ce coup Pablo n'a pas été d'une
grande aide, me laissant gracieusement gérer la situation.
La chemin qui descend
vers Pyrgos est très beau. On a une vue plongeante vers l'île de
Gavdopoula à travers une forêt de pins au vert tendre avec la
chapelle d'Agios Ioannis en haut de son mont en ligne de mire avec
les Lefka Ori de la Crète qui barrent au loin la mer.
C'est dans ce
cadre enchanteur qu'on tombe sur la chapelle d'Agios Georgios, en
bord d'une ravine, la même qui mène à Lavrakas. Il y a encore de
l'eau par endroits et les jours fastes on peut même y admirer une
cascade. Le lit du cours d'eau est plein de lauriers roses. En le
parcourant j'ai aperçu un animal qui s'est précipité pour plonger
dans une flaque entre deux lauriers. Je n'ai pas eu le temps
d'identifier la bestiole mais c'était plus gros qu'un rat. Un
castor ?!! Encore un nouveau paysage inédit de Gavdos.
Décidément cette île me réserve encore plein de surprises. On est
resté un bon moment dans ce coin frais et bucolique.
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| Potamos |
C'est à ce
moment que j'ai commencé à envisager de ne plus aller à Potamos.
Ce qu'on voyait suffisait amplement à occuper une journée et à
défaut de plage le paysage est tout aussi superbe. Ça change. Et
puis aujourd'hui la plage aurait été battue par les vents. De toute
façon quand on décollé de là, j'ai continué à essayer de
chercher la bifurcation pour Potamos, juste par curiosité, pour une
prochaine fois peut être. En vain. Il faut dire, qui voudrait
rejoindre Potamos depuis Agios Ioannis ? Si le chemin a un jour
existé, il a dû retomber à l'état sauvage depuis. A moins qu'il
ne faille suivre le lit de la ravine de la chapelle en remontant. Le
cours d'eau semblait mener vers Ambelos. On ne saura jamais. Ou alors
l'an prochain. C’est encore la recherche perdue de Potamos.
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| Pyrgos |
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| Pyrgos |
On a pique-niqué sous un
pin dans la vallée, assis sur une racine. C'était l'un des derniers
pins avant qu'ils ne deviennent rabougris à mesure qu'on se
rapproche de Pyrgos pour laisser place aux cyprès. A défaut d'aller
à Potamos, j'ai entraîné Pablo vers le point de vue sur la plage
en continuant sur la corniche après Pyrgos. On est resté un long
moment assis sur une pierre à contempler cette baie magique avec ses
canyons surprenants. Après on a fini à Pyrgos, où en bas le vent
soufflait bien moins, brisé par les falaises aux tons ocres. Je suis
retourné au salon de beauté ! L'argile m'a fait office de
crème solaire. Je suis resté une bonne partie de l'après midi
comme ça, comme un rhinocéros.
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| La taverne d'Agios Ioannis |
Pablo me disait que je ressemblais à
un de ces aborigènes d’Australie qui se peinturlurent avec tout un
tas de boues claires. Pour être beau il faut savoir être moche !
On est rentré par la
côte, par Lavrakas, pour prendre un pot à la taverne d'Agios
Ioannis. Je tenais absolument à rendre les deux euros dont la
serveuse nous avait fait crédit la dernière fois. Je lui ai dit que
cette fois c'était la bonne, qu'on partait demain et que je ne
reviendrais pas avant l'an prochain. Elle en avait la larme à l’œil
et m'a serré dans ses bras en me glissant à l'oreille de faire un
bisou à Sébastien quand je le verrai. Elle est d'Athènes et reste
là jusqu'en Septembre. J'espère la revoir l'an prochain.
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| A l'année prochaine, Agios Ioannis! |
A la
longue on s'était un peu apprivoisé. Même Ioannis avait l'air
triste. Ce n'était pas commercial, je les ai trouvés vraiment
sincères. Moi aussi j'avais l’œil larmoyant. Ça a été un beau
séjour à Gavdos, plein de découvertes et de bonne vibrations. Une
aventure de bout du monde à l'ambiance unique. Ça ne se décrit
pas, il faut y aller pour se rendre compte. Mais surtout, de grâce,
n'y allez pas. Je tiens à ce que l'île reste un trésor caché, une
île mystérieuse et merveilleuse.

















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