Hier soir en rentrant de
Loutro j'ai eu droit au Neptune. Une goélette tout de bois vernis
qui appartient à Anendyk, la compagnie des ferries. Je ne l'avais
jamais pris. Il est très joli mais c'est un vrai tacot. Je n'ai pas
bien saisi le trafic avec le ferry Daskalogiannis de Sfakia.
D'habitude il lâche l'ancre pour la nuit à Agia Roumeli. Maintenant
que je veux aller à Agia Roumeli, il n'y va pas. Il se contente de
charrier les touristes à Loutro puis retourne à Sfakia. Ca doit
être à cause des vacances, pour répondre à la demande
grandissante des gens qui veulent se rendre à Loutro. Le bateau
était prévu à 19h, il est parti une demie heure plus tard.
Je suis
même allé m'enquérir au guichet pour être sûr qu'il circulait
bien, étonné de ne voir personne attendre sur le quai, à part des
gamins qui plongeaient du ponton pour se mesurer les uns aux autres.
Au cabanon grand comme une chiotte, on m'a dit que le Neptune
attendait les prochains passagers du gros ferry. Cela n'a servi à
rien, personne n'est monté. Malgré tout il a bien rejoint Agia
Roumeli.
J'étais seul à bord à
part le capitaine et un membre d'équipage. Le bateau à côté du
gros ferry est presque au bord de l'eau. Et il y a de la houle, le
rafiot se balançait d'avant en arrière, comme un bouchon sur la
flotte.
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| Gorge de Trypiti |
Je me suis vite réfugié à l'arrière car des vagues
passaient par dessus bord et lessivaient le ponton de bois peint en
bleu. L'excédent d'eau s'évacuait par des trous sur les côtés, au
gré du tangage. Je m'étais demandé comment faisait le ferry pour
ne pas couler quand il y a des vagues, avec son pont levis à
l'avant. Énigme résolue, il y a des portes étanches juste derrière
qu'ils peuvent rabattre en cas de besoin. Je n'ai pas fait attention
mais quand on est rentré de Gavdos avec Pablo elles devaient
certainement être fermées.
Horaire tardif oblige,
j'ai eu tout loisir d'admirer la côté au coucher du soleil. C'est
magnifique. Les sommets des montagnes s'embrasent pendant que de
petits nuages tournent autour.
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| Jardin potager à Agia Roumeli |
Le long de la côte les vagues qui se
brisent sur les rochers donnent une brume mystérieuse. Le
contre-jour peut aussi être très beau à prendre en photo. J'étais
calé en tailleur sur le banc, les bras pouvant presque toucher la
surface de l'eau. C'était un moment magique et unique, que moi seul
est vécu ce jour là. Un petit privilège qui vaut toutes les
business class !
J'ai retrouvé Agia
Roumeli comme je l'avais quitté dimanche dernier. Toujours aussi
paisible le soir venu. A la taverne Gigilos j'étais tout seul. Seule
la végétation a changé un peu au fil des semaines. Les citrons
dans les arbres sont plus jaunes, les courgettes sont en fleurs et
des bleuets ont fleuri le long des chemins.
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| C'est la cohue! |
L'espèce de branche
peinte en canard au dessus de la douche de la zone de camping est
aussi toujours là, tout comme les biquettes. Elles m'ont attaqué
aujourd'hui ! J'ai sorti mon appareil photo du sac. Ça les a
excité dès qu'elles ont vu que je sortais un sac en plastique vert.
Était-ce la couleur ou bien s’attendaient elles à recevoir de la
nourriture comme ce que leur berger fait peut être ? Toujours
est-il que j'ai eu des coups de cornes au cul pour me dire « magne
toi ! » et l'une m'est montée dessus comme un chien, avec
ses pattes de devant sur le ventre. L’effervescence a fini de
rapatrier toutes les autres qui vaquaient au loin. J'étais devenu
l’attraction mais j'aurais bien pu aussi finir piétiné. Elles
d'habitude si distantes, je ne sais pas ce qui leur a pris. Un coup
de chaleur peut être.
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| Mon beau trou bleu ombragé! |
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| Au revoir Agia Roumeli! |
En ce qui me concerne la
chaleur, ça ne me connaît plus. C'est l'avantage d'être au niveau
de la mer. Un peu chaud ? Foutez-moi ça à la flotte !
J'ai retrouvé le trou bleu, toujours aussi bleu. Rien n'a changé et
c’est très bien ainsi. Cela fait plus d'un mois que je suis en
Crète, nu du matin au soir. Un vrai sauvage ! Avant je me
sentais gauche à poil, maintenant c'est comme si je n'avais jamais
connu les vêtements. Je me sens comme un poisson dans l'eau et quand
il faut mettre un slip, quelle entrave ! Je pense à ceux qui me
liront peut être, esclaves de leur cravate. J'ai remisé ça au
placard. A présent je prend tout à contre-pied d'une vie de
bureaucrate. Je ne sais plus ce que sont les dates. Quand j'avais
fait mon tour du monde, je ne savais jamais si on était lundi ou
mardi. Désormais ce sont les dates qui s'envolent aussi. Je suis
incapable de dire si on est le 23 ou le 24 juillet. Seul un coup
d’œil au téléphone me le dit. C'est grisant.
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| Dîner à Sougia |
Lundi je quitte la Crète
après 5 semaines. Ce n'était pas trop, je n'ai pas vu le temps
passer. Il est temps aussi que je parte : à Sougia il y a
beaucoup de monde, même si cela reste incomparable à aucune station
balnéaire française en cette saison. Jamais je n'étais resté
aussi longtemps à un même endroit. Quand j'ai arrêté de
travailler, j'avais fait exprès de prendre cinq semaines, pour voir
ce que ça ferait de griller tout son quota de vacances de salarié.
Personne n'oserait partir si longtemps, après ça obligerait à
rester un an sans vacances. Pour moi la vie c’est désormais les
vacances. Le mot n'a plus lieu d'être. Je n'ai aucun poste vaquant.
Je dirais plus que ce sont des expériences, des rencontres avec la
nature et soi même...








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