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vendredi 25 juillet 2014

Croisière privée

Hier soir en rentrant de Loutro j'ai eu droit au Neptune. Une goélette tout de bois vernis qui appartient à Anendyk, la compagnie des ferries. Je ne l'avais jamais pris. Il est très joli mais c'est un vrai tacot. Je n'ai pas bien saisi le trafic avec le ferry Daskalogiannis de Sfakia. D'habitude il lâche l'ancre pour la nuit à Agia Roumeli. Maintenant que je veux aller à Agia Roumeli, il n'y va pas. Il se contente de charrier les touristes à Loutro puis retourne à Sfakia. Ca doit être à cause des vacances, pour répondre à la demande grandissante des gens qui veulent se rendre à Loutro. Le bateau était prévu à 19h, il est parti une demie heure plus tard. 
Je suis même allé m'enquérir au guichet pour être sûr qu'il circulait bien, étonné de ne voir personne attendre sur le quai, à part des gamins qui plongeaient du ponton pour se mesurer les uns aux autres. Au cabanon grand comme une chiotte, on m'a dit que le Neptune attendait les prochains passagers du gros ferry. Cela n'a servi à rien, personne n'est monté. Malgré tout il a bien rejoint Agia Roumeli.
J'étais seul à bord à part le capitaine et un membre d'équipage. Le bateau à côté du gros ferry est presque au bord de l'eau. Et il y a de la houle, le rafiot se balançait d'avant en arrière, comme un bouchon sur la flotte. 
Gorge de Trypiti
Je me suis vite réfugié à l'arrière car des vagues passaient par dessus bord et lessivaient le ponton de bois peint en bleu. L'excédent d'eau s'évacuait par des trous sur les côtés, au gré du tangage. Je m'étais demandé comment faisait le ferry pour ne pas couler quand il y a des vagues, avec son pont levis à l'avant. Énigme résolue, il y a des portes étanches juste derrière qu'ils peuvent rabattre en cas de besoin. Je n'ai pas fait attention mais quand on est rentré de Gavdos avec Pablo elles devaient certainement être fermées.
Horaire tardif oblige, j'ai eu tout loisir d'admirer la côté au coucher du soleil. C'est magnifique. Les sommets des montagnes s'embrasent pendant que de petits nuages tournent autour. 
Jardin potager à Agia Roumeli
Le long de la côte les vagues qui se brisent sur les rochers donnent une brume mystérieuse. Le contre-jour peut aussi être très beau à prendre en photo. J'étais calé en tailleur sur le banc, les bras pouvant presque toucher la surface de l'eau. C'était un moment magique et unique, que moi seul est vécu ce jour là. Un petit privilège qui vaut toutes les business class !
J'ai retrouvé Agia Roumeli comme je l'avais quitté dimanche dernier. Toujours aussi paisible le soir venu. A la taverne Gigilos j'étais tout seul. Seule la végétation a changé un peu au fil des semaines. Les citrons dans les arbres sont plus jaunes, les courgettes sont en fleurs et des bleuets ont fleuri le long des chemins. 
C'est la cohue!
L'espèce de branche peinte en canard au dessus de la douche de la zone de camping est aussi toujours là, tout comme les biquettes. Elles m'ont attaqué aujourd'hui ! J'ai sorti mon appareil photo du sac. Ça les a excité dès qu'elles ont vu que je sortais un sac en plastique vert. Était-ce la couleur ou bien s’attendaient elles à recevoir de la nourriture comme ce que leur berger fait peut être ? Toujours est-il que j'ai eu des coups de cornes au cul pour me dire « magne toi ! » et l'une m'est montée dessus comme un chien, avec ses pattes de devant sur le ventre. L’effervescence a fini de rapatrier toutes les autres qui vaquaient au loin. J'étais devenu l’attraction mais j'aurais bien pu aussi finir piétiné. Elles d'habitude si distantes, je ne sais pas ce qui leur a pris. Un coup de chaleur peut être.

Mon beau trou bleu ombragé!

Au revoir Agia Roumeli!
En ce qui me concerne la chaleur, ça ne me connaît plus. C'est l'avantage d'être au niveau de la mer. Un peu chaud ? Foutez-moi ça à la flotte ! J'ai retrouvé le trou bleu, toujours aussi bleu. Rien n'a changé et c’est très bien ainsi. Cela fait plus d'un mois que je suis en Crète, nu du matin au soir. Un vrai sauvage ! Avant je me sentais gauche à poil, maintenant c'est comme si je n'avais jamais connu les vêtements. Je me sens comme un poisson dans l'eau et quand il faut mettre un slip, quelle entrave ! Je pense à ceux qui me liront peut être, esclaves de leur cravate. J'ai remisé ça au placard. A présent je prend tout à contre-pied d'une vie de bureaucrate. Je ne sais plus ce que sont les dates. Quand j'avais fait mon tour du monde, je ne savais jamais si on était lundi ou mardi. Désormais ce sont les dates qui s'envolent aussi. Je suis incapable de dire si on est le 23 ou le 24 juillet. Seul un coup d’œil au téléphone me le dit. C'est grisant.
Dîner à Sougia
Lundi je quitte la Crète après 5 semaines. Ce n'était pas trop, je n'ai pas vu le temps passer. Il est temps aussi que je parte : à Sougia il y a beaucoup de monde, même si cela reste incomparable à aucune station balnéaire française en cette saison. Jamais je n'étais resté aussi longtemps à un même endroit. Quand j'ai arrêté de travailler, j'avais fait exprès de prendre cinq semaines, pour voir ce que ça ferait de griller tout son quota de vacances de salarié. Personne n'oserait partir si longtemps, après ça obligerait à rester un an sans vacances. Pour moi la vie c’est désormais les vacances. Le mot n'a plus lieu d'être. Je n'ai aucun poste vaquant. Je dirais plus que ce sont des expériences, des rencontres avec la nature et soi même...

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