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vendredi 4 juillet 2014

La machine à vagues

Je ne sais pourquoi mais j'ai eu la sensation vers le milieu de la nuit de sentir du sable sue le visage mais en me passant la main dessus, rien. Sans doute une hallucination au milieu des rêves. En plus le coin que Sébastien m'a confié est très bien, personne ne peut se mettre à côté, j'ai juste plus bas un vieil allemand qui ne fait rien d'autre de la journée que sortir de sa tente pour s'allonger à côté, en allant rarement se mouiller. Il a une canadienne orange à la couleur plus que passée sous le soleil de Gavdos. Il est venu me voir l'autre jour, intrigué par ma tente. Il m'a demandé la marque car il voudrait s'acheter la même pour son prochain voyage cet hiver au Mozambique pour se protéger des moustiques sans pour autant étouffer sous une tente. 
A ce titre ma tente est admirable. Entièrement moustiquaire je dors aux quatre vents si le temps est au beau fixe et si un grain arrive je peux toujours y ajouter la toile. Le tout pour moins de un kilogramme, chasse au poids superflu oblige. Tout dans mon matériel est étudié au gramme près. Le nombre de T-shirts et leurs poids sont savamment étudiés. Mieux vaut emporter moins et laver à la main. Mais ce matin l’allemand dort toujours, alors qu'il se lève d'ordinaire aux aurores pour aller piquer une tête. Quelque chose d'anormal se trame. Il aura suffi que je mette le pied dehors pour comprendre. Le vent a tourné, cette fois il souffle violemment de l'est. La tente est pleine de sable qui a réussi à passer à travers la moustiquaire, j'en ai partout. Ce n'était donc pas un rêve. J'ai tout vidé pour la retourner et chasser le sable. Après avoir tout remis en ordre, j'ai ajouté le toit pour empêcher le sable de se remettre dedans.

La mer est complètement déchaînée. Ils ont actionné la machine à vagues dans la nuit. La plage est méconnaissable, d'ailleurs il n'y en a plus, tout est sous l'eau. A l'heure où d’ordinaire j'en profite pour écrire mon blog, impossible de sortir l'ordinateur avec ce sable qui vole partout. Et puis avec les vagues, je suis comme un gosse qui découvre au petit matin qu'il a neigé dans la nuit. J’ai roulé le bas de pyjama sur les chevilles et direct à la flotte. Un bain au petit matin avec le soleil rasant je n'avais encore jamais fait. Tout le monde dort encore ou bien attend un moment propice pour sortir. Moi j'en profite à fond dès à présent, le vent peut très bien tomber comme il s'est levé. J'ai bien dû rester là dedans une heure entière. 
C'est Lacanau avec de l'eau bien chaude. C'est encore mieux. Pour un grec qui ne doit pas voir souvent ça, ça laisse perplexe. Ils sont là debout, les bras ballants, avec leur popote qu'ils ne peuvent pas aller nettoyer à la mer. C'est ballot.

Par contre le paradis n'est pas de ce monde. Impossible de tenir à flanc de dune à l'ombre des cyprès comme ce que j'ai l'habitude de faire. On se prend des bourrasques de sable qui fouettent le visage et s'immiscent dans les narines les oreilles ou la bouche. J'ai ainsi changé d'endroit à maintes reprises et le constat est le même : position assise de rigueur. La journée va être longue. Il y aurait bien une solution, ce serait d'aller à Pyrgos dont la falaise est dos à l'est. Ça doit être abrité là bas. 
Mais entre vagues et repos il faut choisir. Comme ce genre de temps est exceptionnel, va pour les vagues, elles ne reviendront pas de si tôt. Pour le ferry, il a été annulé. Je n'ai rien vu de passer d'autre qu'un bateau de marchandises qui passait le long des côtes de la Crète et qui avait bien du mal à avancer. Les Lefka Ori sont dans les nuages. Ils pourraient venir jusqu'ici mais ils ont la flemme. Ici le temps reste radieux. Le changement de sens du vent et d'intensité sont des phénomènes qui m’échappent par ici, le temps restant toujours le même. En 10 jours pas un seul nuage.

Pour m'occuper je prends des photos et j'ai un jeu sur le téléphone, particulièrement agaçant. Tout ça m'a mené à l'heure du déjeuner. 
J'avais piqué du pain à la taverne hier soir pour faire un bon sandwich avec un morceau de fromage acheté au mini market. A propos, j'ai découvert qu'il y en avait deux : un de chaque côté d'une taverne. Ce ne sont pas les mêmes, on n'y trouve pas forcément la même chose et les prix sont différents. Encore un truc bien étudié. On n'a jamais vu deux épiceries dans le même bâtiment. Ici ça ne surprend personne. Pour ce qui est du fromage il a disparu dans la nuit. Pas emporté par le vent mais par une chatte en chaleur que j'ai entendue au petit matin. Je n'ai retrouvé que le cellophane par terre. La bestiole n'a rien pris d'autre. Il y avait un coup de griffe dans la mini dose de miel mais elle n'y a pas touché. 
Pourtant ce n'est pas faute de suspendre les sacs aux branches des arbres la nuit venue. La chatte a dû monter à l'arbre. Ça me servira de leçon. Mais ça m’énerve un peu, je me faisais une joie de mon sandwich au fromage local, c'était un beau morceau. Du coup je n'ai plus rien que deux pauvres tranches de pain un peu rassis avec de l'eau. Pendant que le chat est parti ronronner sous un cyprès.

A force d'être reclus sous un cyprès bas où je n'arrête pas de m'écorcher le crâne au sang chaque fois que je me lève pour chasser le sable de la serviette, j'ai décidé à 16 heures que trop c'était trop. J'ai eu ma dose de vagues, maintenant je voudrais que le vent tombe et se remette à souffler dans sa direction normale. Sinon ça va être une nuit de cauchemar avec toile qui claque au vent. Je ne suis pas le plus à plaindre. 
Tout le monde a mis sa tente à terre pour ne pas qu'elle s'envole ou se déchire. Je me suis réfugié à la taverne des pirates. Et je ne suis pas le seul. Tout Agios Ioannis est là. C'est comme si c'était journée de pluie. Il fait mauvais selon les standards crétois ! La druide se lamente pour sa tente qu'elle a peur de retrouver inondée ce soir. Elle campe dans les rochers pas loin de la mer. Et elle a du souci à se faire car je suis passé par là et on se fait asperger par des lames de fond qui se brisent sur les rochers en gerbes d'eau. Apparemment ce devrait être mieux demain mais le bateau ne reviendra pas avant dimanche, au mieux. J'ai prévu de partir lundi ça tombe bien. La destination est toujours inconnue, on verra bien. Qui de Agia Roumeli ou Sougia l'emportera ? Selon mon humeur ça change. En ce moment je pense même faire les deux. Une nuit à Agia Roumeli pour me réhabituer un peu à la civilisation avant de poursuivre sur Sougia qui, elle, a une route avec des voitures pour y venir. Affaire à suivre !

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