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vendredi 1 février 2013

Hluhluwe-iMfolozi National Park

La nuit dernière je me suis couché sans fermer les rideaux, pour bénéficier de cette vue incroyable depuis le lit, avec l'arbre en face projetant son ombre formée par la lune. Je voulais surtout ne rien rater du lever du jour qui signale l'ouverture des jeux. Ce n’est pas un hasard si ici ils appellent ça « game » chaque fois qu'il y a des animaux sauvages à débusquer. A 5 heures du matin, donc, me voilà au volant de la voiture prêt à en découdre. Il a plu toute la nuit et ce matin il fait bien frais. Comme je dois conduire toutes fenêtres ouvertes prêt à glisser l'appareil photo à travers à la moindre occasion – d'ailleurs je n'éteins plus l'appareil et il est positionné d'office au téléobjectif – je n'ai pas très chaud dans la voiture. Les antilopes d'hier, en fait des springboks en anglais, animal emblématique de l'Afrique du Sud, sont monnaie courante dans le parc. Au début on s'extasie devant, à la longue on ne les remarque même plus. Elles font partie du décor. Trop de springboks tue la springbok !
Au milieu de ce gibier ordinaire, j'ai pu voir deux nouvelles recrues, des genres de yaks. Un à la barbichette comme un buffle, le blue wildebeest ; l'autre au cou velu, un nyala. Je ne compte plus le nombre d'espèces différentes que j'ai croisées ces derniers jours, je vous laisse le soin de compter, sachant que je n'ai pas tout mis, j'en ai en réserve ! Par contre, sorti de ça, plus rien. Le calme sidéral. Je suis même retourné vers la rivière pensant y trouver plein d'animaux occupés à boire. Tout ce que j'ai trouvé c'est le pont complètement inondé. Et voilà ; ce qui devait arriver est arriver, la pluie de trop c'était la nuit dernière. Je m'en moque je ne pars que dans deux jours. Non loin de là il y a une piste qui permet de s'enfoncer dans le bush. Une maxi jeep de safari est là avec personne à son bord. 
Aucun sentier visible n’est décelable, pourtant ils sont bien passés quelque part. Je me mets donc en recherche des traces de pas que je finis par trouver et que je piste. J'espère qu'elles me mèneront vers la rivière, dans un coin un peu plus reculé. En fait le chemin semble être plus une piste tracée par les animaux, on ne voit pas où l'on pose son pied et les hautes herbes fouettent les jambes et mouillent mon short qui finit rapidement par être trempé. Pour cette petite marche humide, j'ai troqué les tongs contre les Crocs. A plusieurs reprises j'ai perdu les empreintes de pas. Les « chemins » se perdent, bifurquent et je pense un peu inquiet au retour. Saurai-je retrouver mon chemin dans le bush où tout se ressemble ? Mais surtout avec toutes ces bêtes et ces hautes herbes, je suis tout le temps à inspecter mes jambes dégoulinantes de flotte pour voir si je ne me choppe pas au passage des sangsues ou plus certainement des tiques. 
Pour l'instant rien à signaler ; pourtant j'en ai vu une belle et grosse à l'extrémité d'une herbe. Je me méfie de la tique africaine. Tout ici est plus gros et va savoir ce qu'elles peuvent propager comme maladie en plus. Déjà que je me suis fait piquer par un taon plus étudié à percer du cuir de buffle et dont je garde un souvenir douloureux...
Au bout d'un moment, lassé par ce petit jeu qui ne menait nul part et qui ne débouchait sur aucune trouvaille, j'ai fait demi-tour. Comme prévu à plusieurs reprises je me suis paumé. J'aurais dû emmener avec moi une pelote de fil rouge. Dans ce genre de cas, il ne faut pas s'affoler et retourner sur ses pas. En général, le fait de repasser dans la même direction qu'en arrivant suffit à se rappeler si l'on est passé par là ou non. Et quand enfin on reconnaît un endroit il suffit de scruter à terre voir s'il n'y a pas des herbes foulées, signe que l'on est passé par là avant. Et ça marche. J'ai pu revenir à la voiture. 
Là, d'autres personnes venaient de se garer et m'ont demandé si j'avais vu quelque chose, j'ai secoué la tête et ils ont eu l'air déçu. Moi aussi. Ce matin il doit faire trop frais et humide, les bestioles ont dû rester blotties les unes contre les autres. J'ai alors jeté l'éponge et je suis rentré au camp.
Dans la matinée, comme la pluie est revenue, diluvienne et que j'étais condamné à rester dans mon bungalow, j'en ai profité pour me remettre à l'écriture mais aussi par compulser les différents guides afin de déterminer un itinéraire précis pour la seconde partie de mon périple. Car après 10 jours dans le Kwazulu Natal, je m'envolerai de Durban vers Port Elizabeth, pour descendre ensuite jusqu'au Cap. Par contre, pour cette partie je n'ai réservé aucun hébergement. Comme je prends conscience qu'on ne peut pas faire de camping sauvage car les zones sauvages sont justement des parcs très réglementés où il faut indiquer où l'on crèche pour obtenir la bienveillance des gardes, il faudrait donc que je réserve dans les parcs où je souhaite me rendre. 
Mais lesquels et à quelle date, c'est ce qui me reste à planifier. Ensuite j'ai découvert que je pouvais réserver sur le site http://www.sanparks.org. J'ai d'ailleurs réserver ma première nuit à Addo National Park. C'est quand même bien fichu la gestion des parcs nationaux; on a le droit d'y dormir. Chaque parc possède un ou plusieurs hébergements allant du camping à des villas luxueuses. On n'a pas ça en France. Ça permet de passer la nuit dans le cadre d'une expérience unique au plus près de la nature. Le Mpila où je suis est un modèle du genre. Il est bien plus moderne que le Tendele du Royal Natal. C'est limite grand luxe. Tout est fait pour être bien et se sentir comme chez soi, dans le calme absolu. On y dort très bien, tout le monde se couche avant 21 heures et de toute façon à 22 heures ils coupent le courant. A part à l'entrée du camp ou ils ont électrifié le sol sur deux mètres de large. 
Il vaut donc mieux y entrer en voiture qu'à pied ! Dans le camp il y a des panneaux qui indiquent de faire attention. Mais il y a tellement de bestioles à faire figurer qu'elles débordent du triangle rouge. On y voit un éléphant, un rhinocéros, un buffle, un léopard, un guépard et un lion ! Voici ce qu'on risque donc de trouver ici. Je n'attends que ça !
Par contre l'eau n'est pas potable au camp. En arrivant hier je n'avais pas fait très attention, avalant un peu d'eau sous la douche. C'est plus tard que j'ai réalisé que la couleur était pas très nette. Le pire c'est dans les toilettes, on a toujours l'impression que quelqu'un est passé avant avec la chiasse sans avoir tiré la chasse d'eau. Du coup, quand je lave mes tomates, je les finis à l'eau minérale. Et pour le riz, j'utilise un jerrycan dans le frigo dont je me demandais jusqu'à présent à quoi il servait. Je l'utilise aussi pour me laver les dents. 
Par contre pour la vaisselle je ne prends pas de précautions particulières. La nuit quelques moustiques viennent se rassasier. Je ne les entends pas jusqu'à ce que je sois installé dans le lit dans le noir. On dirait que c'est fait exprès. Les avis divergent sur la possibilité de malaria dans le parc ou non. Il semblerait qu'il ait été éradiqué dans la zone mais qu'il subsiste encore à quelques kilomètres de là. Étrange coïncidence, ne serait-ce pas un argument commercial ? J'ai donc préféré regarder dans tous les placards jusqu'à ce que je finisse par trouver une moustiquaire. C'est plus prudent.

Le soleil est de retour, il est temps de bouger!
Plus tard, sur les coups de midi je me suis rendu au « Curio shop ». Je me demande pourquoi ça porte ce nom. J'aime bien y farfouiller parmi les livres qu'ils vendent. J'en ai acheté un qui m'a enchanté quand je l'ai feuilleté : « National parks and nature reserves – a South African field guide ». Il a été écrit par Chris et Mathilde Stuart, docteurs en écologie et en médecine qui travaillent dans les domaines de la biodiversité, la photographie et la réalisation de films. C'est une mine d'or fabuleuse qui détaille 43 parcs en Afrique du Sud avec pour chacun une carte, la liste des hébergements disponibles (signalés par un pictogramme sur la carte et détaillés selon qu'il s'agit d'un lodge ou d'un camping), la faune que l'on peut y rencontrer, les curiosités écologiques et une carte de la répartition des différents types de végétation dans le parc, le tout agrémenté de photos fabuleuses. Il y a même à la fin une section qui identifie tous les animaux qu'on peut voir, d'où maintenant l'apparition de leurs vrais noms sur ce blog ! 
Il est pas bien mon safari?
C'est une merveille qui va bien m'aider pour choisir justement les prochains parcs en fonction des hébergements notamment proposés. Il ne restera alors plus qu'à construire l'itinéraire et je n'aurai plus qu'à réserver. C'est un guide comme ça qu'il me fallait. Dommage que je n'en ai encore vu de tels pour d'autres pays. Il y a un manque.
A la faveur d'une éclaircie j'ai repris la voiture vers 13 heures, déterminé à aller pique niquer quelque part au sommet d'une colline en profitant d'un panorama d'exception. Au fait pour l'essence, pas de souci, ils ont une pompe à disposition, placée dans une case ronde au toit de chaume. Jolie station service de brousse... Après le repas, toujours rien à voir à part les springboks qui sont visibles à toute heure et n'importe où. Il est 14:55 et il n'y a rien à signaler. Avant l’heure c'est pas l’heure. Ils font chier ces fainéants. Du coup j'en profite pour photographier les paysages. Avec le soleil de retour, ça change tout. 
iMfolozi river
Je vais lentement car je sais que jusqu'à 16 heures je ne vais rien voir. Ce n'est qu'à partir de cette heure là que le bush s'agite. Je suis retourné à la rivière. La flaque d'eau de ce matin s'est asséchée un peu, on peut désormais passer en voiture. J'en ai profité pour descendre prendre une photo. Mais je me suis fait sermonné par un garde du parc qui passait en voiture à ce moment là, qui m'a fait remarqué que j'étais loin de ma voiture et pas en sécurité et que jamais je ne devrais quitter la voiture. Il a raison, j'ai alors réalisé qu'un hippopotame ou un crocodile venu des profondeurs aurait pu me happer un mollet au passage, surtout avec mes pieds à 10 cm au dessus de l'eau. De quoi aiguiser leur convoitise ! C'est comme la petite marche risquée de ce matin. Qu'aurais-je fait si je m'étais retrouvé nez à nez devant un lion dérangé dans sa sieste et d'humeur grognon ? Ce n'est pas parce que j'avais vu une camionnette arrêtée que je devais faire pareil. Tous ces safaris organisés par le parc le sont avec un guide qui porte toujours un fusil avec lui. Ce n’est pas pour rien. En plus je l'avais lu avant. En fait tout est tellement paisible ici qu'on en oublie le danger. On a presque l'impression de marcher dans un jardin.
En reprenant ma voiture, je suis passé dans une zone de savane herbeuse. Et là j'ai vu un gros tas qui n'avait que le dos qui émergeait des herbes. Je me suis arrêté, pensant tenir un buffle et c'est alors qu'en grimpant sur le toit de la voiture pour mieux voir son joli visage caché par les herbes folles, faisant en sorte de ne pas cabosser le toit, que j'ai réalisé que c'était un rhinocéros, occupé à brouter et n'en ayant cure de ma présence. Vue la taille du bestiau, il faut que ça mange beaucoup. Ça a presque la taille d'un petit éléphant. Ça a la même peau rugueuse aussi. Ils doivent être de la même famille. Il était entouré d'une nuée d'insectes et affublé d'un oiseau à la base de la nuque qui en profitait au passage. Une nouvelle fois un garde est passé est je me suis fait bien engueulé, arguant que le temps que je redescende sur mon siège le rhinocéros aurait le temps de me charger. 
Je trouve qu'il abusait un peu, la bête étant quand même à 30 mètres. J'ai donc regagné mon siège et une fois que je me suis assuré qu'il était parti, j'ai emprunté une piste immédiatement sur la gauche qui partait comme par enchantement vers la direction du rhinocéros. Je n'en avais pas encore fini avec lui et je n'avais aucune photo présentant autre chose que son dos. J’étais aux anges, le rhinocéros, dans sa quête d'herbe grasse se dirigeait vers moi. J’avais recommencé à me hisser sur la portière, regardant cette fois autour de moi s'il n'y avait pas de garde aux alentours. Quand le rhinocéros a fini par être seulement à une quinzaines de mètres, je me suis remis dans la voiture, contact branché, prêt à partir si jamais il décidait de me charger soudainement. Sauf qu'avec les fenêtres ouvertes il aurait pu me harponner avec son rostre ou encore s'en servir comme d'un ouvre boîte pour percer la voiture. En attendant j'ai eu une expérience incroyable avec un rhinocéros, un square-lipped rhinocéros (mon guide tout neuf dit qu'il y en a de deux sortes). J'étais content.
J'ai poursuivi la piste qui menait à une aire de pique nique avec barbecues, au bord de la rivière. S'il y a des tables et des bancs c'est bien qu'on peut quand même descendre de voiture, non ? Quand j'ai repris la voiture, et alors qu'elle était garée en bordure de précipice et face au vide, elle s'est mise à avancer toute seule dans la mauvaise direction. J'avais embrayé la mauvaise vitesse ! Une erreur qui aurait pu m'être fatale. La faute à ce foutu boîtier de vitesses à gauche que je n'arrive pas à passer. Ça ne s'est toujours pas arrangé depuis mon tour du monde... La lumière de fin de journée en Afrique est somptueuse. C'est une lumière chaude et rasante qui met en valeur les collines, les arbres et qui passe à travers les herbes qui sont toutes en floraison et s'en trouvent irisées. Je ne pourrai plus prendre de photos à une autre heure.
Ils prennent la pose pour moi!
Alors que je retournais vers la rivière, à la recherche des babouins que j'avais aperçus à cet endroit hier, il y a eu un embouteillage de deux voitures à l'arrêt sur le pont devant moi. Je me suis demandé ce qui se passait et alors que je passais la tête par la fenêtre j'ai tout de suite compris. Des lions. Incroyable !!! J'ai senti comme la pupille de mes yeux s'écarquiller et c'est tout excité que j'ai pris l'appareil photo. Il n'y en avait pas un mais trois, une lionne avec ses deux petits à peine moins gros qu'elle. Ils se sont installés sur un replat herbeux, à côté de la route, en haut de la côte. Ils étaient trop beaux, en train de se câliner en se frottant la tête l'un contre l'autre. Des gros chats ! J'ai réussi à doubler une voiture et à m'arrêter à leur niveau, à dix mètres seulement. Là, j'ai coupé le contact, mis le frein à main et tout le monde en a fait de même. D'autres voitures venaient d'arriver et personne n'a klaxonné pour passer. 
Tout le monde a compris et le temps s’est arrêté l’instant de ce moment de magie. On n'était plus sur terre, plus rien ne comptait que de contempler le roi des animaux. C'était si beau. Je ne pouvais pas y croire. J’en ai pleuré à chaudes larmes. Si je m'attendais à ça ! Je savais bien qu'il y avait des lions mais je ne pensais pas en voir. Le parc est si vaste et d'ordinaire les gens partent en safari-trek pendant 4 à 5 jours avec un guide armé pour espérer en croiser. En plus je ne suis pas à la bonne saison, on a plus de chance d'en voir l'hiver quand les températures plus fraîches les rendent plus actifs.
Au bout d'un moment, à force de me contorsionner dans la voiture pour avoir le meilleur angle, je les ai fait fuir. J'ai alors repris la route, incapable de m'en remettre. Il fallait que je m'arrête tous les 100 mètres pour noter mes impressions. 
C'est qui le roi?
Je conduisais n'importe comment, enivré. J'ai alors fait demi tour, soupçonnant que leur fuite dans les herbes n'était qu'un leurre pour faire croire qu'ils partaient. Les chats font ça, mine de partir quelque part pour mieux revenir. Et j'ai eu raison ; cette fois ils étaient descendus au niveau de la rivière qu'il avaient bien l'intention de traverser par le pont. Une voiture de privilégiés a eu l'honneur de voir passer le groupe à 5 mètres d'eux. J'aurais aimé être à leur place. Je n'allais pas les laisser filer comme ça. J'ai doublé tout le monde qui était arrêté et je suis descendu, lentement et en première pour ne pas faire de bruit et je les ai suivis un moment. Escorté par trois lions, c'est mieux qu'un convoi présidentiel! Avant qu'ils ne disparaissent pour de bon dans les herbes...
Ces 3 lions là ont traversé ma vie l’espace de 15 minutes et m'ont transporté ailleurs. Je m'en souviendrai toute ma vie. 
Quel voyage ! L’Afrique jusqu'à présent ne m'attirait pas. Je ne pourrai plus jamais dire ça. C'est une destination nature de premier ordre qui surpasse en émotion tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, à part peut être Palau. A tous ceux qui me disaient avant le départ : « L'Afrique du Sud ? Quelle idée ! », je leur réponds par mes photos qui parlent d'elles mêmes plus qu'un long plaidoyer. Mon Dieu quelle journée, je voudrais que tous mes jours soient comme celui-ci ! Un des panneaux à l'entrée du camp dit ceci. Ce soir ça résonne en moi comme un écho :
« The wilderness experience.
Wilderness has long been recognized as a place to rejuvenate the mind and spirit. In todays world, this can be a unique experience of tranquility, peace and silence for many people and an opportunity for quiet introspection. 
Great thinkers such as poet and philosopher William Thoreau believed that the wilderness could help preserve the human capacity for wonder and power to feel and see the miracles of life and experience the beauty and natural harmony around us. Surrounded by Nature, people can once again become aware of the rhythms of the natural environment and the forces of nature, and this can have an enormous impact on them.
Many people have had life-changing experiences in the Wilderness. After time with others in beautiful, tranquil, natural surroundings as well as shared adventure and excitment, some mild physical exertion and adrenaline-filled encounters with big game on foot, many trailists have returned from a Wilderness encounter with an intense feeling of both physical and mental well-being. It is this, in essence, that is a Wilderness experience – an experience that has had an amazing influence on the many people who have visited the Imfolozi Wilderness Area. »

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