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mardi 12 février 2013

Table Mountain National Park


Le parc national de Table Mountain dans lequel se situe le camp couvre une superficie de 30.000 hectares, répartis en différentes zones tout le long de la péninsule du Cap. Il était jadis le territoire des Khoekhoen qui étaient environ 8000 à y vivre lorsque les premiers européens arrivèrent en 1652. Ce qui suit est classique, comme chaque fois que l'Europe a conquis des territoires stratégiques (bien que je puisse comprendre que l'endroit est si beau qu'on le veuille pour soi), c'est à dire que ces habitants sont morts de maladies, de faim ou d'épuisement dans des travaux forcés. Tristes temps. Je ne comprends pas ce besoin de conquête, de possession et de destruction. Et le respect des équilibres et des habitants qui sont d'abord chez eux ? Pourquoi les considérer comme inférieurs ? Ils avaient leur manière de vivre, sûrement différente de la nôtre mais en quoi est elle moins bien ? Qui détient la vérité ? On va me dire que si l'Afrique du Sud n'avait pas été conquise, je ne serais pas là aujourd'hui car il n'y aurait pas d'aéroport. Peut être mais ce n'est pas une raison pour faire du mal à des gens qui vivaient là depuis des millénaires.
Refermons la parenthèse, Table Mountain était nommée Hoerikwaggo par les Khoekhoen, ce qui veut dire « montagne dans la mer ». 1939 vit la création de la réserve du Cap de Bonne Espérance, puis en 1998 sa transformation en parc national, renommé en 2004 parc national de Table Mountain. Le camp est en fait au bas d'un cirque qui s'étend tout autour de moi avec sur ma gauche les 12 Apôtres. Tous les sommets de ces montagnes ont une altitude comprise entre 800 et 1000 mètres. Dans la nuit je me suis levé pour aller aux toilettes et subjugué par la beauté du site et du camp sous une pluie d'étoiles je suis resté un moment à prendre des clichés, à essayer de capturer cette ambiance que je voudrais ramener avec moi, enfermée dans un bocal ou couchée sur photo.
Ce matin le couple du camp est parti sur les coups de 7 heures du matin, pour continuer leur randonnée. Ils étaient en fait du Cap. Il y a tellement de balades à faire que l'on peut marcher plusieurs jours de suite en restant dans les montagnes, sans sortir de la ville. C'est ça qui est incroyable et qui me plaît. Du coup, de voir ce cirque devant moi et avec la journée somptueuse qui s'annonçait (tous les nuages ont disparu), c'était la journée idéale pour monter là haut et voir ce qui s'y cache, à savoir Table Mountain. Et puis du camp les sommets n'ont pas l'air très loin. J'ai estimé à vue de nez une randonnée de trois heures, en prenant son temps. Je m'étais fixé comme objectif de monter au sommet du cirque et c'est tout, qu'importe ce qui soit derrière, vue ou pas vue. Car je sais comment les montagnes fonctionnent. Souvent arrivé en haut il y a un autre sommet à gravir et ainsi de suite, de sorte qu'on ne s'en sort plus.
Pour commencer il y a une carte de randonnée placardée dans le chalet réfectoire. Elle est assez brouillon et ressemble plus à une carte géologique qu'à une carte de randonnée. Les couleurs sont trop sombres et on ne parvient pas à distinguer le sentier. Ce n'est pas très grave car je vois bien par où partir, le sentier de randonnée commence juste au niveau du camp. C'est le Hoerikwaggo Trail, balisé par des poteaux marqués H.T. Le départ se fait sur un chemin herbeux où une voiture peu s'emmancher. Question de gagner du temps, j'essaye de m'avancer en voiture le plus possible, je marcherais bien assez tôt, ça ne sert à rien de se fatiguer à marcher pour rien. Je n'ai pas roulé beaucoup, si j'ai fait 200 mètres c'est déjà bien. En effet le chemin part très vite en sentier. Comme j'ai prévu 3 heures de randonnée et qu'il est 9 heures, je pense être de retour au camp vers midi. Et ça tombe bien car je n'ai presque plus d'eau dans ma bouteille d'hier, à peine 40 centilitres. Et je n'ai pas le temps de sortir du parc pour aller au supermarché, ça va être l'occasion de perdre plus d'une demie heure. Et puis le sommet n'a pas l'air très haut, la randonnée devrait être assez facile, donc ce que j'ai en eau devrait suffire. Grave erreur !



En fait le chemin ne file pas droit vers les sommets, il serpente, fait de grands lacets, passes des vallons qu'il faut descendre pour mieux les remonter. A ce rythme ça va m'épuiser rapidement. Et je suis inquiet car il fait déjà très chaud et l'effort de la montée me fait transpirer à grosses gouttes. Je suis en train de perdre toute mon eau. J'ai envie de dire à mon corps « stop, gardes-en pour après ». De toute façon, même si j’avais eu une bouteille d'eau entière à disposition au camp, je ne suis pas certain que je l'aurais emmenée complète. Je déteste randonner en trimbalant des trucs lourds. Déjà l'appareil photo est de trop, il me cogne dans la hanche à chaque foulée et mon sac à dos que je ne porte que sur une épaule pour ne pas avoir le dos trempé me cisaille l'épaule et m'encombre. Parfois j'aimerais tout jeter dans la garrigue et continuer les mains dans les poches en sifflotant.
Camps Bay en contrebas
Alors que je marche déjà depuis plus d'une heure, le sentier se met à partir sur la droite au lieu d'aller vers le bout du cirque. Par contre face à moi un autre sentier, non balisé et très raide, ressemblant plus au cours d'un torrent asséché, part en direction du col. Je décide de l'emprunter mais il faut d'abord que je traverse un cours d'eau au milieu d'arbustes rabougris aux rameaux très durs qui écorchent mes jambes. Je fais aussi très attention aux serpents en frappant chaque pas au sol bien fort pour qu'il sentent ma présence. Le col n'est plus très loin mais les dernières centaines de mètres dans la caillasse en plein soleil sont éprouvantes et les pierres roulent sous mes pieds. Je décide de tout faire en une traite sans reprendre mon souffle. Arrivé au col le paysage est absolument magnifique mais je ne tiens plus sur mes jambes. Je suis monté sur un rocher étroit pour avoir une vue encore plus dégagée et mes jambes refusaient toute coordination. De l'autre côté du col se trouve un précipice qui se jette vers la mer. Par contre toujours pas de vue sur Table Mountain. Le chemin continue en fait à monter vers un autre sommet tout proche. C'était à prévoir. A l'inverse de mes résolutions, je décide de poursuivre. Je n'ai pas fait tout ça pour ça ! Les 12 Apôtres défilent les uns après les autres sur ma gauche. Au final je ne sais pas combien j'en ai faits mais ils ont bien dû tous y passer !
Au nouveau sommet, c'en est toujours pas fini. Il y en a encore un autre, cette fois bien plus haut. J'arrive aussi à une bifurcation où sur ma gauche se trouve fléchée l'ancienne arrivée du téléphérique (oui il y a un téléphérique qui monte en haut de Table Mountain pour les fainéants!). Il n'en reste désormais que des restes rouillés. En contrebas, au niveau de la mer, se trouve Camps Bay, une autre banlieue de Capetown. Je continue, décidé à monter un peu plus haut mais à mesure que je me rapproche, le nouveau sommet semble être de plus en plus haut et l'effort supplémentaire à fournir insurmontable. Et qui dit que je verrais Table Mountain de là haut ? Il ne me reste plus que quelques gorgées d'eau dans la bouteille aussi il serait plus sage de rebrousser chemin, ce que je décide de faire, me promettant de voir Table Mountain un des ces jours par le téléphérique.



L'eau, la vie!
Pour le retour, je décide de rejoindre l'Hoerikwaggo trail afin de faire une boucle qui me permettra de voir différents paysages. Je trouve alors une fontaine juste avant de retrouver le sentier balisé. On peut dire qu'elle arrive à point nommé. Je finis alors ce qui reste dans ma bouteille avant de la remplir d'eau fraîche. Seulement sur la fontaine une mise en garde prévient « Untreated water. Drink at own risk ». Encore un panneau pour éviter qu'ils n'aient un procès au cul. Que risque-t-on au sommet d'un parc national où aucune âme ne vit ? La bouteille une fois remplie me laisse perplexe : l'eau est verte couleur chewing-gum et sent les algues qu'on trouve sur les rochers au bord de l'océan. Dois je la boire ou mourir de soif ? J'ai pris la seconde option, tablant sur le fait qu'il ne me restait plus qu'à descendre et qu'en m'économisant un peu je pourrais bien attendre d'être au camp. La prochaine fois il faudra que j'emmène du Micropure en randonnée avec moi puisque j'aime me balader léger sans le poids de 3 litres d'eau. Le pire est que j'en ai mais je ne m'en suis jamais servi, ça reste dans le coffre dans un kit de premier secours que je me suis confectionné. J'ai toujours été un peu réticent à en prendre car le produit ne doit pas être très sain. Si vous ne le savez pas, le Micropure permet de boire n'importe quelle flaque d'eau douteuse en toute sécurité en versant quelques gouttes du produit et en le laissant agir un moment. Ce qui me gène c'est qu'ensuite on boit bien évidemment le produit. Mais qu'est ce qui est le plus malsain, boire une eau traitée ou ne pas boire du tout ? En attendant, on peut dire que « I hike anything how » !
Hout Bay
Alors que le sentier entame sa descente dans une gorge luxuriante pleine de fougères, d'orchidées et de chants d'oiseaux, je croise un groupe d'une vingtaine de randonneurs accompagné d'un guide. Le guide est très surpris de me voir là, tout seul, avec des Crocs en guise de chaussures de randonnée. Et alors ? Le matériel ne fait pas le randonneur. Un peu plus loin, toujours dans la gorge, je suis alerté par de l'eau qui coule le long d'une paroi, goutte à goutte depuis un bloc de tourbe à son sommet. Cette fois, c'est quasiment de l'eau de pluie, je ne peux pas trouver plus pur. Je décide donc d'en remplir ma bouteille. Mais vu le débit cela me demande une éternité et des crampes dans le bras, sans compter que je suis plus sûrement mouillé que je n'ai d'eau dans la bouteille. Et puis l'eau est toujours verdâtre. 
Sandy Bay
Je bois quand même ce que j'ai réussi à récolter, une ou deux gorgées tout au plus, mettant la couleur de l'eau sur le compte de la tourbe de laquelle elle sort. Quand on a trop soif, on ne se pose plus trop de question. Si je dois avoir la chiasse, ce sera une fois en bas et que j'aurai plein d'eau à disposition. Ce qui compte pour l'heure c'est boire ! Et ce n'est pas ces quelques gorgées qui suffiront.
La gorge que j'avais préféré zapper pour prendre un sentier raide en venant est très belle mais interminable. Je suis content d'avoir pris l'option de faire une boucle qui m'a permis d'éviter de passer par cette gorge deux fois et de gagner ainsi pas mal de temps. N'empêche, sans eau, je n’ai plus qu'une hâte, maintenant que le but de la randonnée a été atteint, c'est d'arriver en bas le plus vite possible. La fin de la randonnée fut donc une souffrance pendant laquelle je ne pouvais même plus déglutir. 
Hout Bay
Finalement ça a toujours l'air plus simple d'en bas que quand on le fait ! La randonné m'a pris 4 heures et demie contre 3 selon mon estimation depuis le camp. Certes, j'ai fait quelques extra en dérogeant à ma règle « je vais juste en haut et je redescends quoi qu'il arrive ». Mais la randonnée valait le coup et je ne regrette pas du tout, cela m'a permis de m'immerger das le parc national en ayant des vues magnifiques sur le reste de la péninsule.
Tandis que je prenais mon déjeuner dans la cuisine commune, une garde, que je n'avais pas vue car elle était en train de nettoyer les tentes, est venue me voir pour me souhaiter un bon séjour. Enfin quelqu'un du camp. Jusque là ça donnait plus l'impression d'être livré à soi même et que l'on pouvait même s'installer sans avoir réservé, personne n'y voyant quoi que ce soit. 
Sur le sentier de randonnée il est écrit que l'on doit toujours être en possession de son permis sous peine d'une lourde amende. Le permis m'a toujours été délivré par la réception de l'hébergement où je me suis rendu. Mais ici sans réception comment fait-on pour avoir un permis ? De toute façon personne ne me l'a réclamé, le guide du groupe que j'ai croisé plus tôt m'a juste demandé si je dormais à Orangekloof. Ça fait office de permis ! La fille du parc m'a remis une clef pour fermer le chalet quand je ne suis pas là, en laissant la clef sur un extincteur situé dehors. Elle m'a aussi précisé que je serai seul ce soir. Chic ! Seul dans Capetown, c'est le luxe ultime. Pour le repas j'ai mangé un ananas en entier. On n'en trouve que d'une sorte en Afrique du Sud, c'est le Victoria, petit, bien sucré et pas acide du tout. C'est le meilleur des ananas. Tout est bon, on peut même manger le cœur qui n'est jamais coriace. A 80 centimes pièce je m'en fais une cure et en use un par repas. Faut en profiter avant que je parte !

Hout Bay

Hout Bay
Pour l'après midi ce sera plage et exploration de la côte autour de Hout Bay. Je me sens très bien à Capetown, comme un poisson dans l'eau. C’est une destination en or, peut être le Rio de Janeiro d'Afrique. C'est une ville très verte et très aérée où l'on doit toujours se croire en vacances. Certes je n'ai pas encore vraiment vu Capetown, c'est plus des villes annexes résidentielles qui possèdent toutes leur township que l'on distingue bien de loin. Si l'on évite ces quartiers, Capetown a des airs de Côte d'Azur, avec ses villas accrochées à flanc de montagne, cachées dans les pins et au milieu de palmiers et de bougainvilliers, avec des coupés sport derrière de hautes grilles surveillées par caméra. Capetown a beau avoir un beau climat méditerranéen, elle a aussi les eaux de la mer du Nord ! C’est son seul défaut. L'océan est un glaçon, c'est ballot. C'est ce que j'ai découvert en me rendant à Sandy Bay, la baie immédiatement plus au nord de Hout Bay. 
Sandy Bay
Pour accéder à la plage il faut s'engager sur un sentier miné de merdes de chiens qui empestent l'air en plein soleil. Toutes les belles villas autour ont leur clebs à la con que les propriétaires viennent faire promener ici. J'en ai croisé un comme ça, tiré par deux molosses comme sur un char à la Ben-Hur, qui prenait toute la largeur du sentier. Il a fallu même que je m'écarte pour laisser passer le convoi. Le proprio s'est excusé au passage d'un « sorry about that ».
Sandy Bay est aussi une plage naturiste. J'ai donc pu me reposer sur un rocher, à l’écart, à poil. Ça m'a fait le plus grand bien. De temps en temps j'allais dans un trou d'eau me rafraîchir, me saisissant d'eau, accroupi, que je laissais réchauffer dans le creux de mes mains avant de m'en asperger. Voilà comment on se baigne à Capetown. C'est rédhibitoire. 
Être dans une ville où il fait si chaud et ne pas pouvoir profiter de la mer, je ne pourrais pas y vivre rien qu'à cause de ça. On a de la chance en France d'avoir le Gulf Stream et la mer Méditerranée. Sinon ce serait comme ça. Imaginez alors vos vacances d'été...
En rentrant je me suis arrêté au Kwikspar, situé à un kilomètre du camp. J'y ai mes habitudes. Il est très bien achalandé et l'on y trouve de tout, sans faire la queue. Sauf de la bière, ce qui est idiot puisqu'ils vendent du vin. Va comprendre...Comme j'avais envie ce soir de bulles sans que ce soit un soda, j'ai pris une bouteille de « Sparkling wine, alcohol free ». Du Champomy quoi ! Sinon ils vendent des plats tout faits au rayon traiteur, des salades grecques à la coupe et des salades de fruit avec melon, ananas, kiwi, fraises et raisin dedans, bien pratiques en pique nique.
A demain pour de nouvelles aventures...
Au camp je me sens comme chez moi. Le seul truc c'est qu'il faut ouvrir et fermer le portail sur son passage à chaque fois, c'est un peu chiant. Sinon comme je suis tout seul je peux laisser les portes des toilettes et de la douche ouvertes, péter dans la tente et vaquer à poil sans me soucier de voisins. C'est ça la liberté ! Depuis la randonnée j'ai une soif que rien ne peut étancher. Ça remonte à plusieurs heures et portant je n'arrête pas de boire. J'ai même fait les comptes de ce que j'ai bu dans la journée, j'en suis à 4,75 litres ! Ça ne m'était pas arrivé depuis un séjour sur l'île de Gavdos en Crète ou j'avais appris par la suite qu'il faisait 42. Et encore ce n'est pas fini, j'ai emmené un grand verre d'eau dans la tente pour la nuit. Avec le soleil qu'il a fait aujourd'hui ma mini torche solaire poids plume n'a jamais aussi bien éclairé. Elle ébloui même.

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