Le parc national de Table
Mountain dans lequel se situe le camp couvre une superficie de 30.000
hectares, répartis en différentes zones tout le long de la
péninsule du Cap. Il était jadis le territoire des Khoekhoen qui
étaient environ 8000 à y vivre lorsque les premiers européens
arrivèrent en 1652. Ce qui suit est classique, comme chaque fois
que l'Europe a conquis des territoires stratégiques (bien que je
puisse comprendre que l'endroit est si beau qu'on le veuille pour
soi), c'est à dire que ces habitants sont morts de maladies, de faim
ou d'épuisement dans des travaux forcés. Tristes temps. Je ne
comprends pas ce besoin de conquête, de possession et de
destruction. Et le respect des équilibres et des habitants qui sont
d'abord chez eux ? Pourquoi les considérer comme inférieurs ?
Ils avaient leur manière de vivre, sûrement différente de la nôtre
mais en quoi est elle moins bien ? Qui détient la vérité ?
On va me dire que si l'Afrique du Sud n'avait pas été conquise, je
ne serais pas là aujourd'hui car il n'y aurait pas d'aéroport. Peut
être mais ce n'est pas une raison pour faire du mal à des gens qui
vivaient là depuis des millénaires.
Refermons la parenthèse,
Table Mountain était nommée Hoerikwaggo par les Khoekhoen, ce qui
veut dire « montagne dans la mer ». 1939 vit la création
de la réserve du Cap de Bonne Espérance, puis en 1998 sa
transformation en parc national, renommé en 2004 parc national de
Table Mountain. Le camp est en fait au bas d'un cirque qui s'étend
tout autour de moi avec sur ma gauche les 12 Apôtres. Tous les
sommets de ces montagnes ont une altitude comprise entre 800 et 1000
mètres. Dans la nuit je me suis levé pour aller aux toilettes et
subjugué par la beauté du site et du camp sous une pluie d'étoiles
je suis resté un moment à prendre des clichés, à essayer de
capturer cette ambiance que je voudrais ramener avec moi, enfermée
dans un bocal ou couchée sur photo.
Ce matin le couple du
camp est parti sur les coups de 7 heures du matin, pour continuer
leur randonnée. Ils étaient en fait du Cap. Il y a tellement de
balades à faire que l'on peut marcher plusieurs jours de suite en
restant dans les montagnes, sans sortir de la ville. C'est ça qui
est incroyable et qui me plaît. Du coup, de voir ce cirque devant
moi et avec la journée somptueuse qui s'annonçait (tous les nuages
ont disparu), c'était la journée idéale pour monter là haut et
voir ce qui s'y cache, à savoir Table Mountain. Et puis du camp les
sommets n'ont pas l'air très loin. J'ai estimé à vue de nez une
randonnée de trois heures, en prenant son temps. Je m'étais fixé
comme objectif de monter au sommet du cirque et c'est tout,
qu'importe ce qui soit derrière, vue ou pas vue. Car je sais comment
les montagnes fonctionnent. Souvent arrivé en haut il y a un autre
sommet à gravir et ainsi de suite, de sorte qu'on ne s'en sort plus.
Pour commencer il y a une
carte de randonnée placardée dans le chalet réfectoire. Elle est
assez brouillon et ressemble plus à une carte géologique qu'à une
carte de randonnée. Les couleurs sont trop sombres et on ne parvient
pas à distinguer le sentier. Ce n'est pas très grave car je vois
bien par où partir, le sentier de randonnée commence juste au
niveau du camp. C'est le Hoerikwaggo Trail, balisé par des poteaux
marqués H.T. Le départ se fait sur un chemin herbeux où une
voiture peu s'emmancher. Question de gagner du temps, j'essaye de
m'avancer en voiture le plus possible, je marcherais bien assez tôt,
ça ne sert à rien de se fatiguer à marcher pour rien. Je n'ai pas
roulé beaucoup, si j'ai fait 200 mètres c'est déjà bien. En effet
le chemin part très vite en sentier. Comme j'ai prévu 3 heures de
randonnée et qu'il est 9 heures, je pense être de retour au camp
vers midi. Et ça tombe bien car je n'ai presque plus d'eau dans ma
bouteille d'hier, à peine 40 centilitres. Et je n'ai pas le temps de
sortir du parc pour aller au supermarché, ça va être l'occasion de
perdre plus d'une demie heure. Et puis le sommet n'a pas l'air très
haut, la randonnée devrait être assez facile, donc ce que j'ai en
eau devrait suffire. Grave erreur !
En fait le chemin ne file
pas droit vers les sommets, il serpente, fait de grands lacets,
passes des vallons qu'il faut descendre pour mieux les remonter. A ce
rythme ça va m'épuiser rapidement. Et je suis inquiet car il fait
déjà très chaud et l'effort de la montée me fait transpirer à
grosses gouttes. Je suis en train de perdre toute mon eau. J'ai envie
de dire à mon corps « stop, gardes-en pour après ». De
toute façon, même si j’avais eu une bouteille d'eau entière à
disposition au camp, je ne suis pas certain que je l'aurais emmenée
complète. Je déteste randonner en trimbalant des trucs lourds. Déjà
l'appareil photo est de trop, il me cogne dans la hanche à chaque
foulée et mon sac à dos que je ne porte que sur une épaule pour ne
pas avoir le dos trempé me cisaille l'épaule et m'encombre. Parfois
j'aimerais tout jeter dans la garrigue et continuer les mains dans
les poches en sifflotant.
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| Camps Bay en contrebas |
Alors que je marche déjà
depuis plus d'une heure, le sentier se met à partir sur la droite au
lieu d'aller vers le bout du cirque. Par contre face à moi un autre
sentier, non balisé et très raide, ressemblant plus au cours d'un
torrent asséché, part en direction du col. Je décide de
l'emprunter mais il faut d'abord que je traverse un cours d'eau au
milieu d'arbustes rabougris aux rameaux très durs qui écorchent mes
jambes. Je fais aussi très attention aux serpents en frappant chaque
pas au sol bien fort pour qu'il sentent ma présence. Le col n'est
plus très loin mais les dernières centaines de mètres dans la
caillasse en plein soleil sont éprouvantes et les pierres roulent
sous mes pieds. Je décide de tout faire en une traite sans reprendre
mon souffle. Arrivé au col le paysage est absolument magnifique mais
je ne tiens plus sur mes jambes. Je suis monté sur un rocher étroit
pour avoir une vue encore plus dégagée et mes jambes refusaient
toute coordination. De l'autre côté du col se trouve un précipice
qui se jette vers la mer. Par contre toujours pas de vue sur Table
Mountain. Le chemin continue en fait à monter vers un autre sommet
tout proche. C'était à prévoir. A l'inverse de mes résolutions,
je décide de poursuivre. Je n'ai pas fait tout ça pour ça !
Les 12 Apôtres défilent les uns après les autres sur ma gauche. Au
final je ne sais pas combien j'en ai faits mais ils ont bien dû tous
y passer !
Au nouveau sommet, c'en
est toujours pas fini. Il y en a encore un autre, cette fois bien
plus haut. J'arrive aussi à une bifurcation où sur ma gauche se
trouve fléchée l'ancienne arrivée du téléphérique (oui il y a
un téléphérique qui monte en haut de Table Mountain pour les
fainéants!). Il n'en reste désormais que des restes rouillés. En
contrebas, au niveau de la mer, se trouve Camps Bay, une autre
banlieue de Capetown. Je continue, décidé à monter un peu plus
haut mais à mesure que je me rapproche, le nouveau sommet semble
être de plus en plus haut et l'effort supplémentaire à fournir
insurmontable. Et qui dit que je verrais Table Mountain de là haut ?
Il ne me reste plus que quelques gorgées d'eau dans la bouteille
aussi il serait plus sage de rebrousser chemin, ce que je décide de
faire, me promettant de voir Table Mountain un des ces jours par le
téléphérique.
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| L'eau, la vie! |
Pour le retour, je décide
de rejoindre l'Hoerikwaggo trail afin de faire une boucle qui me
permettra de voir différents paysages. Je trouve alors une fontaine
juste avant de retrouver le sentier balisé. On peut dire qu'elle
arrive à point nommé. Je finis alors ce qui reste dans ma bouteille
avant de la remplir d'eau fraîche. Seulement sur la fontaine une
mise en garde prévient « Untreated water. Drink at own risk ».
Encore un panneau pour éviter qu'ils n'aient un procès au cul. Que
risque-t-on au sommet d'un parc national où aucune âme ne vit ?
La bouteille une fois remplie me laisse perplexe : l'eau est
verte couleur chewing-gum et sent les algues qu'on trouve sur les
rochers au bord de l'océan. Dois je la boire ou mourir de soif ?
J'ai pris la seconde option, tablant sur le fait qu'il ne me restait
plus qu'à descendre et qu'en m'économisant un peu je pourrais bien
attendre d'être au camp. La prochaine fois il faudra que j'emmène
du Micropure en randonnée avec moi puisque j'aime me balader léger
sans le poids de 3 litres d'eau. Le pire est que j'en ai mais je ne
m'en suis jamais servi, ça reste dans le coffre dans un kit de
premier secours que je me suis confectionné. J'ai toujours été un
peu réticent à en prendre car le produit ne doit pas être très
sain. Si vous ne le savez pas, le Micropure permet de boire n'importe
quelle flaque d'eau douteuse en toute sécurité en versant quelques
gouttes du produit et en le laissant agir un moment. Ce qui me gène
c'est qu'ensuite on boit bien évidemment le produit. Mais qu'est ce
qui est le plus malsain, boire une eau traitée ou ne pas boire du
tout ? En attendant, on peut dire que « I hike anything
how » !
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| Hout Bay |
Alors que le sentier
entame sa descente dans une gorge luxuriante pleine de fougères,
d'orchidées et de chants d'oiseaux, je croise un groupe d'une
vingtaine de randonneurs accompagné d'un guide. Le guide est très
surpris de me voir là, tout seul, avec des Crocs en guise de
chaussures de randonnée. Et alors ? Le matériel ne fait pas le
randonneur. Un peu plus loin, toujours dans la gorge, je suis alerté
par de l'eau qui coule le long d'une paroi, goutte à goutte depuis
un bloc de tourbe à son sommet. Cette fois, c'est quasiment de l'eau
de pluie, je ne peux pas trouver plus pur. Je décide donc d'en
remplir ma bouteille. Mais vu le débit cela me demande une éternité
et des crampes dans le bras, sans compter que je suis plus sûrement
mouillé que je n'ai d'eau dans la bouteille. Et puis l'eau est
toujours verdâtre.
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| Sandy Bay |
Je bois quand même ce que j'ai réussi à
récolter, une ou deux gorgées tout au plus, mettant la couleur de
l'eau sur le compte de la tourbe de laquelle elle sort. Quand on a
trop soif, on ne se pose plus trop de question. Si je dois avoir la
chiasse, ce sera une fois en bas et que j'aurai plein d'eau à
disposition. Ce qui compte pour l'heure c'est boire ! Et ce
n'est pas ces quelques gorgées qui suffiront.
La gorge que j'avais
préféré zapper pour prendre un sentier raide en venant est très
belle mais interminable. Je suis content d'avoir pris l'option de
faire une boucle qui m'a permis d'éviter de passer par cette gorge
deux fois et de gagner ainsi pas mal de temps. N'empêche, sans eau,
je n’ai plus qu'une hâte, maintenant que le but de la randonnée a
été atteint, c'est d'arriver en bas le plus vite possible. La fin
de la randonnée fut donc une souffrance pendant laquelle je ne
pouvais même plus déglutir.
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| Hout Bay |
Finalement ça a toujours l'air plus
simple d'en bas que quand on le fait ! La randonné m'a pris 4
heures et demie contre 3 selon mon estimation depuis le camp. Certes,
j'ai fait quelques extra en dérogeant à ma règle « je vais
juste en haut et je redescends quoi qu'il arrive ». Mais la
randonnée valait le coup et je ne regrette pas du tout, cela m'a
permis de m'immerger das le parc national en ayant des vues
magnifiques sur le reste de la péninsule.
Tandis que je prenais mon
déjeuner dans la cuisine commune, une garde, que je n'avais pas vue
car elle était en train de nettoyer les tentes, est venue me voir
pour me souhaiter un bon séjour. Enfin quelqu'un du camp. Jusque là
ça donnait plus l'impression d'être livré à soi même et que l'on
pouvait même s'installer sans avoir réservé, personne n'y voyant
quoi que ce soit.
Sur le sentier de randonnée il est écrit que l'on
doit toujours être en possession de son permis sous peine d'une
lourde amende. Le permis m'a toujours été délivré par la
réception de l'hébergement où je me suis rendu. Mais ici sans
réception comment fait-on pour avoir un permis ? De toute façon
personne ne me l'a réclamé, le guide du groupe que j'ai croisé
plus tôt m'a juste demandé si je dormais à Orangekloof. Ça fait
office de permis ! La fille du parc m'a remis une clef pour
fermer le chalet quand je ne suis pas là, en laissant la clef sur un
extincteur situé dehors. Elle m'a aussi précisé que je serai seul
ce soir. Chic ! Seul dans Capetown, c'est le luxe ultime. Pour
le repas j'ai mangé un ananas en entier. On n'en trouve que d'une
sorte en Afrique du Sud, c'est le Victoria, petit, bien sucré et pas
acide du tout. C'est le meilleur des ananas. Tout est bon, on peut
même manger le cœur qui n'est jamais coriace. A 80 centimes pièce
je m'en fais une cure et en use un par repas. Faut en profiter avant
que je parte !
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| Hout Bay |
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| Hout Bay |
Pour l'après midi ce
sera plage et exploration de la côte autour de Hout Bay. Je me sens
très bien à Capetown, comme un poisson dans l'eau. C’est une
destination en or, peut être le Rio de Janeiro d'Afrique. C'est une
ville très verte et très aérée où l'on doit toujours se croire
en vacances. Certes je n'ai pas encore vraiment vu Capetown, c'est
plus des villes annexes résidentielles qui possèdent toutes leur
township que l'on distingue bien de loin. Si l'on évite ces
quartiers, Capetown a des airs de Côte d'Azur, avec ses villas
accrochées à flanc de montagne, cachées dans les pins et au milieu
de palmiers et de bougainvilliers, avec des coupés sport derrière
de hautes grilles surveillées par caméra. Capetown a beau avoir un
beau climat méditerranéen, elle a aussi les eaux de la mer du
Nord ! C’est son seul défaut. L'océan est un glaçon, c'est
ballot. C'est ce que j'ai découvert en me rendant à Sandy Bay, la
baie immédiatement plus au nord de Hout Bay.
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| Sandy Bay |
Pour accéder à la
plage il faut s'engager sur un sentier miné de merdes de chiens qui
empestent l'air en plein soleil. Toutes les belles villas autour ont
leur clebs à la con que les propriétaires viennent faire promener
ici. J'en ai croisé un comme ça, tiré par deux molosses comme sur
un char à la Ben-Hur, qui prenait toute la largeur du sentier. Il a
fallu même que je m'écarte pour laisser passer le convoi. Le
proprio s'est excusé au passage d'un « sorry about that ».
Sandy Bay est aussi une
plage naturiste. J'ai donc pu me reposer sur un rocher, à l’écart,
à poil. Ça m'a fait le plus grand bien. De temps en temps j'allais
dans un trou d'eau me rafraîchir, me saisissant d'eau, accroupi, que
je laissais réchauffer dans le creux de mes mains avant de m'en
asperger. Voilà comment on se baigne à Capetown. C'est
rédhibitoire.
Être dans une ville où il fait si chaud et ne pas
pouvoir profiter de la mer, je ne pourrais pas y vivre rien qu'à
cause de ça. On a de la chance en France d'avoir le Gulf Stream et
la mer Méditerranée. Sinon ce serait comme ça. Imaginez alors vos
vacances d'été...
En rentrant je me suis
arrêté au Kwikspar, situé à un kilomètre du camp. J'y ai mes
habitudes. Il est très bien achalandé et l'on y trouve de tout,
sans faire la queue. Sauf de la bière, ce qui est idiot puisqu'ils
vendent du vin. Va comprendre...Comme j'avais envie ce soir de bulles
sans que ce soit un soda, j'ai pris une bouteille de « Sparkling
wine, alcohol free ». Du Champomy quoi ! Sinon ils vendent
des plats tout faits au rayon traiteur, des salades grecques à la
coupe et des salades de fruit avec melon, ananas, kiwi, fraises et
raisin dedans, bien pratiques en pique nique.
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| A demain pour de nouvelles aventures... |
Au camp je me sens comme
chez moi. Le seul truc c'est qu'il faut ouvrir et fermer le portail
sur son passage à chaque fois, c'est un peu chiant. Sinon comme je
suis tout seul je peux laisser les portes des toilettes et de la
douche ouvertes, péter dans la tente et vaquer à poil sans me
soucier de voisins. C'est ça la liberté ! Depuis la randonnée
j'ai une soif que rien ne peut étancher. Ça remonte à plusieurs
heures et portant je n'arrête pas de boire. J'ai même fait les
comptes de ce que j'ai bu dans la journée, j'en suis à 4,75
litres ! Ça ne m'était pas arrivé depuis un séjour sur l'île
de Gavdos en Crète ou j'avais appris par la suite qu'il faisait 42.
Et encore ce n'est pas fini, j'ai emmené un grand verre d'eau dans
la tente pour la nuit. Avec le soleil qu'il a fait aujourd'hui ma
mini torche solaire poids plume n'a jamais aussi bien éclairé. Elle
ébloui même.



















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