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mercredi 13 février 2013

Le Cap de Bonne-Espérance

Le camp est un repère d'originaux qui ne viennent pas là par hasard. Et ils pensent la même chose que moi. C'est ce que j'ai trouvé das le livre d'or disposé sur la table. Voici ce que dit le commentaire le plus récent, écrit par Karen Watkins, de Capetown, auteur du livre « Adventure hikes in the Cape Peninsula and off the beaten track » : « Great to be back in my favourite Hoerikwaggo camp. Waking up in paradise and yet only 20 minutes away from home. Where else in the world can you do this ? »
J'ai aussi cherché un commentaire de Scott Ramsay qui a dû passer par là en 2011. Et je l'ai trouvé, daté du 14/06/2011 et fendu d'un laconique « Great ». Du coup j'ai moi aussi laissé un commentaire qui dit ceci (trop tard pour corriger les fautes d'anglais, c'est sur le cahier) : « This camp is absolutely awesome. It's incredible to be in the center of Capetown aned feeling so much in the nature. There's no other place like this on earth. 
For me it's the best accomodation in town. I end my 3 weeks in South Africa here and it's a wonderful end. During my trip I stayed always in National Parks and this camp is my favorite. However it's hard to find. I get lost at the Neck, the sign should be removed there. It took me nearly 2 hours to find, asking to some people all the way ».
Pour aujourd'hui, je n'avais pas d'idée de circuit préconçue, si ce n'est de retourner à Muizenberg au centre internet que j'avais trouvé il y a deux jours. Je suis content d'avoir raccourci la Garden Route, ça me laisse plus de temps pour visiter Capetown et ses alentours sans être tout le temps au taquet. Vue la position de Muizenberg, c'était logique que je fasse le tour de la péninsule, il suffit de poursuivre la côte plus bas. Par contre j'ai dû me farcir la route pour Fish Hoek, celle-là même que je m'étais juré de ne jamais reprendre. 
Je sais pourquoi elle est complètement embouteillée, c'est à cause de travaux de voirie qui condamnent une file, de sorte qu'il faut laisser passer ceux qui vont dans l'autre sens avant de pouvoir s'engager. Et vu le trafic sur cette route qui est la seule du littoral, tout s'explique. Je disais hier que l'eau est un glaçon, c'est toujours aussi vrai, elle ne s'est pas réchauffée dans la nuit. Du coup je sais comment font les habitants. Ils ont construit des piscines en bord de plage où les gens viennent se chamailler. Pas très sauvage mais pas pire qu'une plage publique de centre ville de la Côte d'Azur. En ce qui me concerne, une chose est sûre : je n'aurai pas eu l'occasion de me baigner en Afrique du Sud. J'aurais pourtant pu dans le Kwazulu Natal mais pas le temps ou l'envie. Maintenant que ça me dit bien, je ne peux pas.
En descendant la péninsule sur sa côte est, on arrive à Boulders Beach, une plage pas très intéressante en elle même, coincée entre des propriétés privées qui ont leur propre accès à la plage. 
De plus, c’est plus une crique qu'autre chose. En revanche, il y a un vaste parking. Car l'attrait de la plage réside dans ses habitants. Pas ceux aux maisons, mais ceux qui sont sur les rochers. Des pingouins. Il y en a une colonie qui vit à demeure ici. Ne me demandez pas pourquoi là et pas ailleurs, je ne suis pas dans leur petite tête. Il y en a que l'eau glacée ne rebute pas. Là où ils sont rigolos c'est quand ils se jettent à l'eau. Ils sont godiches à en mourir de rire. Ils trébuchent, le moindre obstacle leur pose problème et ils usent de toutes leurs forces pour sautiller. Et pour se jeter à l'eau ils ne sont pas plus à l'aise, il avancent la tête puis font un plat. Ensuite ils sont dans leur élément et filent comme une fusée. A force d'être visités, ils ne sont pas vraiment farouches et on peut les approcher à moins d'un mètre. Ils sont même curieux et dodelinent de la tête si l'on s'approche plus près, comme pour mieux nous dévisager. Ils ont du succès car beaucoup de touristes de toutes nationalités sont là pour se prendre en photo devant. Il y en a même une femme qui n'a pas hésité à se mettre à la flotte avec son appareil photo étanche pour prendre des photos de la bestiole en train de nager sous l'eau. Sans combinaison. Une folle !
En reprenant la route on arrive assez vite à un nouveau secteur du parc national de Table Mountain, celui du Cap de Bonne Espérance. Tout ce que Capetown compte de touristes s'est donné rendez vous ici. Passage obligé, c'est sans doute l'endroit le plus visité après le téléphérique qui monte en haut de Table Mountain. Le trafic est dense, c'est plein de bus et pour s'arrêter il faut faire attention. D'autant plus que les gens roulent asse vite, pressés d'arriver au Cap de Bonne Espérance sans profiter de la route qui traverse le parc pendant plusieurs kilomètres. J'ai envie de de gueuler à ceux qui me font des appels de phare parce que je ne vais pas assez vite ou que je m'arrête sans prévenir alors que j'en ai collé au cul « On est dans un parc national, Ducon ! ». Le paysage ici est constitué de landes rases, des bruyères sans doute battues par les vents toute l'année. 
Ça a un côté de bout du monde qui lui va très bien, car c'est le bout du monde. Ce que j'aime bien, c'est qu'après il n'y a plus rien. Sous la même latitude, il faut aller loin et encore on ne rencontrera que l'Australie et l'Amérique du Sud. Sinon tout le reste c'est de la flotte. La côte est très abrupte, ce sont surtout des falaises qui se jettent dans la mer quasiment à 90 degrés et qui deviennent de plus en plus hautes à mesure que l'on se rapproche du Cap de Bonne Espérance. Les plages et dunes y sont rares mais il y en quelques unes.
Pour beaucoup le cap de Bonne Espérance symbolise le point où se rencontre l'Océan Indien et l'Océan Atlantique. C’est faux. C'est à Cape Agulhas que ça se passe, pas très loin du parc de Bontebok, plus au sud. C'est aussi un parc national. 
Je ne m'y suis pas rendu car il fallait faire un choix ; et d'après ce que j'en ai lu on y trouve surtout des paysages de rochers glissants et couverts d'algues à marée basse avec des bassins remplis de crabes comme ce qu'on peut aisément trouver chez nous. C'est donc à Cape Agulhas que se trouve le point le plus au sud de l'Afrique. Capetown s'est incorrectement approprié cette allégation, mais on lui pardonne.
La pointe de la péninsule se termine en ergot, formant Cape of Good Hope à l'ouest et Cape Point à l'est avec son phare. Les deux caps se visitent et c'est blindé de monde qui se retrouve au cap de Bonne Espérance, agglutiné devant un panneau pour se prendre en photo à tour de rôle. Et justement il y a trois bus à l'arrêt, remplis de chinois. C'est la foire d'empoigne, ça crie, ça piaille, ils se crèveraient les yeux entre eux pour être les premiers à se prendre en photo. 
J'ai préféré prendre un sentier qui monte vers un autre cap, le cap Maclear, au moins je serais sûr qu'ils ne suivraient pas. Dès qu'il y a un endroit où un truc à moteur ne peut pas les emmener, ils n'y vont pas ! Et j'ai eu raison. Le sentier continue ensuite sa course vers le phare de Cape Point. En redescendant de mon perchoir, les chinois s'étaient dissipés dans les rochers, à la recherche de crabes (puissent-ils glisser sur une algue complice), de sorte que j'ai pu prendre miraculeusement le panneau en photo sans une horde de personnes autour. Il ne restait plus que des touristes ordinaires venus en voiture comme moi.
Sur la route, alors que je regardais les bas côtés je ne sais trop pourquoi (sans doute un réflexe acquis lors de mes précédents safaris), j'ai été alerté par des espèces d'épouvantails dans le décor, en forme de plumeaux. 
En y regardant de plus près c'était une colonie d'autruches, assise dans les buissons avec de longs cous qui dépassaient des bosquets comme autant de périscopes. C'est vraiment énorme comme oiseau, je ne sais pas combien ça pèse mais sûrement plus que nous. Et pourtant ça a une petite tête de linotte qui dépareille avec le reste du corps. Comme toujours, il suffit de s'arrêter quelque part pour que tout le monde suive. Quand j'ai terminé ma séance photo il n'y avait pas moins d'une dizaine de voitures garées sur le bas côté à mitrailler ces pauvres bêtes. Les gens préféraient rester à distance respectable des volatiles, pour ma part je devais être à une quinzaine de mètres. Même si elles semblaient être tranquilles à se reposer, elles nous observaient d'un coin de l’œil pas commode et va savoir le coup de sang que ça pourrait prendre sans qu'on s'y attende. Je sais aussi que ces bestioles courent très vite et qu'elles pincent. Vue la taille du bestiau, il vaut mieux être à proche distance d'un abri !
A force d'avancer par sauts de puce, m'arrêtant à chaque occasion, l'heure tournait sans que je trouve le temps de manger le pique nique que je m'étais préparé au chalet ce matin. J'ai donc commencé en conduisant, c'est la meilleure façon de ne pas perdre encore plus de temps. Mais je vous laisse deviner comme il est pratique de se saisir d'un morceau dans une salade de fruits quand la route ne fait que tourner. Je faisais des zigzags, mordais sur le bas côté, ou dépassais la ligne continue ; bref j'aurais bien eu besoin d'un pilote automatique. Arrivé à Cape Point, j'ai retrouvé mes chers chinois qui s'étaient regroupé avec d'autres bus. Toute la Chine était là, à se racler la gorge bruyamment pour cracher un truc à tes pieds, à hurler à te crever un tympan quand ils parlent et à te rentrer dedans sans ménagement. 
Ils sont horribles, et tous mous, gros, flasques et très moches de surcroît. Quand tu en as vu un, tu les as tous vus, c'est comme les colonies de pingouin, je ne sais pas comment ils font pour se reconnaître. Il faudrait les stériliser à la naissance, comme les petits chats, avant qu'ils nous envahissent et nous gâchent nos vacances. Vous verrez quand ils seront plus riches, ce sera l'invasion, le péril jaune !
Pour monter au phare, vous avez deux options : y aller en marchant ou prendre un funiculaire. J'ai choisi la première option. En haut du phare il n'y a rien de trop spectaculaire à voir, si ce n'est de se dire qu'on est au point le plus haut et qu'on a une vue à 360 degrés, quelque peu gâchée par une antenne plantée en plein milieu. Il y a aussi une attraction, un panneau qui indique les différentes villes du monde avec leur direction et leur distance. Les chinois adorent ! Ils n'ont eu de cesse de se monter dessus pour être à hauteur du nom des villes, pour poser en photo sous le nom Beijing devant leur Ipad. 
Comme le panneau est sur l'étroite margelle qui fait le tour du phare, impossible de se frayer un chemin. Je suis redescendu aussi sec, pour préférer me rendre à différents points d'observation des falaises. Ils ont aménagé comme des nacelles, tout au bord du précipice. Cardiaques s'abstenir. C’est vraiment impressionnant, je n'ai jamais vu des falaises si hautes et si abruptes. En se penchant en avant on se sent aspiré comme dans un gouffre et les vagues en contrebas sont tellement loin qu'on ne distingue plus que des taches d'écume. Ça fait si peur qu'on n'ose toucher au rebord de pierres, de peur qu'un bloc se descelle en s'y tenant. Je comprends maintenant pourquoi le cap de Bonne Espérance agit comme un phare qui se distingue de loin pour les marins du monde entier. Les falaises sont ici hautes de plus de 200 mètres.
J'ai passé tellement de temps dans le parc national qu'il était déjà la fin d'après midi, ne me laissant plus trop de temps pour visiter le reste de la péninsule. Je suis rentré en longeant la côte ouest. C’est sa plus belle partie, plus sauvage et dont le paysage change à chaque virage. 
On y rencontre de nombreuses baies prisées des surfeurs. La péninsule du Cap est vraiment la plus belle de toutes les péninsules au monde, dans l'état actuel de ce que j'ai déjà vu bien sûr. La partie que l'on découvre en arrivant à Kometjie et qui s'étend jusqu'à Hout Bay est à couper le souffle. Il faudra que je revienne un autre jour pour y faire des photos, car il est trop tard, j'ai le soleil en face de moi et encore quand il daigne sortir car le ciel est désormais plutôt gris. Le plus court aurait été de rejoindre Hout Bay en restant sur cette partie de la côte mais il faut passer une section à péage en raison d'un détail de la route qui révèle d'une prouesse technologique. J'ai préféré garder la surprise entière pour quand je reviendrai un jour de beau temps, faisant un détour en passant donc de l'autre côté de la péninsule pour rentrer par Constantia.
J'ai été surpris de voir autant de monde au camp. Toutes les tentes sont prises par un groupe. Ah les groupes, il ne manquait plus qu'eux ! C'est en fait un groupe de managers des différents parcs nationaux d'Afrique du Sud venus à Capetown pour un séminaire, avec chacun de gros ordinateurs. Je ne me doutais pas qu'un ranger avait aussi besoin de ça. Cela pourrait être sympathique de partager la vie de rangers pour connaître un peu plus leur quotidien sauf qu'ils ne sont pas du tout conformes à l'idée que l'on se fait de quelqu'un qui voue sa vie à la protection de la nature. Ils sont très bruyants, parlent non stop et très fort et rigolent grassement à tout va. En fait je crois que leur meeting est surtout l'occasion de partir en goguette. Heureusement j'ai regardé un peu leurs affaires, ils n'ont pas emmené d'alcool. 
Tout comme les flics font ce qu'ils veulent, au lieu de passer sur le ponton qui permet de préserver les plantations qui ont été mises dans le jardin, ils préfèrent faire au plus court et les piétiner en zappant le pont de bois pourtant écrit « please stay on the boardwalk at all times ». Ils laissent aussi les lumières allumées dans leur tente pour rien pendant qu'ils bavardent dans le chalet en fumant bien que cela soit interdit aussi. Renseignement pris, ils sont là pour deux jours. C'en est fini de ma tranquillité et le camp est devenu un cauchemar où personne ne se soucie du fait que si l'on est là c'est justement parce qu'on aime le calme et le silence. Ils s'en fichent, ils sont chez eux et comme toujours dans un groupe l'individu n'existe pas. Ce qui me sauve, c'est que je suis en pleine nature. Ainsi je n'ai pas eu à aller bien loin pour déménager dans la nuit après être allé chercher ma tente dans le coffre de la voiture. Pourtant je les avais enfermés dans le chalet en leur disant que j'aillais me coucher mais ils ont préféré rapidement déguerpir dehors et continuer jusqu'à pas d'heure. Là encore les panneaux « keep minimim noise after 22 » ne servent à rien. C'est pourtant eux qui ont fixé les règles, ils les connaissent donc ! Ça me désole de voir ce petit paradis devenu un paradis perdu... Surtout venant de la part de gardiens de parcs nationaux. Ils me déçoivent.

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