Le camp est un repère
d'originaux qui ne viennent pas là par hasard. Et ils pensent la
même chose que moi. C'est ce que j'ai trouvé das le livre d'or
disposé sur la table. Voici ce que dit le commentaire le plus
récent, écrit par Karen Watkins, de Capetown, auteur du livre
« Adventure hikes in the Cape Peninsula and off the beaten
track » : « Great to be back in my favourite
Hoerikwaggo camp. Waking up in paradise and yet only 20 minutes away
from home. Where else in the world can you do this ? »
J'ai aussi cherché un
commentaire de Scott Ramsay qui a dû passer par là en 2011. Et je
l'ai trouvé, daté du 14/06/2011 et fendu d'un laconique « Great ».
Du coup j'ai moi aussi laissé un commentaire qui dit ceci (trop tard
pour corriger les fautes d'anglais, c'est sur le cahier) :
« This camp is absolutely awesome. It's incredible to be in the
center of Capetown aned feeling so much in the nature. There's no
other place like this on earth.
For me it's the best accomodation in
town. I end my 3 weeks in South Africa here and it's a wonderful end.
During my trip I stayed always in National Parks and this camp is my
favorite. However it's hard to find. I get lost at the Neck, the sign
should be removed there. It took me nearly 2 hours to find, asking to
some people all the way ».
Pour aujourd'hui, je
n'avais pas d'idée de circuit préconçue, si ce n'est de retourner
à Muizenberg au centre internet que j'avais trouvé il y a deux
jours. Je suis content d'avoir raccourci la Garden Route, ça me
laisse plus de temps pour visiter Capetown et ses alentours sans être
tout le temps au taquet. Vue la position de Muizenberg, c'était
logique que je fasse le tour de la péninsule, il suffit de
poursuivre la côte plus bas. Par contre j'ai dû me farcir la route
pour Fish Hoek, celle-là même que je m'étais juré de ne jamais
reprendre.
Je sais pourquoi elle est complètement embouteillée,
c'est à cause de travaux de voirie qui condamnent une file, de sorte
qu'il faut laisser passer ceux qui vont dans l'autre sens avant de
pouvoir s'engager. Et vu le trafic sur cette route qui est la seule
du littoral, tout s'explique. Je disais hier que l'eau est un glaçon,
c'est toujours aussi vrai, elle ne s'est pas réchauffée dans la
nuit. Du coup je sais comment font les habitants. Ils ont construit
des piscines en bord de plage où les gens viennent se chamailler.
Pas très sauvage mais pas pire qu'une plage publique de centre ville
de la Côte d'Azur. En ce qui me concerne, une chose est sûre :
je n'aurai pas eu l'occasion de me baigner en Afrique du Sud.
J'aurais pourtant pu dans le Kwazulu Natal mais pas le temps ou
l'envie. Maintenant que ça me dit bien, je ne peux pas.
En descendant la
péninsule sur sa côte est, on arrive à Boulders Beach, une plage
pas très intéressante en elle même, coincée entre des propriétés
privées qui ont leur propre accès à la plage.
De plus, c’est
plus une crique qu'autre chose. En revanche, il y a un vaste parking.
Car l'attrait de la plage réside dans ses habitants. Pas ceux aux
maisons, mais ceux qui sont sur les rochers. Des pingouins. Il y en a
une colonie qui vit à demeure ici. Ne me demandez pas pourquoi là
et pas ailleurs, je ne suis pas dans leur petite tête. Il y en a que
l'eau glacée ne rebute pas. Là où ils sont rigolos c'est quand ils
se jettent à l'eau. Ils sont godiches à en mourir de rire. Ils
trébuchent, le moindre obstacle leur pose problème et ils usent de
toutes leurs forces pour sautiller. Et pour se jeter à l'eau ils ne
sont pas plus à l'aise, il avancent la tête puis font un plat.
Ensuite ils sont dans leur élément et filent comme une fusée. A
force d'être visités, ils ne sont pas vraiment farouches et on peut
les approcher à moins d'un mètre. Ils sont même curieux et
dodelinent de la tête si l'on s'approche plus près, comme pour
mieux nous dévisager. Ils ont du succès car beaucoup de touristes
de toutes nationalités sont là pour se prendre en photo devant. Il
y en a même une femme qui n'a pas hésité à se mettre à la flotte
avec son appareil photo étanche pour prendre des photos de la
bestiole en train de nager sous l'eau. Sans combinaison. Une folle !
En reprenant la route on
arrive assez vite à un nouveau secteur du parc national de Table
Mountain, celui du Cap de Bonne Espérance. Tout ce que Capetown
compte de touristes s'est donné rendez vous ici. Passage obligé,
c'est sans doute l'endroit le plus visité après le téléphérique
qui monte en haut de Table Mountain. Le trafic est dense, c'est plein
de bus et pour s'arrêter il faut faire attention. D'autant plus que
les gens roulent asse vite, pressés d'arriver au Cap de Bonne
Espérance sans profiter de la route qui traverse le parc pendant
plusieurs kilomètres. J'ai envie de de gueuler à ceux qui me font
des appels de phare parce que je ne vais pas assez vite ou que je
m'arrête sans prévenir alors que j'en ai collé au cul « On
est dans un parc national, Ducon ! ». Le paysage ici est
constitué de landes rases, des bruyères sans doute battues par les
vents toute l'année.
Ça a un côté de bout du monde qui lui va
très bien, car c'est le bout du monde. Ce que j'aime bien, c'est
qu'après il n'y a plus rien. Sous la même latitude, il faut aller
loin et encore on ne rencontrera que l'Australie et l'Amérique du
Sud. Sinon tout le reste c'est de la flotte. La côte est très
abrupte, ce sont surtout des falaises qui se jettent dans la mer
quasiment à 90 degrés et qui deviennent de plus en plus hautes à
mesure que l'on se rapproche du Cap de Bonne Espérance. Les plages
et dunes y sont rares mais il y en quelques unes.
Pour beaucoup le cap de
Bonne Espérance symbolise le point où se rencontre l'Océan Indien
et l'Océan Atlantique. C’est faux. C'est à Cape Agulhas que ça
se passe, pas très loin du parc de Bontebok, plus au sud. C'est
aussi un parc national.
Je ne m'y suis pas rendu car il fallait faire
un choix ; et d'après ce que j'en ai lu on y trouve surtout des
paysages de rochers glissants et couverts d'algues à marée basse
avec des bassins remplis de crabes comme ce qu'on peut aisément
trouver chez nous. C'est donc à Cape Agulhas que se trouve le point
le plus au sud de l'Afrique. Capetown s'est incorrectement approprié
cette allégation, mais on lui pardonne.
La pointe de la péninsule
se termine en ergot, formant Cape of Good Hope à l'ouest et Cape
Point à l'est avec son phare. Les deux caps se visitent et c'est
blindé de monde qui se retrouve au cap de Bonne Espérance,
agglutiné devant un panneau pour se prendre en photo à tour de
rôle. Et justement il y a trois bus à l'arrêt, remplis de chinois.
C'est la foire d'empoigne, ça crie, ça piaille, ils se crèveraient
les yeux entre eux pour être les premiers à se prendre en photo.
J'ai préféré prendre un sentier qui monte vers un autre cap, le
cap Maclear, au moins je serais sûr qu'ils ne suivraient pas. Dès
qu'il y a un endroit où un truc à moteur ne peut pas les emmener,
ils n'y vont pas ! Et j'ai eu raison. Le sentier continue
ensuite sa course vers le phare de Cape Point. En redescendant de
mon perchoir, les chinois s'étaient dissipés dans les rochers, à
la recherche de crabes (puissent-ils glisser sur une algue complice),
de sorte que j'ai pu prendre miraculeusement le panneau en photo sans
une horde de personnes autour. Il ne restait plus que des touristes
ordinaires venus en voiture comme moi.
Sur la route, alors que
je regardais les bas côtés je ne sais trop pourquoi (sans doute un
réflexe acquis lors de mes précédents safaris), j'ai été alerté
par des espèces d'épouvantails dans le décor, en forme de
plumeaux.
En y regardant de plus près c'était une colonie
d'autruches, assise dans les buissons avec de longs cous qui
dépassaient des bosquets comme autant de périscopes. C'est vraiment
énorme comme oiseau, je ne sais pas combien ça pèse mais sûrement
plus que nous. Et pourtant ça a une petite tête de linotte qui
dépareille avec le reste du corps. Comme toujours, il suffit de
s'arrêter quelque part pour que tout le monde suive. Quand j'ai
terminé ma séance photo il n'y avait pas moins d'une dizaine de
voitures garées sur le bas côté à mitrailler ces pauvres bêtes.
Les gens préféraient rester à distance respectable des volatiles,
pour ma part je devais être à une quinzaine de mètres. Même si
elles semblaient être tranquilles à se reposer, elles nous
observaient d'un coin de l’œil pas commode et va savoir le coup de
sang que ça pourrait prendre sans qu'on s'y attende. Je sais aussi
que ces bestioles courent très vite et qu'elles pincent. Vue la
taille du bestiau, il vaut mieux être à proche distance d'un abri !
A force d'avancer par
sauts de puce, m'arrêtant à chaque occasion, l'heure tournait sans
que je trouve le temps de manger le pique nique que je m'étais
préparé au chalet ce matin. J'ai donc commencé en conduisant,
c'est la meilleure façon de ne pas perdre encore plus de temps. Mais
je vous laisse deviner comme il est pratique de se saisir d'un
morceau dans une salade de fruits quand la route ne fait que tourner.
Je faisais des zigzags, mordais sur le bas côté, ou dépassais la
ligne continue ; bref j'aurais bien eu besoin d'un pilote
automatique. Arrivé à Cape Point, j'ai retrouvé mes chers chinois
qui s'étaient regroupé avec d'autres bus. Toute la Chine était là,
à se racler la gorge bruyamment pour cracher un truc à tes pieds, à
hurler à te crever un tympan quand ils parlent et à te rentrer
dedans sans ménagement.
Ils sont horribles, et tous mous, gros,
flasques et très moches de surcroît. Quand tu en as vu un, tu les
as tous vus, c'est comme les colonies de pingouin, je ne sais pas
comment ils font pour se reconnaître. Il faudrait les stériliser à
la naissance, comme les petits chats, avant qu'ils nous envahissent
et nous gâchent nos vacances. Vous verrez quand ils seront plus
riches, ce sera l'invasion, le péril jaune !
Pour monter au phare,
vous avez deux options : y aller en marchant ou prendre un
funiculaire. J'ai choisi la première option. En haut du phare il n'y
a rien de trop spectaculaire à voir, si ce n'est de se dire qu'on
est au point le plus haut et qu'on a une vue à 360 degrés, quelque
peu gâchée par une antenne plantée en plein milieu. Il y a aussi
une attraction, un panneau qui indique les différentes villes du
monde avec leur direction et leur distance. Les chinois adorent !
Ils n'ont eu de cesse de se monter dessus pour être à hauteur du
nom des villes, pour poser en photo sous le nom Beijing devant leur
Ipad.
Comme le panneau est sur l'étroite margelle qui fait le tour
du phare, impossible de se frayer un chemin. Je suis redescendu aussi
sec, pour préférer me rendre à différents points d'observation
des falaises. Ils ont aménagé comme des nacelles, tout au bord du
précipice. Cardiaques s'abstenir. C’est vraiment impressionnant,
je n'ai jamais vu des falaises si hautes et si abruptes. En se
penchant en avant on se sent aspiré comme dans un gouffre et les
vagues en contrebas sont tellement loin qu'on ne distingue plus que
des taches d'écume. Ça fait si peur qu'on n'ose toucher au rebord
de pierres, de peur qu'un bloc se descelle en s'y tenant. Je
comprends maintenant pourquoi le cap de Bonne Espérance agit comme
un phare qui se distingue de loin pour les marins du monde entier.
Les falaises sont ici hautes de plus de 200 mètres.
J'ai passé tellement de
temps dans le parc national qu'il était déjà la fin d'après midi,
ne me laissant plus trop de temps pour visiter le reste de la
péninsule. Je suis rentré en longeant la côte ouest. C’est sa
plus belle partie, plus sauvage et dont le paysage change à chaque
virage.
On y rencontre de nombreuses baies prisées des surfeurs. La
péninsule du Cap est vraiment la plus belle de toutes les péninsules
au monde, dans l'état actuel de ce que j'ai déjà vu bien sûr. La
partie que l'on découvre en arrivant à Kometjie et qui s'étend
jusqu'à Hout Bay est à couper le souffle. Il faudra que je revienne
un autre jour pour y faire des photos, car il est trop tard, j'ai le
soleil en face de moi et encore quand il daigne sortir car le ciel
est désormais plutôt gris. Le plus court aurait été de rejoindre
Hout Bay en restant sur cette partie de la côte mais il faut passer
une section à péage en raison d'un détail de la route qui révèle
d'une prouesse technologique. J'ai préféré garder la surprise
entière pour quand je reviendrai un jour de beau temps, faisant un
détour en passant donc de l'autre côté de la péninsule pour
rentrer par Constantia.
J'ai été surpris de
voir autant de monde au camp. Toutes les tentes sont prises par un
groupe. Ah les groupes, il ne manquait plus qu'eux ! C'est en
fait un groupe de managers des différents parcs nationaux d'Afrique
du Sud venus à Capetown pour un séminaire, avec chacun de gros
ordinateurs. Je ne me doutais pas qu'un ranger avait aussi besoin de
ça. Cela pourrait être sympathique de partager la vie de rangers
pour connaître un peu plus leur quotidien sauf qu'ils ne sont pas du
tout conformes à l'idée que l'on se fait de quelqu'un qui voue sa
vie à la protection de la nature. Ils sont très bruyants, parlent
non stop et très fort et rigolent grassement à tout va. En fait je
crois que leur meeting est surtout l'occasion de partir en goguette.
Heureusement j'ai regardé un peu leurs affaires, ils n'ont pas
emmené d'alcool.
Tout comme les flics font ce qu'ils veulent, au
lieu de passer sur le ponton qui permet de préserver les plantations
qui ont été mises dans le jardin, ils préfèrent faire au plus
court et les piétiner en zappant le pont de bois pourtant écrit
« please stay on the boardwalk at all times ». Ils
laissent aussi les lumières allumées dans leur tente pour rien
pendant qu'ils bavardent dans le chalet en fumant bien que cela soit
interdit aussi. Renseignement pris, ils sont là pour deux jours.
C'en est fini de ma tranquillité et le camp est devenu un cauchemar
où personne ne se soucie du fait que si l'on est là c'est justement
parce qu'on aime le calme et le silence. Ils s'en fichent, ils sont
chez eux et comme toujours dans un groupe l'individu n'existe pas. Ce
qui me sauve, c'est que je suis en pleine nature. Ainsi je n'ai pas
eu à aller bien loin pour déménager dans la nuit après être allé
chercher ma tente dans le coffre de la voiture. Pourtant je les avais
enfermés dans le chalet en leur disant que j'aillais me coucher mais
ils ont préféré rapidement déguerpir dehors et continuer jusqu'à
pas d'heure. Là encore les panneaux « keep minimim noise after
22 » ne servent à rien. C'est pourtant eux qui ont fixé les
règles, ils les connaissent donc ! Ça me désole de voir ce
petit paradis devenu un paradis perdu... Surtout venant de la part de
gardiens de parcs nationaux. Ils me déçoivent.















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