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dimanche 10 février 2013

Une Garden Route trop verte pour être honnête

Robberg peninsula
La nuit dernière a été pour le moins agitée. Les orages se sont succédés les uns après les autres, donnant l'impression que j'avais placé ma tente sous une cascade. Je n'avais jamais vu ça. Les éclairs transperçaient la toile de la tente comme en plein jour. Heureusement, je sais qu'elle résiste parfaitement à ce genre de traitement, merci les tentes Décathlon. Par contre je ne me suis pas éternisé ce matin. Il faisait beau et je voulais en profiter pour retourner aux endroits d'hier, question de faire de plus jolies photos. J'ai donc rangé une tente complètement détrempée, en la posant sur le siège arrière de la voiture sans même la plier. Il était 7 heures quand j'ai quitté le camp. A la barrière les gardes avaient un air mis désolé, mi admiratif et m'ont demandé si dans ma tente ça avait été, si elle avait tenu le choc. Je pense aux babouins qui n'ont pas eu cette chance et ont dû passer une nuit de cauchemar à se serrer les uns contre les autres. 
Je me demande jusqu'à quel point leur fourrure est imperméable. Avec ma chance habituelle, quand je suis arrivé au point de vue sur la vallée, la vue avait disparu sous les nuages. Ce que j'avais pris pour du beau temps ce matin n'était en fait qu'une éclaircie fugace qui n'aura même pas duré le temps que je fasse 3 kilomètres.
Dans ces conditions, j'ai pris la route. Avec un peu de chance le saut de puce de moins de 100 kilomètres jusqu'à Knysna me permettra de dépasser cette zone de turbulence. Et en effet, avant d'arriver à Plettenberg Bay, les nuages semblaient se déliter au loin. Plettenberg Bay est une baie très prisée et pour de bonnes raisons. Le cadre est absolument magnifique. Il y a une haute colline qui domine une baie marquée par une plage de sable blond très longue, d'un arc parfait, au pied de laquelle se situe l'embouchure sinueuse d'une rivière. 
La plage du débarquement des portugais
C'est sur cette colline que sont bâties toutes les maisons, de bois pour la plupart. On voit bien qu'on est dans un quartier de blancs, bien propre et ordonné. Décidément, je trouve beaucoup de similitudes avec la Nouvelle-Zélande, partie Île du Nord. C'est aussi là que les européens, des portugais en l’occurrence, débarquèrent en Afrique du Sud et campèrent sur la plage durant de longs mois.
Je devais me rendre à la péninsule de Robberg, réserve naturelle qui ferme la baie mais le temps qui semblait s'améliorer n'était qu'une illusion. A la place, j'ai arpenté les rues de Plettenberg à la recherche de wifi pendant une heure, en vain. Tant pis, j'ai continué ma route vers Knysna où je ne devais arriver que le soir même. J'ai grillé le parcours que je devais faire en un jour. Il n'y à rien à faire et à voir avec un temps pareil ; ça me mine pas mal.

Robberg peninsula

Je le savais, cette Garden Route était trop verte pour être honnête. Je n'ai désormais qu'une hâte c'est de la quitter pour me rapprocher de Capetown, plus à l'ouest et au climat dit méditerranéen. A la Garden Route c'est plutôt la Suisse ou l'Autriche vus les paysages. Je veux des pins et de la garrigue. J'ai pris ma décision, ça ne sert à rien de moisir sur la Garden Route pendant encore 2 jours. Autant zapper cette partie sans regrets. Le problème est que j'ai encore deux nuits de réservées dans le parc national et elle ne sont pas remboursables. Quand je suis arrivé à Knysna, j'ai tourné à nouveau dans la ville pour trouver de l'internet. Knysna , pourtant réputée comme étant le cœur de la Garden Route, avec ses forêts, ses lacs et sa cuisine gastronomique, ne me fait ni chaud ni froid. Je ne lui trouve aucun charme, on se croirait en baie de Somme. Je trouve que cette Garden Route ne casse pas trois pattes à un canard. Peut être qu'elle est exceptionnelle pour l'Afrique, mais on a la même chose en Europe. Ce n'est pas la peine de venir si loin pour voir ça. Je préfère du plus typique et dépaysant. Le bush me manque. Je m'y plaisais plus.
Nature's Valley avant de partir ce matin
A force de tourner dans la ville, j'ai fini par pouvoir me connecter et à ce moment quelques rayons de soleil se sont mis à apparaître timidement, avant une franche zone de grand ciel bleu. C'était presque comme un signal pour me demander de rester. Au final, j'ai juste mis le blog à jour, sans changer mes réservations. Et je suis retourné à Plettenberg Bay, à 30 kilomètres en arrière, dans le but de visiter la presqu’île de Robberg que j'avais ignorée ce matin. Trouver la route pour cette presqu’île maudite est une affaire impossible. Pourtant, la carte (mais quelle carte...) mentionne bien un accès qui se prend quelques kilomètre de Plettenberg Bay. Je me suis engagé sur une piste pour arriver au bout de quelques kilomètres à une barrière du parc. Le garde m'a dit que j'avais fait fausse route et qu'il fallait que je tourne sur ma droite plus loin. Sauf que plus loin, sur la droite il n'y avait rien d'indiqué et c'était encore une piste défoncée. 
J'ai donc poursuivi jusqu'à Plettenberg Bay où une autre route rejoint Robberg peu avant d'y arriver. Mais là encore je me suis paumé et retrouvé dans un township où je n'en menais pas large. Des espèces de maisons défraîchies pour les les mieux, ou de simples cabanes avec un toit de tôle pour les autres, le tout baignant dans la crasse et les immondices que des armées de chiens reniflent. Ça grouille de monde là dedans. Les gens ne me regardent pas avec un œil suspicieux ou prêts à me caillasser. Hormis l'état des maisons, on se croirait dans un quartier comme un autre. Je lui trouve même du charme, apporté par les couleurs des maisons, toutes différentes. Et puis c'est dimanche, c’est le retour des dames qui boitent en souliers vernis.

Ça commence à se gâter à la péninsule
 A force de tourner en rond, je vous livre le secret pour rejoindre la péninsule de Robberg. Ça vous évitera de perdre du temps et de l’énergie, à scruter une carte définitivement bonne à jeter. Il faut prendre la sortie Piesang Valley juste à l'entrée de la ville quand on vient de Knysna. La route descend alors dans une vallée résidentielle au fond de laquelle il faut tourner direction Kraushoek. Sur cette route vous verrez fléché enfin sur votre gauche « Robberg ». Évidemment ce n'est pas ce chemin que j'ai pris, j'ai faits maints demis tours avant d'y arriver sur les coups de midi. L'accès est payant et j'ai tendance à croire que dès qu'il y a un bout de nature publique il faut mettre la main au porte monnaie. On a de le chance en France d'avoir de nombreux endroits où l'on peut se promener librement. Imaginez si tout était clôturé. Car c'est bien la cas ici. Des barbelés délimitent toutes les routes, sur des kilomètres. C’est pour ça que je dis qu'on ne peut pas faire de camping sauvage en Afrique du Sud. C'est exactement comme en Nouvelle-Zélande. C'est quoi ce sens de la propriété à la noix ? C'est juste pour faire chier le monde, car ce n’est même pas pour empêcher des bêtes de s'échapper, ce ne sont pas des champs. C’est vraiment pour dire « c’est à moi et vous n'avez pas le droit d'y entrer ».
Courage, fuyons!
A Robberg vous pouvez apercevoir des phoques, c'est ce que révèle la brochure. Mais elle ne dit pas à quelle époque. Car pour l'heure il n'y en a pas. A la place, les sentiers sont couverts de fourmis. Rien d'alarmant jusque là. Sauf que je vous conseille de ne pas mettre de tongs comme moi. Ce sont des fourmis qui n'ont qu'un objectif : vous monter sur le pied dans la milliseconde où vous le posez à terre pour vous piquer les orteils, la cheville, le talon... Elles sont voraces et ne décampent pas, il faut les tuer pour les chasser. C'est un vrai supplice. N'espérez même pas vous arrêter prendre une photo. La seule parade que j'ai trouvée c’est de marcher très vite de façon à avoir le pas qui touche le sol le moins possible et taper du pied à chaque foulée pour les décrocher au moment où elles essayent de monter. Malgré ça, mes pieds sont couverts de bleus à force de me donner des coups ! 
En arrivant à Bontebok
Le paysage de la péninsule de Robberg est merveilleux, avec des baies secrètes et très belles. Par contre il ne faut pas espérer s'y baigner. J'ai trempé un pied pour voir et ça m'a saisi les orteils ! Je n'ai pas pu profiter bien longtemps des attraits de la péninsule. En fait j’étais en limite du dernier nuage qui ne voulait pas dégager. Pire, il faisait du surplace et voyant que j'allais partir il a décidé de faire demi tour et de me suivre, emportant avec lui le reste de ses acolytes qui plongeaient la Garden Route dans la tourmente.
Ce soir je dois dormir dans la forêt de Diepwalle, dans le parc national de la section de Knysna. C'est un endroit où ils ont construit des plateformes en bois au sommet des arbres sur laquelle on pose sa tente. L'expérience promet d'être inoubliable. Sauf que la pluie et les éclairs sont venus contrarier mes projets. 
Tout ce que je venais de quitter revenait à l'assaut, les nuages tournant en rond sans trouver de porte de sortie. Après la nuit dernière catastrophique, je ne me voyais pas réitérer la chose. Quel plaisir y a t-il à s'emmancher dans une forêt lugubre ? J'ai donc définitivement changé mes plans en tirant un trait sur la Garden Route, deux jours avant son terme. Pour cela il fallait que j'accède à nouveau à internet pour rajouter deux nuits à ma réservation sur Capetown. Et tant pis pour les deux nuis perdues ici, ça m'apprendra à réserver à l'avance. Le mec que j'avais croisé à South River Mouth était plus libre, il avançait à sa guise, cherchant un hébergement au jour le jour et il me disait qu'il avait toujours trouvé sans souci. J'aurais dû faire pareil mais c'est trop tard. Tout de même ils abusent un peu au Parc National. Ne pas rembourser des nuits de camping, je ne vois pas où est le préjudice si on ne vient pas, quand les campings sont vides aux trois quarts. Enfin...

Langberg mountains

Et d'une, de bontebok!
Prochain cap donc : le Bontebok National Park, situé à 200 km de Capetown et à peu près autant d'où je suis. Comme il est déjà 16 heures au moment où je quitte Knysna, je n'ai pas intérêt à traîner si je veux arriver avant la nuit, même si je suppose qu'en allant vers l'ouest je vais gagner quelques minutes de jour. Déjà, par rapport à mon arrivée dans le Drakensberg, je vois la différence. La fin de la Garden Route est marquée par la ville de George. Ce tronçon est une succession de panneaux 100, 120, 60, 80 km/h. Ça change tout le temps sans trop de raison, à la faveur d'un virage, d'une intersection ou parce qu'on arrive en ville. Rouler à 60 pendant plusieurs kilomètres sur une ligne droite à 4 voies quand on a encore 200 bornes à faire, c'est insoutenable. Je roulais un peu plus vite, à 75 quand je me suis fait flasher. Au moment où j'ai vu l'appareil le flash est sorti. Et voilà ! Ils auront une jolie photo de moi surpris et grimaçant. J'en rigole mais ça ne me fait pas rire. Je suis sûr que le panneau à 60 était fait exprès. Tout de suite après c'est repassé à 120. Combien ça va me coûter cette affaire, plus la commission de frais de dossiers du loueur ? J'ai décidé de ne plus y penser, de toute façon c'est fait. N’empêche, celui qui a inventé les radars automatiques devrait être pendu en place publique !
Vue de la tente
Le parc national de Bontebok est situé sur un plateau, au pied du petit massif montagneux du Langberg. Avec le soleil qui se couche ça donne à cet endroit un air de pampa d'Amérique du Sud. C'est ici que vivent les bontebok, une antilope qui a donné le nom au parc. Je suis de retour dans le bush, ça me change pour mon plus grand bonheur. Sans doute pour la dernière fois. Cette halte dans le parc est réjouissante, à seulement 5 kilomètres de la route pour Capetown et à mi chemin de la Garden Route. Et pourtant personne ne s'y arrête. A part quelques bungalows loués et 3 campings cars, le terrain pour les tentes est vide. C'est le plus bel endroit où j'ai campé pour l'instant. Je suis au bord d'une rivière avec ces belles montagnes derrière. Et le camp est tout neuf, certains chalets sont encore en cours d’aménagement et les toilettes sentent la peinture fraîche. Je serais bien resté une nuit de plus ici. C'est plein de charme ; pendant que je dînais dans la voiture à cause des moustiques, j'ai même vu des lièvres qui gambadaient sur la pelouse. Ça m'a déridé de cette journée un peu stressante.

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