Pourquoi pleut-il
toujours la nuit quand je fais du camping ? Ça n'a pas arrêté,
ce qui me fait dire qu'il fait très beau, mais que le dimanche !
Ce matin, je retrouve le temps habituel : tout couvert le matin
puis s'améliorant vers midi pour se dégrader nettement ensuite.
L'avantage est que ce n'est pas comme en Nouvelle-Calédonie, où le
mauvais temps s'était installé toute la journée sans discontinuer.
Ici, ça alterne ce qui laisse tout de même de belles journées. Je
ne m'en plains pas.
Comme je n'ai pas
forcément grand chose à faire aujourd'hui, autre que la plage, je
prends mon temps, fais une lessive, prends un petit déjeuner avec
les singes en leur donnant des pelures de bananes. Oui, je sais ce
n'est pas bien, il ne faut jamais nourrir un singe. Mais il y a
demi-mal, il ne s'agit que de pelures et non de la banane que je me
suis gardée.
![]() |
| Le bébé on dirait un Gremlins! |
C'est moins nutritif pour eux. Il n'empêche qu'ils ont
beaucoup aimé. Tout le monde a rappliqué et j'avais mon petit
auditoire, jusqu'à ce qu'une mère avec son petit entre les pattes
s'avance debout sur ses pattes arrières, bousculant les autres en
jouant des coudes pour finir aux premières loges et susciter ma
compassion avec son bébé qui me regardait d'un air innocent mais
surtout très malheureux. Comme une roumaine, aucune dignité !
En plus, c'est elle qui ramassait les miettes, balayant délicatement
son rejeton d'un revers de main pour faire place nette. Quand je dis
que les singes ont des mimiques humaines ce n'est pas pour rien. J'ai
remarqué quelque chose par contre, c'est qu'ils n'aiment pas mon
reflex. Tout va bien tant que je ne pointe pas vers eux l'objectif.
Sinon ils déguerpissent illico. Avec ce gros machin proéminent ça
doit leur évoquer dans leur inconscient collectif un danger, comme
un fusil. Avec le compact je n'ai en revanche pas ce souci, il passe
partout et ils ne ne s'en méfient pas.
Le problème avec les
singes c'est qu'il faut toujours veiller à tout. Par exemple, alors
que j'écrivais sur l'ordinateur assis à la voiture côté passager,
toutes vitres ouvertes, l'un d'eux qui n'avait pas vu que j'étais
dedans a essayé de rentrer. Dès que j'ai vu sa tête passer par la
lucarne, tel un flic qui vous demande vos papiers, il est retourné
d'où il venait dans un grand cri de frayeur. Si je n'avais pas été
là il m'aurait tout piqué : portefeuille, clefs... D'ailleurs
depuis mon épisode des barres aux céréales volées au chalet, je
ferme ma tente avec un cadenas à combinaison. Je crois bien que
c'est la seule chose qu'ils n'arriveront pas à trouver. Ça va à un
tel point que je n'ai pas voulu étendre le linge sous l'arbre qui
abrite ma tente, de peur de rentrer ce soir et de ne plus avoir de
pyjama, ou alors un reste grignoté et en lambeaux. Du coup il a
fallu que je trouve un truc alternatif. J'ai suspendu un fil à
l'arrière de la voiture, entre les deux poignées du toit pour se
tenir dans les virages. Je ne vois du coup plus rien dans le
rétroviseur. Voilà à quoi j'en suis réduit. Je me méfie d'eux
comme de la peste. Mais au final je les aime bien quand même.
J'ai fait un tour à
l’épicerie au niveau de la réception du parc national pour
acheter de l'eau et de quoi me faire un pique nique. J'ai trouvé des
pousses d'alfalfa en guise de salade pour midi. En ajoutant un reste
d’olives vertes que j'ai, du sel et un filet d'huile d'olive, ça
peut faire illusion. Et en plus ça m'apportera des protéines. J'ai
été surpris de trouvé pour la première fois une bonbonne de gaz
pour mon réchaud. Un comble alors que je pars demain et dois prendre
un avion ensuite où je n'ai pas le droit d'enregistrer un truc de la
sorte. C'était fait juste pour me narguer.
En sortant de l'épicerie
j'ai reçu un texto de mon père. Comme je n'arrive pas à avoir
d'internet et que j'ai un avion à prendre de Durban dans deux jours
au matin, je lui ai demandé de réserver un truc pour moi qui était
recommandé sur le Petit Futé, le tout depuis la France. Ça m'a été
d'une aide précieuse. En effet, au début je comptais simplement me
rapprocher de Durban et dormir dans la voiture je ne sais où.
Mais
en lisant la confirmation de vol hier précisant qu'il fallait être
une heure et demie avant à l'aéroport, j'ai pris conscience que je
devrais être dans Durban si je ne voulais pas rater l'avion. Et
justement il y a un encadré dans le Lonely Planet qui dit que Durban
est une ville très pauvre et très dangereuse, dans laquelle il ne
faut pas s'aventurer la nuit venue. Dans ces conditions, il valait
mieux que je ne dorme pas dans la voiture. Mais sans Internet,
comment faire ? Errer la veille dans une ville que je ne connais
pas à la recherche d'un hôtel pour sans doute finir dans un truc
glauque et hors de prix ? Ce n'est pas trop ce que j'aime en
voyages. J'ai échappé à ça, mon père vient de réserver à
l'Akidogo, situé à 15 kilomètres de l'aéroport et sur la côte
Sud de Durban qui est une suite ininterrompue d’hôtels en bordure
d'une plage qui s'étend sur des dizaines de kilomètres. Il paraît
que c'est le Miami Beach local. Ce n’est pas trop mon truc la
foule, les plages aménagées, les vendeurs de chichis et de glaces,
mais pour un jour ça fera l'affaire et je serai sûrement mieux qu'à
Durban.
Je suis retourné au
Mseni Lodge, dans le but d'aller à la plage par le chemin que
j'avais vu hier soir. En chemin, j'ai fait attention aux différents
sites de camping, il y a des numéros qui vont jusqu'à 434, ce qui
indique la taille du camp. Et il est désert. Il ressemble plus à un
grand terrain de golf avec des bosquets au milieu. Au Mseni, je me
suis cassé le nez. Il y avait du monde à l'étage au restaurant et
je l'ai joué pas de velours, me doutant que l'accès était réservé
aux pensionnaires du lodge. Et j'ai bien fait car il y avait un
cadenas à la porte. J'ai regardé s'il était réellement fermé ou
si c'était un leurre dissuasif mais il était bel et bien fermé.
Ils doivent du coup donner la clef aux pensionnaires. Je trouve ça
mesquin. Je m'en suis retourné comme j'étais venu, tel un chat qui
ne veut pas se faire repérer. Ça aurait été la honte.
Je n'avais donc pour
toute autre option que de retourner là où je m'étais garé hier.
Dilemme : devais-je laisser l’ordinateur dans la voiture au
risque de me le faire dérober, le fait d'avoir du linge pendu à
l'intérieur pouvant faire penser que j'y vis et que donc des choses
intéressantes s'y trouvent ; ou alors me le coltiner à la
plage, au risque qu'il fonde. Je n'ai pas hésité longtemps quand
deux jeunes m'ont hélé et m'ont dit qu'ils allaient surveiller ma
voiture, en regardant au passage ce que j'avais à l'intérieur. Du
coup j'ai même pris les chargeurs, car sans eux je suis fichu pour
l'ordinateur ou l'appareil photo. En attendant, au retour, s'ils sont
encore là, ça veut dire qu'il faudra que je leur laisse la pièce
alors qu'ils n'auront probablement rien surveillé du tout.
![]() |
| J'aime bien mon petit coin... |
Au lieu de passer le cap
de l'autre côté de la rivière comme hier, je suis allé sur la
gauche, question de changer. Car je ne me voyais pas marcher jusqu'au
niveau du Mseni. Je leur laisse LEUR plage. Aujourd'hui il y a un
vent à décorner les bœufs et la charrue avec ! Le sable
cingle les jambes. Dans ces conditions, impossible de rester sur la
plage. Grimper en haut de la dune, on ne peut pas, elle est trop
raide, couverte de végétation et de toute façon il y a des
panneaux d'interdiction. Mais j'ai fini par trouver un petit replat
sous des arbres, à flanc de dune. Et puis des gens s'étaient déjà
visiblement mis là avant. Il y avait des traces de plastique et une
corde qui pendait. On n'allait quand même pas me dire quelque chose.
De toute façon j'étais suffisamment loin de l'endroit où tout le
monde se met pour qu'on ne remarque pas ma présence. Enfin, en guise
de monde, on doit être une demie-douzaine ! Et ils sont tous
restés devant, pour pouvoir se baigner entre les fanions et avoir un
peu d'ombre apportée par de grands chapiteaux qui restent à demeure
et que tout le monde peut utiliser. Je m'en fiche, j'ai trouvé
mieux.
En revanche la mer ne
m'attire pas plus qu'hier. Pourtant l'eau est bonne. Je ne me
comprends pas moi même. En fait la mer est très déchaînée et on
ne voit rien dans l'eau. Les niveaux varient beaucoup selon qu'une
vague est passée ou va passer. C'est donc un truc à rester au bord
et à se faire ballotter au gré des vagues comme une méduse
échouée. Ça ne me dit trop rien. Et m'avancer plus loin non plus.
En zone non surveillée, ça craint. Toujours à cause des requins.
Un moment je me suis dit qu'il suffisait d'ouvrir l’œil, que si je
voyais un aileron au loin, il suffirait que je sorte. Sauf que c'est
comme ça dans les films. Mais dans la vraie vie, le requin montre
t-il sa présence par son aileron ou préfère-t il passer inaperçu
en nageant sous l'eau ? Moi si j’étais un requin qui a faim,
j'opterais pour la deuxième option !
De toute façon, sur les
coups de 15 heures le temps est devenu tout gris. Se baigner ne
disait plus rien et à vrai dire cela m'arrangeait bien.
J'en avais
aussi un peu marre de pioncer sur mon recoin, en subissant de plus en
plus souvent l'assaut de bourrasques de vent qui charriaient du sable
que je finissais par bouffer. En parlant de ça je n'ai pas mangé
grand chose à midi, l'alfalfa crissait sous la dent sans que je
sache si c'était le sable qui s'était immiscé à l'intérieur ou
si c'était naturellement sale, après avoir lu la mention « wash
before use ». Comme je ne voulais pas être malade j'ai tout
jeté. J'ai donc décampé rapidement, pour marcher le long de la
plage. Sodwana Bay me fait penser à Fraser Island en Australie, les
dingos en moins. Sinon c'est la même végétation, les mêmes dunes,
la même plage interminable et les mêmes rouleaux. C'est drôle car
je devais justement y être l'an dernier à la même époque jour
pour jour je pense.
Au niveau du cap, il y a
un bosquet de pins bizarres et il semblerait qu'il y ait un accès
car les tracteurs tirant des bateaux de plongeurs arrivent tous par
là. Je suis allé voir et en effet, il y a des baraques à frites,
un bar et même un centre de plongée. Quelques singes aussi qui
piquent les affaires des touristes partis se baigner. Un classique...
Les mangoustes passent ensuite finir ce que les singes n'ont pas vu
ou pas voulu. Ce que je prenais pour des cousins de suricates sont en
fait des mangoustes d'après mon guide d'identification. Ça
n'empêche, je suis sûr que c'est la même famille. Il paraît qu'on
peut voir des suricates ailleurs qu'au Kalahari, cette région
désertique du nord-ouest de l’Afrique du Sud. J’aimerais bien en
croiser. J'ai regardé un peu les planches du centre de plongée qui
détaillaient les différentes spots de la côte. Il y en a un
justement pile en face, qui se pratique à marée basse, dédié au
snorkeling où l'on peut admirer les bébés de tous les poissons :
poisson lion, raies, requins... Plus loin le long de la côte, les
fonds sont à 30 mètres et il semblerait que ce soit très riche si
j'en juge les superlatifs employés. Apparemment la région est
célèbre pour la plongée. D'ailleurs quand je suis arrivé le
premier jour au parc, on m'a demandé si je venais plonger. Ce qui
explique pourquoi le Coral Divers est plein et que je ne vois jamais
personne sur la plage. Ils sont au large. Et les requins alors, je
croyais qu'il y en avait ; m''aurait-on fait peur pour rien ?
![]() |
| J'aime bien le camping la nuit, c'est mystérieux... |
Quand je suis retourné à
la voiture les lascars n'étaient plus là. Tant mieux. J'ai retrouvé
le linge à peu près dans le même état que ce matin. Il faut dire
que faire sécher du linge dans une voiture à l'ombre toutes
fenêtres fermées, ce n'est pas l'idée la plus brillante que l'on
puisse avoir. De retour au camp j'ai dû tirer un fil entre la
voiture et un arbre en espérant que le vent parvienne à sécher mon
pyjama en une heure, le temps de me faire couler un bain. Car hier,
j'ai vu qu'il y avait un box avec une baignoire. Une baignoire dans
un camping, c'est bien la première fois que je vois ça. A l'usage,
il s'est révélé qu'elle était pleine d'insectes et de feuilles et
j'ai finalement opté pour la douche, ne tenant pas à avoir une
visite d'un hippopotame vexé que je lui ais piqué son joujou. En
attendant, le linge n'avait pas vraiment séché et en plus une
averse était passé par là. J'ai tout mis dans la voiture, accroché
au rétroviseur en poussant le chauffage à fond le temps de me
rendre au Mseni Lodge pour dîner. Laissez passer le manouche !












Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire