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lundi 4 février 2013

Sodwana Bay

Pourquoi pleut-il toujours la nuit quand je fais du camping ? Ça n'a pas arrêté, ce qui me fait dire qu'il fait très beau, mais que le dimanche ! Ce matin, je retrouve le temps habituel : tout couvert le matin puis s'améliorant vers midi pour se dégrader nettement ensuite. L'avantage est que ce n'est pas comme en Nouvelle-Calédonie, où le mauvais temps s'était installé toute la journée sans discontinuer. Ici, ça alterne ce qui laisse tout de même de belles journées. Je ne m'en plains pas.
Comme je n'ai pas forcément grand chose à faire aujourd'hui, autre que la plage, je prends mon temps, fais une lessive, prends un petit déjeuner avec les singes en leur donnant des pelures de bananes. Oui, je sais ce n'est pas bien, il ne faut jamais nourrir un singe. Mais il y a demi-mal, il ne s'agit que de pelures et non de la banane que je me suis gardée. 
Le bébé on dirait un Gremlins!
C'est moins nutritif pour eux. Il n'empêche qu'ils ont beaucoup aimé. Tout le monde a rappliqué et j'avais mon petit auditoire, jusqu'à ce qu'une mère avec son petit entre les pattes s'avance debout sur ses pattes arrières, bousculant les autres en jouant des coudes pour finir aux premières loges et susciter ma compassion avec son bébé qui me regardait d'un air innocent mais surtout très malheureux. Comme une roumaine, aucune dignité ! En plus, c'est elle qui ramassait les miettes, balayant délicatement son rejeton d'un revers de main pour faire place nette. Quand je dis que les singes ont des mimiques humaines ce n'est pas pour rien. J'ai remarqué quelque chose par contre, c'est qu'ils n'aiment pas mon reflex. Tout va bien tant que je ne pointe pas vers eux l'objectif. Sinon ils déguerpissent illico. Avec ce gros machin proéminent ça doit leur évoquer dans leur inconscient collectif un danger, comme un fusil. Avec le compact je n'ai en revanche pas ce souci, il passe partout et ils ne ne s'en méfient pas.
Le problème avec les singes c'est qu'il faut toujours veiller à tout. Par exemple, alors que j'écrivais sur l'ordinateur assis à la voiture côté passager, toutes vitres ouvertes, l'un d'eux qui n'avait pas vu que j'étais dedans a essayé de rentrer. Dès que j'ai vu sa tête passer par la lucarne, tel un flic qui vous demande vos papiers, il est retourné d'où il venait dans un grand cri de frayeur. Si je n'avais pas été là il m'aurait tout piqué : portefeuille, clefs... D'ailleurs depuis mon épisode des barres aux céréales volées au chalet, je ferme ma tente avec un cadenas à combinaison. Je crois bien que c'est la seule chose qu'ils n'arriveront pas à trouver. Ça va à un tel point que je n'ai pas voulu étendre le linge sous l'arbre qui abrite ma tente, de peur de rentrer ce soir et de ne plus avoir de pyjama, ou alors un reste grignoté et en lambeaux. Du coup il a fallu que je trouve un truc alternatif. J'ai suspendu un fil à l'arrière de la voiture, entre les deux poignées du toit pour se tenir dans les virages. Je ne vois du coup plus rien dans le rétroviseur. Voilà à quoi j'en suis réduit. Je me méfie d'eux comme de la peste. Mais au final je les aime bien quand même.
J'ai fait un tour à l’épicerie au niveau de la réception du parc national pour acheter de l'eau et de quoi me faire un pique nique. J'ai trouvé des pousses d'alfalfa en guise de salade pour midi. En ajoutant un reste d’olives vertes que j'ai, du sel et un filet d'huile d'olive, ça peut faire illusion. Et en plus ça m'apportera des protéines. J'ai été surpris de trouvé pour la première fois une bonbonne de gaz pour mon réchaud. Un comble alors que je pars demain et dois prendre un avion ensuite où je n'ai pas le droit d'enregistrer un truc de la sorte. C'était fait juste pour me narguer.
En sortant de l'épicerie j'ai reçu un texto de mon père. Comme je n'arrive pas à avoir d'internet et que j'ai un avion à prendre de Durban dans deux jours au matin, je lui ai demandé de réserver un truc pour moi qui était recommandé sur le Petit Futé, le tout depuis la France. Ça m'a été d'une aide précieuse. En effet, au début je comptais simplement me rapprocher de Durban et dormir dans la voiture je ne sais où. 
Mais en lisant la confirmation de vol hier précisant qu'il fallait être une heure et demie avant à l'aéroport, j'ai pris conscience que je devrais être dans Durban si je ne voulais pas rater l'avion. Et justement il y a un encadré dans le Lonely Planet qui dit que Durban est une ville très pauvre et très dangereuse, dans laquelle il ne faut pas s'aventurer la nuit venue. Dans ces conditions, il valait mieux que je ne dorme pas dans la voiture. Mais sans Internet, comment faire ? Errer la veille dans une ville que je ne connais pas à la recherche d'un hôtel pour sans doute finir dans un truc glauque et hors de prix ? Ce n'est pas trop ce que j'aime en voyages. J'ai échappé à ça, mon père vient de réserver à l'Akidogo, situé à 15 kilomètres de l'aéroport et sur la côte Sud de Durban qui est une suite ininterrompue d’hôtels en bordure d'une plage qui s'étend sur des dizaines de kilomètres. Il paraît que c'est le Miami Beach local. Ce n’est pas trop mon truc la foule, les plages aménagées, les vendeurs de chichis et de glaces, mais pour un jour ça fera l'affaire et je serai sûrement mieux qu'à Durban.
Je suis retourné au Mseni Lodge, dans le but d'aller à la plage par le chemin que j'avais vu hier soir. En chemin, j'ai fait attention aux différents sites de camping, il y a des numéros qui vont jusqu'à 434, ce qui indique la taille du camp. Et il est désert. Il ressemble plus à un grand terrain de golf avec des bosquets au milieu. Au Mseni, je me suis cassé le nez. Il y avait du monde à l'étage au restaurant et je l'ai joué pas de velours, me doutant que l'accès était réservé aux pensionnaires du lodge. Et j'ai bien fait car il y avait un cadenas à la porte. J'ai regardé s'il était réellement fermé ou si c'était un leurre dissuasif mais il était bel et bien fermé. Ils doivent du coup donner la clef aux pensionnaires. Je trouve ça mesquin. Je m'en suis retourné comme j'étais venu, tel un chat qui ne veut pas se faire repérer. Ça aurait été la honte.
Je n'avais donc pour toute autre option que de retourner là où je m'étais garé hier. Dilemme : devais-je laisser l’ordinateur dans la voiture au risque de me le faire dérober, le fait d'avoir du linge pendu à l'intérieur pouvant faire penser que j'y vis et que donc des choses intéressantes s'y trouvent ; ou alors me le coltiner à la plage, au risque qu'il fonde. Je n'ai pas hésité longtemps quand deux jeunes m'ont hélé et m'ont dit qu'ils allaient surveiller ma voiture, en regardant au passage ce que j'avais à l'intérieur. Du coup j'ai même pris les chargeurs, car sans eux je suis fichu pour l'ordinateur ou l'appareil photo. En attendant, au retour, s'ils sont encore là, ça veut dire qu'il faudra que je leur laisse la pièce alors qu'ils n'auront probablement rien surveillé du tout.
J'aime bien mon petit coin...
Au lieu de passer le cap de l'autre côté de la rivière comme hier, je suis allé sur la gauche, question de changer. Car je ne me voyais pas marcher jusqu'au niveau du Mseni. Je leur laisse LEUR plage. Aujourd'hui il y a un vent à décorner les bœufs et la charrue avec ! Le sable cingle les jambes. Dans ces conditions, impossible de rester sur la plage. Grimper en haut de la dune, on ne peut pas, elle est trop raide, couverte de végétation et de toute façon il y a des panneaux d'interdiction. Mais j'ai fini par trouver un petit replat sous des arbres, à flanc de dune. Et puis des gens s'étaient déjà visiblement mis là avant. Il y avait des traces de plastique et une corde qui pendait. On n'allait quand même pas me dire quelque chose. De toute façon j'étais suffisamment loin de l'endroit où tout le monde se met pour qu'on ne remarque pas ma présence. Enfin, en guise de monde, on doit être une demie-douzaine ! Et ils sont tous restés devant, pour pouvoir se baigner entre les fanions et avoir un peu d'ombre apportée par de grands chapiteaux qui restent à demeure et que tout le monde peut utiliser. Je m'en fiche, j'ai trouvé mieux.
En revanche la mer ne m'attire pas plus qu'hier. Pourtant l'eau est bonne. Je ne me comprends pas moi même. En fait la mer est très déchaînée et on ne voit rien dans l'eau. Les niveaux varient beaucoup selon qu'une vague est passée ou va passer. C'est donc un truc à rester au bord et à se faire ballotter au gré des vagues comme une méduse échouée. Ça ne me dit trop rien. Et m'avancer plus loin non plus. En zone non surveillée, ça craint. Toujours à cause des requins. Un moment je me suis dit qu'il suffisait d'ouvrir l’œil, que si je voyais un aileron au loin, il suffirait que je sorte. Sauf que c'est comme ça dans les films. Mais dans la vraie vie, le requin montre t-il sa présence par son aileron ou préfère-t il passer inaperçu en nageant sous l'eau ? Moi si j’étais un requin qui a faim, j'opterais pour la deuxième option !
De toute façon, sur les coups de 15 heures le temps est devenu tout gris. Se baigner ne disait plus rien et à vrai dire cela m'arrangeait bien. 
J'en avais aussi un peu marre de pioncer sur mon recoin, en subissant de plus en plus souvent l'assaut de bourrasques de vent qui charriaient du sable que je finissais par bouffer. En parlant de ça je n'ai pas mangé grand chose à midi, l'alfalfa crissait sous la dent sans que je sache si c'était le sable qui s'était immiscé à l'intérieur ou si c'était naturellement sale, après avoir lu la mention « wash before use ». Comme je ne voulais pas être malade j'ai tout jeté. J'ai donc décampé rapidement, pour marcher le long de la plage. Sodwana Bay me fait penser à Fraser Island en Australie, les dingos en moins. Sinon c'est la même végétation, les mêmes dunes, la même plage interminable et les mêmes rouleaux. C'est drôle car je devais justement y être l'an dernier à la même époque jour pour jour je pense.
Au niveau du cap, il y a un bosquet de pins bizarres et il semblerait qu'il y ait un accès car les tracteurs tirant des bateaux de plongeurs arrivent tous par là. Je suis allé voir et en effet, il y a des baraques à frites, un bar et même un centre de plongée. Quelques singes aussi qui piquent les affaires des touristes partis se baigner. Un classique... Les mangoustes passent ensuite finir ce que les singes n'ont pas vu ou pas voulu. Ce que je prenais pour des cousins de suricates sont en fait des mangoustes d'après mon guide d'identification. Ça n'empêche, je suis sûr que c'est la même famille. Il paraît qu'on peut voir des suricates ailleurs qu'au Kalahari, cette région désertique du nord-ouest de l’Afrique du Sud. J’aimerais bien en croiser. J'ai regardé un peu les planches du centre de plongée qui détaillaient les différentes spots de la côte. Il y en a un justement pile en face, qui se pratique à marée basse, dédié au snorkeling où l'on peut admirer les bébés de tous les poissons : poisson lion, raies, requins... Plus loin le long de la côte, les fonds sont à 30 mètres et il semblerait que ce soit très riche si j'en juge les superlatifs employés. Apparemment la région est célèbre pour la plongée. D'ailleurs quand je suis arrivé le premier jour au parc, on m'a demandé si je venais plonger. Ce qui explique pourquoi le Coral Divers est plein et que je ne vois jamais personne sur la plage. Ils sont au large. Et les requins alors, je croyais qu'il y en avait ; m''aurait-on fait peur pour rien ?
J'aime bien le camping la nuit, c'est mystérieux...
Quand je suis retourné à la voiture les lascars n'étaient plus là. Tant mieux. J'ai retrouvé le linge à peu près dans le même état que ce matin. Il faut dire que faire sécher du linge dans une voiture à l'ombre toutes fenêtres fermées, ce n'est pas l'idée la plus brillante que l'on puisse avoir. De retour au camp j'ai dû tirer un fil entre la voiture et un arbre en espérant que le vent parvienne à sécher mon pyjama en une heure, le temps de me faire couler un bain. Car hier, j'ai vu qu'il y avait un box avec une baignoire. Une baignoire dans un camping, c'est bien la première fois que je vois ça. A l'usage, il s'est révélé qu'elle était pleine d'insectes et de feuilles et j'ai finalement opté pour la douche, ne tenant pas à avoir une visite d'un hippopotame vexé que je lui ais piqué son joujou. En attendant, le linge n'avait pas vraiment séché et en plus une averse était passé par là. J'ai tout mis dans la voiture, accroché au rétroviseur en poussant le chauffage à fond le temps de me rendre au Mseni Lodge pour dîner. Laissez passer le manouche !

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